Pour le bien de l'enfant - 1 de 2 PDF Imprimer Envoyer

 

Saison 6, Episode 2

Première partie

par Chris Mulder

Édité par Peace et Kathy Brown

Version française de


Traduction Hypérion

 

Précédemment dans Lois & Clark
Episode 1 - "Tensions"…

Vendredi 6 novembre, 16h30

"Bonté divine, Clark, je ne pensais pas que retourner travailler était si fatigant !" Lois s'effondra sur le siège passager de la Jeep.

Clark sourit avec compassion de l'autre côté du véhicule. "Eh bien, la semaine a été dure, avec cette élection et tout le reste." Il démarra le moteur et manœuvra pour sortir du parking souterrain du Planet, puis s'engagea dans la rue. "Ça ira mieux la semaine prochaine, en particulier si Laura saute encore une tétée la nuit."

Lois grogna d'un air approbateur. "Dormir est formidable. Je crois que j'étais un peu plus habituée à ses petits sommes de la journée que je ne le pensais."

"Eh bien, elle va mieux faire ses nuits et tu vas de nouveau t'habituer à travailler. Je pense que les horaires flexibles ont bien marché, n'est-ce pas ?"

"Oui, en vérité, je le crois aussi." admit Lois, s'animant un peu. "J'ai quand même eu mes quatre jours de travail. Et toi ?"

"Eh bien, je dois à Perry quelques heures demain, mais c'est à cause des interruptions de Superman. Je pourrais y aller demain à la première heure, comme ça on passera le reste du week-end ensemble."

Lois haussa les épaules avec philosophie. "Ça me donnera une chance de me reconnecter avec Laura, je suppose. Je veux dire, c'était bien de retourner travailler, mais je suis surprise de voir comme elle m'a manqué cette semaine. Ce sera agréable de juste traîner avec elle toute la matinée."

Clark se mit à rire. "Alors, c'est très bien."

Ils roulèrent dans un silence complice jusqu'au pâté de maisons suivant avant que Lois pose la question qui lui trottait dans la tête "Comment te sens-tu, avec les interruptions de Superman, je veux dire ?"

Il soupira. "Pas trop mal. C'est dur d'ignorer un appel au secours, mais on n'a pas tout le temps besoin de moi, en tout cas -- pas autant que ma famille. Si j'avais voulu être Superman à plein temps, j'aurais dû renoncer à Clark Kent depuis longtemps, et je ne peux pas faire ça, alors… je dois seulement trouver une juste mesure." Le feu passa du rouge au vert et l'humeur de Clark avec. "Et en parlant de famille… comment crois-tu que Laura va se sentir avec sa grand-mère ?"

Lois se mit à rire, acceptant de changer de sujet. "C'est une championne. Maman a fait du bon travail, d'après ce que j'ai vu, et elle a l'air d'aimer ça -- elle m'a dit qu'elle et Laura s'étaient promenées quelquefois dans les environs et qu'elle avait fait connaissance avec quelques voisins, j'en ai fait moins pendant ces deux mois à la maison." Elle se mit à rire. "Je crois que je suis plus casanière que je ne le pensais."

"On appelle ça cocoonner, Lois," l'informa Clark d'un ton mi-moqueur mi-professoral. "La mode des années quatre-vingt-dix."

"Eh bien, c'est un soulagement de savoir que je suis à la mode," murmura Lois, regardant négligemment le flot de la circulation dans les rues sombres. "Je me sens dans un cocon quand il fait nuit si tôt."

"C'est juste le changement de saison, Lois; c'est parfaitement normal."

"Si tu le dis, Cow-boy," le taquina-t-elle, commençant à se remettre de la tension de la journée.

"Je le dis," affirma-t-il, avec un petit rire en engageant la Jeep dans leur rue. "Et tu sais--" Il s'arrêta soudain, regardant intensément devant lui.

Lois regarda et sentit son ventre se crisper de frayeur. Des lumières rouges et bleues clignotaient, perçant l'obscurité grandissante. "Clark, dans quelle maison sont-ils ?"

Il hocha la tête. "Je n'en sais rien. Je suis sûr que ce n'est pas la nôtre."

Lois percevait le doute et la peur dans sa voix et elle n'était pas rassurée.

Aussi vite que la sécurité le permettait, Clark gara la Jeep et Lois sortit de la voiture presque avant que le moteur ne soit coupé. Clark la rattrapa immédiatement, lui tenant la main pour la soutenir tandis qu'ils se précipitaient vers leur maison.

"Oh, mon Dieu, Clark," dit Lois haletante, "notre porte est ouverte, que s'est-il passé ??"

Il hocha la tête d'un air sévère. "Je n'en sais rien, mais j'entends Laura pleurer, alors ça ne doit pas être très grave."

Lois grimpa l'escalier et se précipita à l'intérieur, s'attendant au pire. Ce qu'elle vit ressemblait à un cauchemar. La pièce était pleine de monde, mais la première chose qu'elle remarqua, comme étant trop familière, était sa mère, inconsciente par terre, une bouteille à moitié vide à côté d'elle. Pas encore. Maman ! Des flashs des précédentes et nombreuses occasions lui revinrent à l'esprit et elle chancela sous le choc et l'indignation.

Clark la soutint et elle détourna les yeux de la silhouette étendue sur le sol pour chercher son bébé. Elle était là, de l'autre côté de la pièce, dans les bras d'une femme que Lois ne connaissait pas. Elle commença à s'avancer, mais fut arrêtée par un policier en uniforme.

"Restez là, madame."

"Que se passe-t-il ici ?" demanda Clark, retrouvant enfin la voix. "Nous sommes les propriétaires, c'est notre bébé… que s'est-il passé ?"

L'officier les regarda d'un air désapprobateur et hocha la tête. "Un voisin a entendu crier le bébé et nous a appelés. Cas évident de négligence."

Lois s'avança et réclama son bébé, mais l'officier la retint par le bras.

"Je suis vraiment désolé, madame," dit-il d'une voix qui paraissait plus ennuyée qu'emprunte de regret. "mais jusqu'à ce que tout soit réglé, j'ai bien peur que les Services Sociaux n'aient la garde du bébé."

… et maintenant la conclusion.

Intro

Lex Luthor se tenait devant la fenêtre de son bureau, regardant tomber la nuit sur Métropolis. Silencieusement observé par son lieutenant du moment, Enrico O'Reilly. Par expérience, Enrico avait appris que Luthor détestait les interruptions quand il réfléchissait. Il avait également appris à jauger l'humeur de son employeur à la façon dont il tirait sur son cigare. Ou peut-être était-il plus exact de dire qu'il essayait d'interpréter l'humeur de Luthor de cette façon. Quoique la plupart du temps, il avait la troublante impression que Luthor le laissait réfléchir à ce qu'il pensait. Même après tout ce temps, c'était… sinistre.

"J'ai regardé les infos," dit enfin Luthor, la voix presque sans inflexion, "mais je ne vous ai pas vu. Très judicieux." Il se tourna vers Enrico, le regardant pour la première fois depuis qu'il était entré dans la pièce. "Il devait faire froid… à attendre devant la maison des Kent. Voulez-vous boire quelque chose, Enrico ?" ajouta-t-il, indiquant la carafe et la glace sur son bureau.

Enrico regarda Luthor, devant son sourire et ses yeux froids -- ses yeux étaient plus froids qu'une nuit de novembre -- il décida qu'après tout ce qui s'était passé ce jour-là, il ne voulait rien boire qui provienne d'une bouteille que Luthor aurait pu avoir en main.

"Non," répondit-il, peut-être un peu trop brusquement, car Luthor dressa les sourcils. "Non, merci, monsieur," s'excusa à regret Enrico, la déférence et la méfiance se mélangeant dans son attitude et sa voix.

Luthor sourit, heureux d'avoir pu encore mettre cet homme à l'épreuve. Il savait ce qu'Enrico pensait de lui, mais cela lui était égal.

Enrico, à ce moment, était furieux. Le vieux démon ! pensa-t-il. Comment ose-t-il me traiter de cette façon ! Il aurait aimé lui mettre son poing dans la figure, mais il savait très bien que c'était impossible. Du moins pour l'instant. Enrico avait beaucoup appris de Luthor, mais il lui était difficilement reconnaissant de ses leçons. Les rats pris dans un labyrinthe sont rarement reconnaissants des leçons qu'ils apprennent, d'ailleurs.

