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Saison 6, Episode 8

Deuxième partie

Écrit par Sheila Harper

Version française de

Traduction Hypérion

Lois courait sur l'herbe grasse du parc vers le banc où Clark était assis au soleil avec à ses côtés deux sacs en papier. Il avait enlevé sa veste et roulé ses manches et il se dorait au soleil avec un plaisir presque gourmand, le visage incliné et les yeux fermés. "Salut, chérie," dit-il quand elle arriva à quelques mètres du banc. "Laura était-elle contente de te voir ?"

Elle hocha la tête un peu amusée. Depuis longtemps, elle savait qu'elle ne pouvait pas surprendre son mari. Même sans sa vision à rayons X, il savait comment la reconnaître à son bruit et probablement à son parfum, ce qui était toujours très déconcertant. "Oui, mais devine ? Elle s'est mise à pleurer quand je suis partie, mais le temps que j'arrive à la porte, elle s'était déjà arrêtée."

Il prit une profonde inspiration et poussant un soupir, ouvrit les yeux et sourit. "Bien. Peut-être qu'on a passé ce stade de l'anxiété dû à la séparation."

Lois s'assit près de lui et regarda automatiquement dans le sac le plus proche. "J'espère bien. Lequel est le mien ?"

Clark lui indiqua le sac dans lequel elle fouillait. "Sandwich poulet-salade avec aneth sur pain au levain, soupe de pois cassés au gingembre, quartiers de pommes et soda."

"Ooh, ça a l'air bon. Tu as pris quoi ? Non, laisse-moi deviner. Un cheeseburger géant avec du bacon et des champignons, une grande frite et un chocolat fouetté."

Il sourit. "Et tu dis que c'est moi qui ai un super odorat."

Elle lui donna un coup de coude dans les côtes. "C'est juste que je connais mon mari." Il dressa les sourcils et elle se mit à rire, puis ajouta. "Eh bien, j'ai senti une odeur de frites et je sais ce que tu commandes quand tu prends un burger."

"C'est comme ça que ta logique fonctionne." Il lui donna un léger baiser puis plongea dans son sac pour prendre son burger tandis qu'elle sortait sa soupe chaude et une cuillère.

"Alors, qu'est-ce qu'on va faire à propos de Laura ?"

Il prit un confortable morceau de son sandwich. "Qu'y a-t-il avec Laura ?"

"Clark." Même un mari comme le sien pouvait parfois être obtus, alors elle expliqua patiemment. "Tu as vu ce qui s'est passé aujourd'hui. Peu importe de quoi tu as l'air, elle te reconnaît, elle et j'ai bien peur qu' avant longtemps ça ne pose un réel problème."

"Alors, je vais faire en sorte qu'elle n'approche plus jamais Superman."

Clark commençait à mordre à nouveau dans son burger, puis il s'arrêta et baissa son sandwich. "Chérie," dit-il, "est-ce qu'on doit vraiment parler de ça maintenant ?"

"Mais je croyais que tu avais dit que tu voulais en parler."

"C'est vrai. Je l'ai dit. Mais pas maintenant. J'aime Laura corps et âme, mais je n'ai pas envie d'être parent pour l'instant. Ou journaliste. Ou super héros." Il posa la main sur sa joue, glissant ses doigts dans ses cheveux bruns. "Pour le moment, je veux juste m'asseoir au soleil avec ma femme et me réjouir d'être avec elle."

Même s'il ne voulait pas parler de quelque chose qui, elle, l'inquiétait, Lois ne pouvait pas se sentir contrariée alors qu'il voulait juste être avec elle et elle posa sur sa bouche un baiser parfumé au fenouil et au gingembre. "C'est assez agréable de ne pas se demander si nous aurons quelque chose à nous dire quand les enfants partiront."

"Les enfants ?" Ses sourcils se dressèrent. "Y aurait-il quelque chose que tu ne m'aies pas dit ?"

Elle éclata de rire. "Métaphoriquement, bien sûr."

Il se détendit et sourit. "Bien sûr." Il lui offrit un morceau de bacon et ils passèrent une demi-heure de détente à se faire mutuellement goûter leur déjeuner.

Quand Nick appela Chris à son travail, une secrétaire répondit qu'il était parti déjeuner, il se rendit donc à la petite maison de Chris située à quelques kilomètres du quartier général de la division informatique de la LexCorp. Alors qu'il tournait au coin de la calme rue bordée d'arbres, Nick remarqua un véhicule stationné dans la rue déserte -- près de la maison de Chris. En approchant, il vit un couple aux cheveux bruns, un homme portant des lunettes et une petite femme brune -- passer la porte d'entrée de Chris et se diriger vers le trottoir. Ils montèrent dans une voiture et démarrèrent au moment où il ouvrait la porte de la propriété de son frère. Pendant un instant, il eut l'impression qu'ils le regardaient dans le rétroviseur, mais la voiture tourna lentement au coin de la rue et il les prit pour des fanatiques religieux en quête d'adeptes.

Nick se précipita sous le porche de la maison et sonna à la porte, ressentant de nouveau l'excitation monter en lui en s'imaginant parler à Chris de ses découvertes. Il attendit un moment, distrait par le jardin des voisins planté d'iris aux couleurs de joyaux. Il pensait au jardinage quand il lui apparut que Chris aurait déjà dû répondre et il se retourna et donna deux autres coups de sonnette.

Où était Chris ? Nick essaya d'ouvrir, la poignée tourna facilement et il passa la tête à l'intérieur et cria. "Hé, Christobal ! Sors des toilettes et réponds !"

Quelque part, un robinet coulait. Nick fit un pas à l'intérieur et ferma la porte. Si Chris était chez lui, ce surnom insultant aurait dû provoquer quelque réponse. Peut-être était-il déjà retourné travailler, mais laisser sa porte d'entrée ouverte pouvait apporter des problèmes. Nick se dirigea vers la cuisine avec la vague idée de laisser, à son frère absent, un mot près du téléphone, quand il vit Chris assis à la table de la cuisine.

"Hé, tu--" commença-t-il avant de remarquer le sang répandu sur la table et la tête de son frère penchée sur la surface de bois. "Mon Dieu, Chris !" s'étrangla-t-il en faisant un bond en arrière.

FIN DE L'ACTE 2

ACTE 3

Lois combattit un bâillement et cocha pour la dixième fois le coin de son bloc-notes quand le recteur de l'académie de Métropolis commença à lire une autre page de ses notes sur le projet de développement de l'école. Elle aurait dû demander à Perry de confier cette conférence de presse à quelqu'un d'autre -- comme Ralph, par exemple -- comme ça elle aurait pu travailler avec Clark sur le sabotage de l'avion qu'il avait évité. Mais Perry avait fait quelques remarques sur les prima donna une semaine plus tôt et elle voulait lui montrer qu'elle pouvait, elle aussi, avoir l'esprit d'équipe. Elle soupira et griffonna quelques notes, extrayant un autre point de la montagne de banalités dans laquelle elle était plongée. Dommage qu'avoir l'esprit d'équipe signifie d'être obligée de s'ennuyer à faire des missions de routine plutôt que de faire une première page intéressante. Elle espérait presque que l'immeuble s'embrase ou quelque chose de ce genre, juste pour animer un peu le moment.

Elle s'entendit soudain penser : j'aimerais presque que l'immeuble s'embrase ou quelque chose de ce genre. A quoi pensait-elle ? Oh, mon Dieu, peut-être était-elle vraiment une droguée de l'adrénaline. Elle détestait l'idée que cette Mlle Bailey des Services Sociaux avait avancée puisse contenir un soupçon de vérité, mais… Etait-ce là la véritable raison qu'elle soit de mauvaise humeur quand Clark s'envolait pour faire un sauvetage et la laissait s'occuper d'un enfant et de la maison ? Parce qu'il faisait "un truc excitant" et qu'elle était cantonnée à la routine ennuyeuse de changer les couches, faire la lessive et préparer les repas ?

