Génération Séries - 1997 PDF Imprimer Envoyer
Juillet, août & septembre 1997
July, August & September 1997
 
 
 




     
 

Lois et Clark 

Adieu, Lois et Clark !

Par Martin Winckler

Oui, malheureusement, vous avez bien lu.  À l'heure où nous écrivons ces lignes (mi-juin 1997), la chaîne ABC et Warner Bros ont mis fin à la production de Lois & Clark à l'issue de quatre saisons d'aventures et de bonheur. De "mauvaises" audiences, mais aussi une programmation souvent aléatoire (beaucoup d'épisodes ont été déprogrammés et repoussés) et un changement de créneau horaire n'auront certes pas aidé nos amoureux à fidéliser leurs fans américains !  Les épisodes que vous verrez sur M6 jusqu'au début de l'été seront donc les derniers.  Bon, il semble que Teri Hatcher soit appelée à jouer aux côtés de Pierce Brosnan dans le prochain James Bond, mais est-ce vraiment une consolation ?

Lois & Clark, les troisième et quatrième saisons le confirment, est en effet une série en tous points exceptionnelle par son sujet : le marivaudage.  Comme son titre l'indique, elle n'est pas consacrée à "Superman" (ce mythe absolument, résolument et essentiellement américain) mais à un couple.  Qui se rencontre, qui se cherche, qui se trouve, et qui essaie de vivre.  Cela peut paraître banal, et ça l'est, en effet.  Ce qui ne l'est pas, c'est la force satirique et symbolique de la série, sa volonté de passer à la moulinette un certain nombre de mythes sur le couple, sur un ton beaucoup plus proche des comédies à la fois romantiques, loufoques et dramatiques de l'après-guerre (Elle et lui, de Leo McCarey, Le sport favori de l'homme, d'Howard Hanks, L'homme tranquille, de John Ford) que du film d'aventure. Lois & Clark est une comédie romantique, dans la lignée (plus près de nous) de Quand Harry rencontre Sally ou de Nuits blanches à Seattle.

Le productrice et adaptatrice Deborah Joy LeVine a en effet voulu (s)aborder simultanément deux mythes : celui de l'homme invincible, celui de la femme indépendante.  Pour faire face à l'indomptable (et imprévisible) femme des années 90 qu'est Lois, en effet, il fallait au moins un Superman.  C'est ce que nous ont montré les deux premières saisons : les femmes fortes et indépendantes d'aujourd'hui ont (comme les femmes "soumises" - mais l'étaient-elles tant que ça ? - d'hier) besoin d'un compagnon qui soit à leur taille, qui sache les comprendre, qui sache les entendre.  Elles sont, finalement, en droit d'attendre des hommes ce que les hommes attendent d'elles.  Dans les deux premières saisons, Superman ne "conquiert" pas tant par ses muscles,  n'a raison de ses résistances à force de patience et de présence.  De respect et de loyauté. De fidélité.

Quand finit la deuxième saison, Clark demande une nouvelle fois à Lois de l'épouser.  Quand la troisième saison commence, exactement au même moment, Lois lui demande si la question vient de Clark ou de Superman...  Elle a compris, au geste des deux hommes ont fait vers elle (un geste de la main sur sa joue), qu'il s'agissait d'une seule et même personne.

Ridicule ! direz-vous.  Et d'ailleurs, comment croire que personne ne voit que le timide Clark, malgré ses lunettes, est bâti comme Superman ?

Mais il ne s'agit pas d'une série vraisemblable, rappelez-vous !  C'est une comédie de science-fiction, et déjà c'est un paradoxe.  La comédie et la science-fiction ne donnent, le plus souvent, que de lourdes gaudrioles.  Ici, ce n'est pas le cas. Il y a de l'humour dans Lois & Clark, mais il est sans arrêt tempéré par la gravité.  Ainsi, le passage de Clark à Superman, et inversement, est une métaphore.  Face à Lois, Clark/Superman représente le "mâle" avec ses deux facettes : ce qu'on attend de lui (des muscles, un corps beau et attirant) et ce qu'il est (un individu pétri de doute, fragile comme l'est tout être humain).  Le double jeu de Clark trouve son exact pendant dans le  double jeu de Lois, qui est tour à tour tendre et mordante, entreprenante et paralysée, honnête jusqu'au masochisme et calculatrice, foncièrement bonne et foncièrement malveillante.  Leur marivaudage, c'est à dire la recherche qu'ils font l'un de l'autre, en tentant de déterminer chez l'autre quelle est la "vraie personnalité", se décline de manière progressive au fil des quatre saisons.  Comme dans un vrai couple.

