La main du destin - 2 de 2 PDF Imprimer Envoyer

Saison 6, Episode 6

Deuxième partie

Écrit par Phil Atcliffe

Édité par Peace Everett

Version française de

Traduction Hypérion

Dans la salle principale, le Baron fulminait et, n'ayant aucun signe du sorcier, sa colère grimpait tandis que les minutes s'écoulaient. Il était sur le point de hurler après l'homme d'armes qui avait été chargé d'aller chercher le sorcier quand une détonation au centre de la salle annonça l'arrivée du magicien dans un nuage de fumée.

Bien qu’il l’ait vu faire nombre de fois, Tempos était impressionné par la façon d'apparaître du sorcier. Il cacha ses sentiments, mais laissa paraître son déplaisir d'avoir attendu -- encore -- et il grommela, "Où étiez-vous ? Quand je vous appelle, j'exige que vous arriviez -- immédiatement ! Qu'est-ce qui vous a retenu si longtemps, cette fois ?"

"J'étais au milieu de quelque chose quand ce falot est venu me dire que vous vouliez me voir. Je vous l'ai déjà dit, je ne peux pas tout arrêter pour être à votre disposition. Les potions magiques sont dangereuses et certaines d'entre elles sont très dangereuses; on ne peut pas les laisser seules comme une soupe dans un chaudron. Dans ce cas précis, si j'étais accouru pour répondre à votre demande et n'avais fait ce qui était nécessaire, la potion que je préparais aurait pu s'échapper et engloutir le château entier et tous ceux qui sont à l'intérieur !"

Cette éventualité parut décontenancer Tempos, mais il eut suffisamment de présence d'esprit pour demander, "Par le diable, quelle potion peut faire une telle chose? Je n'aime pas cette idée d'être englouti par l'une de vos décoctions !"

"Je ne vais rien faire avec," répondit calmement le sorcier. "Cette potion est juste une étape intermédiaire dans la création d'une autre plus utile, une autre qui sera plus contrôlable. Aucun esprit normal n'utiliserait cette phase corrosive pour autre chose que créer la véritable potion -- alors ne me demandez pas de le faire, quand bien même le château serait-il assiégé ! Elle engloutirait les attaquants, oui, mais aussi le château, les champs aux alentours à plusieurs lieues à la ronde et chaque être vivant serait atteint !"

L'affront n'échappa pas à Tempos, ni l'avertissement. Ce n'était pas la première fois qu'il se demandait si le danger inhérent à laisser le sorcier, avec ses forces de l'enfer, faire ce qu'il voulait, pouvait dépasser les avantages de ses services, quoiqu'ils soient indubitablement efficaces. Mais, comme il l'avait fait à chaque fois, il reconsidéra la question et sortit cette idée de son esprit -- ou quelqu'un d'autre l'avait-il fait pour lui ? -- et il se concentra sur l'affaire du moment.

"Peu importe," dit-il cinglant. "Il se passe quelque chose d'étrange. Lady Loisette était censée se promener à cheval cet après-midi -- sous bonne garde, bien sûr -- mais, quoi qu'il en soit, sa domestique est venue humblement devant moi me dire qu'elle s'était échappée de sa chambre. Et lorsque j'y suis allé, elle était là -- mais elle n'était pas habillée pour monter à cheval et… et il y a en elle quelque chose de différent !"

"Oh, et comment ça ?" dit le sorcier, qui était à la fois fatigué de ces plaintes insignifiantes et amusé qu'elles viennent du Baron, qui d'ordinaire n'avait pas d'idées saugrenues. Venant d'un autre homme, il aurait mis cela sur le compte de la nervosité prénuptiale, mais Tempos était loin d'être un jeune marié rougissant…

"Je n'en suis pas certain," répondit le Baron, songeur. "Ses manières sont… différentes, en quelque sorte. Elle a plus d'assurance, se met plus vite en colère, elle est moins douce dans ses paroles et, sans aucun doute elle me déteste -- même davantage que d'habitude. C'est plutôt agréable, en vérité."

"Ce n'est guère surprenant, Monseigneur," murmura le sorcier. "Vous devez vous souvenir qu'elle n'a accepté de vous épouser que pour sauver la vie de Sir Charles. Vous ne devez pas vous attendre à du dévouement dans ces circonstances, mais vous pouvez compter sur sa parole; elle tiendra sa promesse."

Tempos tempêta. "Elle n'a pas d'autre choix !" Il resta un instant silencieux et poursuivit. "Vous savez, vous m'avez rappelé quelque chose. Ce n'est pas la première fois que ma Dame montre plus d'esprit que d'ordinaire, elle était ainsi il y a deux semaines, quand j'ai accepté de bannir la Fouine plutôt que de le tuer, en retour de sa fidélité. Alors, qu'est-ce que cela signifie ?"

Le Baron avait enfin attisé l'intérêt du sorcier. Le petit homme se fit à son tour songeur. "Ah-hh-hh,' s'exclama-t-il enfin. "Je ne sais pas ce que cela signifie, Monseigneur, mais ce que vous venez de dire est peut-être très important."

"Bien, évidemment que c'est important ! Je l'ai dit !"

"Oui, Monseigneur," soupira le sorcier sans vraiment cacher son exaspération, "Mais je veux dire par-là que vous avez remarqué quelque chose 'd'étrange', comme vous le soulignez, concernant Lady Loisette, similaire à une autre chose insolite qui s'est produite il y a quinze jours. J'ai ressenti tout à l'heure la présence de forces magiques pendant que j'exerçais mon art. Cela ressemblait à ce que j'ai ressenti il y a quinze jours et, comme vous l'avez dit au sujet de la Dame, il y a beaucoup plus de forces puissantes impliquées que je ne vous l'avais suggéré alors. Je suis parvenu à me cacher d'elles depuis longtemps, mais peut-être que le temps est venu que je les affronte ouvertement.

"Monseigneur, avec votre permission, je voudrais voir Lady Loisette. Je pourrais peut-être déceler si elle a effectivement changé comme vous le soupçonnez et, si ces changements sont en rapport avec les forces magiques qui cherchent à découvrir mes secrets. Si vous voulez bien la convoquer…"

Tempos ne dit rien et fit juste un petit signe au garde le plus proche, lequel se précipita.

Lois faisait les cent pas dans la chambre de la tour, n'appréciant guère d'être impuissante et enfermée dans une tour pendant que les méchants -- et les gentils, d'ailleurs -- faisaient on ne sait quoi ? Elle avait ouvert la fenêtre, espérant voir Clark ou Wells, mais en vain. Elle regarda la serrure de la porte et, bien qu'elle pensait à la crocheter, elle n'avait rien pour le faire -- oh, elle aurait donné cher pour avoir son sac avec son jeu de crochets à serrure ! En fin de compte, elle se mit à arpenter la pièce avec contrariété et nervosité.

Un bruit de pas provenant des escaliers de la tour la poussa à agir et elle s'aplatit contre le mur près de la porte. Avec un peu de chance, il s'agissait sans doute de la domestique remplaçante venue l'aider à se coiffer -- auquel cas, un bon coup de poing et elle serait dehors en un rien de temps.

Pas de chance. Une voix de stentor masculine cria, "Madame, Monseigneur Tempos ordonne votre présence dans la grande salle." Lois aurait bien tenté sa chance avec un homme armé -- elle se dit qu'elle pouvait se charger de lui ou du moins le tromper assez longtemps pour s'échapper de la chambre et peut-être même l'enfermer derrière elle -- mais le bruit venant des escaliers lui indiqua que son interlocuteur n'était pas seul. 'Mince alors, ces types sont vraiment courageux,' pensa-t-elle. 'Je me demande combien d'hommes il a emmené avec lui pour escorter une femme seule…'

Son escorte s'avérait être composée de quatre hommes bien armés. Un instant, Lois envisagea la folle idée d'attraper l'épée de l'un d'eux et de filer jusqu'aux escaliers, mais elle abandonna cette idée tentante en pensant qu'elle ne savait pas vraiment se servir d'une épée et que sa longue robe ne ferait que la gêner. 'Ils vont attendre….' pensa-t-elle.

Lois prit une attitude des plus majestueuses et, imitant une fois encore Dame Edith dans Lady Bracknell, sortit à grands pas -- autant qu'elle pouvait le faire avec cette robe. Elle dut modérer son allure dans les escaliers qui n'étaient pas appropriés pour ses bottes, ce qui permit aux gardes étonnés de la rattraper. A quelque chose malheur est bon puisqu'elle put suivre les deux gardes qui s'étaient placés devant elle; se perdre dans le château, pensa-t-elle, aurait été un signe indéniable qu'elle n'était pas celle qu'ils croyaient.

Après lui avoir fait traverser le château par un chemin court mais tortueux que Lois essaya de mémoriser de son mieux, les gardes s'arrêtèrent devant une porte à double battant et frappèrent. Lois entendit Tempos de l'autre côté, "OUI ?!". Ce à quoi les gardes répondirent en ouvrant les portes et en la saluant tandis que leur chef disait, "Lady Loisette, Monseigneur."

"Ah, enfin…" dit Tempos, d'une voix suave. "Entrez, Madame, entrez."

