Préparatifs - 1 de 2 PDF Imprimer Envoyer

 

Saison 6, Episode 13

Première partie

Écrit par Phil Atcliffe

Édité par Kathy Brown

Version française de

Episode 13 : Preparation

Traduction Chantal Martineau

PRÉCÉDEMMENT, DANS "LOIS & CLARK :

"Quelqu'un va devoir *répondre* de tout cela !" gronda Lex Luthor, frappant du poing la table de la salle de conférence avec colère. "La LexCorp est *attaquée* !

"Ce qui signifie qu'il ne fait aucun doute qu'il n'y a *jamais* eu de clone. L'histoire de Luthor disant avoir été kidnappé et remplacé par son propre clone peu de temps après t'avoir demandé de l'épouser et avoir été emprisonné pendant presque trois ans, n'est juste -- qu'une histoire.

"Le Lex Luthor qui vit au dernier étage de l'immeuble de la LexCorp est le même homme que celui qui s'y trouvait il y a cinq ans, qui a essayé de me tuer et de t'épouser, qui s'est suicidé en sautant de cet immeuble, qui a été ressuscité par Gretchen Kelly, qui est allé en prison, qui t'a kidnappée lors de notre premier mariage... et qui sait que je suis Superman."

'Enfin !' pensa-t-il, triomphalement. 'Monsieur Kent, votre Adversaire vous attend.' Ou, plutôt, *allait attendre*, une fois que lui-même, Lex Luthor, aurait décidé de l'endroit et du moment où son ennemi allait rencontrer son ultime et implacable destin.

"Faites-moi une faveur, Kent -- gardez l'œil sur votre femme. Je ne sais pas si elle le réalise, mais elle est la clé de toute cette affaire de clone. Lane est le *seul* témoin qui puisse déclarer que les cheveux se trouvant dans le médaillon venaient du prétendu clone."

" Vous rappelez-vous d'Enrico O'Reilly ?"

"Quelqu'un l'a drogué à l'hôpital de la prison et il a confessé presque tous les meurtres, de plus il dit qu'il a fait cela sur les ordres de Luthor."

Une série de caractères incompréhensibles commença à défiler sur l'écran... jusqu'à ce qu'il se ferme de lui-même, laissant uniquement le message crypté :

COMMANDE A DISTANCE ACTIVÉE. Programme téléchargé à 15 destinations. Première phase enclenchée pour SINGAPOUR. L'échange sera ouvert dans 05:38:27.

Tandis que Nick regardait la scène, les 15 destinations passèrent à 16 et le "27" passa à "26" et ensuite à "25"... puis le message disparut et l'écran reprit son apparence normale. "Dis, Alex, qu'est-ce que c'est ? Un compte à rebours ?"

"Tu as raison de le croire. C'est le compte à rebours d'Armageddon pour la LexCorp, de notre part et de la part du monde capitaliste. Et l'horloge fait tic-tac..."

Dans la pièce à côté, une Beth Luthor tremblante tentait à tout prix de contrôler la panique qui menaçait de s'emparer d'elle.

'Je dois sortir d'ici ! Mais où vais-je aller ?' Où la femme de Lex Luthor *pourrait-elle* aller ? Où y avait-il un endroit assez reculé et sûr pour la protéger du pouvoir et de la furie d'un Lex enragé ? Elle n'était pas certaine qu'un tel endroit *existe*.

Plusieurs filiales de la LexCorp ont fait de très grosses transactions dans les places financières du monde entier, toutes, sans exception, ces transactions ont provoqué des pertes importantes -- des pertes *très* importantes!"

"Des pertes de combien ?"

Il y eut un silence, qui s'étira encore et encore. Finalement, Van Allen, qui était resté silencieux depuis son entrée dans le bureau, ne put se retenir. "Monsieur, les dettes accumulées se chiffrent à un total... total de..."

Le banquier semblait incapable de dire le montant, jusqu'à ce que Luthor lui lance un regard furieux. "...plus de *dix milliards de dollars* ! Monsieur, la LexCorp est *en faillite* !"

ET MAINTENANT, LA SUITE :

"*En faillite* ?!"

Rebecca Stafford grimaça en entendant le grognement outragé provenant du bureau de son employeur. Son inquiétude ne venait pas tant de ce qu'il avait dit, mais davantage de la manière dont il l'avait dit. C'était son travail de faire le tampon entre le monde extérieur et M. Luthor, d'organiser et de contrôler ce qu'il devait voir et qui il devait voir, pour qu'il puisse se concentrer sur les affaires de la LexCorp et, étant une personne consciencieuse, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir le sentiment qu'elle avait échoué lamentablement à sa tâche au cours des dernières minutes. Tout d'abord, M. Van Allen était arrivé sans prévenir, sans rendez-vous et avec deux types du gouvernement; puis ils étaient entrés sans crier gare dans le bureau de M. Luthor, sans même lui donner une chance de vérifier s'il pouvait les recevoir; et maintenant, peu importe ce qu'ils lui voulaient, il était furieux au point de crier si fort que l'on pouvait l'entendre à travers le système d'insonorisation qui tapissait son bureau. Ce n'était pas bon signe.

Heureusement pour sa tranquillité d'esprit, le rugissement ne se répéta pas. Toutefois, le silence qui suivit pendant une heure était, à lui seul, assez perturbant. Même si elle ne s'attendait pas à entendre quelque chose venant du bureau, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir de plus en plus nerveuse alors que les minutes passaient; peu importe ce qui se passait là-bas, ce devait être très important pour prendre le temps de M. Luthor de cette manière.

Rebecca essaya de penser à ce qu'elle devait faire -- mais quoi ? S'il s'agissait d'une rencontre habituelle pour parler affaires, elle savait ce qu'elle avait à faire, mais ça... eh bien, elle n'avait pas réellement d'idée sur ce que *c'était*. Si la réaction de M. Luthor pouvait lui donner un indice, cette... situation avait toutes les caractéristiques d'une urgence majeure pour la compagnie, ce qui voulait dire qu'il était improbable qu'il veuille être dérangé pour *quelque raison que ce soit* -- elle l'espérait.