Bien sûr que non, se dit Lois. Elle n'était pas immature. Il était naturel d'être mécontente d'endosser la plupart -- énormément ? -- des responsabilités du ménage et elle avait seulement besoin que Clark sache ce qu'elle ressentait au lieu de garder ses sentiments pour elle et s'en prendre après lui. C'est tout.

Mais alors qu'elle prenait les dernières notes avant que ne commence la partie questions-réponses de la conférence de presse, elle se posa la question.

Nick s'assit dans le séjour, le visage dans les mains. Ses yeux le brûlaient des larmes qu'il avait versées et le nœud dans sa gorge était si énorme qu'il avait du mal à avaler. Oh mon Dieu, Chris.

Le détective, un petit homme noir, revint dans le séjour. "M. Tryfillis ?"

Il essuya ses larmes d'un revers de main, remit ses lunettes et leva les yeux. "Oui ?"

"Maintenant que j'ai votre déposition, vous pouvez partir, mais je veux que vous veniez au poste pour rencontrer un portraitiste de la police."

Il lui était difficile de se concentrer sur autre chose que son petit frère. "Un portraitiste ? Pourquoi ?"

"Pour que nous puissions avoir un portrait-robot du couple que vous avez vu," lui répondit patiemment l'enquêteur. "Vous avez peut-être vu les assassins. Voulez-vous qu'on vous accompagne ?"

"Quoi ? Non, ça va. Je vais m'y arrêter." Nick se leva. Il se dirigea vers la porte et s'arrêta. "Et à propos de ...?" Il fit un petit signe de tête en direction de la cuisine et sa voix s'estompa.

D'une voix subitement douce, le détective dit. "On va s'occuper le lui."

"Où est Lois ?" demanda Perry, s'arrêtant devant le bureau du jeune homme.

Clark leva les yeux de l'article qu'il écrivait. Il avait envoyé le sauvetage du jet sur l'ordinateur de Perry et travaillait sur un article additionnel concernant le projet d'amélioration de l'école pour accompagner l'interview de l'inspection académique que Lois avait faite. "A la conférence de presse du directeur. Pourquoi ?"

"Il y a eu un autre meurtre." L'éditeur aux cheveux grisonnants lui tendit un dossier.

Clark l'ouvrit d'un coup, lut les détails et attrapa le téléphone. "Merci, Perry," dit-il en composant le numéro de portable de Lois. "Je vais lui dire de me retrouver là-bas dès que la conférence de presse sera terminée."

"Un petit informaticien curieux éliminé," annonça Enrico O'Reilly en fermant la porte du bureau de Luthor.

Lex regarda le bout de son cigare et dressa les sourcils. Les jours où il considérait le meurtre comme l'aveu d'un échec étaient loin derrière lui, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il acceptait la désinvolture de son subordonné. "Vous êtes parti sans vous faire remarquer ?"

La légère hésitation d'Enrico avant qu'il ne réponde en disait long à un homme qui s'enorgueillissait de son analyse des caractères. "Lindy et moi étions déguisés."

"Ce qui veut dire qu'on vous a vu. Qui ?" demanda Lex impassible.

"Je ne sais pas," dit Enrico, en haussant les épaules. "Un type est arrivé en voiture quand on est remonté dans la notre et il s'est garé derrière nous."

"Est-ce qu'il a pu vous détailler?"

"Non. A moins de pouvoir voir comme Superman."

Lex se figea un instant. Pouvait-il s'agir de Kent ? "A quoi ressemblait-il ?"

"Lunettes, cheveux châtain clair, un peu maigrichon, à peu près en fin de trentaine." dit Enrico, décrivant le témoin.

Ce n'était certainement pas Kent ...mais cette description lui titilla l'esprit. "Et Tryfillis--"

"Une balle dans la nuque, Patron, pas de bagarre, pas de cambriolage ou de signe d'effraction. Et j'ai nettoyé la voiture dont on s'est servi et l'ai abandonné dans Suicide Slum."

"Pas ça. " dit Lex impatiemment en faisant de grands gestes. "Avez-vous trouvé les dossiers qu'il a volés ?"

"Lex ...dossiers ?" Enrico déglutit, puis explosa, "C'était un dingue d'informatique ! Il y avait des disquettes dans tous les coins de la maison. Combien de temps pensez-vous qu'on avait pour entrer et sortir sans se faire prendre ?"

Lex tira furieusement sur son cigare. "Je vous ai envoyé faire un travail et j'attendais qu'il soit fait. Trouvez la disquette."

Son lieutenant avait l'air de compter jusqu'à dix, les muscles de sa mâchoire se contractant alors qu'il serrait les dents. "Il y a des milliers de disquettes dans cette maison et la police est probablement là-bas. Comment voulez-vous que nous fassions pour trouver un fichier particulier sans avertir tout le monde que quelqu'un est intéressé par ce fichier ? Vous pouvez tout aussi bien laisser une carte de visite."

Lex prit une profonde inspiration et retint son souffle. Il détestait se demander lequel de ses hommes de confiance le trahissait. Cela lui rappelait que les choses lui échappaient et la perte de contrôle l'empêchait d'accepter autre chose qu'une obéissance absolue. "Cherchez une disquette," dit-il d'une voix tendue. "Si vous ne savez pas à quoi ça ressemble, demandez à l'une des secrétaires de vous montrer. Trifyllis ne doit pas en avoir des quantités et vous pourrez probablement la trouver facilement."

Quand Enrico ouvrit la bouche pour protester de nouveau et poser une autre question, Lex le coupa d'un geste furieux. "Faites-le !" hurla le milliardaire.

Son assistant jeta un regard à son expression et s'empressa de quitter la pièce.

 

Dans la salle de gym de leur appartement privé, Beth Luthor sauta du tapis de jogging et éteignit le casque et le petit lecteur de cassettes attaché à sa ceinture. Une autre exécution, pensa-t-elle, éteignant d'un air las le bouton du tapis de jogging et posant son front contre la rampe la plus proche.

Quand Lex avait essayé d'enlever la fille des Kent, elle avait fait le premier pas pour contrecarrer ses plans, mais ses efforts s'étaient avérés plutôt inutiles. Trop souvent; elle découvrait quelque chose seulement quand il était trop tard -- comme ce dernier meurtre. Cependant, si elle faisait ouvertement quelque chose contre lui -- parler des enregistrements qu'elle avait de ses conversations avec Enrico -- elle ne survivrait pas jusqu'à son procès. Quand bien même serait-elle incarcérée pour avoir fermé les yeux sur ses activités criminelles, Lex s'assurerait qu'elle meure pour l'avoir trahi et elle n'était pas assez brave ou prête à tout pour risquer son châtiment.

Il devait y avoir une façon de l'arrêter sans être ouvertement impliquée ou sans alerter la police. Si seulement elle avait quelqu'un qui fasse le sale boulot pour elle, quelqu'un qui ait une raison de détester Luthor.

"Un autre meurtre ?" demanda Lois en poussant la porte de la petite maison de Chris Tryfillis pour retrouver Clark. Elle regarda les notes qu'il avait prises. "Qu'est-ce que c'est que ça ? Aucune trace de lutte, rien n'a été volé, pas de signe d'effraction, juste une balle derrière la tête ?"

"Comme une exécution. Mais on n'a pas besoin de chercher un rapport avec Luthor, cette fois. Tryfillis travaillait au laboratoire informatique de la LexCorp," dit son mari.

Elle dressa la tête. "Lex fait le ménage chez lui ?"

"Peut-être." Clark avait l'air à la fois furieux et triste, lui rappelant dans quel état d'esprit il était, il y avait si longtemps, quand ils avaient travaillé ensemble sur le premier article et avaient découvert le corps du Dr Platt. Il se sentait si concerné. Elle lui toucha l'épaule et il prit une profonde inspiration et continua de la mettre au courant. "C'est le frère de Tryfillis qui l'a trouvé."

"Où est-il ?"