Lois n'avait, en l'occurrence, pas d'autre choix et elle entra dans la salle arborant un visage impassible. Une fois à l'intérieur, elle fut toutefois troublée par le brusque changement de comportement du Baron. D'après ce qu'elle avait vu de lui au cours de leurs rencontres dans le 20ème siècle, Tempus était toujours au sommet de son infamie quand il prenait une attitude mielleuse. Le Baron agissait davantage comme un tyran médiéval classique -- beaucoup de rage, de colère et de mépris envers chacun, spécialement ceux qu'il estimait ses inférieurs (ce qui, pour le moment, concernait l'ensemble du château excepté elle, et elle était sûre de ne pas compter puisqu'elle était une femme) -- mais les complots, la patience et l'habileté à préparer ce qui rendrait son incarnation future si dangereuse étaient ici également présents. C'était cette facette qu'il montrait maintenant et cela lui faisait peur…

Ses craintes se justifièrent, mais pas de la façon dont elle l'aurait imaginé. Elle fut à peine entrée dans la salle que le sorcier psalmodia quelque chose et elle se trouva transpercée de ses yeux et incapable d'éloigner son regard de lui. "Et maintenant, Madame,' marmonna-t-il, "Laissez-nous examiner votre âme…"

Pour Lois, ce qui suivit fut comme un rêve bizarre. Elle ne sentait rien d'autre qu'une répulsion instinctive envers le regard du sorcier et ses yeux imperturbables et, en quelque sorte, elle sentait qu'il l'inspectait de l'intérieur. Cette pensée la fit frissonner -- sauf qu'elle ne pouvait pas bouger -- et elle essaya de concentrer ses sentiments en un torrent de haine et de dégoût dirigé vers le visage épouvantable du magicien.

"Eh bien ?" dit Tempos avec son irascibilité coutumière, après quelques secondes -- ou quelques années ? "C'est elle ou ce n'est pas elle ?"

"Je… ne peux pas le dire," soupira le sorcier. "Il y a trop de monde dans cette salle. Leur présence interfère -- débarrassez-vous d'eux, Monseigneur !"

Tempos n'hésita pas. Il balaya la salle de son bras, faisant signe aux gardes, domestiques et autres. "Sortez !" hurla-t-il. "Tous ! Quittez cette salle !"

Un ou deux gardes hésitèrent, pensant que c'était mal de leur part d'abandonner leur poste et de laisser leur maître seul avec le sorcier (Lady Loisette", bien sûr, ne comptait pas), mais un regard au visage de Tempos les convainquit qu'une obéissance immédiate était d'abord et avant tout leur devoir du moment et ils s'en allèrent.

Une fois la salle vide, l'examen reprit. Lois voulait lutter et elle se concentra sur ses sentiments de colère et d'outrage à la violation de ses pensées intimes. Elle ne pouvait pas vraiment dire si ses efforts avaient quelque effet sur le sorcier, mais il n'avait pas l'air d'apprécier ce qu'elle faisait, alors elle continua pour la forme. Essayer de concentrer ses pensées lui permit aussi de réfléchir à deux choses -- à Clark et au manque de raisonnement du sorcier qui, elle l'espérait, lui permettrait de passer l'épreuve.

Enfin, les yeux du sorcier s'éloignèrent d'elle et il hocha la tête pour s'éclaircir les idées. "Ah…' marmonna-t-il, souffrant visiblement d'avoir sondé l'âme de Lois -- et, qui sait, peut-être d'avoir goûté à sa furie. Et donc, avant que Tempos n'explose d'impatience, il parvint à dire, quelque peu faiblement, "Oui, Monseigneur… oui, c'est Lady Loisette…"

"En êtes-vous sûr ?!" hurla Tempos.

Le sorcier, offensé, se dressa et fit face au Baron en disant, "Oui, Monseigneur, j'en suis sûr. J'ai regardé dans l'âme de la Dame maintes et maintes fois et je puis vous assurer que c'est bien Lady Loisette. Cela ne fait aucun doute."

Tempos ronchonna avec mécontentement, tandis que Lois, libérée de la force qui la tenait immobile, recula en titubant et lutta intérieurement pour ne pas montrer le soulagement qu'elle ressentait. Elle avait saisi le point faible dans les projets du sorcier et s'en était servie pour se maintenir pendant qu'il mettait son horrible intrusion à exécution. Et ça avait marché, parce qu'elle avait l'âme de Lady Loisette -- par seulement son esprit et son corps.

Il lui fallut quelques instants pour reprendre son équilibre, aussi bien extérieur qu'intérieur, moment pendant lequel le Baron se remit à parler. Elle écouta ses paroles du mieux qu'elle le put.

"…si ce n'est pas elle, alors ce doit être lui ! Peut-être qu'il n'est pas aussi stupide que tout le monde le pense; peut-être qu'il est là dehors, se préparant à attaquer…"

Le sorcier s'était lui aussi remis de l'effort que Lois lui avait momentanément infligé, car il sembla sardoniquement amusé en interrompant la tirade de Tempos. "Non, Monseigneur, je ne le crois pas. Sir Charles a accepté l'exil et c'est un homme d'honneur. Ce n'est pas dans son caractère de revenir sur sa parole.

"Et de plus, en admettant qu'il soit revenu de France -- souvenez-vous, j'ai eu la vision qu'il naviguait pour Calais il y a dix jours -- et qu'il ait rassemblé tous ces hommes, que peuvent-ils faire ? Ne sommes nous pas dans un château royal, construit pour résister aux guerres et aux sièges ? Les hommes de la Fouine sont éparpillés, ils se tiennent cachés ou sont retournés vers les masures dans lesquelles ils s'esquivent pour préparer leurs larcins; ils n'ont aucune machine de guerre, si tant est que leur nombre soit suffisant pour nous attaquer ouvertement."

"Vrai, vrai…" réfléchit Tempos, se calmant et se faisant songeur. "Mais l'idée de le savoir dehors, libre de faire ses bonnes actions, ne me plaît guère. Les héros ont la désagréable habitude de revenir, vous savez." Il s'arrêta un instant, puis parut prendre une quelconque décision. "Je ne vais pas prendre le risque ! Je veux que vous prépariez la plus abominable de vos malédictions pour le tuer et condamner son âme à souffrir pour l'éternité."

Le sorcier acquiesça en souriant de façon déplaisante.

Lois était horrifiée. Si le sorcier faisait cela, non seulement Charles mourrait, mais Clark serait aussi ensorcelé ! "Non !" cria-t-elle sans pouvoir se retenir. Tempos et le sorcier sursautèrent en entendant sa voix -- apparemment, ils avaient oublié qu'elle était là. Lois ne voulait pas attirer l'attention sur elle, mais étant donné que c'était fait, elle devait préserver sa réputation et essayer de mettre les choses au clair avec le Baron, comme l'aurait fait, elle en était sûre, Lady Loisette. Cela pouvait même marcher si elle lui rappelait leur accord. Elle essaya de se souvenir quelle était la Muse de l'éloquence, parce qu'elle pourrait bien avoir besoin d'aide…

"Monseigneur, vous ne pouvez pas !" l'implora-t-elle. "Nous avions un accord -- vous épargniez la vie de Sir Charles et acceptiez son exil au bénéfice de ma main et ma fidélité. Votre sorcier a admis qu'il avait rempli son contrat, je remplirai le mien comme je l'ai promis; allez-vous revenir sur votre parole ? Vous ne pouvez pas !"

"Oh, oui, je peux," répliqua Tempos, "Je suis le méchant, souvenez-vous ? Nous faisons toujours ces sortes de choses -- cela fait partie du travail !" Il se tourna vers le sorcier. "Allez, au travail ! Je veux Sir Charles mort et dans d'éternels tourments dès… dès hier !"

Lois, presque instinctivement, essaya d'intercepter le sorcier qui s'apprêtait à partir. Si elle pouvait s'approcher assez près de lui, peut-être que le Docteur Fate interviendrait; dans le cas contraire, elle pourrait peut-être faire quelque chose -- n'importe quoi -- pour arrêter ce petit homme monstrueux d'exécuter les ordres de Tempos et de les condamner elle et Clark à une misère indescriptible dans toutes leurs incarnations.

Malheureusement, le sorcier sentit ce qu'elle essayait de faire et battit en retraite derrière la longue table au centre de la salle. Lois s'arrêta, ne voulant pas être surprise à le poursuivre; ce qui n'aurait absolument pas été dans le caractère de Lady Loisette et, pour quelque autre raison qu'elle ne pouvait définir, elle pensa que maintenir la mascarade pouvait encore s'avérer important. De plus, elle doutait de pouvoir attraper le sorcier s'il parvenait à passer à côté d'elle et sortir de la salle -- sa grande robe n'était pas faite pour courir.

Le Baron la regardait et paraissait vraiment s'amuser. "Eh bien, ma chère," dit-il mielleux, "Je crois que vous avez dans l'idée de faire quelque chose d'affreux à mon sorcier. Pour protéger votre précieux Sir Charles, sans aucun doute. Je n'aurais pas pensé que vous pourriez faire cela. Quel dommage que je ne puisse vous laisser faire…" A ces mots, le sorcier se retourna et le regarda, mais il ne le remarqua même pas et l'ignora complètement. "Mais," poursuivit-il, "les bons sorciers sont difficiles à trouver, et les bons sorciers diaboliques encore davantage. Aussi, j'ai bien peur que vous ne deviez renoncer à vos petits projets, car je veux que mon sorcier reste en vie et en bonne santé, afin de pouvoir maudire Sir Charles avec toute la puissance de ses pouvoirs !

"Aussi, Madame…" Sa voix monta, presque en un cri et elle était pleine de menaces. "Vous allez sortir, maintenant, et remonter dans votre chambre pour vous résigner à votre destinée -- et à celle qui attend la Fouine !"

'Destinée ? Je vais t'en donner de la destinée, si je peux m'approcher assez près du sorcier,' pensa Lois. Mais elle ne pouvait pas. Il lui fallait encore faire six ou sept pas pour être à moins de 3 mètres de lui -- un rayon de 3 mètres, mais la table du Baron et sa méfiance la retenaient. Elle leva les yeux vers Tempos, dont l'attitude s'était rapidement changée en rage et décida qu'il valait mieux battre en retraite. Clark n'était pas encore ensorcelé et peut-être pourrait-elle tendre un piège au sorcier quelque part ailleurs. Elle se retourna et quitta la salle sans un mot.