Ce qui l'inquiétait était qu'elle avait toujours essayé d'anticiper les besoins de M. Luthor, mais aujourd'hui, elle n'avait aucune idée de ce qu'ils étaient. Et *c'était* potentiellement dangereux. Rebecca aimait son travail, mais elle savait que pour le garder, elle devait toujours faire de son mieux, elle devait faire exactement ce que son patron lui demandait, de préférence avant même qu'il ne le lui demande; seulement maintenant, elle ne savait pas du tout ce que cela pouvait être.

Et M. Luthor n'était pas tolérant avec les échecs.

Ses pensées furent interrompues par le bruit de l'interphone. "Mlle Stafford, M. O'Toole et M. Rogers nous quittent. Veuillez leur montrer la sortie, s'il vous plaît."

La réponse de Rebecca fut exceptionnellement hésitante, mais M. Luthor ne parut pas le remarquer. Pas plus qu'il ne semblait la tenir responsable pour manquement à son travail -- il était trop occupé à donner des ordres.

"Dites aux Directeurs de la Comptabilité et aux Directeurs Juridiques que je veux les voir immédiatement. Avertissez la Sécurité, les Informations et les Relations Publiques qu'ils se préparent à laisser tomber *toutes* leurs activités au besoin; tout le travail habituel devra être délégué aux personnes qu'ils pensent appropriées. Je veux qu'ils soient prêts à n'importe quel moment, des mesures extraordinaires vont être appliquées dès cet instant; je les rencontrerai dans la soirée. Et, j'ai bien peur, Mlle Stafford, de devoir vous demander d'être disponible 24 heures sur 24 dans un futur immédiat; appelez le Lexor et réservez la Suite Présidentielle à votre nom pour la semaine à venir-- quand j'aurai besoin de vous, vous pourrez ainsi être ici dans les plus brefs délais. Oh, et dites à ma femme que je ne sais pas dans combien de temps je pourrai me libérer ce soir -- si toutefois je peux le faire."

Rebecca soulagée commença à faire le travail que son patron lui avait ordonné et qu'elle parvint à effectuer avec son efficacité et sa promptitude coutumières. Il y eut cependant une exception; elle ne parvint pas à joindre Mme Luthor. Ce n'était pas particulièrement inhabituel, alors elle laissa un message sur le répondeur de Beth et sur sa messagerie vocale; d'une manière ou d'une autre, le message du patron l'atteindrait.

Le téléphone sonna.

Alex Trifyllis, assis à son ordinateur, fit pivoter sa chaise pour le contempler avec stupéfaction. Son frère Nick apparut dans l'embrasure de la porte, avec la même expression horrifiée. Pendant un instant, les deux hommes échangèrent des regards inquiets, jusqu'à ce que Nick ne brise finalement le silence.

"*Qui* diable cela peut-il être ?"

"Ça me dépasse, Nicky. Qui a eu ce numéro ? Personne ne pouvait le dépister -- pas après que j'aie installé le virus de relocalisation. Toute personne qui essaie un truc du genre -- même le dernier numéro composé -- va se retrouver branché sur une pizzeria à Seattle ! Ou peut-être chez un vendeur de voitures d'occasion à Hoboken... Pas *ici*, par contre. Et notre numéro n'est pas listé -- même la compagnie de téléphone ne connaît pas son existence -- alors on ne devrait pas se soucier des appels de télémarketing ou des choses comme ça."

Alex réfléchit, puis son visage s'illumina. "Oh, bien sûr ! Ou alors c'est une erreur, le plus mauvais des plus mauvais numéros de téléphone ou..."

"Ou quelqu'un nous a retrouvés ? Seigneur, Alex, qu'est-ce qu'on va faire ?"

"Attends, Nicky, attends. J'allais dire *ou* c'est peut-être la seule personne qui, à part nous, connaît ce numéro."

"Beth Luthor ?"

"Ouep. Tu te rappelles, on s'est arrangé pour qu'elle puisse nous appeler -- *une seule fois* -- si elle en avait besoin. Et puisque la LexCorp doit être à l'agonie, peut-être qu'elle veut s'échapper avant le crash final. La seule façon de le savoir..."

Alex attrapa le combiné. Nick observait, ébahi que son frère puisse être si détendu, si calme face à quelque chose qui était, potentiellement du moins, incroyablement dangereux. Alex était peut-être sûr que son programme avait détruit la LexCorp, mais Nick ne croyait pas que Luthor allait tomber à genoux sans se battre. Et s'il les avait *trouvés*...

Alex n'était pas aussi calme qu'il le paraissait; toutefois, il faisait confiance aux moyens de sécurité qu'il avait développés et aux mesures d'urgence qu'il avait préparées au cas où Nick et lui aient à disparaître en vitesse -- *encore une fois*. Il s'était beaucoup amusé à créer de nouvelles identités dans lesquelles ils se glisseraient et c'était un vrai bonheur d'imiter le héros d'un de ses bouquins préférés -- "The Shockwave Rider" de John Brunner, un roman prophétique sur l'ère des ordinateurs, cette ère était cependant arrivée plusieurs décennies avant la prédiction faite par l'auteur.

Les nouvelles identités, complétées avec passé et dossier, étaient fin prêtes; tout ce qui leur restait à faire était de les activer et de se glisser dans leurs nouvelles vies. La seule faille dans leur plan était de savoir comment ils allaient pouvoir quitter l'emplacement actuel, disparaître pour ensuite réapparaître sous leurs nouvelles identités. Alex avait tendu une variété de pièges et de systèmes d'avertissements qui *devraient* donner aux frères le temps de se sauver si jamais ils attiraient trop l'attention (l'attention de *n'importe qui*, et particulièrement l'attention de quiconque était lié à la LexCorp), mais il n'y avait aucune façon de les tester. Alors, cet appel téléphonique pouvait présenter un réel danger, ou peut-être pas; comme il l'avait dit à Nick, il n'y avait qu'un moyen de le savoir.

"Allô ?"

"Oh, merci mon Dieu ! J'avais peur que vous ne soyez pas là !" dit une voix de femme paniquée. "Alex-- est-ce que c'est Alex ?"