"Le détective Barton a dit qu'il était allé au poste de police de Vernon pour parler à un portraitiste, mais j'ai vérifié et il est déjà parti." Il jeta un œil à ses notes. "Il travaille dans un labo à Bakerline -- Lafayette, en réalité et il habite à Oaktown."

"J'imagine que Barton n'a pas dit s'il avait déjà des suspects."

"Hummm." Lois fit le tour du séjour et grimaça en jetant un œil dans la cuisine où les gens du labo de la police travaillaient toujours. "Clark, pourquoi crois-tu qu'il était chez lui au milieu de l'après-midi ?"

Il haussa les épaules. "Il était malade ? Il a travaillé tard la nuit dernière ? Il est rentré déjeuner ? Peut-être que son frère le sait."

Elle jeta encore un œil dans la salle de séjour et se dirigea vers la porte. "Je crois que ce sera notre prochain arrêt. Appelle le labo pour voir s'il y est."

Nick n'avait plus le cœur à travailler sur ses expériences, pas aujourd'hui. Il se balada dans son laboratoire, touchant l'équipement comme s'il appartenait à quelqu'un d'autre, comme s'il ne savait pas à quoi il servait. Il s'arrêta à son bureau, regardant fixement la pile de papiers et les disquettes et--

Les disquettes. Il fouilla dans le bazar, cherchant le paquet que Chris lui avait remis la veille au soir. Une boîte d'envoi de disquette rigide, blanche et cartonnée… elle était là. Elle était toujours en blanc. Il avait oublié de mettre l'adresse d'Alex et de la poster -- et c'était presque la dernière chose que lui avait dit Chris la veille au soir. Nick avait été trop occupé par son projet pour remarquer son frère quitter le labo ...mais maintenant il aurait donné n'importe quoi pour voir à nouveau son frère passer la porte. Il alluma son ordinateur et mit la disquette dans le lecteur.

Deux voitures de police bloquaient l'accès à la maison de l'informaticien quand Enrico arriva lentement. Il grimaça. Une réponse aussi rapide signifiait que le type qui s'était arrêté quand Lindy et lui avaient quitté la maison, avait découvert le meurtre -- ce qui voulait dire que les flics avaient déjà leur description.

Arrachant les lunettes qu'il portait, il accéléra petit à petit jusqu'à la vitesse limitée puis tourna au coin de la rue. Il était dans une voiture différente, mais il valait mieux qu'il balance les vêtements qu'il portait ainsi que les lunettes avant de retourner dans le secteur. Mais il devait s'arrêter ailleurs avant de se changer et il se dirigea vers l'autoroute et le Centre Technologique de la LexCorp.

Lois conduisait la Jeep Cherokee dans la ville avec son habituelle adresse agressive, mais Clark remarqua qu'elle était songeuse quand elle prit la sortie sur Lafayette et quitta l'autoroute. "Quelque chose ne va pas, Lois ?" demanda-t-il.

"O-o-oui," commença-t-elle lentement. "Clark ?"

"Oui ?"

"Je ne veux pas que tu penses que je me plains ou quelque chose comme ça parce que je ne me plains pas et je comprends vraiment que tu ne puisses pas ignorer les urgences et, de toute façon, je ne voudrais pas que tu le fasses." Elle s'arrêta un instant, puis replongea. "Mais il y a des jours -- qu'est-ce que je dis ? Des semaines ! durant lesquelles on dirait qu'il y a une urgence après une autre et quand ça se reproduit à longueur de temps, j'ai l'impression d'être une mère célibataire." Elle hésita un instant, puis dit d'une petite voix, "A part que parfois, je pense qu'il serait plus facile que je le sois."

Il tourna brusquement la tête. "Quoi !" Plus facile de ne pas être marié avec lui ? Cette pensée lui déchira le cœur avec une sensation presque physique -- comme la réaction qu'il aurait eu si Lois ou Laura étaient en danger.

Elle s'engagea dans le boulevard rempli de monde et répondit calmement, mais sa voix montait petit à petit. "Je sais que ce n'est pas ta faute, Clark, mais je déteste ne pas pouvoir compter sur toi pour t'occuper des choses ! C'est toute une affaire de devoir me précipiter pour organiser mon emploi du temps pour faire ce que tu es supposé faire."

"Comme le rendez-vous de Laura à la visite médicale de ce matin," murmura-t-il.

Lois grimaça d'un air contrit, mais il ne s'agissait pas d'un sourire.

Trop axé sur sa réflexion précédente pour se sentir sur la défensive, il avala sa salive, essayant de faire passer la question au goût de Kryptonite. "Mais-- mais comment cela serait-il plus facile si tu étais seule ?"

Lois jeta un œil vers lui et son expression s'adoucit, elle tendit la main et prit la sienne. "Oh, Clark, je ne veux pas dire que je souhaite que nous ne soyons pas mariés. Je n'ai jamais souhaité ça." Elle serra sa main. "Je veux juste dire que si j'étais seule, je saurais m'organiser pour m'occuper de tout ce dont Laura a besoin et de la maison et ça ferait partie de mon emploi du temps au lieu de me précipiter à la dernière minute."

Il prit une profonde inspiration, trop déprimé pour se défendre. "Que veux-tu que je fasse ?"

Elle tourna la Jeep au coin de la rue, manquant de peu un piéton qui avait choisi de traverser à la dernière minute. "Rien. Je me défoule. Après tout, qu'est-ce que tu peux faire ? Laisser mourir trois cents personnes dans un accident d'avion parce que je ne veux pas te remplacer et amener Laura chez le médecin ?"

"Lois ! Fais attention !" cria Clark.

A son avertissement, elle freina brutalement. Le véhicule traversa la rue en dérapant avant de s'arrêter, manquant de peu une voiture garée de l'autre côté de la chaussée. Lois, secouée, appuya un instant sa tête sur le volant, puis se redressa et demanda, "Qu'est-ce que c'était ?"

D'un signe de tête, il lui indiqua un garçon qui jouait au football dans la rue, puis le regretta quand sa femme se mit à hurler par la vitre. "Hé ! Qu'est-ce que tu as dans la tête ?"

L'adolescent lui fit un geste vulgaire et se mit à l'invectiver de commentaires tout aussi vulgaires et elle se débattit avec sa ceinture essayant de se détacher. "Lois--" l'avertit Clark.

Elle hésita, puis ferma la portière et redémarra la Jeep, limitant sa réponse à un regard furieux en passant auprès des gamins. "Est-ce que leurs parents ne leur apprennent pas qu'on ne joue pas dans la rue ? J'ai presque heurté une autre voiture en essayant de les éviter. Et, de toute façon, que font-ils hors de l'école à cette heure de la journée ?" marmonna-t-elle.

Très sagement, Clark, ne lui rappela pas que pour la plupart des écoles publiques la journée était terminée bien avant cinq heures. Au lieu de cela, il discuta de ce qu'elle venait de dire. Pas de son irritation à propos de ses absences. L'irritation et l'exaspération étaient sa réaction normale à être constamment interrompue; il s'y attendait et faisait avec, tout en étant très amoureux et prévenant quand il rentrait. Ce qui l'inquiétait était les insinuations de ses plaintes : qu'il pouvait finalement partir si souvent que son retour serait une intrusion plutôt qu'un événement bienvenu.

"Alors, qu'est-ce que le détective avait d'autre à dire?" demanda Lois.

Clark regarda autour de lui. Les garçons étaient hors de vue et Lois s'était calmée, mais elle ne voulait apparemment pas discuter davantage des disparitions de Superman. C'était parfait. Lui non plus. Il feuilleta son bloc-notes.

Owen Preece ouvrit le bureau de Chris Tryfillis à M. O'Reilly. Il ne voulait pas lui demander ce qu'il cherchait; il savait qu'il était l'un des bras droits de Luthor et c'était là tout ce qu'il avait besoin de savoir. Tout ce qu'il voulait savoir, en réalité, mis à part peut-être pourquoi Chris n'était pas revenu après le déjeuner. Mais il n'allait pas demander cela à O'Reilly. Toute cette affaire le rendait malade, lui tordait l'estomac et il se demandait si ce n'était pas le bon moment pour remettre sa démission.