Derrière elle, le Baron regardait le sorcier. "Etes-vous toujours sûr que c'est bien Lady Loisette ? demanda Tempos, sardonique.

"Ou-ui, Monseigneur," répondit le sorcier songeur. "Mais je dois reconnaître que sa conduite est inhabituelle. Elle semblait vouloir s'approcher de moi…"

"Considérant que, normalement, elle est plus proche d'une souillon de cuisine que de vous !"

"Tout à fait vrai, Monseigneur. C'est étrange -- et pourtant je suis certain de mes conclusions. Les âmes sont uniques, il n'en existe pas deux semblables, et la sienne est sans nul doute celle de Lady Loisette. Je n'ai pas non plus trouvé de trace de magie en elle, elle n'est donc pas sous l'emprise d'un autre sorcier…"

"Etes-vous sûr que vous le sauriez si elle l'était ?"

"Oh, oui, Monseigneur…" Le sorcier sourit diaboliquement, si diaboliquement que Tempos lui-même recula devant la méchanceté qu'il dégageait. Le sorcier s'en aperçut et sourit. "Vous avez dû remarquer que depuis que nous avons banni Sir Charles, mes pouvoirs se sont énormément développés. Ensemble, par cet acte simple, nous avons fait pencher la balance cosmique du côté du mal. Certains êtres puissants ont cherché à nous récompenser pour notre aide : ma récompense est cette augmentation d'habilité et de connaissance de mon art, pouvant faire face à n'importe quel sorcier du monde; votre récompense est que je mets mes nouveaux pouvoirs à votre service.

"Oh, oui, Monseigneur, je le saurais… comme je sais que d'autres forces me cherchent, même maintenant. Elles ne peuvent pas me voir, pas plus que quiconque dans cette salle, à moins que je ne le souhaite. Et peut-être le moment est-il venu qu'elles réussissent en partie leur tâche…"

"Que voulez-vous dire ?"

"Nous sommes en état de siège, Monseigneur. Oh, pas un siège ordinaire, avec des hommes et des machines -- ce dont je pourrais m'arranger d'un simple geste de la main -- mais une offensive lointaine et subtile, d'un genre que je n'ai jamais vu auparavant. Jusqu'alors j'ai pu me cacher d'elle ou la dévier, mais je pense que le moment est venu d'inviter nos ennemis à entrer -- dans un piège naturellement."

"Je vois…" dit Tempos. "A quoi pensez-vous ?"

"Oh, c'est plutôt simple, Monseigneur, comme le sont tous les pièges. Premièrement, je vais laisser nos espions me voir -- ainsi que vous. Et ensuite… "

Lois avait passé son temps à se demander où était Clark, particulièrement pendant qu'elle était dans la salle avec le sorcier. Clark avait passé encore plus de temps à se demander où se trouvait le sorcier; en dépit de balayages à rayons X répétés et de passages en super vitesse, il n'avait pas réussi à trouver le bonhomme.

Et les choses s'étaient aggravées; il avait entendu la conversation de Tempos avec Lois dans la tour et avait suivi le Baron quand il était retourné dans la salle, mais maintenant il ne parvenait plus à le voir. Non seulement cela, mais Lois avait été demandée dans la salle et elle avait disparu un bon moment. Il poussa un grand soupir de soulagement quand il la vit sortir de la salle et se diriger vers l'escalier le plus proche.

"Il y a quelque chose d'étrange dans cette salle," dit-il à Wells. "Les gens entrent et… disparaissent. Je vois bien à l'intérieur, mais il n'y a personne. J'ai vu entrer le Baron avec de nombreux gardes et domestiques, mais ensuite ils ont tous disparu. J'ai vu Lois entrer et sortir et tous les gens sortir pendant qu'elle se trouvait à l'intérieur, mais je n'ai pas pu la voir à l'intérieur et les gens qui s'en allaient n'étaient pas visibles avant de passer la porte…"

"Hmmm…" répondit Wells, qui était assis au pied d'un arbre. "C'est comme si quelque chose bloquait votre super vision. Etant donné que vous n'avez pas pu trouver le sorcier, je soupçonne qu'il en est probablement responsable."

"Je crois que vous avez raison…" marmonna Clark. "Mais qu'allons nous faire ? J'attrape simplement le Baron quand il se montrera ou alors on essaie de trouver le sorcier et on s'occupe ensuite de Tempos ?"

"Je ne sais pas…" La voix contrariée de Wells se tut au moment où Clark se redressa.

"Ils sont là !" cria Clark. "Ils viennent d'apparaître, tous les deux, dans la grande salle. "Accrochez-vous, M. Wells, je vais nous y conduire. Avec un peu de chance, ils ne nous verront même pas entrer." Il attrapa Wells et décolla en super vitesse.

Clark atterrit dans la salle par la fenêtre, avec l'intention de foncer dans la pièce, assommer le sorcier, déposer Wells à côté de lui et se saisir de Tempos. A sa grande horreur, il était à peine à l'intérieur de la salle quand il se sentit exactement comme s'il volait sur place; l'air s'accrochait à lui et sa super vitesse fut ralentie à un simple pas. Heureusement, Wells et lui avaient ralenti ensemble et le voyageur temporel ne fut pas blessé pendant la décélération. Mais c'était là leur seule bonne fortune; une force invisible les jeta à terre où ils roulèrent.

A l'autre bout de la pièce, Tempos était sidéré et le sorcier enthousiaste. "Vous voyez, Monseigneur -- nous les tenons !" Et il se mit à rire, un hurlement de joie assourdissant des plus ignobles et des plus maléfiques.

Avec la jubilation surnaturelle du sorcier en fond sonore, Clark et Wells se retrouvaient là, à lutter contre la mort.

Pendant ce temps, Lois n'était pas allée bien loin. Tempos pensait peut-être qu'il pouvait lui donner des ordres et s'attendre à une obéissance absolue, une fois hors de sa vue, toute prétention à ce qu'elle fasse ce qu'il avait ordonné disparut instantanément. De plus, il était assez stupide pour la laisser se balader sans gardes… eh bien, il allait voir ce qu'elle pouvait faire pour faire couler ses petits projets.

Où était Clark ? Le sorcier était dans la salle, enfin sorti du trou dans lequel il s'était caché et attendant que Wells s'approche de lui. Pourquoi Clark n'était-il pas là ? Si seulement elle avait une façon de le contacter…

Elle sortit dans la cour du château, dans l'espoir que Clark la voie et qu'elle puisse lui parler de Tempos, du sorcier et de leurs plans, mais avant qu'elle ne parvienne à l'extérieur, un brouhaha provenant de la grande salle et un cri innommable l'arrêta. Elle se précipita vers la porte de la salle -- aussi vite qu'elle le pouvait avec sa robe bordeaux -- et la referma.

Le spectacle qui s'offrait à ses yeux était atroce, presque cauchemardesque. Clark et Wells étaient empêtrés dans d'énormes tentacules qui sortaient du sol pavé de la salle. Tandis qu'elle regardait, Clark enflamma de sa super vision la base de l'une des tentacules qui retenaient Wells, tout en arrachant du sol celles qui le maintenaient. Mais comme les têtes de l'hydre mythologique, pour chacune qu'il brûlait ou arrachait, une autre, parfois même deux, poussaient au même endroit et s'enroulaient autour de leurs victimes. Clark ne paraissait pas se trouver en grande difficulté autre qu'être recouvert au deux tiers de ces horribles choses, mais Wells gémissait et haletait, visiblement à bout de souffle et souffrant de la prise des bras souples et épouvantables.

Une fois encore, Clark darda sa vision infrarouge, coupant et brûlant les tentacules entourant Wells. Un court instant, Lois crut voir la lueur rouge, seul signe apparent que les yeux de Clark déversaient leur énergie. Les tentacules qui en faisaient les frais se ratatinaient, mouraient et disparaissaient instantanément dans le néant, mais le peu de répit que Wells pouvait avoir était de courte durée tandis que de nouvelles pousses remontaient et ondulaient sur sa silhouette haletante.

Lois regarda désespérément autour d'elle. Elle devait pouvoir faire quelque chose pour les aider, mais quoi ? Et alors, son regard se fixa sur le sorcier. La repoussante créature devait être derrière tout ça; si elle pouvait le distraire ou, mieux encore, le mettre hors d'état de nuire, Clark parviendrait à sauver Wells et à le conduire suffisamment près du sorcier pour que le Docteur Fate intervienne -- si cette femme respectait ses promesses. Dans tous les cas, éloigner le sorcier était maintenant devenu vital et, mystérieux docteur ou pas, Lois réalisa qu'elle avait toutes les chances d'y parvenir car personne ne s'attendrait à ce que la douce Lady Loisette de noble naissance passe à l'attaque. Lois Lane Kent, à l'inverse, était plus que prête et capable de le faire. Avec un malicieux plaisir anticipé qu'elle ne fit rien pour réprimer car il était approprié, elle se prépara à faire payer au sorcier l'invasion de son âme. 'Amuse-toi à faire tes sales tours avec moi, tu veux ? Maintenant c'est mon tour…'

Elle recula rapidement dans le corridor et glissa la robe au-dessus de sa tête; les vêtements du 20ème siècle se prêtaient mieux au combat que les parures médiévales. Elle s'approcha de la porte et regarda la silhouette du sorcier qui se tenait maintenant à découvert et lui tournait le dos. 'D'accord, crapule,' pensa-t-elle, 'Il existe les arts martiaux contre la sorcellerie. On y va…'

Lois se précipita dans la salle en direction du sorcier, chargeant vigoureusement. Ses pas résonnèrent sur les dalles de pierre et le sorcier se tourna vers elle, comme le fit Tempos, mais il était trop tard, pour l'un comme pour l'autre, pour l'arrêter. Avec son plus beau cri de Tae Kwon Do, elle bondit et jeta un violent coup de pied dans le ventre du sorcier…

Tout le monde fut pétrifié. Pendant un court instant, Lois se sentit suspendue en l'air tandis que quelqu'un d'autre regardait avec elle, à travers ses yeux, la scène figée et immobile. Puis le temps reprit son cours et elle s'écrasa sur le sorcier.