"Oui, c'est moi. Attendez une seconde, Mme Luthor, pendant que je mets le haut-parleur." Il posa le téléphone et se dirigea vers l'ordinateur d'où il ouvrit et activa rapidement un programme. Après quelques secondes, une fenêtre s'ouvrit à l'écran; Alex lut ce qui était écrit, puis revint au téléphone et pressa le bouton du haut-parleur, faisant signe à Nick de s'approcher aussi.

"Oui, Mme Luthor. Je suis désolé de vous avoir fait attendre, mais je devais arranger quelque chose. Quel est le problème ?" Le fait qu'il y ait un problème était juste une supposition; quand Beth avait recruté les Trifyllis, ils s'étaient mis d'accord pour ne pas entrer en contact, sauf en cas d'urgence, et au ton de Beth, il s'agissait d'une urgence -- pour elle, du moins.

A présent, Beth avait repris son contrôle -- mais pas entièrement. "Le problème, Alex, c'est Owen Preece -- l'ancien patron de votre frère Chris. J'ai essayé qu'il m'aide, de la même manière que vous le faites et je l'ai prévenu que Lex allait le faire tuer -- *et* l'accuser du meurtre de Chris. Il n'a pas voulu m'aider; et au lieu de cela, il a volé 300 000 $ et a pris la fuite. Mais maintenant Lex l'a retrouvé et sait qu'il a été averti par quelqu'un; il ne sait pas qui a prévenu Preece et de quoi, mais il ne lui faudra pas longtemps avant de le découvrir, maintenant que ce type a été arrêté.

"Alors, il faut que je me sauve à mon tour. Une fois que Lex tiendra Preece, tout va se savoir et ce sera ma fin -- et la vôtre aussi. Ma -- *notre* seule chance est cette nouvelle identité que vous avez dit pouvoir créer, Alex. Je ne sais pas quel rapport vous avez avec cette attaque massive contre la LexCorp, mais ça, c'est plus important; vous *devez* m'aider. Si vous ne le faites pas, Lex va tous nous tuer !"

La voix de Beth commençait à monter, en ton et en volume, tandis qu'elle parlait, mais elle essayait visiblement en même temps de parler à voix basse, sans doute pour éviter d'attirer l'attention et le résultat donnait un murmure à moitié étranglé. Cela aurait pu être drôle, si l'information n'avait pas été si importante.

"Très bien, Mme Luthor, je comprends votre situation. Essayez de vous calmer, d'accord ? Est-ce que vous appelez d'une cabine ?" Alex connaissait déjà la réponse, mais il voulait que Beth pense à autre chose, quoiqu'il était difficile de briser ce qui ressemblait à de l'hystérie galopante.

Ça marchait. "Non," répondit une Beth étonnée. "Non -- pourquoi ?"

"Parce que je vais vous mettre en attente quelques instants, c'est tout. Ne partez pas, je reviens dans quelques minutes." Avant même que Beth ne puisse répondre, il pressa le bouton pour parler en privé et se tourna vers Nick. "Bon, Nicky, qu'est-ce qu'on fait ?"

Nick avait l'air horrifié. "Tu plaisantes, Alex ? On doit l'aider --" Puis, comprenant soudain, son visage passa de l'horreur à la peur... "Hum, ceci étant dit, si nous pouvons la croire...?"

Alex soupira avec soulagement; après son habituel réflexe on-doit-l'aider, Nick réfléchissait vraiment à la situation -- et il le devait, parce que c'était *lui* qui avait des relations. Davantage qu'Alex, du moins; Alex pouvait programmer un ordinateur pour qu'il fasse ce qu'il voulait, s'il y avait une raison de le faire, mais les gens n'étaient pas aussi dociles que les machines électroniques. Heureusement, il pouvait donner des informations à Nick pour l'aider -- les aider *tous les deux* à prendre une décision.

"Je ne sais pas s'il faut la croire ou non, Nicky, mais je sais --" Il indiqua l'écran de l'ordinateur. "-- qu'elle appelle d'un motel près de l'aéroport --"

"Quoi ? Tu veux dire *ici* ?" s'écria Nick.

"Oui -- un de ces endroits pour les hommes d'affaires qui doivent prendre un vol un jour et en prendre un autre le lendemain. La ligne n'est pas sur écoute et elle n'utilise pas de haut-parleur comme nous, alors la seule manière pour une autre personne de savoir ce que l'on dit est d'écouter de très près -- et je n'entends respirer personne à ses côtés -- ou alors elle fait part de notre conversation. Alors, est-ce qu'on lui fait confiance ?"

Nick se recula dans son fauteuil et regarda le plafond en réfléchissant. Après un long silence, il se tourna enfin vers son frère et dit prudemment, "Je crois qu'on doit lui faire confiance, Alex. On n'a aucune raison de penser qu'elle ne dit pas la vérité. Bien sûr, elle a très peur, mais je peux le comprendre -- c'est la *femme* de Luthor, bon sang ! Elle ne semble pas connaître l'existence de ton programme, ce qui me laisse penser qu'elle n'est pas en contact avec le monde extérieur depuis quelques jours. Et par-dessus tout, elle est ici, en ville. Si Luthor savait que nous étions ici, il ne perdrait pas son temps à nous appeler; les tueurs de la LexCorp comme O'Reilly ou Barrows chargeraient dans cet appartement pour nous attraper !

"Non, je crois plutôt qu'elle est réglo. On sait que Luthor a demandé à cette Barrows de retrouver Preece; je suppose qu'elle l'a fait..."

"Oui..." répondit Alex, réfléchissant à voix haute. "Peut-être qu'on aurait dû garder un oeil sur le Daily Planet après avoir averti ces deux journalistes sur Preece et Barrows." Il fit un geste de dédain. "Ah, ce n'est pas important. La question est : qu'est-ce qu'on va faire de Mme Luthor ?"

"Eh bien, une chose est sûre -- on ne l'amène pas *ici* ! Elle ne sait pas où nous sommes et j'aimerais que ça reste comme ça."