Première saison : rencontre et mise à distance de Clark par Lois, qui fantasme et tombe amoureuse de deux "Superman" à la fois : la vrai et Luthor.  Deuxième saison : Superman passe au second plan, Lois se rapproche de Clark.  Dans la troisième, Lois sait que les deux hommes de sa vie ne font qu'un, et elle doit apprendre (et Clark, avec elle) à vivre avec ça... à vivre avec un être d'exception qui, comme un pompier volontaire, est parfois obligé de tout laisser tomber pour aller éteindre un incendie.  Peu importe si la sirène le surprend au milieu du repas... ou d'autre chose.  Dans la quatrième saison, enfin mariés (après bien des contretemps), Lois et Clark doivent faire face à la réalité quotidienne, matérielle, professionnelle, de la vie de couple.

Ce qui est fort, dans cette série, c'est que ces différentes phases sont abordées et traitées par les scénaristes d'une manière à la fois émouvante et ironique.  Le thème de la duplicité est en effet utilisé presque autant pour Lois que pour Clark.  Au début de la deuxième saison, on a vu l'ex-Madame Luthor engager un sosie de Lois pour la discréditer.  Dans la seconde partie de la troisième saison, Clark se marie avec un double (un clone) de Lois, qui s'endort comme une souche le soir de leur mariage, avant que le pauvre garçon ait pu seulement la serrer dans ses bras.  Comment ne pas voir, dans ce sommet de frustration, la transposition du cauchemar des hommes, qui craignent, au soir de leurs noces, que la femme fabuleuse qu'ils ont épousée soit moins fabuleuse qu'ils ne l'avaient imaginée (et surtout, sexuellement !) ?  Comment ne pas voir dans l'assoupissement du clone de Lois dans le lit la représentation de ces femmes qui ont peur de la sexualité (du sexe des hommes), et la repoussent jusqu'au dernier moment...

Bien sûr, la série est beaucoup plus drôle que la manière dont je vous raconte tout ça.  C'est une série inventive, vive, enjouée, maligne et qui sait jouer avec le spectateur par de multiples allusions, affichées ou non, à un héritage culturel.

Les allusions les plus évidentes, sont bien entendu les emprunts et les parodies cinématographiques.  Sur un fond de comédie à la Leo McCarey (Dean Cain n'est pas loin, dans sa manière de se comporter, de l'allure et des personnages qu'incarnait le jeune Gary Grant, Teri Hatcher fait tout à fait penser à  Paula Prentiss, partenaire de Rock Hudson dans l'hilarant Le sport favori de l'homme), Lois et Clark fait constamment référence au cinéma, ancien (La machine à explorer le temps, dans les épisodes où apparaissent Tempus et H. G. Wells, tout au long de la série ; L'homme qui rétrécit dans Comme le monde est petit, 3ème saison ; Robin des Bois dans Partenaires dans l'âme, 4ème saison) ou beaucoup plus récent (Piège de cristal dans Huis Clos, 1ère saison ; Retour vers le futur dans Partenaires dans l'âme, encore, etc.).)  Et bien sûr, la série fait aussi référence à la télévision, des Incorruptibles à Code Quantum. Dans la quatrième saison, elle retourne même aux sources de Superman : la bande dessinée.  Deux personnages en sont, en effet, directement issus : "Bob/Deathstroke", le tueur qui vit dans l'appartement voisin (dans Bob & Carol & Lois & Clark, autre référence à un film des années 70) et "Mr Mxyzpltkwkfquzzzkrfplykttt" (il faudrait vérifier l'orthographe, mais c'est à peu près ça) dans La boucle du temps.

Et bien sûr,ces références sont là pour égayer (et parfois pour masquer) des allusions plus précises aux sentiments partagés et confus qu'éprouvent tous les couples, dès l'instant où ils se rencontrent : la défiance, le désir, l'anxiété, la jalousie, la compétition, la peur des attentes de l'autre et la peur de n'être pas à leur hauteur...

Le mariage, qui aurait pu être un cap difficile pour la série après l'avoir été pour les deux tourtereaux, ne semble pas avoir altéré la complexité et la subtilité des rapports que les scénaristes décrivent entre eux : même mariés (au début de la quatrième saison), ils continuent à folâtrer en jouant au strip-poker, et les rapports amoureux peuvent se trouver parasités par les rapports de hiérarchie lorsque, nommée au poste de Perry White, Lois devient objectivement la patronne de Clark (dans Les Press attaquent)...  La vie continue, car une vie de couple, ça peut durer toute la vie. (Et pour ces deux-là, on a bien l'impression que ce sera le cas... Même si Lois éprouve un sentiment très douloureux en pensant qu'elle vieillira plus vite que Clark/Superman...).