Elle roula loin de lui, en partie pour s'éloigner du détestable petit homme, mais aussi pour repartir à l'assaut. Toutefois, avant même qu’elle n'ait eu le temps de le faire, il y eut un éclair d'or, si rapide qu'il disparut presque avant qu'elle n'enregistre ce qui s'était passé, et un whoosh, et elle se retrouva à l'autre bout de la salle dans les bras de Clark. Quand il regarda leurs adversaires, son expression était étrange, presque un mélange contradictoire : il était en alerte et prêt à l'action, mais son visage indiquait une étonnante stupéfaction mêlée d'admiration et il la regarda les yeux remplis de reconnaissance, de fierté et d'amour.

Elle était incroyablement heureuse de le voir et le regard qu'il posa sur elle lui remplit le cœur de joie, mais elle se força à se concentrer sur ce qui se passait derrière elle, se tournant dans ses bras aimants pour voir ce qu'il regardait. Elle vit et ses yeux s'écarquillèrent. Les tentacules avaient disparu et le sorcier, déjà plié en deux par son attaque, se courbait encore davantage sous l'éclat éblouissant d'un rayon de lumière jaune qui l'illuminait comme un laser d'ambre, dardant ses rayons d'une source invisible venant du plafond de la salle. Il se tordait silencieusement et ses yeux, pleins de haine, étaient fixés sur la source de lumière, comme s'il pouvait voir quelque chose que personne d'autre ne voyait.

Et la même lumière dorée qui avait illuminé la chambre de Wells apparut et prit la forme du Docteur Fate. La silhouette bleue et or était cette fois masculine, mais Wells, haletant silencieusement en se remettant de l'emprise des tentacules, reconnut le costume -- et la voix.

"SERVITEUR DU CHAOS ! SUPPÔT DES HABITANTS DES ABÎMES !" proféra Fate. "PAR LES POUVOIRS DE LA LUMIÈRE ET DE L' ORDRE, J' ORDONNE QUE TES MAÎTRES SOIENT CHASSÉS !"

Une lumière dorée brilla dans la main de Fate, entourant la silhouette stupéfaite du sorcier. L'homme poussa un gémissement tandis que la lumière s'enroulait autour de lui. Le rayon devint plus aveuglant, jusqu'à ce que seul Clark puisse le regarder. Devant ses yeux se déroulait une scène macabre : des silhouettes fantomatiques étaient… eh bien, aspirées était le seul mot pour le décrire, du corps du sorcier. Elles montaient en fusion au-dessus de sa tête, où elles commençaient à se transformer; ce qui avait commencé par une série de fantômes de forme vaguement humaine disparut dans une obscurité homogène pour émerger en une multitude de différentes formes qui paraissaient incapables de conserver leur structure plus d'un instant. Elles se tordaient dans tous les sens, agitant les membres qu'elles avaient encore par moments, mais elles n'étaient pas plus capables d'échapper à la lumière dorée qu'elles ne l'étaient de garder leur forme.

La lumière commença à disparaître et avec elle l'obscurité qui l'entourait et, à leur tour, les silhouettes qu'elle contenait. Peu après, tout avait disparu, laissant seulement le petit homme terne et ratatiné qui était un tel danger, menaçant la vie et le bonheur de tant de gens, seulement quelques instants plus tôt.

"TU NE JETTERAS PLUS JAMAIS DE SORT, SORCIER," lança Fate. "CEUX QUI TE TENAIENT EN LEUR POUVOIR ONT ÉTÉ BANNIS UNE FOIS ENCORE ." Le personnage casqué se retourna face aux trois voyageurs temporels. "LA MALÉDICTION -- TOUTES LES MALÉDICTIONS -- ONT DISPARU. LE DANGER MAGIQUE MENAÇANT VOTRE MONDE, HERBERT GEORGE WELLS, EST ÉCARTÉ. JE VOUS LAISSE LE SOIN DE VOUS OCCUPER DU DANGER HISTORIQUE ET DE DISPOSER DU BARON. ADIEU ."

"Attendez !" cria Lois. Maintenant que cet homme mystérieux s'était avéré faire partie des gentils, elle avait quelques questions à lui poser. "Avant que vous ne disparaissiez, je pense que vous nous devez des explications. Nous avons fait le sale boulot pour vous, alors le moins que vous puissiez faire et de nous donner quelques détails -- comme ce que nous avons fait exactement et pourquoi… et qui vous êtes !"

Le casque d'or, sans expression excepté les yeux derrière les fentes, se tourna vers elle. Pendant un instant, Lois se sentit l'objet d'un examen presque aussi profond que celui du sorcier sondant son âme. Toutefois, à sa grande surprise, elle ne ressentait pas la même sensation d'intrusion qu'avec le sorcier et les quelques appréhensions qu'elle pouvait avoir disparurent quand le personnage costumé fit quelque chose d'à la fois étrange et familier : il tourna la tête -- euh, le casque, de côté et se mit à rire.

Son rire était profond et puissant, plein de joie et de gaieté. Il était contagieux et les trois voyageurs temporels se mirent à sourire, pris d'une envie de rire sans savoir vraiment ce qui était si drôle.

Tempos, au contraire, paraissait plutôt malade. A sa grande horreur et sa colère montante, il avait été incapable d'intervenir pendant que son sorcier avait été rendu impuissant, mais maintenant il pouvait agir, la première chose qui lui vint à l'esprit fut de faire passer son épée à travers cet idiot de moulin à paroles au casque d'or; puis il appellerait ses gardes pour s'occuper de Lady Loisette et de son parjure d'amant. Oh, oui, et de ce petit homme du Kent étrangement vêtu qui osait fourrer son nez dans ses affaires !

Il essaya de saisir son épée, mais sa main n'alla pas plus loin que toucher le fourreau. Le Docteur Fate leva la main et accomplit un geste complexe; il y eut un éclair de lumière jaune et le Baron se figea sur place, comme tous les gens et toutes les choses se trouvant dans le château, autres que les quatre personnes n'appartenant pas à cette époque.

"TRÈS BIEN," dit Fate. "VOUS EN AVEZ BEAUCOUP FAIT, ET MÊME DAVANTAGE, AUJOURD'HUI. QUAND VOTRE TÂCHE SERA TERMINÉE, JE REVIENDRAI ET NOUS PARLERONS ."

La lueur, maintenant familière, réapparut et le personnage à la cape disparut. Le monde se remit à bouger.

"J'ai tellement attendu ce moment !" grommela Clark, rempli d'une nouvelle détermination à terminer le travail. Il tourbillonna et le jean et la chemise firent place à l'uniforme aux couleurs vives de Superman. "Très bien, Baron, on peut faire ça de la manière forte ou de la manière douce. Ce sera quoi ?"

Après réflexion, Clark réalisa plus tard qu'il n'y avait aucun doute en la matière. Le Baron, une fois revenu de sa surprise à la disparition de Fate et la transformation de Clark, sortit son épée avec un rire sauvage.. "Et moi qui pensais que ces vêtements étaient affreux," railla-t-il, indiquant Wells de son épée. "Qui essayez-vous d'être Charles, le Bouffon local de la Cour ? Oh, eh bien, ça n'a pas d'importance, car dans deux secondes vous allez être de la charogne pour les chiens !"

En disant ces derniers mots, Tempos chargea, faisant tourner son épée dans le vide. La lame frappa Superman -- et se brisa. Le Baron, ayant toujours la vitesse qu'il avait mise dans son geste, continua son mouvement mais fut déséquilibré par l'impact et s'affala sur le sol. En maugréant, il roula loin de son adversaire -- qui n'avait pas encore bougé -- et s'empara d'une hallebarde accrochée au mur.

Sur le côté Lois souriait et Wells lui-même devait cacher son sourire. Tempos le remarqua et lança d'un ton hargneux, "Vous riez peut-être maintenant, mais je m'occuperai de vous quand j'aurai transpercé ce traître !" A son vif mécontentement, Lois se mit à éclater de rire à ces mots.

Le Baron leva son arme, la pointe dirigée droit vers l'emblème sur la poitrine de Superman. La "cible" ne bougea pas. Tempos chargea encore, plongeant brutalement en se rapprochant de son ennemi.

Quand l'arme se trouva au contact de Superman, le Baron eut l'impression qu'il venait de toucher un mur de briques -- et le corps de Superman eut à peu près le même effet sur la hallebarde; la lame se plia et la pointe cassa.

Tempos tituba en arrière. Qu'était-il en train de combattre ? Sacré magicien pour un bon à rien de fripon ! Juste quand on avait besoin de lui, son manant de sorcier avait dû partir et ses pouvoirs lui avaient été retirés !

Superman décida d'en finir. Ses yeux se rétrécirent; personne ne pouvait le voir, mais un rayon infrarouge de faible intensité en sortit et inonda le Baron. "Dites-moi, Baron," dit-il, "Après tous ces exercices, n'avez-vous pas un peu… chaud ?"