Alex, surpris, fixa son frère. Il était d'accord avec Nick, mais c'était inhabituel d'entendre cela venant de lui. Nick était un peu trop confiant, il avait toujours été trop facile à persuader, même enfant -- c'était de cette façon qu'Alex lui avait causé tant d'ennuis au fil des ans. Cependant, quand ils *avaient* des problèmes, Alex était toujours celui qui agissait avec prudence et Nick celui qui entrait dans la danse. Mais pas à cet instant. 'Je suppose qu'il a appris quelque chose durant ces dernières semaines,' pensa Alex. 'On n'est pas paranoïaque -- il y *a* vraiment des gens, là, dehors, qui veulent notre peau !'

Pendant ce temps, Nick poursuivait -- ou peut-être qu'il réfléchissait à haute voix. "...alors la meilleure chose à faire, je crois, serait pour elle de rester où elle est pour l'instant pendant que tu fais ce que tu dois faire, mettre en place une nouvelle identité pour elle. De cette manière, s'il s'agit *effectivement* d'un piège, ils ne sauront toujours pas d'où tu opères et tu pourras t'occuper en même temps de *notre* fuite et de notre itinéraire.

"La partie risquée va être de rester en contact avec elle et de lui donner toutes les informations dont elle aura besoin... mais je pense que je sais comment m'occuper de ça. Écoute, Alex, que penses-tu de ça ?"

Nick lui expliqua son idée et Alex acquiesça avec entrain, agréablement surpris de l'idée de son frère. 'Il s'implique réellement...'

Ils ouvrirent à nouveau le haut-parleur et retrouvèrent une Beth inquiète, dont l'imagination avait pris le dessus et dérapé, elle avait peur d'avoir été "coupée" pour ce qui lui avait semblé une période horriblement longue. Une fois qu'elle eut repris son calme, Nick commença à lui expliquer :

"Ce que l'on veut que vous fassiez, Mme Luthor, c'est de rester cachée pendant quelques jours le temps que l'on s'occupe de tout. Restez aussi discrète que possible : mangez dans votre chambre, ne sortez pas à moins d'y être obligée -- ce genre de choses.

"Maintenant, vous ne pourrez plus utiliser ce numéro de téléphone, parce qu'il n'existera plus quand nous aurons raccroché, mais ne vous inquiétez pas : *nous allons* rester en contact avec *vous*. Nous vous appellerons deux fois par jour; juste pour vérifier si tout va bien, entre 9 et 10 heures, le matin et le soir et nous allons nous arranger pour vous rencontrer une fois que tout sera prêt. Cela ne prendra pas plus de deux ou trois jours, alors restez calme et vous serez bientôt sortie de cet enfer."

Après avoir rassuré un court moment la femme inquiète, Nick raccrocha et Alex activa son programme préréglé vers la compagnie locale de téléphone. En quelques secondes, toute trace du numéro de téléphone auquel Beth avait appelé fut effacé des registres (ce n'est pas qu'il y ait eu grand-chose à effacer, le numéro était officiellement inutilisé) et un nouveau, une connexion également anonyme, fut attribué à la ligne afin qu'ils puissent téléphoner.

"Combien de temps vas-tu la faire attendre, Nicky ?" demanda Alex. Il ne lui fallut que quelques minutes pour finaliser une nouvelle identité pour Beth. Le plus gros du travail avait déjà été fait quand il avait prévu *leurs* nouvelles identités; il n'était pas plus difficile de le faire pour trois personnes que pour deux.

"Combien de temps est-ce que ça prendra pour nous sortir d'ici ?" recommença Nick. "On devrait partir le plus tôt possible, de préférence ce soir ou demain. Si c'est un piège, alors nous allons déranger leur programme; ils s'attendent à ce qu'on reste encore quelques jours, et ensuite on reviendra la chercher aussi vite que possible, une fois que tout sera prêt."

"Pas de problème, Nicky," répondit Alex, travaillant sur un autre programme. "Donne-moi cinq minutes et on aura un vol pour l'Europe demain matin. Tu pourras faire la livraison avant qu'on ne quitte la ville et on appellera Mme Luthor de l'aéroport de Portland."

"Super. Je crois que je ferais mieux de commencer à faire les bagages, alors."

"Pourquoi ? On pourra acheter plein de trucs neufs en Europe."

"Alex... Le personnel des aéroports regarde bizarrement les gens qui n'ont pas de bagages. Et tu ne veux pas qu'on se souvienne de nous comme des 'types étranges avec seulement une valise et un ordinateur portable', n'est-ce pas ?"

"Tu as raison." Sur ce, Alex pivota vers l'ordinateur et Nick se dirigea vers le placard.

3 h 47, heure de Métropolis.

Un groupe d'employés de la LexCorp fatigués, désespérés et très inquiets sortaient du bureau de leur conseil exécutif. Ils avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour enquêter et limiter les dégâts pour le moment. Ils avaient des plans pour des actions ultérieures, mais ils allaient devoir attendre le lendemain.

Malheureusement, ce nouveau jour allait aussi mettre en lumière l'état de l'entreprise dans tous les médias. Déjà, les filiales de la LexCorp en Europe et en Asie devaient faire face aux questions concernant les pertes qui mettaient à mal les places financières locales; c'était simplement une question de temps avant que les nouvelles ne se répandent et qu'un journaliste entreprenant ou un reporter de la télé ne commence à faire un simple calcul-- et à ce moment, le lieu de l'explosion allait se trouver juste ici, au quartier général de la compagnie à Métropolis. Le Directeur Général n'était *pas* pressé que ça arrive !

La réaction des autorités municipales, provinciales et fédérales étaient des facteurs encore plus accablants. Les Ministères des Finances et de la Justice s'étaient calmés -- pour le moment -- et ils s'étaient mutuellement promis de s'échanger les résultats de leurs enquêtes respectives, qui à leur avis ne seraient pas préjudiciables aux futures inculpations et poursuites. Cette "promesse" fut ressentie par les gens de la LexCorp comme une chance de filer et ils croyaient en la "coopération" gouvernementale quand ils la voyaient; et il ne fallait pas être un génie pour savoir que la compagnie et ses employés étaient les suspects principaux de n'importe quelle enquête externe.