Nick fixait l'écran de son ordinateur. Les gros fichiers n'avaient donné que des informations parasitées -- cryptées, peut-être -- mais les deux plus petits contenaient une liste de mots de passe associés à la LexCorp et, le plus important, une note de Chris expliquant à Alex ce qu'il voulait qu'il fasse. Nick retira la disquette du lecteur et la regarda.

Etait-ce pour cela que Chris avait été tué ? Etait-il tombé sur une chose pour laquelle quelqu'un à la LexCorp était prêt à tuer ?

Nick replaça la disquette dans le paquet et inscrivit l'adresse d'Alex, puis il la remit dans la poche de son pantalon. Il pensa un instant à la remettre à la police, mais, de toute façon, ils ne pourraient pas la décoder, il était donc plus logique de la donner d'abord à Alex.

"Je pense qu'on aurait d'abord dû téléphoner," dit Clark tandis qu'ils s'engageaient dans le couloir du Laboratoire Fondation Gendell. "Ce type vient tout juste de découvrir le corps de son frère."

"Et c'est pour cela qu'on ne l'a pas fait," lui dit Lois. "Si nous lui avions demandé une interview, il nous aurait envoyés balader et nous ne pourrions pas trouver qui a tué son frère."

Ce qui leur avait permis d'aller aussi loin était l'assurance de Lois. Elle avait sorti de son sac un badge l'identifiant comme Lisa Lowell et l'avait épinglé avant qu'ils ne passent la porte d'entrée. Ça, et son air d'être là où elle devait être, avait empêché quiconque de les interroger sur leur présence. "Et, en outre," poursuivit-elle, tournant au coin du couloir, "c'est bien pour ça qu'on est là, n'est-ce pas ? Attraper les méchants pour qu'ils ne fassent plus de mal à personne."

Clark acquiesça. Elle avait raison, mais il ne pouvait s'empêcher de trouver morbide -- ou tout au moins, incorrect -- d'arriver dans la vie des gens au moment où ils avaient le plus de peine ou d'humiliation. Une idée sacrilège pour un journaliste d'investigation, mais il pensait que c'était en partie ce qui le gardait attentif aux sentiments des gens et l'aidait à tempérer l'approche de bouledogue de Lois pour obtenir des informations.

Nick se recula de son bureau et regarda dans le couloir à travers la vitre. Un couple avançait vers la porte de son laboratoire : un homme aux cheveux bruns avec des lunettes et une petite femme brune à ses côtés.

Oh, Seigneur. Il plongea derrière son écran, cognant presque sa chaise dans sa hâte de se mettre hors de vue de la vitre, en tremblant dans l'attente du coup de feu. Ces gens étaient ceux que la police pensait être les assassins de Chris, et maintenant, juste quelques heures après qu'il les ait vus quitter la maison de Chris, ils se montraient à son laboratoire.

Un grand coup à la porte le fit sursauter et il se cacha très vite derrière l'ordinateur en se mordant la lèvre pour retenir sa respiration. Ils s'en iraient sûrement s'il ne répondait pas.

"Docteur Trifyllis ?"

"Oh Seigneur, ils connaissaient son nom et l'endroit où il travaillait. Il tendit la main vers son téléphone sans fil pour appeler la sécurité, mais il n'était pas à côté de son ordinateur. Regardant autour de lui, il vit le combiné posé sur la table au milieu de la pièce -- parfaitement visible de la fenêtre du couloir. Et la porte du laboratoire était verrouillée. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Il ne lui restait que quelques secondes avant qu'ils n'entrent.

Mais que pouvait-il bien avoir de menaçant pour les tenir à distance? Un coupe-papier ? Nick se serait mis à rire s'il n'avait pas eu aussi peur à en devenir hystérique.

"Lo-is !" siffla Clark alors qu'elle essayait d'ouvrir la porte. "Il ne répond pas. Il n'est probablement pas là."

"La lumière est allumée," lui fit-elle remarquer.

"Peut-être que la lumière reste allumée-- pour des raisons de sécurité."

Elle réfléchit en se retournant à moitié. "Tout ce que je vais faire c'est passer la tête dans l'embrasure de la porte et l'appeler. Mais si quelqu'un voulait bien se servir de sa super vision pour voir si ce type est là, je n'aurais pas à entrer par effraction."

Clark hocha la tête de désapprobation quand elle poussa la porte et entra dans le petit laboratoire, mais il la suivit.

"Docteur Trifyllis ?" appela-t-elle. "Votre porte était ouverte. Etes-vous encore là ?"

Clark lui attrapa la main. Quelque chose n'allait pas. Il baissa ses lunettes et radiographia la pièce. "Lois, attends," dit-il--"

--quand un éclair de lumière blanche les saisit et les figea sur place. Puis la lumière s'éteignit et ils s'écroulèrent.

Pendant un instant, Nick regarda le couple étendu sur le sol de son laboratoire. Une partie de son esprit avait compté les secondes depuis qu'il avait dirigé son rayon sur eux, se demandant s'il resteraient inconscients plus ou moins longtemps que ne l'avaient été Jolly et le chat. Mais il était en train de gâcher ce qui était peut-être bien sa seule chance de s'enfuir et il mit son rayon conducteur sous son bras, sauta par-dessus les corps et se précipita vers la porte et jusqu'à sa voiture.

FIN DE L'ACTE 3

ACTE 4

"Oui, Monsieur. Il m'a dit qu'il pouvait adapter son appareil pour se servir de la pierre." Asabi, réfléchit, sa voix devenant plus grave dans le téléphone. "Ses premiers essais de transfert ont été réussis."

Lex fit pivoter sa chaise devant la baie vitrée et tira sur son cigare. L'étendue paisible du ciel était le meilleur endroit pour laisser ses pensées vagabonder. S'il pouvait réussir ce coup . . .

"Quoi qu'il en soit," poursuivit Asabi, "Gendell a renouvelé son financement pour trois ans. Nick ne va pas trouver votre offre si intéressante, maintenant."

Lex l'ignora. Si le petit protégé d'Asabi ne voulait pas apporter son invention à la LexCorp, il y avait d'autres façons d'obtenir le dispositif. "L'a-t-il déjà essayé sur des humains ?"

"Non, monsieur. Juste sur des animaux. Après mes avertissements, je doute qu'il se risque à l'employer sur des humains. Toutefois il a au moins essayé un échange entre espèces."

Un Krytonnien était une espèce différente. "A-t-il dit comment ça c'était passé ?" demanda Lex négligemment.

"Seulement que ça a été … une expérience traumatisante pour les deux animaux."

Asabi poursuivit, mais Lex n'écoutait pas. Il semblait que l'appareil était encore trop risqué à utiliser. Peut-être valait-il mieux attirer ce Nick dans son entreprise. En venant à une rapide conclusion, il coupa la parole à son homme de main. "A-t-il rapporté la pierre ?"

"Pas encore. Il travaille souvent très tard. Je pense qu'il viendra me voir dans les prochaines heures."

"Quand il viendra, reprenez la pierre. Ne le laissez pas l'emporter. Quand je lui proposerai un emploi au Laboratoires ArLex, je veux lui permettre d'avoir accès à la pierre."

"Ah, une sorte de récompense. Vous êtes judicieux, monsieur."

Assez judicieux pour reconnaître la flatterie quand il l'entendait. "Ne me flattez pas, Asabi," l'avertit Lex.

"C'est un plaisir de vous servir," murmura le mage.

Lois se réveilla et sentit qu'elle était étendue sur le carrelage. Quoi ? Pourquoi était-elle couchée par terre ? Elle resta ainsi étendue, le regard balayant les alentours. C'était différent; ce n'était pas la maison d'Hyperion Avenue. Le souvenir d'images lui revint. Elle avait ouvert la porte de Nick… Nick… le laboratoire de Trifillys. Elle entrait. Et puis il y avait eu cette lumière.