Le Baron avait chaud. A sa grande horreur, il sentit sa cotte de maille chauffer. Il commença à se débattre pour essayer de l'enlever sans se brûler les mains.

Superman s'avança vers lui. "Attendez -- laissez-moi faire !" Sur ce, l'Homme d'Acier attrapa le haut de la cotte de maille et la déchira. Tempos surpris vit une sorte de brouillard rouge et bleu devant ses yeux et réalisa soudain que son armure avait disparu ! Il n'était vêtu que de la chemise et des chausses qu'il portait dessous en rembourrage.

Superman saisit Tempos par la chemise et le leva d'une main. Le Baron effrayé mais déterminé à ne pas le montrer, baissa les yeux et dit d'une voix hargneuse et provocante, "Alors que va-t-il se passer, maintenant ? Vous allez me tuer ?"

"Non? Baron, je ne vais pas vous tuer. Je ne tue pas."

"Duh -- bien sûr !" railla Tempos. "Les gentils ne tuent pas, excepté dans un combat loyal. Idiots ! Par contre, moi, je tue tout le monde. Tuer termine le travail -- et en plus, c'est amusant."

"Oui, eh bien, ne soyez pas trop confiant, Tempos. Je ne vais peut-être pas vous tuer, mais vous avez rendez-vous avec quelqu'un qui pourrait bien le faire…" Ceci dit, Superman posa le Baron par terre, le tenant toujours d'une main et, dans un whoosh, ils disparurent.

Un court instant plus tard, un souffle de vent familier annonça le retour de Superman. Il saisit Lois et Wells avant de dire, "Prochain arrêt, la France. Nous avons fait notre travail, mais je voudrais m'assurer que le Baron Tempos est correctement… éliminé, comme le dit notre personnage mystérieux."

Quelques secondes plus tard, ils se posaient dans la clairière. Sir Charles était là, ainsi que Lady Loisette, Frère Harry et les hommes de la Fouine -- et, enchaîné à un arbre, Tempos.

Superman se dirigea vers l'arbre et arracha les chaînes, libérant le Baron. Tempos aurait voulu s'enfuir, mais il était maintenu par le bras d'une poigne super forte. Il fut traîné dans le centre de la clairière où Sir Charles l'attendait.

Lois s'avança vers le groupe et dit, "Bien, voici le marché, Lady Loisette a promis de vous épouser --" Elle montra Tempos "-- mais, en réalité, c'est vous qu'elle veut épouser." Son doigt se dirigea vers Sir Charles. "Pour des raisons que nous n'allons pas développer, nous voulons ce qu'elle désire, elle n'a pas trahi sa parole et il serait malheureux qu'elle épouse la mauvaise personne. Donc, Baron, nous allons vous laisser gagner votre chance au combat -- vous ne la méritez pas, mais c'est ainsi que ça doit se passer."

Tempos, courroucé par la façon désinvolte avec laquelle Lois usait de son titre, s'avança pour la frapper, mais sa main fut arrêtée avant même qu'il n'ait pu la lever, par les muscles de pierre de Superman. Le Baron se retrouva encore une fois jeté à terre par ce démon de l'enfer vêtu de bleu, qui se retourna et le tint en l'air d'une main en grommelant, "Que les choses soient claires, Tempos : vous ne pouvez pas me blesser et si vous essayez de blesser ma femme, 'votre chance de combat' sera celle que peut avoir un homme quand il a les quatre membres cassés et une fracture de la mâchoire ! Et ne pensez pas que je bluffe; je ne tue peut-être pas, mais le danger que vous représentez est pour moi une raison suffisante de faire en sorte que quelqu'un d'autre vous tue. Et il y a ici au moins une douzaine de personnes qui feraient cela sans aucune hésitation !"

C'était, bien sûr, à moitié faux -- Clark savait que le Baron devait capituler ou, au moins, délivrer Lady Loisette de sa promesse de l'épouser, pour que le futur soit sauvegardé -- mais Tempos ne le savait pas; il lut dans les yeux de son agresseur et le crut. Son expression était pleine de détermination, ce que Tempos reconnut comme le regard d'un ennemi implacable, car il n'aurait eu aucune hésitation à paralyser un ennemi si, pour une raison quelconque, il ne pouvait le tuer.

Superman reposa le Baron -- pas très doucement -- puis croisa les bras et se tint impassible dans sa pose habituelle tandis que Tempos se remettait sur pied. Si un regard avait pu tuer, les yeux épouvantables du Baron l'auraient fait… se reflétant sur la peau invulnérable de l'Homme d'Acier, comme toute autre arme qu'il aurait pu essayer, maintenant que son sorcier était impuissant. Et il le savait, ce qui ne faisait qu'accroître sa furie et son humiliation.

Il regarda autour de lui cherchant un moyen de s'échapper, mais renonça avant d'avoir commencé quand Superman dit, d'une voix n'admettant aucune inattention, "Très bien, Tempos, arrêtez vos manigances et écoutez ! Vous avez le choix, maintenant. Soit vous délivrez Lady Loisette de sa promesse de vous épouser et Sir Charles de son exil et partez vous-même en exil…"

"Jamais !" cria Tempos.

"Soit vous combattez Sir Charles, ici et tout de suite. Le vainqueur aura tout."

"Est-ce supposé être un choix? " dit le Baron en riant. "Vous plaisantez sûrement ! Je l'ai battu une fois et je le referai !"

L'un des hommes de Sir Charles s'avança vers Tempos en portant une épée. Toutefois, il s'arrêta au milieu de la clairière, quand Superman, lui retint la main. Clark se mit devant lui et se saisit de l'épée en disant, "donnez-la-moi -- juste au cas où notre ami essaierait quelque chose de fantaisiste quand il aura l'épée en main…"

Tempos jura en son for intérieur. Il avait prévu de se saisir de l'homme et de le prendre en otage assez longtemps pour en attraper un meilleur -- Lady Loisette. Le noble Sir Charles, il en était sûr, aurait hésité à mettre en péril l'un de ses dévoués partisans, même si, de son point de vue, cela devait envenimer les choses en laissant son ennemi mortel prendre sa Dame. Quel imbécile !

Mais ce démon gueules et azur avait d'ores et déjà contrecarré son plan avant qu'il ne puisse le mettre à exécution. Encore que, s'il y parvenait, s'il pouvait arriver à capture la Dame, il aurait l'occasion parfaite de s'échapper de ce piège par cet ultime moyen. Il n'avait qu'à gagner du temps et attendre une opportunité. Le démon lui-même ne pourrait l'arrêter s'il parvenait à s'approcher suffisamment de Lady Loisette… (En cela, Tempos mésestimait Clark, mais il n'avait pas encore vu de réelle démonstration de ses super pouvoirs).

Pendant ce temps, Superman s'était placé juste devant lui, tenant l'épée hors de sa portée. "Prenez ça, Tempos," dit Clark. "Et je vous suggère de vous souvenir de ce qui s'est passé la dernière fois que vous avez voulu vous en servir contre moi. Vous allez en avoir besoin et on ne vous donnera pas d'autre épée si vous brisez celle-ci."

Cela fit réfléchir le Baron, même quand il se saisit de l'arme. Il s'attendait plus ou moins à être transpercé; qu'on lui donne une épée et qu'on l'avertisse qu'il allait en avoir besoin dépassait l'entendement. Mais il mit cette idée de côté; il était en vie, en pleine forme, détaché et armé -- il allait tous les battre ! Il se tourna vers Sir Charles et le salua de son épée d'une manière narquoise. "Jusqu'à la mort !" cria-t-il, en ricanant.

Charles était imperturbable, comme s'il s'y attendait. Il répondit aimablement, bien que son "Jusqu'à la mort" soit atténué, avec une teinte de tristesse d'en arriver là.

Tempos était tout sauf triste en se plaçant au milieu de la clairière pour regarder tout le monde, mis à part Sir Charles qui s'était mis sur le côté. Il nota soigneusement l'endroit où se tenait Lady Loisette et également celui où se trouvait la sorcière qui lui ressemblait tant et avait osé se moquer de lui -- une fois que Sir Charles serait mort, il verrait à lui apprendre le respect de ses supérieurs, diable de "mari" ou non. Il se demanda laquelle de ces deux femmes ferait le meilleur otage; Lady Loisette était la véritable récompense, mais l'autre jeune femme ferait sûrement un instrument de négociation pour avoir la Dame et elle était bien moins gardée; devait-il se saisir de l'une d'entre elles avant ou après avoir tué Charles…?"

Mais Superman veillait et il se plaça soudain devant Tempos, le pénétrant de son regard connu et craint de toute la pègre de Métropolis. Le visage à peine à quelques centimètres du Baron, il dit calmement et énergiquement, "Souvenez-vous d'autre chose : il s'agit d'un combat loyal, juste vous et Sir Charles. Personne d'autre ne sera autorisé à intervenir, vous n'avez donc pas à vous inquiéter d'une quelconque attaque des hommes de Sir Charles ou de moi -- mais vous devez vous aussi vous plier à ces conditions. Si vous essayez de vous échapper, vous perdrez; si vous essayez de prendre quelqu'un en otage, vous perdrez; si vous faites autre chose que combattre Sir Charles et seulement Sir Charles, vous perdrez; et perdre signifie que vous vous retrouverez sur-le-champ attaché et sans arme et à la merci de Sir Charles."

Les paroles de Clark firent reculer Tempos, non pas à cause de ce qu'il avait dit, mais par la conviction et la puissance dans la voix du héros. Mais son arrogante assurance qui était une partie élémentaire de son image -- à chaque incarnation -- raviva son ego et lui permit de répondre, "Hah ! Il sera bientôt à ma merci, et je n'ai aucune pitié !"