Et si le dernier épisode de la saison (non encore diffusé aux États-Unis, à l'heure où j'écris) annonce, comme le suggère la presse, un "heureux événement"...

Quoi qu'il en soit, ces deux dernières (snif !) saisons seront, à notre avis, du même niveau de qualité et d'inventivité que les deux premières.  Capable d'alterner humour et gravité, de jouer moins sur les effets spéciaux que sur le jeu d'acteur, de jouer avec nos nerfs en jouant avec nos sentiments, Lois & Clark restera comme l'exemple unique d'une série où coexistent, au plus grand bonheur du spectateur, la bande dessinée (par ses personnages), la comédie romantique (par ses situations, sa mise en scène et ses innombrables allusions), la science-fiction et le film d'aventures (par ses trames scénariques) et l'histoire d'amour au jour le jour.  Un très, très beau cocktail que, par la grâce des rediffusions (celle de la première saison commence sur Série Club), nous pourrons encore longtemps savourer.

Live Long, Lovers !

 


Lois & Clark

Good bye, Lois and Clark !

By Martin Winckler

Yes, unfortunately, vous read this correctly.  While we are writing these lines (mid-june 1997), ABC and Warner Bros have decided to cancel the production of Lois & Clark after four years of aventures and pure joy. Some "low" ratings, but also a schedule that is always changing (a lot of airing times of episodes have been retarted and rescheduled) and a change of its timeslot won't have helped our lovers to make it easy for their american fans !  The episodes you will see M6 [note : French channel] until the beginning of the summer will be the last ones.  Well, it seems that Teri Hatcher will play by the sides of Pierce Brosnan in the next James Bond flick, but is it really a consolation ?

Lois & Clark, the third and fourth seasons are the proof, that the series is trully exceptional by its subject : the witty situations. As its title suggests, the series is not dedicated to "Superman" (this myth is truly and essentially american), but to a couple.  That meets, searches, founds and tries to lives with one and other. This may seem and it is, really.  What is not is the satiric and symbolic strengh of the series, its needs to break down a certain number of myths related to today's couple, on a tone a lot more closer to comedies that are romantic, funny and dramatic, like the after-war ones (An Affair to Remenber, of Leo McCarey ; Man's Favorite Sport ; of Howard Hanks, The quiet man, of John Ford) or the adventures film. Lois & Clark is a romantic comedy, more in the line (more recent) of When Harry met Sally or Sleepless in Seattle.

The producer Deborah Joy LeVine wanted to attack simultaneously two myths : the one of the invincible man and the one of the independant woman. To face the untamable (and imprevisible) woman of the 90 that is Lois, at least one Superman was needed.  That was the first two seasons showed us : today's strong and independent women need (like the "submissive" women of yesterday - but were they that submissive ?) a companion that would at their level, that would understand them, that would know how to listen to them. Finally, they are in right to want from men what men want from them. In the two first seasons, Superman doesn't "win over" situations only with his muscles, he only wins them by being patient and present. By showing respect and loyalty. By showing fidelity.

When the second season ends, Clark proposes a second time to Lois. When the thrid season stars, exactly at the same moment it ended previously, Lois asks him if the question comes from Clark or Superman...  She has understood, by the gesture that both men did towards her (a gesture of the hand on her cheek), that they were the same person.

Ridiculous ! will you say. And how could someone believe that the timid Clark, with his glasses, is built as Superman ?

But it's not a probable series, remember ? It's a science-fiction comedy and that's already a paradox.  Comedy and science-fiction usually give some weird combinaisons. It's not the case here. There is himor in Lois & Clark, but it is always tempered by gravity proper to the series. So, when passing from Clark to Superman and Superman to Clark, is a metaphor. On Lois point of view, Clark/Superman represents the "male" with his two sides : what we expect from him (a beautiful body with a lot of muscles) and who he is (a individual full of doubts, fragile as every single human being).  The double play of Clark finds its exact balance in the double play of Lois, that is tender and aggressive, adventurous and paralysed, so honest it could be considered masochism, reckoner, truly good and truly evil-minded. Their witty side, the search they do to one and other, by trying to determine the other person's "real personality", will decrease progressively through the four seasons. Like a real couple.