Oh Seigneur, elle allait avoir un sacré mal de tête dès qu'elle bougerait et elle en grimaça d'avance en se retournant maladroitement. Mais elle n'avait pas mal -- et une femme étrange était allongée à côté d'elle. Cheveux bruns, mince, un tailleur bleu marine sur un chemisier de dentelle, tailleur bleu marine--

Attendez. C'est ce qu'elle avait mis ce matin-là. Soudain quelque chose lui traversa l'esprit ...et Lois poussa un petit cri étouffé.

C'était elle couchée par terre si tranquille et inconsciente. Et elle -- peu importe qui elle pensait être -- ne souffrait pas, même après s'être écroulée. Ses yeux se fermèrent. Je ne peux pas-- Oh Clark ! Laura ! Elle se mordit la lèvre pour retenir un gémissement de désespoir--

--et fondit presque en larmes quand elle s'aperçut que se mordre la lèvre ne lui faisait pas mal. Mais la petite partie d'elle qui avait toujours refusé de laisser tomber vint à son secours. Réfléchis! s'ordonna-t-elle désespérément. Il doit y avoir une explication. Peut-être que ce corps n'était pas le sien. Peut-être était-ce un double ou un clone ...n'importe quoi plutôt qu'être morte.

Lois ouvrit les yeux. C'était sa veste, ses boucles d'oreille, même son parfum. Elle se dit que quelqu'un allait avoir des problèmes. Mais regardez un peu la façon dont ses cheveux étaient arrangés. C'était sans doute une perruque. Elle tendit la main pour toucher la chevelure châtain ...et s'arrêta en regardant sa main tendue.

Ce n'était pas sa main.

Ce n'était pas une main de femme. Elle leva la main devant son visage et l'étudia. Grande, forte, aux longs doigts ... et indéniablement masculine. Lois entendit les battements de son cœur lui résonner dans les oreilles. Elle connaissait cette main presque autant qu'elle connaissait la sienne.

Doucement, elle toucha son visage -- et sentit des lunettes. C'était impossible, pourtant c'était la seule chose qui avait un sens. Galvanisée, elle attrapa son sac à main, qui se trouvait un peu plus loin, fouilla à l'intérieur et en sortit une petite glace ronde.

Pendant un instant, elle serra ses doigts autour du miroir -- plus petit dans cette grande main que dans ses souvenirs -- en hésitant, effrayée d'avoir une confirmation. Mais elle ne pouvait plus se cacher et procéda de la seule façon qu'elle connaissait, la façon dont elle relevait tous les défis. Elle leva le miroir--

--et découvrit les yeux bruns étonnés de son mari.

Lex tira une longue bouffée de son cigare. Si ça marchait, ce serait l'ultime défaite de sa source d'irritation qu'était Superman. Mais il ne voulait pas relever pareil défi à la hâte et à la légère. Avant le transfert, il liquiderait ses avoirs et les transférerait sur un compte en Suisse. Il serait ainsi non seulement l'homme le plus puissant du monde, mais il aurait aussi les ressources financières pour y palier.

Ses lèvres se tordirent avec un sourire terrifiant. Clark Kent n'avait jamais su quoi faire de ses pouvoirs. A tout instant il était enchaîné dans sa stupide moralité. Et en dépit de ses capacités incroyables, il n'était jamais parvenu à vaincre un simple être humain -- Lex Luthor.

C'est un problème que Lex n'aurait pas à surmonter. Il savait comment utiliser le pouvoir et avait toujours adoré s'en servir en toute impunité pour ce qu'il désirait faire. Mais armé de supers pouvoirs, il ne serait plus question d'être inquiété avec quoi que ce soit. Le monde -- et tous les plaisirs qu'il offrait -- seraient siens. Tout serait à sa portée.

Cette pensée le mit de si bonne humeur que lorsque Beth entra en hésitant dans son bureau, il lui fit un petit signe et se leva pour l'accueillir. Il la prit par les épaules et pencha la tête pour caresser sa joue de ses lèvres. "Que veux-tu, ma chère ?"

Elle parut un peu surprise, mais répondit, "Le chef veut savoir si tu préfères de l'espadon ou du pigeon pour le dîner."

Lex sourit. Tuer quelques pigeons paraissait approprié. "Du pigeon," dit-il, et il passa ses bras autour d'elle. "Mets quelque chose de joli ce soir. Je pense que nous irons danser après dîner."

Beth rejeta la tête en arrière pour le regarder. "Tu es de bonne humeur. Les affaires vont mieux ?"

"Mieux que je ne l'avais espéré, mais ce soir je veux juste que nous fêtions--" il changea son 'moi' au milieu de sa phrase pour l'inclure elle aussi-- "nous". Elle n'était peut-être pas franchement la femme qu'il aurait choisie, mais elle avait rendu possible le retour de son pouvoir et de son apparente respectabilité et il se sentait généreux. Il posa un baiser sur ses lèvres entrouvertes. "Alors, va te faire belle."

La première chose que Clark remarqua fut son mal de tête. Il ne se souvenait pas d'une quelconque rencontre avec de la kryptonite, mais il ne pouvait se méprendre sur la douleur lui martelant la tête. Excepté que ...il n'avait pas de nausées... pas plus que de brasier enflammant ses terminaisons nerveuses. C'était juste... un mal de tête... et un élancement dans le poignet qui était retourné sous lui. Il remua, essayant de dégager son bras.

"Clark, tu vas bien ? Oh, s'il te plaît réveille-toi ! Tu m'entends, Clark ?"

La voix ressemblait à … Non. C'était dingue de penser que son double de l'univers parallèle était là.

"Peux-tu ouvrir les yeux ? Tu as mal ?"

Tout ce qu'il souhaitait était de replonger dans de confortables ténèbres, là où les maux de tête contre nature et les douleurs au poignet impossibles ne pourraient pas le faire souffrir, mais la voix ne voulait pas le laisser tranquille. Il bougea la tête en grimaçant et commença à dire, "Laissez-moi tran--"

Ses yeux s'ouvrirent; il fut stupéfait de découvrir l'autre Clark qui le regardait avec inquiétude. Sa voix ! "Que-que s'est-il passé ?" demanda-t-il--

--avec un geste de recul en entendant sa voix. Haut perchée, indubitablement féminine ...que lui était-il arrivé ? Ignorant la douleur dans sa tête, il se redressa sur un coude et s'examina. Un tailleur ? Des bas ? Il passa une main incrédule sur sa poitrine, sur des formes très familières. Il leva un regard horrifié vers son double. "Lois ?"

L'image de lui-même hocha la tête et il grogna, "Oh, non, pas encore," et se laissa retomber sur le sol. Mais se cogna la tête contre la surface dure. "Ow."

Owen Preece ouvrit lentement la porte du bureau de Chris comme s'il s'attendait à se trouver nez à nez avec un pistolet pointé sur lui. "Vous avez besoin de quelque chose, M. O'Reilly ?"

L'homme de main de Luthor, qui rappelait à Owen les tueurs à gages de la Mafia dans les films, s'écarta de l'ordinateur. "Comment faites-vous pour trouver les fichiers cachés ou effacés sur cette chose ?"

Owen fit le tour du bureau en murmurant, "Excusez-moi, s'il vous plaît," puis il se pencha sur le clavier. La corbeille était vide, comme il s'y attendait, mais ça ne faisait pas de mal de procéder tout d'abord de la manière la plus simple. Il se déconnecta puis se connecta à nouveau avec son propre code, ce qui lui permettait d'accéder à des programmes et des fonctions que Chris lui-même ignorait. Quand l'ordinateur était connecté au réseau, une copie de tout ce qui était fait était envoyée à l'ordinateur du directeur, mais Owen était certain que Chris le savait. Toutefois, il n'était peut-être pas au courant du programme de surveillance qui fonctionnait que quelqu'un soit ou non connecté au réseau et fasse des copies de fichiers, d'e.mails clos sans avoir été sauvegardés ou d'autres fichiers sauvegardés sur disquettes plutôt que sur disque dur.