Luthor, fatigué des faux-semblants d'Enrico, retourna à son sujet originel. "Les informations étaient assez complètes. Je suis tout à fait déçu du manque d'efficacité du système de protection de l'enfance dans cette ville, Enrico. Rappelez-moi de faire un jour quelque chose à ce sujet."

"Oui, monsieur," répondit Enrico habitué à faire écho.

"Après tout, les enfants sont notre avenir."

"Oui, monsieur."

"Je trouve épouvantable que cette pauvre enfant n'ait pas été placée immédiatement en foyer provisoire. Epouvantable."

"Humm," fut la seule réponse d'Enrico. Il était fatigué de ce jeu. Luthor pouvait jouer les philanthropes en public pour sa satisfaction personnelle, en prétendant que tout ce qu'il voulait était le bien d'un enfant, mais Enrico avait appris à connaître son véritable credo : ne pas faire de prisonniers, n'accepter aucun partenaire, ne montrer aucune pitié. Et, ayant été un témoin de premier plan des nombreuses et peu plaisantes activités de Luthor au cours de ces derniers mois, Enrico n'était pas assez fou pour penser que, juste parce qu'il était actuellement son employé, il pouvait compter un jour sur une quelconque retraite.

"C'est tellement déplorable," poursuivit Luthor, "que d'éminents citoyens de Métropolis, comme Lois Lane et Clark Kent, soient capables de négliger leur propre enfant. Si je n'étais pas certain que leur culpabilité soit finalement prouvée, je pourrais devenir cynique."

Cette fois, Enrico ne répondit pas, ce n'était pas nécessaire. Lex se tenait là, debout, regardant dans le vague et tirant sur son cigare d'une manière abstraite, contemplant sans doute la vision d'un monde dans lequel se trouverait un cynique Lex Luthor. Il se réjouissait de cette vision, dans laquelle il jouait le premier rôle, presque autant qu'il se réjouissait du son de sa voix… ou d'atteindre son but.

Et, étant donné qu'atteindre son but n'était jamais loin de ses pensées, il ne lui fallut pas longtemps avant de se reprendre. A ce brusque changement d'humeur, l'un de ceux qui déconcertaient toujours son subalterne, Luthor jeta soudain un regard perçant à Enrico et demanda sur un ton d'avertissement, "Vous avez suivi mes instructions pour la lettre ?"

"O-oui, bien sûr," bégaya Enrico, se haïssant d'agir ainsi. Luthor avait cet effet sur les gens. Même quelqu'un qui faisait peur aux autres, comme Enrico savait qu'il le faisait, pouvait, en présence de Lex, se retrouver sans contrôle sur sa voix, sa sueur et son cran.

Revenant à l'autre partie du plan, Enrico se hâta de reprendre son sang-froid sur les points pour lesquels Luthor l'avait mis sur la sellette. Il était satisfait de voir que cet exercice devenait plus facile chaque fois qu'il l'accomplissait. Un jour *il* serait le patron ! "Je pense que c'est une erreur de ne pas avoir refroidi cette dame," déclara-t-il avec un air de défi.

Luthor s'assit à son bureau et leva les yeux vers lui. "Et de quelle 'dame' s'agit-il, Enrico ?" répondit-il courtoisement.

Pourquoi, pensa amèrement Enrico, je n'arrive pas à le regarder ? C'était une qualité qu'Enrico à la fois admirait et haïssait chez son patron -- son habileté à proposer et contrôler simultanément. Il y avait en Luthor une impitoyable subtilité -- une finesse cruelle -- qu'Enrico n'avait jamais rencontrées au cours de son ascension dans l'échelle des criminels. Il voulait lui aussi en arriver là, et une fois qu'il y parviendrait, alors… "La dame qui s'est occupée de la grand-mère pour nous."

"Ah, je vois… cette dame. J'avais peur que vous parliez de Mme Lane."

"Elle ? Non… quoique ça pourrait être une bonne idée. Et si elle se souvient de quelque chose ?"

"Elle ne se souviendra de rien. Je vous l'ai dit. La drogue que la jeune 'dame' lui a si obligeamment administrée pour nous, provoque une perte de mémoire à court terme et rend aussi la victime hautement influençable. Si tant est que vous ne vous soyez pas éloigné du plan." Une fois encore il posa son regard paralysant sur Enrico et sourit quand le jeune homme hocha négativement la tête. "Alors… nous n'avons pas à nous inquiéter."

Enrico n'était pas sûr d'avoir la même foi que Luthor dans cette drogue, et il s'agissait de *son* visage et non de celui de Luthor dont Mme Lane pouvait peut-être se souvenir. Connaissant son patron comme il le connaissait, Enrico avait le bon sens de croire que personne ne lui viendrait en aide si ce plan, ou tout autre, tournait à la catastrophe.

"Et," poursuivit doucement Luthor, "en ce qui concerne la jeune femme qui nous a assistés, nous allons la garder en réserve un peu plus longtemps. Elle est le pivot de notre plan d'urgence au cas où quelque chose tournerait mal. Les pions doivent être sacrifiés, Enrico, comme je vous l'ai déjà dit, mais avec discernement et seulement quand le moment est venu. Elle est bien cachée en lieu sûr, comme nous en avons discuté ?"

Enrico acquiesça.

"Bien. Nous avons devant nous une semaine chargée. Dès qu'ils auront nommé un juge pour le procès, je veux le savoir à l'instant même."

"Oui, monsieur." Enrico espérait que ce dernier plan allait marcher. Le récent échec pour reprendre Amalgamated Transport avait mis Luthor en colère, mais Enrico soupçonnait que, pour une raison ou une autre, ce projet de mettre la main sur Laura Kent représentait beaucoup plus pour lui. Il ne voulait pas imaginer les conséquences en cas d'échec.

Il se retrouva encore une fois à se demander pourquoi Luthor voulait l'enfant de Lois Lane et Clark Kent. Il avait entendu dire que Luthor avait été un temps amoureux de Lois Lane -- mais pourquoi prendre l'enfant qu'elle avait eu d'un autre homme ? A moins que…

Etait-il possible que ce soit l'enfant de Lex ? Ou peut-être l'enfant du clone de Lex ? Essayant de faire quelques calculs dans sa tête, il faillit ne pas entendre ce que Lex était en train de lui dire.

"Vous n'avez pas de doutes sur certaines choses, n'est-ce pas, Enrico ?"

Les joues d'Enrico perdirent un peu de leurs couleurs, mais, malgré cela, il continua à regarder l'autre homme droit dans les yeux. "Non, monsieur."

"Bien." Il est sage de se souvenir qu'il n'y a qu'une seule pièce indispensable sur l'échiquier, Monsieur O'Reilly."

Oui, le vieux démon agitait indéniablement sa queue, ce soir. Dieu merci, il n'avait pas à coucher avec lui ! Tout ce qu'il avait à faire était de travailler pour lui.

Il prêta une attention particulière aux quelques minutes qui suivirent quand Lex lui traça les grandes lignes des divers travaux du lendemain. C'était une bonne chose qu'il ne soit pas spécialement délicat.

Dès qu'il eut terminé, Lex fit signe à Enrico qu'il pouvait se retirer et il s'exécuta, anxieux d'écrire les instructions avant de les oublier. Enrico était depuis longtemps arrivé à la conclusion que laisser Luthor dans l'ignorance de ses véritables intentions nécessitait de se charger des travaux qu'il méprisait, comme les taches incombant régulièrement à un secrétaire ou un valet. Si cela voulait dire qu'il lui fallait écrire les ordres pour que Luthor n'ait pas à les répéter, alors il le faisait… pour l'instant.

Un autre tabou rarement toléré par Luthor était que ses ordres soient modifiés, raison pour laquelle Enrico avait négligé de lui rapporter un simple petit détail de son temps passé chez les Kent. L'idée lui avait semblé bonne sur le moment -- effacer ce message sur le répondeur -- mais maintenant il avait des doutes. Luthor ne l'avait pas ordonné, mais Luthor ne pouvait pas savoir que les parents de Kent allaient appeler pendant qu'il se trouvait dans la maison. Il avait écouté la voix joyeuse de Martha Kent dans la machine et s'était soudain senti obligé de s'assurer que son fils ne l'entendrait jamais. Pourquoi devrait-il entendre que ses parents passaient de bons moments avec des gens qu'ils venaient de rencontrer ? Laissons-le s'inquiéter un peu pour eux, avait pensé Enrico avec jubilation. Bien fait pour lui.