Malgré cela, l'aspect vraiment inquiétant de toute cette pagaille était que, même s'ils étaient certains que les pertes étaient le résultat d'une fraude délibérée et malveillante, ils n'avaient encore aucun moyen de le *prouver*; et, en attendant les preuves, les créanciers se trouvant face à la possibilité de perdre eux-mêmes de l'argent -- parce qu'il n'était pas possible que la LexCorp puisse rembourser la totalité des dettes accumulées -- ne pouvaient se permettre de perdre du temps et de l'argent et encore moins d'intenter une action contre les fraudeurs. Il était beaucoup plus plausible que la compagnie soit reprise, que ses filiales et ses divisions soient vendues peu importe ce qu'elles pourraient rapporter. La LexCorp allait cesser d'exister.

Luthor vit ses subalternes se diriger vers l'ascenseur, puis il revint dans son bureau, passant devant sa fidèle Mlle Stafford, qui était épuisée, il lui dit de partir et d'aller se reposer. Une fois seul derrière des portes fermées, il resta quelques instants debout au milieu de la pièce, plongé dans une réflexion silencieuse. Finalement, il se dirigea vers une toile accrochée au mur. Il la déplaça et révéla un petit coffre mural.

Ouvrir le coffre-fort ne lui demanda que quelques instants, même s'il faisait attention à ses gestes : faire une erreur de manipulation en composant les numéros et une petite charge explosive se déclencherait cinq secondes plus tard. A moins de rectifier l'action, tout ce qui se trouvait dans le coffre serait détruit et les alarmes retentiraient au Poste de Sécurité et dans tout l'immeuble.

Une fois la porte ouverte, Luthor sortit un carnet de notes recouvert de cuir. Il n'était pas impressionnant à regarder, mais l'homme qui le tenait savait que c'était probablement la plus importante et la plus précieuse de toutes ses possessions. Et encore, aucun être vivant, sauf son propriétaire, ne connaissait son existence, et la valeur qu'il avait signifiait qu'il ne sortait presque jamais du coffre.

Cette valeur était presque en elle-même contradictoire. Luthor pensait parfois que c'était un peu comme un arsenal nucléaire : il n'avait de valeur tant qu'il n'était pas utilisé; dans le cas contraire, il n'avait plus aucune utilité. Le contenu du carnet de notes ressemblait davantage à un arsenal nucléaire car il représentait une arme de dernier recours -- et si le moment n'était pas venu d'utiliser tous les moyens possibles pour attaquer les gens qui avaient essayé de détruire l'œuvre d'une vie, alors ce serait quand ?

Il s'assit à son bureau et plaça le livre sur un petit chevalet permettant de le garder ouvert à une page spécifique, révélant ligne après ligne une écriture illisible et fine, avec des annotations occasionnelles brèves et cryptées, de la main même de Luthor. Il se tourna vers l'onéreux et élégant poste de travail, rarement utilisé, placé sur le bureau et s'installa pour travailler. Il avait fait tout ce qui pouvait être fait ouvertement; maintenant, il était temps de découvrir qui était responsable de cet outrage.

Une des premières choses à établir dans les étapes préliminaires avec le peu d'informations recueillies, était que les dettes étaient bien réelles. Il ne s'agissait pas d'une double comptabilité ou d'un quelconque exemple de "comptabilité ingénieuse". Les courtiers du monde entier, ceux de la LexCorp comme les autres, avaient reçu les instructions de faire des transactions spécifiques sur les titres, les valeurs à terme, et ils avaient suivi ces instructions en toute bonne foi. Si l'ampleur des transactions était peut-être trop importante, il s'agissait quand même de la LexCorp et les gros investissements n'étaient pas inhabituels.

Le montant des pertes qui s'en était suivi *était* inhabituel, mais, maintenant, le mal était fait.

Cela mettait l'accent sur les instructions originales et, très rapidement, un facteur commun devenait évident : elles avaient toutes été reçues par voie informatique. En fait, certaines des plus grandes pertes avaient été causées par le programme de transactions automatiques de la LexCorp suivant des "ordres spéciaux", censé provenir, à l'origine, de la compagnie.

Le savoir n'apportait pas grand-chose, car les e.mails, fichiers joints et successions d'ordres semblaient parfaitement légitimes : ils émanaient des bonnes personnes (ou de leurs comptes informatiques), ils utilisaient correctement les propriétés de la LexCorp, les protocoles de protection d'information et leur contenu était exactement ce que les destinataires avaient l'habitude de voir dans des douzaines d'autres messages similaires. Seulement les résultats étaient différents...

C'était justement ces résultats qui avaient indiqué à Luthor que les messages envoyés n'étaient pas légitimes. Toute autre explication défiait les lois de la logique. Un employé mécontent ou un ancien employé aurait pu être à l'origine de telles pertes en utilisant les ressources de la compagnie, mais pas de cette envergure. Les fausses instructions avaient été envoyées de douzaines de comptes informatiques situés dans chacune des filiales de la LexCorp en rapport avec la finance et les investissements -- AustLex Pty Ltd, LexUK PLC, Banque LexCorp et Cie, LexAsia Guaranty Trust, et une foule d'autres... et, bien sûr, la Lexor Industrial Bank.

C'était sur cette dernière que Luthor enquêtait actuellement. Une perte particulièrement énorme avait été provoquée par un ordre bidon envoyé au système d'échange de transactions de la LIB, qu'un génie du marketing avec un goût pour les mauvais jeux de mots avait appelé "LIBérateur". Cette information avait entraîné la chute de l'indice boursier de 50 points en l'espace de 10 minutes et avait ainsi "libéré" près d'un milliard de dollars des coffres de la banque.

Le fichier en lui-même semblait s'être matérialisé comme par magie, si l'on en croyait les archives du système. La séquence de la commande avait obligé l'opération normale du système à s'arrêter un peu moins d'une seconde, mais à ce moment, le fichier avait écrit par-dessus l'opération standard qui se déclenchait normalement, remplaçant les instructions habituelles par des instructions rédigées de manière à perdre le plus d'argent possible. Mais il n'y avait aucune indication de la façon dont le fichier avait pu entrer dans le système -- ni même qu'il avait existé, mis à part ce qu'il avait fait.