Owen entra le code en trois parties lui donnant accès aux fichiers copiés et ouvrit le répertoire caché. "Vous cherchez quelque chose en particulier ?" demanda-t-il poliment.

O'Reilly se pencha en avant, tendit le bras devant Owen et fit défiler la liste. "Vérifiez ce qu'il a fait la nuit dernière et ce matin."

La tâche aurait pu être longue et fastidieuse, mais il ne fallut que quelques secondes à O'Reilly pour décider s'il voulait en voir davantage que le fichier qu'Owen ouvrait. Pour finir, ils s'arrêtèrent sur un court fichier texte et quelques lignes d'une lettre e.mail.

"Salut, Alexios," commençait le premier fichier. "J'ai un puzzle qui va peut-être t'amuser -- un fichier crypté que je ne peux pas ouvrir. Je suis censé le protéger, mais j'aimerais savoir ce que c'est -- une carte où les cadavres ont été enterrés ou autre chose. Bref, jette un œil dessus si tu as le temps et fais-moi savoir ce que tu auras trouvé. Je m'incline devant tes énormes compétences - Christoph."

La lettre e.mail était encore plus courte. "Salut Nico. Merci d'envoyer le paquet à Alex. Je te dirai ce soir de quoi il s'agit si tu n'es pas pris par ton projet et que tu m'oublies."

A la demande d'O'Reilly, Owen imprima les copies des deux lettres et effaça les fichiers du programme de surveillance. L'homme de main de Luthor prit les imprimés en silence puis demanda, "Savez-vous qui est Nico ?"

Owen hésita, mais le renseignement se trouvait dans le dossier personnel de Chris, son silence n'aiderait donc personne. "Je ne sais pas qui est Nico, mais il a un frère qui s'appelle Nick."

"Ici, à Métropolis ?"

"Dans l'un des arrondissements, je crois. Peut-être à Bakerline."

Owen ferma la porte du bureau de Chris après que l'autre homme soit parti. Mais au lieu de s'en aller, lui aussi, le directeur se rendit dans son bureau, s'assit à sa table de travail et se cacha le visage en tremblant, se demandant dans quel pétrin Chris s'était mis. Après quelques instants, il ouvrit son carnet d'adresses et décrocha le téléphone.

"Pas encore ?" répéta Lois. "Tu crois que c'est comme ce qui s'est passé quand toi et ce -- ce criminel avez changé de place ?" S'il lui avait été difficile de regarder cet homme âgé et de voir son mari, il lui était presque impossible de se regarder elle et de le voir. Et ce corps -- le fait même de se lever était difficile. Elle était trop grande, presque maladroite, et son corps se mouvait mal.

"Woody Samms ? Oui, c'était comme ça." Il essaya de se lever, mais ses hauts talons s'affaissèrent et il s'écroula.

Lois le rattrapa par le bras avant qu'il ne se foule une cheville, soulevant avec aisance ce corps de femme qui ne pesait rien. Elle avait déjà ressenti cela auparavant, en tant qu'Ultrawoman, mais c'était différent. C'était son corps, survolté, développé, simple à contrôler maintenant qu'elle y songeait.

Pas maintenant. Sa main faisait presque le tour de son bras -- était-elle si menue pour lui ? -- et elle vit la surprise sur son visage quand il la regarda et grimaça de son étreinte. "Attention, chérie," lui dit-il en se frottant le bras. "Tu vas avoir un bleu."

"Oops. C'est mieux qu'une entorse à la cheville," Elle regarda son apparence d'un air grave. "Je savais que je n'aimais pas la façon dont ce nouveau visagiste m'avait coupé les cheveux. Est-ce qu'ils sont toujours aussi raides que ça ?" demanda-t-elle, tendant la main vers lui pour arranger une mèche.

Il leva les yeux pour la regarder et Lois se mit à rire. C'était peut-être son visage, mais elle parvenait à reconnaître le regard de Clark n'importe où. "Peu importe. C'est l'une des questions sans réponse qu'une femme pose à son mari, n'est-ce pas ?"

Il sourit mais évita adroitement ce piège en changeant de sujet. "Lois, te souviens-tu de ce qui s'est passé ?"

Elle réfléchit en fronçant les sourcils. "J'ai ouvert la porte et j'ai appelé Trifyllis. Et puis ..." Elle réfléchit encore et essaya de se souvenir. "Et puis, je crois que tu m'as dit d'attendre et ensuite il y a eu cette lumière aveuglante ...et on s'est réveillés comme ça."

"Oui, c'est aussi ce dont je me souviens. Mais ce n'est pas comme ça que ça s'était passé avant."

"Non ?"

"Non. Samms m'a serré la main. Il tenait quelque chose ...quelque chose avec des bords anguleux qu'il appuyait au creux de ma main. Comme un dé ou peut-être une pyramide." Clark réfléchit, essayant de se souvenir et hocha la tête. "Je ne sais pas ce que c'était, mais quand il m'a touché ...j'étais pétrifié et tout ce que j'entendais c'était mes battements de cœur. Et ensuite c'est comme si j'avais été poussé ailleurs -- et je regardais soudain dans une autre direction ...je me regardais. Et je ne me souviens plus de rien après cela. De rien, jusqu'à ce que je n'émerge des buissons du parc et ne me relève." Il eut un petit sourire au coin des lèvres. "Ça s'est passé de la même façon quand on a changé à nouveau de corps. Nous nous sommes serré la main et j'ai senti cette chose qu'il tenait au creux de ma main. J'ai été à nouveau pétrifié, et ensuite je me suis retrouvé dans mon corps."

"Non, c'est pas comme ça que ça c'est passé aujourd'hui," dit Lois. "Je veux dire, nous avons été tous deux pétrifiés et avons perdu connaissance, mais c'est tout. Tu sais à quoi ça me fait penser ?"

"A quoi ?"

"Quand on m'a tiré dessus avec ce rayon de kryptonite rouge qui m'a transformé en Ultrawoman."

"Alors quelqu'un a dû tirer. Nick Triffylis ?"

"Je ne vois pas qui d'autre." Elle essaya de faire marcher la vision à rayons X de Clark, mais n'obtint qu'une image déformée. "Quelque chose ne va pas."

Il la regarda inquiet. "Que veux-tu dire ?"

"J'essaie de me servir de ta vision-trucmuche pour jeter un œil à cet endroit."

"Oh." Il tendit la main et enleva les lunettes de son nez. "Cristal de plomb. Tu ne peux pas utiliser la super vision à travers."

Elle regarda le matériel dans chaque coin du laboratoire en suivant Clark qui cherchait d'où la lumière était sortie. "C'est pour ça que tu portais des lunettes quand tu es arrivé à Métropolis ? Il n'est pas là," ajouta Lois. Clark était en train de fouiller ce qui semblait être le poste de travail de Trifillys.

"Je ne pensais pas qu'il y serait," admit-il, ouvrant méthodiquement les tiroirs et les classeurs du bureau et vérifiant les piles de papiers. "Des lunettes ?" demanda-t-il, se saisissant d'un vieux bouquin et le feuilletant.

"Tu sais. Tu portais des lunettes avant d'inventer Superman, alors elles ne pouvaient pas être un déguisement."

"Oh, ça." Il posa le livre et s'accroupit pour regarder les boîtes se trouvant sous le bureau. "J'ai commencé à les mettre comme écran -- comme ça je ne pouvais pas me servir de ma super vision accidentellement et après quelques temps ...en vérité, je suppose que c'était une sorte de déguisement."

Lois se retourna et le regarda d'un air surpris. "Vraiment ? Je ne pensais pas que tu avais une identité secrète avant Superman."

La voix de Clark était un peu étouffée sous le bureau, mais avec une super oreille, elle n'avait pas de problème pour comprendre ce qu'il disait. "Je n'en avais pas. Mais quand les gens commencent à se demander qui est assez fort et assez rapide pour faire certaines choses, en général ils ne pensent pas au type qui porte des lunettes. Spécialement depuis que je les baisse quand je fais quelque chose de ...super." Il se redressa. "Je ne vois rien ici qui ai pu nous faire ça."