Maintenant c'était fait et il ne pouvait revenir en arrière. Luthor ne le saurait jamais, de toute façon, alors quelle différence cela pouvait-il faire ? Enrico sortit nonchalamment du bureau sans se presser. Il devait garder sa dignité.

Lex resta encore quelques minutes dans son bureau à ranger ses affaires. Les choses ne se passaient pas exactement comme il l'avait prévu, mais il croyait toujours en sa victoire finale. Il y aurait un procès, alors tout n'était pas perdu. Les témoins pouvaient s'acheter, les juges pouvaient être corrompus ou menacés, les preuves pouvaient être fabriquées -- Luthor avait une grande foi en la justice.

A cette heure-ci les parents Kent devaient avoir appelé leur fils et laissé le message disant qu'ils allaient visiter quelques coins éloignés avec un couple de nouveaux amis. Clark comprendrait qu'il ne pouvait pas les joindre. Juste un peu plus d'irritation à ajouter aux inquiétudes de Kent. Cette pensée fit sourire Luthor avec plaisir.

Luthor prit son cigare et tira dessus avec satisfaction. Il se dit qu'il allait se rendre dans son antre, se servir un verre, s'asseoir dans son fauteuil favori et regarder les infos de 10 heures. Ils ne manqueraient pas de repasser des séquences du désordre devant la propriété des Kent, et il s'était plutôt régalé à regarder cela. Il quitta le bureau, sortant par la même porte que son homme de main.

Les deux hommes ne soupçonnaient pas qu'ils avaient de la compagnie.

Beth Luthor était assise dans la bibliothèque attenante au bureau, encore sous le coup de ce qu'elle avait entendu. Quand Lex lui avait demandé deux mois plus tôt si elle aimerait avoir un enfant, elle avait été ravie, jusqu'à ce qu'elle découvre qu'il préférait adopter plutôt que d'avoir son propre enfant. Tout ceci l'avait accablée. Après ce qu'elle venait d'entendre, elle était inquiète. Alors, l'idée d'adoption de Lex, c'était ça ?

Et s'il obtenait ce qu'il voulait -- l'enfant de Lois Lane -- alors, et après ?

Une fois qu'il aurait une petite partie de son amour perdu et son ex-empire rapidement reconstruit, aurait-il encore besoin d'une épouse ?

Il n'y avait, après tout, qu'un seul pion indispensable sur l'échiquier.

Première Partie

Dans un autre endroit de la ville, Lois Lane passait un terrible moment à essayer de calmer sa fille. Rien ne marchait : ni la faire manger, ni la changer, ni la bercer ou lui chanter des chansons, le seul choix qui restait à Lois était d'aller et venir en tapotant le dos de Laura. En femme d'action qu'elle était, elle voulait faire quelque chose, mais tout ce qu'elle parvenait à faire pour le moment était de se balader avec un bébé agité.

Arrête ! avait-elle pensé, "Arrête !"

"Oh, Laura, chérie, Maman ne voulait pas dire ça. Tu es la petite fille la plus importante au monde. Je t'aime, mon petit cœur. Je voudrais juste savoir ce qui ne va pas pour pourvoir faire quelque chose. Est-ce que tu as mal au ventre ?"

La seule réponse de Laura était de pleurer davantage.

A cet instant, le papa de Laura entra dans la pièce. Il était, comme Lois, en pyjama et il apportait une tasse de thé à sa femme.

"Tiens, Lois. Prends ça et laisse-moi m'occuper de Laura un instant."

"Je ne sais pas ce qui ne va pas, Clark."

"Probablement rien, chérie."

"Alors pourquoi je n'arrive pas à la calmer ? J'y suis toujours arrivée avant…en fin de compte. Et j'ai tellement peur que les gens des Services Sociaux fassent irruption si je n'arrive pas à la calmer et--"

Clark regarda avec désarroi ses deux filles se mettre à pleurer. Il posa la tasse de thé sur la table de nuit et tendit les bras pour prendre Laura. "Elle est peut-être trop fatiguée, Lois. Cette journée a été très dure pour elle aussi. Elle ressent sans doute ton angoisse."

Lois lui tendit le bébé et essaya de s'arrêter de pleurer, mais ce n'était pas facile et elle se souvenait de ce qui s'était passé quelques heures plus tôt lorsqu'ils étaient rentrés à la maison : l'ambulance, les voitures de police, les voisins curieux et les badauds, les caméras de télévision et cette femme odieuse des Services Sociaux, Mlle Bailey. Sa mère avait été placée sur un chariot et transportée à peine consciente en bafouillant de façon inintelligible. Sam était arrivé alors qu'on chargeait sa femme dans l'ambulance et s'était précipité dans la maison pour s'assurer que Lois et Laura étaient saines et sauves avant de se rendre à l'hôpital à toute vitesse. Il avait vu la bouteille d'alcool à moitié vide par terre et son air peiné avait retenu Lois de lui dire que certaines des personnes se trouvant dans son séjour avaient l'intention de leur enlever sa petite-fille.

Et merci à l'inspecteur Henderson. Il avait entendu l'appel à la radio et était venu voir s'il pouvait se rendre utile. C'était largement grâce à lui qu'ils avaient pu conserver la garde de Laura -- à lui et au partenaire suffisamment sain d'esprit de Mlle Bailey. Il y aurait tout de même un procès pour déterminer leur aptitude à être parents et Lois était terrifiée.

"Tout va bien se passer, chérie."

Lois sentit le bras de Clark l'entourer et leva les yeux vers lui. Il devait l'avoir observée et avait deviné ce qu'elle pensait. Elle lisait la peur dans ses yeux, ceci n'avait donc pas dû être pour lui trop difficile à deviner. Cette situation était la chose qui les préoccupait le plus.

"Comment Maman a-t-elle pu faire une chose pareille, Clark ?"

"Je ne sais pas, Lois. Peut-être--"

"Je croyais qu'elle aimait Laura? Je croyais qu'on pouvait lui faire confiance. Pourquoi ? Comment après toutes ces années à rester sobre a-t-elle pu faire ça ? Spécialement quand les choses allaient si bien. Elle n'avait aucune raison de--"

Ils se regardèrent. Parcourus du même doute. Pourquoi ?

"Laisse-moi voir si je peux endormir Laura et après nous parlerons."

"D'accord."

Clark porta Laura dans sa chambre en murmurant doucement en lui caressant le dos. Elle était très énervée, pauvre petite chose. Il sentait ses propres émotions monter en lui et s'obligea à se calmer pour pouvoir aider sa fille.

La tenant contre sa poitrine nue, il employa son aptitude à contrôler ses fonctions vitales pour ralentir ses battements de cœur et sa respiration. Sa voix, plus profonde que celle de Lois, créait de basses vibrations et il pouvait flotter plutôt que marcher pour entretenir un mouvement plus doux. Il resta ainsi pendant quelques minutes et fut heureux de voir que Laura répondait. Ses pleurs avaient moins de conviction et il sentait maintenant qu'elle l'écoutait.

Décidant qu'il était temps de passer à l'étape suivante, il flotta un peu plus haut et s'allongea progressivement, comme s'il s'apprêtait à se coucher sur un coussin d'air. Et là, suspendu, il commença à la bercer lentement en lui caressant toujours et dos et en lui parlant doucement, jusqu'à ce qu'il sente son petit corps se détendre contre le sien. Elle agita nerveusement la tête encore une fois, cherchant juste le bon endroit sur la poitrine de son papa. Elle s'installait pour s'endormir.

Clark l'entendait soupirer et la sentait se blottir contre sa poitrine, et il expérimenta de nouveau cette blessure d'amour qu'il ressentait pour cette merveilleuse petite personne qui était sa fille. Cela lui serrait le cœur ou lui faisait venir les larmes aux yeux et il était toujours étonné que la joie et la peine puissent se combiner en une même émotion et en si parfaites proportions.

Personne… personne n'allait éloigner cette enfant de lui et Lois. Ça n'arriverait pas, et il le dit à Laura.