Superman ne répondit pas, se retenant à peine jusqu'à ce que Tempos se recule. Puis il se mit à l'écart quand Sir Charles s'avança pour faire face au Baron. Les deux hommes levèrent leurs épées et le combat commença.

Ce qui suivit ressemblait plus, aux yeux du couple du 20ème siècle, à quelque chose sorti tout droit d'un film d'Errol Flynn, qu'au duel que Clark, en tant que Sir Charles, avait eu avec le Baron. Le maniement de l'épée du vrai Sir Charles était plus contrôlé et plus habile -- même théâtral quand il devait l'être, ce qui n'était pas fréquent. C'était là une surprise déplaisante pour Tempos, qui s'était attendu à dominer son adversaire comme il l'avait fait la "première" fois, et découvrait maintenant que ses attaques étaient facilement parées. Quoiqu'il n'avait pas beaucoup d'opportunités d'attaquer, cette fois, il se trouvait presque entièrement sur la défensive, essayant désespérément de bloquer la lame étincelante du chevalier.

Ses stratagèmes n'avaient pas plus de succès : les tentatives pour jeter sournoisement Sir Charles sur le sol accidenté furent repoussées, les sales coups ne marchaient pas, et ses insultes et railleries restaient ignorées. Le chevalier tenait bon, s'attendant à tout, attentif et sur le qui-vive.

Dans un certain sens, ce fut le refus de Sir Charles d'échanger des railleries avec lui qui mena Tempos à sa perte. Fatigué et presque fou de colère, il lança un dernier assaut sur son adversaire, s'attendant à déstabiliser le chevalier par sa seule force. Toutefois, Sir Charles s'y attendait et mit fin au combat; un simple pas de côté au bon moment, le fracas métallique du fer et une botte rapide, et Tempos tomba à terre. Son épée s'envola, fut arrêtée par Clark en super vitesse et renvoyée à son propriétaire.

Charles attendit calmement pendant quelques instants, respirant profondément en regardant le bout de son épée dont la pointe était posée sur la gorge de son ancien suzerain. "Acceptez-vous de vous rendre, Monseigneur ?" dit-il, après un court instant, d'une voix entrecoupée. "Vous avez déclaré que ce duel serait un combat à mort, mais je retiendrai ma main si vous nous délivrez, Lady Loisette et moi-même, de notre promesse. Vous connaissez les conditions. Je vous le demande à nouveau : acceptez-vous de vous rendre ?"

Tempos ne pouvait pas bouger la tête, de crainte de succomber à une auto-laryngectomie, mais il parvint encore à réfléchir, cherchant une façon de se sortir de cette fâcheuse situation. Mais, incapable d'en trouver une, les yeux se posant sans cesse contre sa volonté sur l'épée inflexible suspendue à moins d'un centimètre de sa gorge, il dit enfin d'une voix rauque, "Oui…oui, allez au diable !"

Charles s'éloigna immédiatement du Baron et le laissa se lever. Lady Loisette se précipita vers lui, suivie de près par Frère Harry et le reste de la troupe. Les trois voyageurs temporels se détendirent -- ou plutôt, Lois et Wells se détendirent pendant que Superman gardait un œil sur Tempos; Clark se méfiait toujours de lui et n'avait aucune intention de le laisser, à la dernière minute, se saisir de Lady Loisette ou d'une arme. Un seul geste inconsidéré du Baron et il allait voir ce que le "Bouffon de Cour" pouvait vraiment faire !

Toutefois, Tempos avait plutôt l'air effrayé -- pour le moment, du moins. Il les regarda tous une dernière fois puis se tourna et se dirigea au pas de course vers les arbres. En partant, il marmonna des menaces et des malédictions que seul Clark put entendre, ce qui ne le dérangea pas; il y avait une limite à son ingérence dans sa vie passée, pensa-t-il, et Charles n'avait guère besoin de conseil pour se méfier du Baron s'il ne respectait pas sa parole.

Charles se tenait, le bras passé autour de sa Dame et regardait le départ de Tempos en hochant légèrement la tête. Ses hommes, un peu moins mesurés, lançaient des quolibets et des injures au Baron. L'un d'eux prit une flèche et visa la silhouette qui s'enfuyait. Charles le remarqua et lui cria, d'un air las mais sévèrement, "Ça suffit, Alain ! Il s'est rendu. C'était un tyran, mais il était notre suzerain et nous devons l'honorer rien que pour cela. Dieu sait qu'il a été peu honorable dans sa vie, nous ne devons pas lui refuser sa dernière chance de se racheter !"

Alain eut l'air confus et se détourna, replaçant la flèche dans son carcan tandis que Charles s'agenouillait et nettoyait son épée sur l'herbe une fois que son adversaire était entré dans la forêt.

Lois et Clark s'avancèrent vers leurs doubles, suivis de Wells. Lois se tourna vers son mari et dit joyeusement, "Ça y est. Maintenant tout le monde peut retourner en Angleterre, Charles et Loisette peuvent se marier et on peut rentrer à la maison."

"Tu parles !"dit Clark en riant. Il resta un instant silencieux et parut réfléchir, son visage indiquant une patience à toute épreuve, "Quoique… considérant ce par quoi nous sommes passés, je me demande si nous ne devons pas accompagner ces deux-là jusqu'à ce qu'ils soient bel et bien mariés !"

"Très juste…" murmura Lois. Elle semblait inquiète; considérant l'enfer qu'elle et Clark avaient enduré, sans parler de toutes les tribulations auxquelles leurs âmes paraissaient destinées pour éprouver leur amour à chaque incarnation, peut-être valait-il mieux qu'ils restent dans les parages. Elle se creusait la tête -- que pouvait-il arriver de pire ?

Elle soupira, tout à coup fatiguée. Elle ne souhaitait que ce qu'il y avait de mieux pour son double médiéval et son futur époux, mais vraiment, elle en avait assez de cette époque. Ils avaient fait leur travail et il y avait une petite fille dont elle devait s'occuper, de retour à Métropolis. Bien sûr, Wells les ramènerait au moment exact où ils étaient partis, afin que personne, pas même sa mère, ne puisse l'accuser de se balader et de négliger Laura -- et, en y réfléchissant, c'était Ellen et Martha qui se baladaient en ce moment -- mais Lois ne voulait pas traîner ici plus longtemps.

En pensant à la machine spatio-temporelle et à son propriétaire, elle réalisa qu'il avait peut-être bien la réponse à leurs craintes. Elle croisa son regard et s'avança vers lui, puis se pencha et lui murmura, "Bon, vous êtes sûr qu'il ne se passera rien quand ils seront mariés, n'est-ce pas ?

Wells rougit. "Pour autant que je le sache, Mme Kent. Je n'ai certainement aucune intention de les interrompre comme je l'ai fait pour votre nuit de noces."

"C'est parfait…"dit Lois. "Est-ce que ça veut dire qu'on peut rentrer à la maison ?"

"Eh bien, oui. Tout va bien, ce qui signifie que nous pourrons partir… après avoir été témoins d'un événement important."

Lois, commençant à être fatiguée de toute cette affaire, lui jeta son plus beau regard "Quoi encore ?" et Wells sourit d'un air conspirateur avant de se pencher vers elle et lui murmurer, "Sir Charles doit vraiment demander à la Dame de l'épouser."

Loisette l'entendit et jeta un regard interrogateur et amoureux à son futur seigneur -- du moins elle l'espérait. Charles, au contraire, ne souriait pas, en dépit de l'attention de sa Dame et de ses hommes. Lois se tourna, le regarda et se sentit soudain gênée. Si Clark avait eu cette expression, elle aurait eu une période de super angoisse. Qu'est-ce qui pouvait bien priver Sir Charles de sa confiance en lui alors qu'il venait juste de sauver sa bien-aimée de l'affreuse perspective d'un mariage avec Tempos ?

Loisette avait peut-être aussi reconnu les signes et en était venue à la même conclusion, car elle leva la main vers le visage de Charles avant de dire, "Mon bien-aimé, soyez tranquille. Je sais que vous pensez qu'un 'simple chevalier' n'est pas digne de demander ma main… mais j'ai été aujourd'hui délivrée de la prison par un homme de 'noble' naissance.

"Charles, ces braves gens ont accompli des miracles pour que nous puissions nous marier. Je ne pourrais pas, en bonne conscience, laisser leurs efforts rester vains, pas quand leur désir est également mon souhait le plus cher. J'ai su au moment où Lord Kal m'a amenée jusqu'à vous que je devais vous épouser et rester avec vous, quand bien même auriez-vous dû rester jusqu'à la fin de vos jours hors du royaume."

Charles eut l'air étonné. "Madame," bégaya-t-il, "Vous auriez fait cela ? Votre famille, vos terres…"

Elle leva les yeux vers lui en souriant. "… ne représentent rien pour moi si vous n'êtes pas là pour les partager. Elle se retourna pour faire un petit signe de la main à Lois et Clark qui étaient l'un à côté de l'autre, enlacés. "Regardez-les, mon amour. Vous ne voyez pas ? Ces personnes sont, en quelque sorte et par un quelconque miracle, nous, et eux aussi, sont passés par des tas d'obstacles pour se marier. Mais ils se sont mariés et la joie de ce mariage leur a apporté un éclat semblable à la lumière du soleil. Cette joie est le cadeau qu'ils nous font, que nous devons partager et distribuer. Comment pouvons-nous refuser ? Comparées à cette joie et à cet amour que nous donnerons et que nous recevrons, que représentent mes terres, que sont la richesse et le rang ? Sûrement le plaisir terrestre le plus stérile.