Elle se retourna lentement, lunettes baissées sur son nez pendant qu'elle radiographiait la pièce, étudiant chaque équipement. "Moi non plus. Il a dû l'emmener avec lui."

"Mais où ?"

Le téléphone sonna, interrompant leur discussion, mais le répondeur se mit en marche avant la seconde sonnerie. "Laissez un message après le bip," dit le répondeur.

"Nick Triffylis ?" dit le téléphone. "Ici Owen Preece, le patron de Chris. Chris n'est pas revenu travailler après le déjeuner et je n'arrive pas à le joindre chez lui. Si vous savez ce qui se passe, faites-le moi savoir." L'interlocuteur hésita un instant et poursuivit. "Savez-vous quelque chose au sujet du paquet pour Alex ? Certaines personnes sont intéressées." La ligne fut coupée et le bruit de la sonnerie continue remplit la pièce jusqu'à ce que le répondeur s'arrête.

Le regard de Clark croisa celui de Lois. "Un paquet pour Alex ? C'est bizarre."

"Oui. Il faut qu'on parle à Owen Preece." Elle regarda sa montre -- non, la montre de Clark. "Mais il est plus de six heures et il faut qu'on aille chercher Laura. Demain ?"

Il acquiesça. "Il faut d'abord qu'on annule ce -- ce transfert." Il regarda autour de lui avec désespoir. "Mais je ne crois pas que quelque chose ici puisse nous aider."

"Moi non plus," répondit Lois. Son regard se posa sur le livre que Clark avait feuilleté. "Qu'est-ce que c'est ?"

Il baissa les yeux. "Un livre sur la projection astrale. J'ai pensé que ça avait un rapport avec ce qui nous est arrivé, mais c'est drôlement 'hors de l'ordinaire'."

"Et ça, ça ne l'est pas ?" demanda-t-elle, montrant le Kryptonnien d'un mètre quatre-vingt-cinq dans lequel elle se trouvait. Elle ouvrit la couverture et regarda l'ex-libris, et son cœur fit un bond dans sa poitrine. "Clark, regarde ça."

"Oui ? Peut-être trouverez-vous la réponse que vous cherchez--" lut-il à haute voix. "Je ne peux pas lire la signature."

La voix de Lois tremblait. "Asabi. C'est signé 'Asabi'."

"Le serviteur de Luthor ?"

Elle acquiesça. "Asabi était avec Lex quand-- quand--" elle bredouilla. Le souvenir était encore douloureux -- pour tous les deux -- et elle changea son 'quand tu m'as laissé partir avec Lex' par, "--quand j'ai perdu la mémoire et que Lex me retenait. Ils avaient ... un couple de clones dans des sortes de vitrines, et Lex ..." Elle ferma les yeux, essayant de se souvenir. "Lex prévoyait de transférer nos esprits dans leurs corps."

Elle ne se souvenait pas avoir eu un jour un visage si tendu. "Alors tu penses qu'Asabi avait quelque chose à voir avec ça, "commença Clark. Il regarda l'inscription sur le livre. "Et il s'avère maintenant qu'il est aussi en relation avec Nick Triffylis." Il leva la tête pour la regarder, les mâchoires serrées. "Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une coïncidence."

"Moi non plus--" Elle s'interrompit et tourna soudain la tête en entendant un appel au secours.

"Qu'est-ce que c'est ?" demanda Clark.

"Quelqu'un a besoin de Superman."

"Vas-y !"

"Mais l'homme de main de Lex va peut-être venir ici."

Il leva les yeux au ciel. "Lois, je retourne au Planet pour prendre Laura. Je te retrouve à la maison. Maintenant . . ." Il fit tourner son doigt comme s'il agitait une boisson.

Elle se mordit le coin de la lèvre, puis hocha la tête et, s'éloignant de la fenêtre du couloir, tourbillonna en super vitesse dans un brouillard--

--sauf que, lorsqu'elle s'arrêta, la veste de Clark était coincée autour de ses coudes, et son nœud de cravate pendait à son oreille. "Ne t'avise pas de rigoler," lui dit-elle en enlevant les vêtements en super vitesse.

Quelques secondes plus tard, Superman se tenait là, convenablement vêtu mais avec un air hésitant et mal à l'aise. "Clark ..."

"Chérie, tu as fait un travail formidable en tant qu'Ultrawoman. Tu peux faire ça aussi." Il s'apprêtait à tendre le bras pour lui caresser la joue, mais il s'arrêta la main tremblante. Il serra les dents et posa la main sur sa joue. "Bonne chance, chérie," murmura-t-il.

Nick avait retiré un maximum d'espèces avec ses trois cartes de crédit, fait le plein d'essence et s'était arrêté au drive-in attenant. Maintenant, sur l'autoroute allant à New-York, il roulait à 50 kilomètres heure -- une vitesse remarquable à l'heure de pointe, mais une allure qui lui faisait monter la pression sanguine en regardant sans cesse dans son rétroviseur, cherchant la voiture dans laquelle il avait vu monter les assassins. En dépit de ce qu'il essayait de se dire, il ne pouvait croire qu'ils n'étaient pas déjà à ses trousses. Il essayait de se contrôler du mieux qu'il le pouvait pour rester sur sa voie et ne pas attirer l'attention en passant d'une voie à l'autre dans le but d'aller plus vite.

Il avala nerveusement une frite en espérant qu'Alex soit chez lui et ne soit pas parti quelque part.

Le car scolaire, rempli des membres de l'équipe féminine d'athlétisme du collège Pelham, penchait dangereusement sur le bord du pont de l'autoroute dont le rail de sécurité avait été arraché et s'était enfoncé dans l'aile sous la force de l'impact. A côté, la remorque du camion-citerne déversait l'essence sur la chaussée, et la moindre étincelle, même provenant du car qui avait raclé le rail de sécurité en l'arrachant, pouvait provoquer une explosion qui détruirait les deux véhicules.

Lois hésita, puis piqua pour attraper le car scolaire. Si elle pouvait l'enlever, elle n'aurait plus qu'à s'inquiéter pour le chauffeur du camion si le feu se déclenchait. Elle devait pouvoir l'attraper facilement -- quand elle était Ultrawoman elle avait posé un avion, ce qui était beaucoup plus délicat à équilibrer -- mais elle évalua mal la distance, dépassant sa cible, et le déplacement d'air de son atterrissage fit bouger le car. Il commença à glisser, le rail de sécurité pendant au-dessus de l'autoroute, tandis que les filles terrifiées se précipitaient vers la sortie de secours à l'arrière, leur poids faisant pencher davantage le véhicule.

Attrapant le pare-chocs avant, Lois empêcha le car de plonger, mais il était coincé dans le rail de sécurité, et elle ne pouvait le soulever sans arracher le rail. Que ferait Clark ? se demanda-t-elle. Elle se dirigea prudemment vers l'aile dans laquelle le rail était enfoncé. Provoquer des étincelles en arrachant le métal ou se servir de sa super vision pour le couper pouvait enflammer les émanations d'essence qu'elle sentait si fort. Mais de quelle autre manière pouvait-elle libérer le car ?

Le froid, pensa-t-elle. Le métal casserait sous un froid extrême. Et il n'y aurait aucune étincelle.

Elle prit une profonde inspiration, essayant de se souvenir comment Clark lui avait appris à canaliser l'énergie de l'air qu'elle emmagasinait. C'était plus une question de calme que de force, lui avait-il dit quand elle avait renversé le rocher au lieu de le geler. Elle espérait en savoir maintenant assez long sur le calme, et elle envoya un jet de nitrogène liquide sur le rail.

Un petit souffle, presque insignifiant, et le rail cassa. Puis elle s'élança vers le ciel en soulevant le car pour le mettre hors de danger. Pas mal, pensa-t-elle, posant le véhicule sur la route et ouvrant la porte de secours à l'arrière pour laisser sortir les filles." Restez près du car," les avertit-elle, puis elle repartit pour prendre le chauffeur du camion à moitié inconscient et le posa doucement à côté du car.