"Ne t'en fais pas, mon petit cœur," lui dit-il doucement. "Tout va bien se passer. Ta maman et moi t'aimons énormément et nous allons faire en sorte de rester ensemble. Nous formons une famille maintenant, la famille que j'ai toujours voulu avoir et je ne laisserai jamais personne nous séparer, mon trésor."

"Non, nous ne laisserons jamais personne nous séparer."

Clark se retourna, surpris. Lois se tenait sur le pas de la porte à le regarder. Il était si occupé avec Laura qu'il ne l'avait pas entendu approcher. Elle s'avança et se plaça près de Clark. Il se redressa un peu pour que Lois puisse regarder le visage endormi de Laura. Elle tendit la main et la posa sur la sienne dans le dos de leur enfant. Ils se regardèrent et un regain de détermination et d'engagement passa entre eux sans qu'ils aient besoin de prononcer un mot.

Ils posèrent Laura dans son berceau, après que Clark eut réchauffé les draps de sa vision infrarouge et ils restèrent éveillés les deux heures qui suivirent à parler de ce qui s'était passé et de ce qu'ils allaient faire. La première chose qu'ils décidèrent était que Laura serait tout le temps avec l'un d'entre eux jusqu'à que tout soit résolu.

Le lendemain matin, ils découvrirent des journalistes qui attendaient devant leur porte.

"Génial !" grommela Lois. "On avait justement besoin de ça."

Elle ne voulait pas se sentir assiégée et elle demanda à Clark si Laura et elle pouvaient venir au Daily Planet. "Si je reste ici, le téléphone va sonner sans arrêt, sans parler de la sonnette de la porte. De plus, on sera sans doute plus en sécurité au Planet." Voyant son inquiétude, elle le prit dans ses bras. "Je sais que ce n'est pas le week-end que nous avions prévu, mais au moins on sera ensemble."

Ceci décidé, il l'aida à emballer tout ce dont elle avait besoin pour elle et le bébé.

Ils portèrent le tout à la voiture, avec un peu de super force judicieusement appliquée, ce qui leur permit de se faire un chemin à travers la foule. Clark se tenait entre Lois et les journalistes tandis qu'elle attachait Laura sur son siège. Il fut aimable avec eux, mais ferme en déclarant que tout serait bientôt éclairci et il leur demanda de les laisser, Lois et lui, aller en paix au bureau.

"Je suis sûr que vous ne voudriez pas risquer la vie d'un enfant," dit-il avec conviction.

Lois n'en était pas très sûre, mais les paroles de Clark semblaient atteindre le bon naturel de la plupart des reporters car ils purent se rendre au Daily Planet, si ce n'était sans escorte, au moins sans être harassés.

Tout cela réjouissait Lois car Laura et elle allaient rester dans la place forte qu'était le Daily Planet.

"Ils ne pourront pas m'atteindre ici, Clark… ni Laura."

Ils se tenaient dans la salle de conférence où Perry avait dit à Lois de s'installer. Clark l'aida à y mettre ses affaires.

"J'aurai plus d'intimité ici pour l'allaiter et veiller sur elle et je pourrai travailler un peu. Je vais me mettre sur la piste des compagnies que Lex s'approprie en ville. Je sais qu'il y a quelque chose là-dessous et c'est peut-être pour cela que--"

Elle s'interrompit, soudain incapable de poursuivre. Les souvenirs de la veille étaient trop tristes. Clark posa ses mains sur ses épaules pour la réconforter et elle essaya de lui sourire. "Ça va aller, Clark. Je ne sais pas pourquoi les larmes me viennent si vite ces jours-ci. Je pense que ça fait ça quand on est maman."

"Ça le fait aussi quand on est papa," lui dit-il, en le regardant plus intensément elle vit qu'il avait les yeux humides.

Il se penchèrent l'un vers l'autre et leurs fronts se touchèrent -- un merveilleux geste de réconfort qui signifiait beaucoup pour eux. Un coup frappé à la porte les interrompit. C'était Jimmy, prêt à installer un ordinateur pour Lois.

"Certaines choses ne changent jamais." murmura Lois, avec un petit sourire et en reniflant. Elle leva la main pour s'essuyer le coin des yeux et Clark l'embrassa sur le front avant d'aller ouvrir la porte à leur jeune ami.

"Merci de nous aider, Jimmy," lui dit Clark.

"Pas de problème, CK. Le Chef me laisse prendre mon mercredi comme ça je pourrai m'occuper de la voiture de Penny. Je rattrape mes heures tout comme vous."

Quelques minutes plus tard, Clark signala à Lois qu'il devait enfiler quelque chose de plus approprié pour s'envoler. Elle lui sourit et lui envoya un baiser. Ne s'apercevant de rien, Jimmy bavardait, enthousiasmé par la pièce que Penny et lui étaient allés voir la veille au soir avec M. et Mme Barnes. "Je crois que ses parents commencent vraiment à m'apprécier. Est-ce que vous étiez nerveux la première fois que vous avez rencontré les parents de Lois, CK ?… CK ?"

Superman fut plutôt occupé ce jour-là, mais pas trop tout de même pour rendre une visite à une vieille amie, Constance Hunter. Sa carrière d'avocat était montée en flèche après sa défense de Superman couronnée de succès dans le procès intenté par Calvin Dregg. Il était resté depuis en contact avec elle et savait que le succès ne l'avait pas beaucoup changée, à part lui avoir donné un peu plus confiance en elle. Elle était toujours la même personne bienveillante et honnête que la première fois qu'il l'avait rencontrée, aussi il ne fut pas surpris quand elle lui promit d'aider ses amis, Lois et Clark, dans leur procès imminent.

Jimmy, après avoir extériorisé l'excitation de la soirée précédente, avait aussi offert son aide. Plusieurs employés du Planet, en fait, n'avaient pas manqué de dire, soit à Lois soit à Clark, qu'ils voulaient les aider ou qu'ils pensaient à eux et seraient heureux de témoigner en leur faveur. Ils étaient touchés de voir qu'ils avaient tant d'amis fidèles.

Perry avait offert d'utiliser les considérables ressources du journal, et avait apporté son support personnel. Il n'y avait eu aucune hésitation de sa part quand ils lui avaient demandé d'être témoin de moralité. Il était venu chez eux plusieurs fois et les avait souvent vus avec Laura.

Clark était extrêmement occupé, entre les différents sauvetages de Superman, son travail de journaliste et le rendez-vous avec Lois et Constance Hunter, mais il arrivait quand même à avoir une pensée pour ses parents. Ils voudraient certainement savoir ce qui s'était passé, mais il n'était pas tout à fait sûr de l'endroit où ils se trouvaient. Les dernières nouvelles qu'il avait reçues venaient du Sud Dakota, mais dataient de près d'une semaine. Ils pouvaient être n'importe où, maintenant, et il ne voulait pas quitter Lois et le bébé trop longtemps pour partir à leur recherche. Du moins, pas encore. Si les choses tournaient vraiment mal, alors il irait les chercher et les ramènerait à Métropolis. Pour l'instant, il faisait tout son possible pour satisfaire les appels concernant Superman et apporter à Lois toute l'aide qu'il pouvait aussi bien avec Laura que dans ses recherches.

Au cours leur conversation, la nuit précédente, après avoir couché Laura, ils avaient envisagé divers scénarios. Chaque hypothèse à laquelle ils pensaient, de ce qui avait conduit Ellen à sortir des rails à l'idée que l'un de leurs vieux ennemis essayait peut-être de les atteindre, avait été examinée sous tous les angles. Il leur avait été très difficile de rester concentrés sachant que, s'ils se trompaient, ils risquaient de perdre quelque chose de plus précieux que leur propre vie -- Laura.

Ils décidèrent qu'il valait mieux attendre de voir ce qu'allaient dire les médecins au sujet d'Ellen avant de sauter sur des conclusions. Ce qu'elle avait pu faire ou ne pas faire. Les résultats du laboratoire leur diraient si elle avait vraiment bu. Il avait été impossible de lui sortir quelque chose de cohérent la veille au soir, donc ils attendaient d'avoir la chance de lui parler de ce qui s'était passé. Lois ne voulait pas croire que sa mère pouvait mettre Laura en danger en se remettant à boire mais, comme elle l'avait fait remarquer à Clark, si quelqu'un avait drogué Ellen pourquoi n'avait-il pas pris ce qu'il voulait ? D'après ce qu'ils pouvaient dire, rien n'avait été déplacé. La police avait dit qu'il n'y avait aucun signe d'effraction à l'entrée et que, mis à part le fait qu'on ait laissé pleurer trop longtemps un bébé dans son berceau pendant que Grand-Mère était par terre inconsciente, tout avait l'air normal dans la maison.