Le seul indice était le temps durant lequel l'interruption du système s'était produite. Ce qui indiquait approximativement à quel moment le fichier avait pu pénétrer dans le système -- s'il était arrivé de l'extérieur; il y avait toujours la possibilité que les commandes aient été entrées à partir d'un terminal, mais cela impliquait une conspiration à l'intérieur même de la banque et Luthor n'était pas enclin à croire que c'était le cas. Pas encore, du moins.

Le tout premier moment où le fichier avait pu être introduit était limité par le programme quotidien de vérification, lancé 15 minutes avant le début de la journée. Combiner ces deux limites permettait d'établir une période d'un peu plus de quatre heures, pendant laquelle les commandes bidons étaient arrivées. Et c'était cette période que Luthor était maintenant en train de vérifier pour découvrir une quelconque indication permettant de connaître à quel moment ce fichier était arrivé et d'où il venait.

Ceci fait, il attendait pendant qu'un programme de recherche spécial, produit de la LexCorp Security contre le piratage informatique, parcourait les milliers de messages électroniques que la LIB avait reçus pendant la période critique en provenance de sources tant externes qu'internes. 'Il faut être voleur pour attraper un voleur,' pensa-t-il, regardant la fumée de son cigare s'élever lentement en l'air. Et si le voleur s'avérait être dans l'électronique, alors il valait mieux qu'il se soit caché *du* plus avancé des logiciels du monde.

Le programme en question avait été spécialement développé pour détecter et retracer des tentatives d'accès non autorisées à la LexCorp. C'était frustrant -- non, *enrageant*, qu'il soit encore en développement. Il avait été prévu que son usage soit étendu dans toute la compagnie, mais, naturellement, cela n'avait pas encore été fait. Comme les mises à jour de sécurité qu'il avait imaginées... quoi, il y avait moins d'une journée de cela ? -- ces plans allaient maintenant être connus dans les annales de l'histoire comme étant l'exemple classique d'une porte de grange tenant encore debout après qu'un cheval ait démoli le bâtiment en entier !

Heureusement, le programme, qui était incomplet et non testé, possédait les capacités que ses inventeurs avaient voulues; Luthor espérait simplement que cela suffirait. En ce qui le concernait, le programme fonctionnait bien, même s'il était moins direct et prenait plus de temps qu'il ne l'aurait souhaité.

Il fallut plusieurs minutes, mais enfin, le programme afficha une liste de messages qui, selon ses critères internes, étaient "anormaux." La liste était providentiellement courte et la plupart des anomalies étaient facilement reconnaissables -- des problèmes de transmission de messages, des fichiers joints de poids anormal ou de format ne pouvant être reconnu, même quelques virus qui étaient revenus attachés à ce qui paraissait être des e.mails innocents (mais qui avaient été détectés et effacés par le programme anti-virus de la Division Informatique, Luthor était content de le voir)... et une entrée mystérieuse qui lui sauta tout de suite aux yeux.

Le mystère du message reposait sur le fait qu'il n'avait pas de destination -- ou, s'il y en avait une (ce qui était sans doute le cas, sinon, que faisait-il dans le système ?) cette destination avait été effacée. Ce qui attira encore plus vite son attention que l'absence de destination était son origine -- une adresse du Service des Parcs Municipaux et Département des Loisirs de Gotham City !

Luthor fronça les sourcils. Quelqu'un avait piraté les ordinateurs de la LIB avec un fichier de commande bidon qui avait valu à la LexCorp de perdre un *milliard de dollars*... du Bureau des *Parcs* de Gotham City ? Que se passait-il ? Il s'attendait à voir le nom d'une de ses compagnies rivales ou encore de quelqu'un ayant une dent contre lui ou contre la compagnie ou bien qu'il y ait l'indication d'une attaque de, disons, Intergang de détruire la source de son pouvoir -- mais *ça* ? Tout ce désastre pouvait-il être l'œuvre d'un adolescent attardé jouant à des jeux stupides comme celui-ci de briser la monotonie d'un emploi de gratte-papier minable sans avancement?

Cette réflexion était intolérable et le visage de Luthor se tordit inconsciemment et il poussa un grognement sauvage en se promettant que si cette idée *venait* d'un cinglé qui voulait s'amuser, cet idiot allait vivre pour le regretter -- mais pas pour longtemps... Quand il y réfléchit, son expression s'adoucit et il redevint pensif. L'adresse était suspecte; la plupart des ordinateurs gouvernementaux nommaient directement leur propriétaire, ainsi, si quelqu'un voulait contacter un département particulier, il pouvait envoyer son message à la bonne personne. Cette adresse, d'un autre côté... le "nom" du compte était une chaîne de caractères alpha-numériques sans aucun sens. Luthor doutait sincèrement qu'il existe une personne telle que "gbu28a15"; cela ressemblait davantage à des désignations d'armes militaires qu'à un nom !

Et si c'était le cas... Il fit apparaître à l'écran une autre partie du programme d'anti-piratage et demanda à retracer le compte. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps -- la Municipalité de Gotham City utilisait des ordinateurs gérés par une compagnie qui avait "fusionné" avec la Division Informatique de la LexCorp, alors il était extrêmement simple de trouver les codes avec lesquels accéder à ses systèmes de fichiers. Les résultats lui renvoyèrent ce qu'il commençait à suspecter : il n'y avait pas de compte permanent de ce nom dans le système. Cependant il existait ou avait existé, la veille, un compte temporaire à ce nom pour une courte période et les archives de ses activités, même si elles étaient clairsemées, n'avaient pas encore été effacées.

'A-*ha* ! C'est ce que je pensais !' Il avait raison; le compte de Gotham City était une fausse piste intentionnelle pour tromper quiconque essaierait de retracer l'intrusion dans le système de la LIB. C'était une espèce de soulagement; l'étendue des suspects possibles était encore grande ouverte, mais au moins, il n'avait pas à faire face à la possibilité de perdre tout ce qu'il possédait à cause d'un idiot trouvant amusant de passer le temps de la sorte, entre des commandes à remplir pour l'achat de désherbant !