First season : Lois meets Clark and puts him aside, Lois has a crush on Superman and falls in love with two "Superman" at the same time : the real one and Lex Luthor.  Second season : Superman is left behind, Lois gets closer to Clark. In the third one, Lois now knows that the men in her life are the same guy and she has to deal (and Clark too) with that... to live with an exceptional man that, like a volontary fireman, needs to drop everything off to go and fight a fire. it doesn't matter if the siren strikes while he is eating... or doing something else.  In the fourth season, where they are finally married (after numerous obstacles), Lois and Clark have to deal with everyday life, day by day, of their couple relationship.

One of the forces of the series is that the different phases are aborded and treated by the scenarists in a ironic and sensible way. The theme of duplicity is as much used for Lois than for Clark.  At the beginning of the second season, we saw the ex-Madame Luthor hire a sosie of Lois to discredite her. In the second part of the third season, Clark gets married to a double (a clone) of Lois, that falls quickly asleep the night of their wedding, before the poor guy even has a chance to give her a kiss good night.  How can't we see, in this peak of frustration, the transposition of the men's nightmares, that are afraid that, on the night of their honeymoon, the fabulous woman they got married to isn't as imagined her (sexually speaking !) ?  How can't we see in Lois's clone's carelessness the representation of those women that are afraid of sexuality (of men's sex) and that try to not do it until the last moment...

Of course, the series is a whole lot funnier than the way I am telling you all that right now.  It's an inventive series, vivious, jovial, malicious and that knows how to play along with the viewer, by multiple allusions, clear or more subtile to a cultural legacy.

The most evident allusions are of course all the borrowed scenes and the cinematographic parodies.  With a comedy background close to the one of Leo McCarey's (Dean Cain is, the way he behaves, the looks and personages like the young Gary Grant and Teri Hatcher, is like Paula Prentiss, partner of Rock Hudson in the very funny Man's Favorite Sport), Lois and Clark always makes references to movies, old (The Time Machine, in the episodes where appear Tempus and H. G. Wells, during all the series ; The Incredible Shrinking Man in It's A Small World After All, 3rd season ; Robin Hoods in Soul Mates, 4th season) and even more recently (Die Hard in Fly Hard, 1st season ; Back To The Future in Soul Mates, again, etc.).)  And of course, the series also makes reference to television, from the Intouchables to Code Quantum. In the fourth season, it even returns to Superman's origins' : the comic strip.  Two personages were directly taken from the comics  : "Bob/Deathstroke", the murderer that lives in a nearby house of Lois & Clark's (in Bob & Carol & Lois & Clark, another reference to a 70's movies) and "Mr Mxyzpltkwkfquzzzkrfplykttt" (we should take a look at the spelling, but it's something like that) in Twas The Night Before Mxymas.

And, of course, these references are there to lighten (and sometimes hide) some more precious allusions to the mixed and confuse sentiments that all couples have, the instant they first meet : defiance, desire, anxiety, jalousy, competition, and fear of what the other may expects and the fear to not be good enough to take the challenge...

The marriage, that could have been a difficult barrier to break after being so difficult for the series' couple, doesn't seem to have altered the complexity and subtility of Lois and Clark's relationship written by the scenarists : even if they are married (at the beginning of the fourth season), they continue to enjoy themselves by playing strip-poker and their love relationship can also be affected by hierarchic realations at work when, named to replaced Perry White as the editor in chief, Lois becomes objectively Clark's boss (in Stop The "Presses")...  Life goes on, because a couple's life can last for a lifetime. (And for those two, we have a feeling it will be the case... Even if Lois finds it very hurtful to find out that she will age at a faster rate than Clark/Superman...).

All of this even if the last episode of the season (which have not yet aired in the United-States, where I am writing this) suggests, like the press, a "happy event" will take place...

What ever was said before, those two last seasons (snif !) would have been, in our opinion, of the same level of quality and inventivity than the two first ones.  Capable to switch from humor to seriousness, to play less with special effects than with the actors' forces than with our nerves and feelings, Lois & Clark will represent the unique example of a series where coexists, to the viewer's pure pleasure, the comic strips (by his personages), the romantic comedy (by its situations, it's teleplay and it's infinite allusions), the science-fiction and the adventure flick (by its scenarios) and a love story taken a day at a time.  The result is a really, really great cocktail that, because of the reruns (the ones of season one will start soon on Série Club), we will continue to enjoy for a long time to come.

Live Long, Lovers !

Mise à jour le Samedi, 13 Juin 2009 18:46