Et quant à l'idée d'une quelconque vengeance de l'un de leurs anciens adversaires, eh bien, à quoi bon ? Là encore, rien n'avait été déplacé. Le bébé n'avait été ni blessé ni kidnappé, il était juste affamé et mouillé. La police, sur les recommandations d'Henderson, avait aussi cherché d'éventuelles "cartes de visites" qui auraient pu être laissées, mais les recherches étaient restées vaines. La maison n'avait pas non plus été mise sur écoute. Tout cela n'avait aucun sens. Et puis il y avait Luthor.

Ils enquêtaient sur les compagnies qui avaient fait partie de la LexCorp et étaient relativement sûrs qu'il y avait un lien avec les récents problèmes de syndicat à Amalgamated. Ceci pouvait-il être la raison de ce qui se passait. Et si cela était, qu'est-ce que Luthor espérait gagner ? Des embarras pour Lois et Clark ou voulait-il leur faire peur ? Et s'il s'agissait d'une sorte de démonstration de pouvoir -- une démonstration de la facilité avec laquelle il pouvait accéder à leur maison et à leur enfant ? Etait-ce un avertissement : embêtez-moi et je ferai quelque chose de terrible à quelqu'un que vous aimez ? Est-ce qu'ils se rapprochaient trop près ?

Trop près de quoi ? De découvrir qu'il était certain que Lex Luthor envisageait de reconstruire son empire ? Mais il n'y avait rien de mal à cela -- à moins que ses méthodes ne soient criminelles. Ou était-ce autre chose ? Peut-être un secret à protéger pour lequel il serait prêt à tuer ? Le Lex Luthor qu'ils avaient affronté jadis n'aurait eu aucun scrupule à tuer pour quelque raison jugée par lui pertinente. Si ce Lex était réellement un clone, un clone démoniaque qui maintenant était mort, alors peut-être que la menace ne venait pas de cette direction. Toutefois, s'il n'y avait jamais eu de clone, alors le Lex auquel ils étaient maintenant confrontés était celui qui avait kidnappé Lois, essayé de tuer Clark et qui savait que Clark Kent était Superman. Ce Lex devait savoir que Superman avait un enfant. Chaque fois que Clark y pensait, il avait des frissons dans le dos.

Il y avait tellement de raisons pour qu'un démon tel que Lex Luthor puisse avoir des desseins sur l'enfant de Superman : vengeance, méchanceté, désir de faire souffrir en faisait trois. Il était vrai aussi que Luthor avait financé des expériences de clonage -- il en avait apporté la preuve à tout le monde lorsqu'il avait inventé le récit du clone maléfique qui, prétendait-il, l'avait retenu prisonnier -- ce qui laissait Clark soupçonner que Lex était celui qui avait créé le clone de Superman. Voulait-il de nouveau essayer en se servant cette fois de l'enfant de Superman ? Mais si cela était, pourquoi n'avait-il pas enlevé Laura pendant qu'Ellen était immobilisée ? Encore une fois, ça n'avait aucun sens.

L'idée du clonage comme mobile avait donné des cauchemars à Clark. Même si c'était seulement l'un des scénarios auxquels il avait pensé, celui-là pouvait le toucher à un niveau très personnel. Quand il était enfant, la menace était que si quelqu'un découvrait qui il était, il pourrait être emmené, placé dans un laboratoire et servir de sujet d'expériences. Quand il était devenu invulnérable ses craintes s'étaient estompées et s'il était devenu plus prudent c'était davantage pour protéger ses parents que dans une idée de danger personnel.

Toutefois, Laura n'était pas invulnérable. Elle était totalement sans défense et l'idée de la savoir sous la domination de quelqu'un comme Luthor rendait Clark malade.

La nuit précédente, quand ses cauchemars l'avaient réveillé, il lui avait fallut prendre sur lui pour ne pas réveiller Lois pour qu'elle le convainque qu'il était ridicule. Il avait tellement peur de ne pas être du tout ridicule et de découvrir qu'il y avait un nouvel échelon dans la peur qu'il n'avait pas encore expérimenté. Il était très tentant de prendre Lois et sa fille et s'envoler dans un endroit lointain où ils pourraient se cacher du monde. Mais au fond de son cœur, il savait qu'ils ne pouvaient se détourner de leurs problèmes, aussi il se contenta de se rapprocher plus près de sa femme endormie et de rester là à écouter les battements de son cœur et ceux de Laura.

Avec la lumière du jour, quelques-unes de ses craintes s'étaient estompées mais n'avaient pas disparu. Toutefois, il les garda pour lui, sachant que Lois avait suffisamment à faire et ne voulant pas l'effrayer davantage. Quand il n'était pas Superman ou qu'il ne travaillait pas sur l'un des articles que Perry lui avait confiés, il allait vérifier les progrès de Lois dans la salle de conférence. Avoir la chance de voir Laura si souvent était un plus bien agréable.

C'est au cours d'une de ces visites, en début d'après-midi, alors qu'il trimbalait Laura pour lui faire faire son rot, que Sam Lane s'arrêta pour venir les voir. Lois était encore en train d'arranger ses vêtements après avoir allaité Laura, mais Sam ne parut pas le remarquer. Ils virent qu'il était fatigué et contrarié et lui proposèrent une chaise et une tasse de café. Il accepta la chaise, mais refusa le café d'un geste de la main.

"Si je bois encore de ce truc, je crois que je vais être malade."

Ils le laissèrent reprendre sa respiration et ses pensées, tandis que Clark baladait Laura et que Lois retournait à son déjeuner à moitié commencé.

"Eh bien, Princesse, la bonne nouvelle est que ta mère va bien, physiquement."

Lois et Clark arrêtèrent ce qu'ils étaient en train de faire, tous deux inquiets du ton de Sam.

"Que veux-tu dire, Papa ? Est-ce que Maman est… ?"

"Ta mère est dérangée."

"Eh bien, Papa, je sais que Maman est parfois un peu irrationnelle mais--"

"Elle refuse d'admettre qu'elle a bu. C'est une attitude classique d'alcoolisme : négation du problème, négation de l'attitude elle-même. Elle dit aussi qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la maison qui a dû lui donner quelque chose pour l'assommer." Sam leva les mains et frotta ses yeux fatigués, découragé au-delà des mots. Les choses allaient plutôt bien entre lui et Ellen. C'était un coup terrible pour lui et il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il était la cause de son retour à la boisson. Avait-il fait quelque chose pour qu'elle veuille replonger dans une bouteille ?

A la mention de ce mystérieux "quelqu'un d'autre" Lois écarquilla les yeux vers son mari avec espoir. Clark la soupçonnait d'espérer une sorte de miracle -- une preuve qu'Ellen n'avait pas bu. Son expression lui dit qu'il avait raison et son cœur se brisa. Il avait peur qu'elle ne soit déçue et blessée.

Lois se leva et s'avança pour poser son bras autour des épaules de son père. Il savait d'ordinaire si bien se distancer des problèmes qu'elle était inquiète de le voir si perdu. "Je suis sûre que les choses vont bien se passer, Papa."

"Que disent les médecins, Sam ?" demanda Clark.

"Oh, ils disent qu'elle va complètement se remettre, en fin de compte. Ils veulent la garder un jour ou deux, parce que, eh bien…" Ses yeux se dirigèrent de Clark à la table. Son visage avait l'air soudain plus vieux, le ton de sa voix défait. "Ils ont trouvé de l'alcool dans son organisme."

"Oh, Papa ! Non !"

"J'avais deviné qu'il y en aurait," poursuivit Sam, "car j'avais pu le sentir sur elle, mais…je suppose que… j'espérais… un miracle."

Lois se pencha pour embrasser son front. "Je sais, Papa. Moi aussi."

Elle resta à ses côtés, le bras passé autour de ses épaules et aucun d'eux ne parla pendant quelques instants. Clark les regardait en silence et même Laura était tranquille, regardant sa mère avec les yeux grands ouverts de l'enfance.