La prochaine étape était d'examiner les archives du faux compte pendant qu'elles étaient encore disponibles. Une rapide commande fit apparaître un écran plein d'informations comme par exemple ce que le "propriétaire" du compte avait fait avec ce dernier pendant qu'il existait. La liste des activités était étonnement courte : il semblait que le compte avait été créé uniquement dans le but de recevoir un message électronique (sans doute la commande du LIBérateur) et de le transmettre; une fois terminé, le compte s'était fermé automatiquement, sans archives permanentes indiquant qu'il ait jamais existé.

Soupirant avec soulagement d'avoir réussi à trouver cela à temps -- une défaillance du système ou encore un survoltage de puissance ou même un niveau d'activité légèrement plus élevé que d'habitude et les archives des comptes auraient été effacées. Ceci étant fait, il parvint ensuite à retracer le fichier bidon de l'ordinateur de Gotham à... la *Maison Blanche* ?!

Luthor était atterré. C'était peut-être naïf de sa part, mais il ne s'attendait pas à ce qu'il s'agisse d'un geste *politique*. La LexCorp était trop puissante et employait trop de gens pour qu'un politicien sensé veuille la détruire : la contrôler, oui; la démanteler, peut-être; réduire son influence, presque certainement; mais pas la *détruire* -- l'existence de trop de gens à travers le pays dépendait de la LexCorp et personne n'ayant un peu de jugeote politique ne voudrait, pour se faire élire, s'aliéner (au bas mot) autant de votants. Et le Gouvernement qui présidait en ce moment avait ses propres problèmes; il n'était pas question qu'il veuille se trouver face à une crise économique majeure, même pas comme distraction.

Néanmoins, c'était bien ça : la commande bidon qui avait été envoyée à un ordinateur de Gotham City venait elle-même d'un compte de "maison-blanche.gouv".

Le regard de Luthor pivota de l'écran au carnet de notes posé sur son support. C'était le moment critique: il devait décider tout de suite, une fois pour toutes, s'il devait ou non sacrifier l'information contenue dans ce livre pour continuer de poursuivre l'assaillant de la LexCorp. Le livre était le résultat de plusieurs décennies de recherches minutieuses -- et ce n'était pas une petite affaire de corruption, "d'interrogations" et de menaces -- mais une fois utilisé, son contenu serait dévoilé et des dispositions seraient prises pour éviter qu'il ne serve à nouveau.

Ce n'était pas discutable. Pourquoi garder ces informations si elles n'était pas utilisées ? Et le temps passait, pour la LexCorp et ses têtes dirigeantes. Il *devait* découvrir qui se cachait derrière tout cela, afin de dresser un plan de contre-attaque et trouver une façon de préserver la compagnie. Si cela voulait dire d'utiliser les "armes de derniers recours"... alors c'est ce qui allait être fait.

Il prit le livre et parcourut les pages. 'Alors, où est-ce ?' pensa-t-il. 'Ah ! Nous y voici. Oh, ça va être facile. Comme le Président avait été gentil de donner à la LexTronics le contrat pour standardiser les systèmes de communication du gouvernement fédéral...'

Luthor commença à taper des commandes sur son ordinateur. Il prit son temps, vérifiant et revérifiant chaque ligne avant d'appuyer sur la touche Retour. Ce qu'il voulait faire était assez simple; éviter les systèmes de sécurité autour du système de la Maison Blanche était la partie délicate, même avec les codes d'accès spéciaux du calepin. Une seule erreur et les alarmes sonneraient dans les bureaux militaires et les services de renseignements de tout Washington.

Il lui fallut un certain temps, mais, avec soin et patience, Luthor réussit, comme il le savait depuis le début. Il était soulagé, mais ne perdit pas de temps à l'exprimer, de voir que le Président et son Gouvernement n'étaient pas à l'origine de l'attaque subie par la LexCorp, pas plus d'ailleurs que le Bureau des Parcs de Gotham City. Le fichier qu'il traquait avait été envoyé au compte électronique d'un fonctionnaire de bas étage de la Maison Blanche, d'un serveur venant de l'extérieur des États-Unis. L'origine indiquée, plutôt que de simplement donner l'adresse complète, n'était pas claire, mais il ne lui fallut pas longtemps pour mettre de côté le typique brouillage gouvernemental et découvrir que le message en question avait pour origine la Direction de la Banque de Réserve de la Nouvelle-Zélande.

Luthor dressa les sourcils, mais il commençait à avoir une piste. Il doutait que la communauté financière de Nouvelle-Zélande tente de détruire la LexCorp, pas plus que le gouvernement des États-Unis ou encore Gotham City. Il s'agissait plutôt d'un piège -- et d'un piège potentiellement plus problématique; il n'était pas du tout certain d'avoir dans son calepin quelque chose qui puisse l'aider à suivre le chemin du fichier bidon dans un système relativement obscur, et de plus si éloigné.

Il avait tort. Il ne lui fallut que quelques recherches pour découvrir les codes qu'il cherchait. Il reconnut l'écriture et sourit avec désagrément. 'Beau boulot, Nigel. Efficace, comme toujours. Quelle calamité que votre loyauté n'ait égalé votre compétence...'

Bien sûr, puisque Nigel était mort depuis... oh, déjà quatre ans, il y avait toujours une possibilité que cette information soit dépassée. Cela aurait pu poser un problème... mais ce ne fut pas le cas; le système de la banque accepta les codes sans hésitation. En fait, Luthor était atterré de voir le niveau d'accès qu'il possédait; il prit note de remplacer ce système inadéquat et ridicule à la LexTronics -- si, bien sûr, l'une des deux divisions survivait.

En attendant, posséder un tel niveau d'accès rendait assez simple la tâche de retracer le message électronique arrivé à la Maison Blanche. Encore une fois, un compte électronique obscur qui n'indiquait presque rien avait reçu l'instruction d'envoyer le programme de commandes LIBérateur. Et un travail d'à peine quelques secondes lui permit de trouver d'où le fichier avait été envoyé et de découvrir la prochaine étape dans cette escroquerie en chaîne; Luthor se cala dans son fauteuil avec un petit sourire satisfait, alors que l'origine du message lui était révélée comme étant...

...*daily-planet.metropolis.com ?!?*

'Oh, mon Dieu...'

KENT!