"Non, Charles. J'ai juré d'épouser Tempos pour vous sauver et bien que mon cœur et mon corps auraient pu se briser de ses étreintes, j'aurais pu le supporter, pour l'amour de vous. Maintenant mon cœur ne sera pas mis à l'écart une seconde fois; même si vous étiez le plus pauvre des vilains de ce monde, je vous épouserais, car Dieu sait qu'un amour comme le vôtre ne peut -- ne doit pas -- être contrarié pour sauver quelque richesse inutile."

L'expression étonnée de Charles disparut peu à peu et il posa un genou à terre devant elle. Prenant sa main, il la regarda dans les yeux et dit très sérieusement. "Si tel est votre désir, Madame… alors sachez que vos terres, vos richesses… ne représentent rien pour moi, les cadeaux de véritable valeur sont pour moi -- votre cœur, votre âme… votre amour. C'est ceux-là que je vais chérir tous les jours de ma vie et au-delà… si vous voulez de moi…"

Loisette ne perdit pas de temps à lui répondre, mais tendit les bras vers lui et l'embrassa.

Lois et Clark étaient restés silencieux et se tenaient presque sans bouger tandis que Lady Loisette se déclarait, mais à la vue "d'eux-mêmes" s'embrassant, ils se regardèrent et firent la même chose. Mais après un bref et tendre baiser, ils se tournèrent vers Charles et Loisette, qui étaient entourés des hommes de la Fouine, se réjouissant tous du bonheur de leur chef et de sa bien-aimée. Personne ne prêtait attention aux trois voyageurs temporels, alors Lois fit un petit signe à Wells et ils disparurent silencieusement dans la forêt.

Une fois hors de vue des autres personnes, Clark souleva Lois et Wells et ils s'envolèrent par-dessus des arbres vers une autre clairière un peu plus loin. Après s'être posés, Wells commença à fouiller dans sa poche. Toutefois, avant qu'il n'ait pu trouver ce qu'il cherchait, l'éclair de lumière maintenant familier annonça l'arrivée du Docteur Fate.

"ASSEYEZ-VOUS, S'IL VOUS PLAÎT. MAINTENANT QUE VOS EFFORTS ONT ÉTÉ COURONNÉS DE SUCCÈS ET QUE PERSONNE NE PEUT NOUS ENTENDRE, JE PEUX VOUS PARLER DES ÉVÉNEMENTS D'AUJOURD'HUI ET DE LEUR SIGNIFICATION DANS LE FUTUR."

Malgré son désir passé de rentrer à la maison, Lois ne put résister, aussi elle et les deux hommes s'assirent en vitesse pour écouter. L'histoire qu'ils entendirent n'était pas courte puisque se déroulant sur des milliers d'années et aurait très bien pu être le commencement d'une épopée littéraire en plusieurs épisodes. Le point essentiel de cette épopée était que, laissé sans surveillance, le sorcier de Tempos avait acquis de plus en plus de pouvoirs magiques au fil du temps et, ses pouvoirs grandissant, ceux de son maître également. Finalement, le Baron, avec l'aide du sorcier, avait tenté de s'emparer du trône.

"SON COMPLOT A ÉCHOUÉ, CAR IL EXISTE DES PROTECTIONS MAGIQUES INGÉNIEUSES ET IMMENSÉMENT PUISSANTES PROPRES À LA ROYAUTÉ QUE LE BARON ET SON SORCIER IGNORAIENT. MAIS, EN ÉCHOUANT, LE BARON A ORDONNÉ À SON SORCIER D'UTILISER LE RESTE DE SES POUVOIRS POUR APPELER UNE TERRIBLE MALÉDICTION SUR LES ÂMES DU ROI ET DE SES PRINCIPAUX CAPITAINES. TOUTEFOIS, LES ATTAQUES PRÉCÉDENTES DU SORCIER SUR LE ROI ET SES HOMMES AVAIENT AFFAIBLI SA FORCE ET IL NE PARVINT QU'À JETER UN SORT DEVANT PRENDRE EFFET 'LA PROCHAINE FOIS QU'ILS SE RENCONTRERAIENT'."

La malédiction resta endormie jusqu'à ce que Tempos, le Roi et ses capitaines soient réincarnés au même moment -- ce qui n'arriva pas avant l'époque d'Utopia, quand le Baron se réincarna en Tempus et ses ennemis en officiers des forces de sécurité d'Utopia. Pendant plus d'un millier d'années, la malédiction sommeilla, prenant de la force au fil du temps. La défaite de Tempus Tex au 19ème siècle et la morale résultant de l'équilibre entre le Bien et le Mal, avaient ralenti, mais n'avaient pas arrêté l'ascension de son pouvoir malveillant.

Ce pouvoir s'était accru lentement pendant une longue période, mais n'avait jamais été sollicité, car les âmes de ses victimes n'étaient pas liées à celles de Lois et Clark -- et celle de Tempus, par chance ou par dessein, ne les avait pas rencontrées dans leurs incarnations intermédiaires. Jusqu'à ce que…

"TEMPUS, INCAPABLE DE DÉTRUIRE LA CIVILISATION QU'IL HAÏSSAIT TANT EN COMBATTANT SES FONDATEURS -- VOUS, LOIS LANE ET CLARK KENT -- OU LEURS HÉRITIERS, DECIDA DE LA CONQUÉRIR, SE SERVANT DES TROUPES ET DE L'ÉQUIPEMENT PRIS À D'AUTRES ÉPOQUES ET DIMENSIONS PARALLÈLES MOINS PACIFIQUES ET 'ENNUYEUSES' QU'UTOPIA.

"MAIS, COMME TOUJOURS, SON PROJET ÉCHOUA. LE MÉPRIS DE TEMPUS POUR SON ÉPOQUE ET SON LIEU D'ORIGINE L'EMPÊCHA DE VOIR LA SIMPLE RÉALITÉ QUE LES HOMMES ET LES FEMMES, MÊME CEUX D'UTOPIA, DÉFENDRAIENT LEUR PATRIE AVEC TOUT CE QU'ILS POSSÉDAIENT ET POUVAIENT APPORTER AU COMBAT. CONTRE CETTE FORCE ET CETTE DÉTERMINATION, SES MUTATIONS ET TECHNOLOGIES FURENT INSUFFISANTES POUR QU'IL L'EMPORTE."

Pourtant la "victoire" des défenseurs était fictive. Tempus était vaincu mais, grâce à la malédiction, la destruction de la société et du peuple d'Utopia était assurée. Et avec eux périrait aussi l'humanité et toute vie sur Terre. La race humaine aurait alors été dispersée dans les étoiles et son monde aurait laissé une terre brûlée sur laquelle presque rien n'aurait pu survivre.

"C'EST CELA QUE VOUS AVEZ ÉVITÉ, AUJOURD'HUI. VOS ACTES SONT UN EXPLOIT DIGNE D'UN GRAND HONNEUR, CAR LES MILLIONS DE PERSONNES QUI SERAIENT MORTES, MAIS QUI MAINTENANT VONT SURVIVRE, NE SAURONT JAMAIS CE QUE VOUS AVEZ FAIT. MAIS NOUS, NOUS LE SAVONS…"

Lois et Clark se regardèrent les yeux écarquillés. Tout ceci était plutôt ahurissant, même pour eux -- deux personnes habituées à "sauver le monde" d'une façon assez ordinaire. Aucun d'eux ne dit mot, mais chacun savait que l'autre remerciait Dieu qu'ils aient accepté d'apporter leur aide et aussi qu'ils aient réussi.

Les yeux de Lois s'éloignèrent de Clark et se posèrent sur Wells, qui, remarqua-t-elle, était si pâle qu'il était prêt à s'évanouir. Wells regarda Fate puis ses compagnons du 20ème siècle et, pendant un instant, Lois eut peur qu'il ne s'effondre et se mette à pleurer. Il avait cru savoir ce qui était en jeu dans leurs efforts à combattre le Baron, mais l'étendue du danger pour son époque adoptive était pire qu'il ne l'avait imaginée.

Il se leva et s'éloigna, essayant visiblement de garder sa contenance, et Lois et Clark reportèrent leur attention sur le Docteur Fate afin que leur ami puisse reprendre sa sérénité. Fate sembla réaliser lui aussi qu'une diversion serait la bienvenue, car il se leva à son tour, recula de quelques pas avant de se retourner face au couple en disant, "QUANT À VOTRE AUTRE QUESTION -- QUI JE SUIS -- QUI NOUS SOMMES… VOUS NE DEVINEZ PAS, LOIS LANE ?"

Et soudain Lois, pensa qu'elle le savait. En fait, cela paraissait maintenant tout à fait évident -- presque aussi évident que la véritable identité d'un autre personnage en costume, maintenant qu'elle y pensait. La façon dont cet "homme" relevait la tête, son rire, la détermination et la force qu'il avait montrées quand il avait vaincu le sorcier, sa manière d'arriver en un rien de temps et de disparaître dès que son travail était terminé -- même sa carrure dans les collants bleus; tout cela était si familier. Et, étant donné qu'elle avait été conduite ici, dans cette prairie de France, sept ou huit milliers d'années avant sa naissance, pour aider une précédente incarnation d'elle-même et de son mari et âme sœur, il ne fallait pas un grand effort d'imagination pour comprendre que ce personnage revêtu d'une cape et d'un casque était…

"Nous…" dit elle étonnée. "Vous êtes nous ! Mr Wells a dit que vous étiez à la fois l'union d'un homme et d'une femme…" Elle regarda Clark, son visage s'illuminant d'un incroyable sourire de jubilation; il lui sourit aussi, reconnaissant la manière classique de Lois-rassemblant-toutes-les-preuves qu'il connaissait si bien et qu'il adorait voir. "Tu ne vois pas, Clark ? Ils doivent être une autre incarnation de nos âmes !"