Enfin Sam revint des pensées dans lesquelles il était plongé et leva les yeux vers sa fille. "Elle dormait quand je suis parti… Je ne veux pas m'absenter trop longtemps, mais je voulais que tu saches comment elle allait. J'ai appelé chez vous, mais je n'ai pas eu de réponse. J'ai pensé que tu étais là."

"Bien pensé, Papa." Elle lui sourit et obtint un bref sourire en retour. Il était visible qu'il se reprenait un peu. Parler d'Ellen avait dû l'aider.

"On va s'en sortir, d'une façon ou d'une autre. La première chose est que ta mère aille mieux et sorte de l'hôpital. L'alcool ne fait pas bon ménage avec ses médicaments, aussi il va peut-être falloir un jour ou deux pour la remettre sur pied."

"Mais tu es sûr qu'il n'y aura pas de séquelles permanentes ?"

"Oui. Bien sûr. J'ai demandé à deux spécialistes de l'examiner aussi, juste pour être certain. Ce genre de choses n'est pas exactement ma spécialité, tu sais ?"

"Je sais," répondit Lois en souriant, pensant aux autres "spécialités" qui étaient les siennes.

"Je vois que tu as amené Laura avec toi, aujourd'hui, Lois." Il relâcha sa main et se leva pour aller vers Clark. "Qu'est-ce que tu dirais de venir voir ton Grand-père, petite ?"

Clark passa sa fille à son grand-père en regardant Lois. Ils devaient dire à Sam ce qui s'était passé, même s'ils détestaient l'idée d'augmenter ses inquiétudes.

"Sam…" La voix de Clark se fondit, tandis qu'il réfléchissait à une façon d'annoncer la nouvelle.

"Qu'est-ce qu'il y a, Clark ?" répondit Sam d'un air absent. Il était occupé à gazouiller au bébé et ne semblait pas avoir remarqué le ton de Clark.

"Nous avons quelque chose à vous dire."

Deuxième partie

Quand Jimmy entra dans la salle de conférence quelques dizaines de minutes plus tard, il eut l'impression que le Dr Lane avait pleuré. Ce n'était pas surprenant. Il ne savait pas ce que ce dernier allait devenir sachant sa femme responsable que ses enfants perdent leur bébé. Il aurait probablement pleuré aussi.

Les autres adultes dans la pièce lui accordèrent peu d'attention quand il entra pour ranger les dossiers, fax et imprimés qu'il avait apportés. Son jeune cœur était déchiré, voir Sam Lane tenir et cajoler Laura comme s'il n'allait plus jamais la revoir. Le grand-père de Jimmy était mort quand il avait cinq ans (il n'avait jamais connu son grand-père paternel), mais il se souvenait de quelques-unes des choses amusantes qu'ils faisaient ensemble. Ce n'était pas normal… ce qui arrivait à Lois et Clark et à Laura. Peut-être pouvait-il faire quelque chose pour les aider.

Il avait entendu de la conversation, qu'Ellen Lane avait dit n'avoir jamais touché à de l'alcool. Mais qu'en outre, elle déclarait qu'il y avait une femme avec elle dans la propriété et que celle-ci devait l'avoir droguée… peut-être avec une citronnade. Lois et Clark étaient en train de dire que, toutefois, il n'y avait aucun signe de la présence de quelqu'un d'autre et aucun signe qu'une citronnade avait été bue. En fait la seule preuve de boisson rafraîchissante, en quelque sorte, était la bouteille de whisky vide sur le sol. Lois et Clark ne savaient que croire et Jimmy pensait qu'il savait pourquoi.

Ils étaient trop proches de cette histoire, ce qui était compréhensible. Lui, à l'inverse, pouvait être moins concerné sur le plan affectif et par conséquent plus détaché, juste comme le Chef avait essayé de lui enseigner. Son récent succès avec le conflit syndical avait certainement galvanisé sa confiance en ses capacités de reporter et il voulait utiliser ces nouveaux talents pour aider ses amis. Quoique pour commencer, il devait éclaircir cela avec le Chef.

Jimmy sortit silencieusement de la pièce et chercha Perry dans la salle de rédaction. Ne le voyant pas, il se dirigea vers son bureau. Il se trouvait là, crayon en main et le visage froncé corrigeant les copies des reporters. Craignant de ne pas avoir choisi le bon moment pour lancer son idée et ne voulant pas attendre plus longtemps, Jimmy décida de foncer.

A son grand soulagement et à sa surprise, Perry l'écouta avec attention exposer sa théorie.

"Alors, vous voyez, Chef, si j'arrive à trouver cette femme, peut-être que nous pourrons prouver que Mme Lane dit la vérité."

"C'est très bien, mais comment ? Tu n'as pas grand-chose comme description : jeune, mince et blonde. Il y a six ou sept femmes dans cet immeuble qui correspondent à cette description."

Le Chef marquait un point. Mais quand même, il voulait faire quelque chose. Il avait une autre idée… "Chef, et si nous parvenions à trouver quelqu'un qui l'ait vue entrer chez Lois et Clark ? Ça pourrait marcher, n'est-ce pas ?"

"Oui," reconnut Perry. "Oui, ça pourrait marcher. Bonne idée, mon garçon. C'est le genre de chose que doit faire la police, je suppose, si elle soupçonne un acte criminel. Toutefois, elle a fort à faire à l'heure actuelle, avec tous ces nouveaux meurtres. Tu sais, ils en ont découvert un autre ce matin. Un vieil homme, cette fois… touché à la tête, à bout portant et laissé sur les marches du 15ème district. S'ils ne trouvent pas très vite quelque chose, ce sera la panique."

"C'est terrible, Chef. Ils n'ont pas encore d'indices ?"

"Pas assez apparemment," répondit sèchement Perry. Il resta un instant silencieux, regardant le rapport de police sur le dernier meurtre. Que diable arrivait-il à cette ville ? Il leva de nouveau les yeux vers Jimmy. "Tu fonces et tu vois si tu trouves quelque chose dans le voisinage de Lois et Clark, mon garçon. Tiens-moi au courant."

Jimmy quitta le bureau de Perry, en flottant presque, il était tellement content que son idée soit approuvée. Il s'arrêta à son bureau pour prendre sa veste, un bloc-notes, des stylos et son appareil photo. Au dernier moment, il pensa à quelque chose et décrocha le téléphone pour appeler Penny. Ils étaient tous deux supposés sortir ce soir-là, mais il risquait de travailler et il voulait la prévenir.

Toutefois, quand elle entendit parler de son plan, rien ne put l'arrêter de vouloir venir avec lui. Lois et Clark étaient aussi ses amis et elle voulait les aider de n'importe quelle façon pour les remercier de ce qu'ils avaient fait pour son père. Le remplacement qu'elle avait fait à Amalgamated s'était terminé la semaine précédente et elle n'avait que ses cours en prévision, donc cela ne posait aucun problème.

Maintenant, la coupe de Jimmy débordait et il sortit en petites foulées de la salle de rédaction pour se rendre au garage.

Dans la salle de conférence, Sam s'apprêtait à partir. Il retira doucement son stylo de la main de Laura avant de la tendre à Clark. Il avait eu beaucoup de difficultés à l'empêcher de le mettre dans sa bouche. Elle pouvait être sacrement têtue quand elle le voulait et, pensa-t-il en souriant, il pouvait imaginer de qui elle tenait cette qualité.

"Je ferais mieux de retourner auprès de ta mère, chérie. Je verrai si je peux obtenir d'elle une meilleure description de cette femme. Si on peut prouver qu'il y avait quelqu'un d'autre là-bas on sera tous hors de danger."

Il serra Lois dans ses bras, fit un petit signe à Clark et Laura et sortit. Lois et Clark restèrent un instant silencieux après son départ, puis ils semblèrent revenir au présent et à leur travail. Il y avait toujours ce nouveau truc que Jimmy avait apporté, et ils s'assirent pour commencer à travailler dessus, sachant par expérience que le travail pouvait les aider.