Les yeux de Luthor s'écarquillèrent et sa mâchoire se contracta, tandis qu'il se redressait d'un bond sur son siège pour contempler l'écran avec étonnement. Ses pensées tournoyaient, de fureur, de stupeur, de chagrin, d'incrédulité et... oui, même de *soulagement*, ce dernier sentiment dominant tous les autres. C'était... c'était incroyable... mais c'était si *évident* ! Qui *d'autre* pouvait porter un tel coup à la LexCorp ? Qui d'autre était *capable* de le faire ?

L'autosatisfaction le submergea. Comment avait-il pu être aussi *stupide* ? Comment lui, Lex Luthor, avait-il pu être aussi naïf qu'un enfant ? Il avait répété les attaques sur Kent et sa famille au fil des années -- il avait essayé de le tuer, lui et ses parents, de lui voler sa femme et son enfant -- et ensuite, il s'était fié au sens *éthique* de l'extra-terrestre pour prévenir la vengeance. Quel geste fou ! Lui, de tous ceux qu'ils connaissaient, savait que les personnes "éthiques" étaient les plus dangereux adversaires -- une fois qu'ils avaient mis fin aux restrictions qui limitaient leurs actions.

Il était fier du "fait" qu'il pouvait agir comme il le voulait, retenu uniquement par le besoin de maintenir une façade respectable pour le monde extérieur -- et ce n'était pas une très grande restriction -- alors que le grand Superman, possédant des pouvoirs physiques qui lui auraient permis de conquérir le monde, ne pouvait rien faire en dehors des lois qui gardaient les masses ignorantes sous contrôle.

Et même quand il avait découvert que Kent avait accédé aux dossiers de clonage, il s'attendait encore à ce que l'extra-terrestre n'ait aucun pouvoir, sans preuves pouvant tenir devant un tribunal. Il avait pris des mesures préventives afin de prévenir toute menace. Maintenant, il était évident que Kent avait assuré ses arrières; son enquête sur le projet de clonage était un leurre, une façade pour cacher une attaque à grande échelle de la LexCorp. Et il *ne l'avait pas vu* ! Lui, le Grand Stratège, qui se vantait d'être vigilant et qui avait développé l'habileté de prévoir tous les scénarios possibles, n'avait même pas envisagé que Superman pouvait faire -- *ferait* une telle chose !

Cela changeait tout. Si Kent avait abandonné sa stupide insistance à respecter la loi, alors leur conflit était monté d'un cran. Luthor repensa à la première fois qu'il avait rencontré Superman, presque six ans auparavant : le Kryptonien, qui avait sauvé Prométheus et le programme spatial d'EPRAD, était venu, bêtement, le confronter, en disant qu'il savait (mais, bien sûr, mais ne pouvait pas prouver) qui, en définitive, était responsable du sabotage de Messenger, et pour l'avertir qu'il allait le surveiller à l'avenir. Lex avait répondu : "Le jeu ne fait que commencer..." mais ce n'était pas un jeu, plus maintenant -- c'était la *guerre* !

Mais encore... était-ce bien la peine ? Durant un instant, Luthor vit un glorieux futur s'ouvrir devant lui; si Kent avait décidé de ne plus respecter la loi, alors, envisageait-il d'aller encore plus loin ? La pensée de tout ce qui pouvait être fait avec les ressources de la LexCorp et la puissance de Superman était éblouissante...

Mais la réalité refit surface et la vie dorée s'effaça. Oui, Kent pourrait faire un superbe allié -- partenaire, même -- mais il était *l'ennemi * de Luthor et il n'avait pas le temps de le changer en autre chose. L'extra-terrestre avait donné un coup quasi mortel à la LexCorp et Luthor n'avait d'autre choix que de se défendre -- et contre un tel rival, aucune mesure n'était trop extrême.

Si c'était la guerre, alors il était temps de saisir l'opportunité -- *d'attaquer*! Heureusement, il avait encore le temps et les ressources pour le faire, et tout ce dont il avait besoin, était une cible.

Puis, le plan s'illumina tel un éclair... il n'y avait qu'un mot pour le décrire : la clarté. Comme tous les grands plans, il était glorieusement simple, singulièrement approprié... et très dévastateur. Kent avait attaqué la base de son pouvoir; Luthor allait lui retourner la faveur. Alors, quand Superman défendrait ses adeptes, il serait totalement détruit.

Il était navrant qu'il n'ait pas un *petit* peu plus de temps pour arranger les choses sinon il aurait organisé simultanément l'enlèvement de la fille de son ennemi. Toutefois, il y avait encore une seule embûche; une fois que son père serait mort, la petite fille ne serait pas si facile à... obtenir. Si elle survivait à l'attaque.

Sa mère devait être tuée, bien sûr et il était surprenant que cette idée lui cause encore de la douleur, mais son cœur se durcit à la pensée qu'elle l'avait rejeté plus d'une fois et, si elle avait décidé d'épouser et même de se reproduire avec un extra-terrestre, alors elle allait devoir vivre avec les conséquences de ses actes -- ou pas. Après tout, elle allait peut-être mourir quand il porterait le coup fatal à son mari.

Le temps, qui empêchait son plan d'être aussi élégant qu'il l'aurait aimé, était définitivement l'essence de toute chose. Il devait décider quand serait venu le meilleur moment pour lancer son attaque, mais il devait commencer ses préparatifs dès que possible. Il regarda par la fenêtre l'aube se lever, commençant maintenant à percer l'horizon de Métropolis et il réalisa que ces préparatifs allaient pouvoir être faits par d'autres pendant qu'il profiterait du sommeil dont il avait tant besoin.

Deux rapides e.mails plus tard, il se dirigea vers le canapé du bureau. Il ne retournerait pas à l'appartement ce soir, même si ce n'était que quelques portes plus loin. Il n'avait ni le temps ni la patience de se battre à propos de divergences d'opinions domestiques pour le moment; toute son énergie, toute sa concentration devaient être focalisées sur la bataille à venir.

Beth comprendrait. Elle n'avait pas le choix de toute manière.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

Les personnages de cet épisode sont la propriété de DC Comics, December 3rd Production et Warner Brothers. Aucun non respect des droits n'est délibéré de la part de l'auteur ou du Season 6 group, toutefois, les idées exprimées dans cet épisode sont la propriété des auteurs © 1999.