Et cela s'avéra exact. Les mains de Fate se levèrent vers le casque d'or et le soulevèrent de sa tête…et la silhouette bleue et jaune disparut dans un autre éclair de lumière pour être remplacée par deux autres silhouettes -- un homme et une femme, tous deux les bras levés, tenant le casque entre eux. Leurs vêtements étaient inhabituels -- un genre de version ultra moderne de pourpoint-et-chausses, avec des bottes et une sorte de ceinture ciselée -- mais leurs visages et leur allure paraissaient très familiers.

Le couple passa quelques instants à se regarder et se retourna pour se diriger vers les autres, main dans la main. Plus tard, Lois se demanda où était passé le casque, mais Clark lui-même ne put répondre à cette question. Il n'y avait pas prêté beaucoup d'attention, étant davantage intéressé, comme Lois l'était, par les personnages plutôt que leur couvre-chef, mais, pour autant qu'elle s'en souvenait, il était là… et il n'y était plus !

L'homme -- qui, bien entendu, ressemblait à Clark, excepté que ses cheveux étaient un peu plus longs (tout comme ceux de sa compagne) -- tendit la main à son double. "Bonjour," dit-il en lui serrant la main. "Nous vous connaissons, mais vous, vous ne connaissez pas nos noms. Je suis Kent Nelson et voici ma femme, Inza."

Clark eut un léger sursaut en entendant le nom de l'homme, principalement à cause de la coïncidence (si c'était ce que c'était) du nom de Kent. Lois ne sembla pas réagir; toutefois une fois que les présentations furent faites, elle avait sa propre question sur les noms à poser. "Inza ? remarqua-t-elle curieusement, "C'est plutôt inhabituel… pas le nom en lui-même, mais que je -- vous le portiez. D'après ce que nous a dit Mr Wells sur nos… autres vies, nous paraissons toujours nous retrouver avec le même genre de nom. Des noms commençant par 'C' pour Clark -- Charles, Carlos… même Kent, je suppose; à la même consonance -- et 'L' pour moi. Alors pourquoi 'Inza' ?"

Inza se mit à rire. "Ne vous inquiétez pas Lois -- je peux vous appeler Lois, n'est-ce pas ?" Au signe de tête affirmatif de Lois, elle poursuivit, "C'est un surnom. Mon vrai prénom est Lindsey, mais ma petite sœur m'a appelé Inza quand elle a commencé à parler et c'est resté."

Elle haussa les épaules résignée et Lois reconnut sa réaction à certaines peccadilles de Lucy dans le passé. Cela lui donna une idée de ce que pouvait être la "petite sœur", ce qui était une pensée intéressante -- mais qui pouvait attendre.

Les deux couples s'assirent et commencèrent à discuter. Lois et Clark monopolisèrent tout d'abord la conversation; les Nelson étaient agréables et assez intrigués par le 20ème siècle, mais plutôt réticents quand il s'agissait de parler de leur vie et de leur époque. Clark murmura à Lois, légèrement frustrée, qu'il reconnaissait employer des techniques d'investigation classiquement Lane, qu'ils s'inquiétaient probablement de ne pas divulguer quelque chose qui puisse altérer leur passé. C'était logique, aussi la conversation tourna vers des sujets d'ordre plus général.

Wells avait maintenant reprit son aplomb habituel et il s'avança vers eux et s'assit entre les deux femmes pour se joindre à la conversation. Enfin, après ce qui sembla durer seulement quelques minutes, mais à en croire le soleil, quelques heures -- quoi qu'il en soit, c'était l'après-midi le plus relaxant dont Lois et Clark pouvaient se souvenir (et plus tard, ils se demandèrent si c'était là la manière du Dr Fate de leur dire "merci") -- Kent se remit sur ses pieds et aida Inza à se lever.

"Il est temps de partir. J'en ai peur. Nous avons accompli notre travail -- ici et maintenant -- mais d'autres endroits et d'autres époques ont besoin de notre attention. Le devoir appelle toujours."

"Oh, oui," murmura Clark. J'en sais quelque chose…"

Kent sourit à sa femme, l'attira à lui et la serra dans ses bras -- ce qui, aux yeux de Lois sembla très caractéristique, étant quasiment identique à la façon dont Clark la prenait dans ses bras. Alors il dressa les sourcils et se saisit du casque qui apparut aussi mystérieusement et silencieusement qu'il avait disparu. "Qui veut conduire ?"

Inza se mit à rire, s'amusant visiblement de cette plaisanterie personnelle. "C'est mon tour, non ?"

"Je crois qu'oui, chérie," répondit Kent. Il leva le casque et elle le prit dans ses mains et ferma les yeux. Il y eut un autre éclair de lumière jaune et le Docteur Fate, maintenant femme, se trouvait là à la place du couple.

"ADIEU, HERBERT GEORGE WELLS. ADIEU, LOIS LANE ET CLARK KENT. PEUT-ÊTRE NOUS RETROUVERONS-NOUS, SI CELA EST ÉCRIT, DANS DES CIRCONSTANCES PLUS HEUREUSES. ET MAINTEANT, JE M'EN VAIS !"

Et elle partit, disparaissant dans l'éclat d'or flamboyant qui éteignit momentanément la lumière du soleil couchant.

Personne ne bougea pendant quelques instants, et personne ne parla… jusqu'à ce que Wells sorte son mouchoir et se mouche, après quoi l'attention de chacun revint au présent. Wells rangea son mouchoir et fouilla dans son autre poche pour sortir son appareil. Ses doigts tâtonnèrent les boutons et la machine spatio-temporelle apparut. Il y grimpa et fit un signe de la main à ses compagnons. "Nous y sommes. Asseyez-vous et je vais vous ramener."

La machine spatio-temporelle se matérialisa à Métropolis à 11 heures du matin le jour où elle l'avait quitté. Lois, ayant soudain froid après la chaleur du soir d'été qu'ils venaient de quitter, invita Wells à prendre une tasse de thé ou de café, mais il déclina l'invitation et elle n'insista pas. Elle était heureuse que tout se soit bien terminé, mais Wells était un oiseau de mauvaise augure, arrivant toujours quand les ennuis approchaient. Ce n'était pas sa faute -- il voulait les laisser passer leur vie paisiblement et n'intervenait que lorsque quelqu'un comme Tempus s'interférait -- mais elle ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir un petit peu. Wells repartit pour son époque immédiatement et Clark et Lois entrèrent.

"Alors, qu'est-ce que tu aimerais faire aujourd'hui ?" demanda Clark un petit peu plus tard. "Tu veux toujours aller à Centennial Park ?"

"No-o-on.." dit Lois les yeux mi-clos et la voix étouffée, "Je crois que j'ai eu suffisamment d'activités de plein air pour l'instant. Je serais plutôt d'humeur à jouer à un petit jeu -- disons, Dames et Chevaliers …"

"Oh, oui," répondit Clark, comprenant, mais s'amusant de cet échange de mots avec sa femme. "Et quel est le but de ce jeu...?"

"Bi-ien… j'ai dans l'idée qu'il est plutôt important ces jours-ci que la consommation d'un mariage soit authentifiée -- une sorte de témoignage que le couple est irrévocablement lié….."

"Ne me dis rien… Nous n'avons pas vu Charles et Loisette se marier, mais étant donné qu'ils ont nos âmes, nous pouvons 'authentifier' la consommation nous-mêmes, dans l'intimité de notre maison -- jusqu'à ce que nos mères reviennent avec Laura."

"Comme tu es intelligent…" susurra-t-elle en se dirigeant vers l'escalier. Elle s'arrêta à la première marche et commença à déboutonner son chemisier, regardant par-dessus son épaule, d'un air provocant, Clark toujours allongé dans un fauteuil. "Eh, bien, Monseigneur...?"

Lois poussa un cri quand Clark se précipita sur elle en super vitesse, la souleva, s'envola dans l'escalier et la jeta sur le lit. Elle aurait bien protesté mais sa bouche était couverte par celle de Clark et elle avait des choses bien plus intéressantes à faire que de se plaindre…

FIN

 

Les personnages de cet épisode sont la propriété de DC Comics, December 3rd Production et Warner Brothers. Aucun non respect des droits n'est délibéré de la part de l'auteur ou du Season 6 group, toutefois, les idées exprimées dans cet épisode sont la propriété des auteurs © 1998.


Comme promis, au cas où vous auriez des problèmes pour comprendre certains mots utilisés au Moyen Âge, voici un petit lexique.

Azur : Bleu (terme héraldique -- une des couleurs du blason - en gravure il s'indique par des tailles horizontales).

Cotte d'arme : tunique légère portée par dessus l'armure, sur laquelle se trouvent les armes de la personne qui la porte ou celles de son seigneur (ceci afin de reconnaître son adversaire).

Falot : personne insignifiante (avec une insinuation de stupidité).

Garde-robe : lieu où l'on plaçait la chaise percée, lieux d'aisance (les toilettes modernes).

Gueules : Rouge (terme héraldique -- une des couleurs du blason - en gravure il s'indique par des tailles verticales).

Hallebarde : Arme en forme de pique de 1,80 m à 2,40 - fer pointu à lames latérales.

Manant : autre mot désignant un serf ou un paysan (avec une insinuation d'attitude grossière comme le "rustre" moderne).

Suzerain : seigneur qui possédait un fief de qui dépendaient d'autres fiefs et à qui les nobles de rang inférieur ou chevaliers devaient allégeance.

Vilain : paysan libre (en opposition au serf) travaillant sur une parcelle de terre qu'il "louait" à son seigneur.