Remontée par ses sauvetages réussis, Lois s'arrêta sciemment de contrôler le corps de Clark en retournant à l'endroit de l'accident pour enlever l'essence, mais quand elle se posa à côté de la citerne, elle évalua mal la distance et s'enfonça dans le sol jusqu'à l'épaule. Les arrêts en super vitesse étaient définitivement hors de question jusqu'à ce qu'elle s'habitue à mesurer un mètre quatre-vingt-cinq au lieu d'un mètre soixante-huit.

"Bonjour, Lois. La journée a été longue ?" dit à Clark la directrice de la garderie en regardant ses pieds nus.

Crevé par le voyage de retour au Planet, Clark chercha presque sa femme derrière lui, mais il se reprit et dit, "Vous ne pouvez pas savoir à quel point, Ruth. " Il ne savait pas comment Lois arrivait à conduire si lentement dans cette circulation ou comment elle parvenait à sortir de la Jeep sans se prendre les talons dans la portière. Ou, en l'occurrence, comment elle arrivait à garder son équilibre sur des hauts talons avec un corps qui n'arrêtait pas de se balancer d'un côté à l'autre quand son poids reposait sur une jambe. Les engins de torture qu'elle appelait des chaussures avaient trouvé refuge dans son sac après qu'il se soit tordu la cheville en se dirigeant vers l'ascenseur. S'il avait pu trouver un endroit discret, il aurait également enlevé ces collants inutiles -- mais les lavabos des dames ne s'y prêtaient pas et il n'avait pas le tour de main de Lois pour les enlever sans révéler autre chose que quelques centimètres de cuisse.

Ruth Wilson revint avec Laura et ses affaires, et, pour la première fois depuis qu'il s'était réveillé pour se retrouver dans le corps de Lois, il sourit avec un réel plaisir. "Comment va ma petite Laura ?" demanda-t-il.

Le bébé abandonna le poing qu'elle mâchonnait et lui tendit les bras en tombant presque des bras de Ruth. Clark l'attrapa -- et son poids inattendu le fit un peu gémir. Elle était lourde. Mais quand elle passa ses bras autour de son cou et s'accrocha à lui, il oublia sa cheville tordue et le poids de son corps appuyant sur les muscles de son dos, et il la serra contre lui, sentant la tension de la journée le quitter. Maintenant, si Lois rentrait saine et sauve à la maison et qu'il puisse reprendre son état normal, il serait un homme heureux.

Quelques minutes plus tard, chargé du bébé, du sac de couches, du sac de lait et de son sac à main, Clark n'était pas certain que Laura et lui parviennent à rentrer à la maison par leurs propres moyens. Il n'avait pas la force de porter Laura sur un bras, pas de la façon dont il l'avait toujours fait, avec son avant-bras sous ses fesses et ses jambes pendant de chaque côté. Mais quand il la prenait avec les deux bras, il ne pouvait pas porter son sac à main et les sacs de Laura.

Ignorant les regards curieux des gens dans le couloir, il s'arrêta et ferma un instant les yeux, essayant de se remémorer ce que faisait Lois. Elle ne se servait que d'un bras, se souvenait-il, mais il était placé très haut sur le dos de Laura, juste sous son bras, et Laura était assise sur le côté et pas devant elle. Il fit pivoter le bébé sur le côté et fut presque soulagé quand Laura s'installa sur sa hanche et soulagea son bras et son épaule. Il ramassa les trois gros sacs et se dirigea vers l'ascenseur, se demandant comment Lois parvenait à porter un bébé et des sacs en gardant son équilibre sur ses hauts talons. Et dire que les gens pensaient que voler et avoir des supers pouvoirs était miraculeux !

 

 

Lois était déjà à la maison et avait passé un jean et une chemise le temps que Clark et Laura n'arrivent, et elle se précipita dans l'escalier pour ouvrir la portière de la voiture et retirer Laura de son siège. "Elle est si légère," dit Lois, surprise . "C'est comme soulever une plume." Elle se tourna et vit Clark s'avachir sur l'avant de la Jeep. "Cl-- chéri, que se passe-t-il ?"

Il prit une profonde inspiration et la relâcha avec force. "Ne me le demande pas." Elle regarda ses pieds nus et il ajouta, "J'ai bien peur d'avoir filé tes collants. Mais tu peux prendre ça--" il lui tendit les hauts talons assortis à son petit haut bleu nuit de dentelle-- "et jette-les très loin pour ma sécurité." Clark se retourna et monta l'escalier en clopinant jusqu'à la porte d'entrée tandis que Lois le regardait la bouche ouverte.

Quand elle entra dans le séjour, Clark avait enlevé les bas et s'était affalé sur le canapé, les pieds sur la table basse et les yeux fermés. "Clark ? demanda-t-elle hésitante.

Il ouvrit les yeux. "Je suis désolé. Je me suis en plus tordu la cheville. Tu vas bien ?"

Elle fronça les sourcils de surprise. "Bien ? Pourquoi je n'irais pas bien ?"

Il lui prit Laura et cajola quelques instants le bébé. "Tu ne te souviens pas ? Plus longtemps -- l'âme -- de Woody était dans mon corps, plus il perdait son invulnérabilité."

"Tu t'inquiètes pour ça aussi ?" Lois s'assit à côté de lui. Sa réponse instinctive fut de se passer la main sur le front pour rejeter ses cheveux en arrière mais quand elle vit son propre visage face à elle, son impulsion s'arrêta.

Il haussa les épaules, puis baissa les yeux et Lois sentit les larmes lui brouiller les yeux. "Je t'aime," murmura-t-elle et, fermant les yeux elle posa un baiser sur sa tempe.

Il se tourna vers elle et la prit dans ses bras. "Je t'aime."

Ils s'accrochèrent l'un à l'autre, essayant de trouver la force de continuer, de faire face à la situation qui avait coupé les racines de leurs êtres, avait altéré leurs relations de façon importante. Après quelques instants, Clark leva la tête. "Quand Woody était à ma place, je suis presque revenu deux fois dans mon propre corps, même sans avoir touché la pierre, sauf qu'il essayait de lutter. Peut-être . . ."

Lois poursuivit son idée. "Peut-être que si nous essayions tous les deux de revenir, nous pourrions inverser tout ça ?"

"Ça ne peut pas nous faire de mal d'essayer." Il installa Laura par terre et lui donna quelques jouets qu'il sortit du sac de couches.

"D'accord." Lois pivota face à lui. "Que devons-nous faire ?"

Il prit ses mains dans les siennes et dit, "Ferme les yeux et concentre-toi sur le fait d'être dans ton propre corps."

Ils fermèrent les yeux et, pendant quelques instants, le seul bruit dans la pièce était celui que faisait Laura qui mâchait l'un de ses jouets. Lois ouvrit les yeux. "Il ne s'est rien passé."

Clark garda les yeux fermés et lui serra les mains. "Essaie encore."

Ils se penchèrent l'un vers l'autre jusqu'à ce que leurs fronts se touchent, mais à nouveau : "Rien" dit Lois frustrée. "Ça ne marche pas." Elle se recula et se leva, puis arpenta la pièce avec nervosité. "Clark, qu'est-ce qu'on va faire ?"

Il cachait manifestement sa déception. "Trouver Nick Triffylis," dit-il.

La frustration et la peur la conduisirent à exprimer l'impensable par des mots. "Et si on ne le trouve pas ?"

Clark leva vers elle son regard sombre. "Je ne sais pas."

(A suivre dans l'épisode 9 : METS-TOI A MA PLACE)

Les personnages de cet épisode sont la propriété de DC Comics, December 3rd Production et Warner Brothers. Aucun non respect des droits n'est délibéré de la part de l'auteur ou du Season 6 group, toutefois, les idées exprimées dans cet épisode sont la propriété des auteurs © 1998.