C'était un vrai marécage -- la complexité de l'ancien empire de Lex -- et ils avaient le sentiment d'avoir à peine commencé à gratter la surface. Luthor et/ou ses avocats avaient un réel génie pour enterrer les compagnies et leurs capitaux sous des kilomètres de paperasses bidons. Les souvenirs de quelques-uns des secrets qui avaient été mis à jour pendant la lecture du testament de Luthor leur faisaient soupçonner quelques possibles connexions. Lois avait pu remonter l'arbre généalogique d'Amalgamated Transport, ce qui les avait aidés à sauver la compagnie, mais Luthor avait contrôlé ou était soupçonné avoir contrôlé, des douzaines d'autres affaires et sociétés de services. Il faudrait du temps pour retracer la situation actuelle de chacune d'elles, même en supposant qu'ils arrivent à les identifier.

Ils étaient en train de constituer un graphique pour les aider à retracer les compagnies et leurs dirigeants quand Clark entendit un autre appel au secours. Laura commençait à s'endormir dans ses bras, donc il ne pouvait pas bondir aussi vite qu'à l'habitude. Il la tendit à Lois aussi vite que possible et après un rapide baiser à ses deux filles il sortit de la pièce à toute vitesse.

Lois regarda Laura qui s'endormait et lui murmura. "Eh bien, ma poupée, on dirait que c'est à nous de jouer. Voyons voir… crois-tu que la LexComm a été complètement dépouillée et que ses capitaux ont été répartis dans les autres principales entreprises ?"

Laura baîlla et s'étira un peu avant de s'installer pour sa sieste.

"C'est aussi ce que je pense," dit Lois, heureuse que son idée soit appuyée.

"Votre mari a tant fait pour Métropolis, Mme Luthor. Vous devez être très fière de lui."

Beth se contenta de regarder l'infirmière bien intentionnée à côté d'elle. Lex et elle assistaient encore à une collecte de fonds -- cette fois-ci pour l'aile de Traumatologie Pédiatrique de l'Hôpital Général de Métropolis. Lex avait été, comme à l'ordinaire, mielleux et courtois, saluant chacun avec un sourire et une poignée de main ou un baisemain pour certaines dames haut placées. On aurait dit que tout le monde voulait le toucher ou l'approcher. Ils voulaient tous jouir du rayonnement du golden boy de Métropolis.

C'était un sacré changement par rapport à quelques mois auparavant, juste après que Luthor ait réapparu à Métropolis. Les gens avaient tout d'abord été réticents à l'accepter et restaient sur leurs gardes après la révélation de l'histoire du clone. Il avait fallu du temps, de la patience et beaucoup d'argent, mais il avait triomphé de leurs peurs et de leurs incertitudes à son égard au point que les Luthor étaient acceptés comme faisant de nouveau partie du gratin de la ville. Il n'y avait guère de jours, maintenant, où ils n'assistaient pas à des cérémonies politiques, sociales ou charitables. Et quand ils n'étaient pas à la réception de quelqu'un d'autre, c'était eux qui recevaient. L'immense charisme de Lex était encore une fois venu à son secours, le replaçant sur la liste des invités des personnes ayant une quelconque importance à Métropolis. C'était pour cela qu'ils avaient été invités à la cérémonie de l'hôpital : charisme et argent, et énormément des deux.

Tout ce qui était nécessaire pour être quelqu'un dans cette ville, pensait Beth avec amertume, était de charmer les gens et de leur jeter de l'argent; ils auraient fait n'importe quoi pour vous plaire. N'importe qui aurait pensé que Lex avait à lui seul construit l'hôpital à la façon dont les gens lui léchaient les bottes. En fait, on aurait dit qu'aujourd'hui Lex ne pouvait rien faire de mal. Chaque mot qu'il prononçait, chaque déclaration qu'il faisait, était salué avec enthousiasme ou carrément applaudi. Et chaque fois qu'il parlait de ce qui était dû aux enfants ou dissertait sur la façon dont les enfants méritaient d'être traités, Beth avait envie de vomir.

Elle regarda le coursier obséquieux de Lex, Enrico O'Reilly, à l'autre bout de la pièce, qui se glissait jusqu'à lui pour lui murmurer un bref message à l'oreille. Quel que soit le petit complot qu'ils ourdissaient, il avait dû, cette fois, bien se passer à en juger l'expression de Lex. Ou peut-être était-ce une mise au point sur le projet Laura Kent.

Beth eut de nouveau la nausée à cette pensée. Depuis cette histoire avec son oncle et la lettre, elle avait remarqué des petits changements dans l'attitude de Lex envers elle. Des images de la légende du renard et du scorpion commençaient à lui revenir à des moments bizarres et même dans ses rêves. Elle savait mieux que personne quelle était la vraie nature de Lex, encore qu'elle avait engagé sa vie à la sienne, espérant que l'amour allait le changer… mais soupçonnant que ça n'arriverait pas.

Le scorpion ne changerait pas sa nature, même si cela devait lui coûter la vie. Lex pouvait-il aller contre sa nature afin de leur faire à tous deux une vie ensemble ? Elle se posait toujours la question. Son amour pour lui ou ce qu'elle avait pensé être de l'amour, faisait qu'elle le désirait. Même maintenant, à ces étranges moments, elle ressentait encore quelque chose pour lui. Peut-être était-ce de l'amour. Même maintenant. Mais ce qu'elle ressentait aussi, de plus en plus fort et de plus en plus souvent, était la peur, la répugnance et le désir de fuir.

Mais, qui peut fuir devant le démon ?

Elle n'était pas certaine que cela soit possible. Toutefois, tous ces mois pendant lesquels elle avait vécu avec Lex avaient fait croître son instinct de conservation et elle continuait donc à sourire et à jouer à l'épouse dévouée. Il ne fallait pas qu'il sache… il ne fallait pas le laisser soupçonner qu'elle était au courant de ses intentions concernant le bébé des Kent. Et ferait-elle vraiment quelque chose pour l'arrêter…?

Elle ne pouvait s'y risquer. Il le découvrirait--!

Elle frissonna et se reprit très vite avant que quelqu'un ne puisse s'en apercevoir. S'il le découvrait, elle le payerait de sa vie, elle en était absolument certaine. D'un autre côté, s'il réussissait, sa vie pouvait aussi être en danger. Si seulement elle pouvait penser à quelque chose… quelque chose qui ne lui permettrait pas de remonter jusqu'à elle.

Sa main tremblait et elle but quelques gorgées de son verre pour se remettre. Courage, se dit-elle tristement, tu ne peux rien faire. Tu as fait ce lit et maintenant tu dois t'y coucher.

Et elle se retrouvait là… au lit, et si ce n'était pas avec le Diable, c'était certainement avec son plus fervent disciple.

Les roues du destin tournent peut-être lentement, mais pas celles du Bureau du Service Social de l'Enfance de Métropolis et certainement pas quand elles sont bien graissées.

L'avocat général du bureau, Charles Tregor, n'était pas particulièrement surpris du nombre d'appels que son organisme avait reçu au sujet de l'affaire Kent, spécialement depuis que les infos avaient diffusé l'histoire pendant deux jours consécutifs. Les affaires vedettes attiraient toujours les cinglés. Toutefois, deux de ces "cinglés" savaient vraiment quelque chose.

Dans son bureau, ce lundi matin, il lui avait été difficile de ne pas être excité par cette affaire. Avec les preuves additionnées contre les Kent et l'intérêt grandissant du public en raison des reportages des médias, il commençait à se demander si cela pourrait lui mettre le pied à l'étrier d'un super cabinet d'avocat. Il était fatigué d'être fonctionnaire et de gaspiller son immense talent à combattre le démon des mauvais traitements à enfant. Rien ne semblait jamais changer, excepté peut-être devenir pire, et depuis maintenant longtemps il ne lui semblait pas que ses capacités étaient vraiment appréciées. Il voulait laisser tomber, il voulait s'élever, mais les yeux aveuglés des médias brillaient rarement dans de sombres histoires de batailles de garde d'enfant, à moins que les personnes impliquées ne soient très connues.

Eh bien, les projecteurs allaient bientôt se braquer sur lui, et s'il ne tirait pas avantage de cette opportunité, alors il était fou.

Le téléphone sonna. Sa femme lui rappelait que le récital de piano de leur fille était prévu ce soir-là, et il ressentit quelques inquiétudes concernant ce qu'il pouvait faire aux Kent s'il se trompait.

En surface, ils n'avaient pas l'air d'être du genre à négliger un enfant, mais dans sa carrière, il avait vu beaucoup de personnes qui n'avaient pas "le genre." Si Lois Lane et Clark Kent avaient vraiment négligé leur fille, alors ils ne méritaient pas de la garder. Il devait s'en souvenir, s'il ne voulait pas se sentir faiblir de nouveau. De plus, il avait maintenant deux personnes prêtes à témoigner contre eux.

Au bout du compte, peu importait qui étaient les parents ou quelle popularité ils avaient -- ce qui importait était ce qui serait le mieux pour l'enfant.

Pour le bien de l'enfant-- c'est pour cette raison qu'il faisait cela. Convaincu d'avoir la conscience tranquille, il se remit au travail.

"L'audience est prévue mercredi," dit Constance Hunter pour informer Lois et Clark quand ils arrivèrent à leur rendez-vous de 11 heures. Constance avait approuvé qu'ils aient emmené Laura avec eux, disant qu'elle voulait connaître tous ses clients. "Les Services de l'Enfance ne vont pas se laisser couper l'herbe sous le pied, cette fois. J'ai appris que Charles Tregor est chargé de cette affaire. Je l'ai rencontré une ou deux fois et j'ai entendu des rumeurs disant qu'il serait plutôt intéressé à être dans le privé que d'être fonctionnaire, mais il a l'air honnête -- pour un avocat."

Lois et Clark auraient pu échanger un sourire à cette petite plaisanterie, mais ils avaient eu un week-end difficile et n'étaient pas vraiment d'humeur. Lois avait rendu visite à Ellen à l'hôpital dimanche après midi, et en était ressortie frustrée et déprimée. Ellen persistait toujours à dire qu'elle n'avait pas bu et avait supplié sa fille de la croire. Lois voulait la croire et avait même dit à sa mère qu'elle la croyait, mais son esprit obstiné de reporter ne la laissait pas faire.

Rien de ce qu'avait dit Ellen n'avait de sens, à moins de décider qu'elle avait bu et ne voulait pas admettre son erreur. Mais pourquoi, nom d'un chien, Lois avait demandé plus tard à Clark, une étrangère serait-elle entrée chez eux, aurait drogué sa mère et laissé par terre une bouteille de Scotch à moitié vide ? Son père devait avoir raison -- Ellen était cinglée.

Ellen, toutefois, était prête à jurer sur une pile de bibles qu'elle n'avait rien bu à part de la citronnade. Elle avait dit aussi qu'elle avait déjà parlé de cette femme à Lois et Clark, mais personne ne semblait s'en souvenir. Toutefois, comme le fit remarquer Clark à Lois, tous deux avaient pris l'habitude de ne pas prêter attention à tout ce qui sortait de la bouche d'Ellen -- les heures de la journée n'y suffisaient pas.

Il était possible, avait admit Lois, qu'Ellen leur ait dit quelque chose au sujet de cette femme qui l'avait arrêtée pour la complimenter sur sa "précieuse" petite-fille quand elle avait promené Laura dans la poussette, mais étant donné qu'ils n'arrivaient pas à se souvenir de ce monologue, cette piste était une impasse.

Le week-end n'avait pas non plus été facile pour Clark. Il avait partagé son temps entre s'inquiéter pour Lois et Laura; s'envoler pour divers sauvetages, tout en se tracassant pour que Lois et Laura soient saines et sauves jusqu'à ce qu'il rentre; se demander où étaient ses parents, et si Lois et Laura continueraient à aller bien le temps qu'il aille les chercher; et à s'en faire pour les sauvetages où il ne pouvait se rendre pendant que Lois était à l'hôpital et qu'il prenait soin de Laura.

Et maintenant le week-end était terminé, et il n'était plus qu'à deux jours d'un désastre potentiel, alors il n'était pas surprenant qu'il avait peu de temps à prêter aux plaisanteries.

"Comment les choses se présentent-elles pour nous, Maître Hunter ?" demanda Clark.

"S'il vous plaît, appelez-moi 'Constance'," leur dit-elle en souriant. Elle ne pouvait guère les blâmer de vouloir en venir au sujet. Laura était une enfant adorable -- aux cheveux et aux yeux bruns, avec une jolie peau et un sourire adorable. Elle n'avait certainement pas l'air d'être négligée.

"Merci" dit Clark. "Et vous n'avez pas non plus à faire de cérémonies avec nous. 'Lois et Clark' ça ira."

"Très bien. Alors, mettons-nous au travail." Elle prit sur son bureau quelques documents à l'air officiel et les tendit à Lois et Clark. "Je dirais que les choses se présentent bien. J'ai les dépositions de votre pédiatre et de la voisine qui a fait du baby-sitting chez vous une ou deux fois. J'ai également parlé à Perry White, James Olsen et Penelope Barnes. Toutes ces personnes acceptent de témoigner en votre faveur. Toujours pas de nouvelles de vos parents, Clark ?"

Clark hocha négativement la tête. "J'ai bien peur que non."

"Eh bien, ça se passera probablement très bien, de toute façon. Ces autres personnes sont d'excellents témoins. A l'exception du pédiatre, ils se sont tous rendus chez vous -- arrivant quelquefois sans prévenir -- et ils disent qu'ils peuvent attester que vous prenez soin de Laura."

En entendant son nom, Laura se tourna pour regarder Constance et sourit. L'avocate lui sourit en retour et adressa les remarques suivantes au bébé. "Et une fois que le juge verra que cette petite mignonne est normale et en bonne santé, eh bien… la conclusion sera évidente, n'est-ce pas Laura ?"

Laura sourit davantage, puis cacha son visage dans la veste de son papa. Elle ne commençait à réagir à son entourage que depuis ce dernier mois et c'était donc pour elle un nouveau jeu. Les adultes rirent de ses expressions, le soulagement se mêlant à l'humour.

Clark et Lois restèrent près d'une heure, le temps que Constance leur explique ce à quoi ils devaient s'attendre au cours du procès. Il aurait lieu dans une petite salle d'audience et il n'y aurait pas de jury, juste le juge. L'essentiel de la procédure était identique à une affaire criminelle dans la mesure où les témoins prêtaient serment et étaient interrogés par chaque avocat, mais aucun journaliste ne serait accepté et les témoins devraient attendre dans l'antichambre jusqu'à ce qu'ils soient appelés. Le juge avait également été informé que Lois allaitait et ferait des interruptions pour les tétées de Laura.

"Et au sujet du juge ?" demanda Lois. "Il--ou elle--est comment ?"

"C'est le Juge Pender, et je ne sais pas grand-chose à son sujet, j'en ai peur. N'importe qui dirait qu'il est 'réglo', alors on ne peut rien prévoir en se basant là-dessus. J'ai vérifié son dossier. Il a annulé un peu plus de décisions que la moyenne, mais comme l'ont fait aussi d'autres juges devant qui j'ai plaidé et ils étaient assez honnêtes."

Lois et Clark échangèrent un regard inquiet. "Et s'il ne l'est pas ?" demanda Clark.

"S'il ne l'est pas, il doit tout de même rendre un jugement basé sur l'affaire présentée devant lui. Autre chose et il risque de se faire radier du barreau et une possible incarcération. Ne voyons pas tout en noir, je sais que vous êtes inquiets c'est compréhensible, mais croyez-moi, si je sens un quelconque problème, je demande l'ajournement pour vice de procédure."

Ils acquiescèrent et Constance aborda un autre sujet dont elle voulait discuter avec eux. "Au fait, j'ai appris -- par mes services de renseignements -- que votre Mlle Bailey n'est pas universellement aimée aux Services de l'Enfance."

"Elle n'est pas notre Mlle Bailey," l'interrompit Lois, cachant à peine son dégoût.

"Ce que je veux dire c'est qu'elle semble s'accrocher à vous. Ne trouvez-vous pas bizarre qu'elle apparaisse chaque fois que vous avez à faire aux Services de Protection de l'Enfance ? Il y a, après tout, des douzaines d'autres assistantes sociales dans cette division des Services Sociaux. Quelles chances avez-vous de vous trouver tout le temps nez à nez avec elle ?"

Lois et Clark se regardèrent avec surprise. Cela semblait bizarre, maintenant que Constance en parlait, mais ils avaient été trop surmenés et inquiets pour y avoir pensé plus tôt.

"De toute façon," poursuivit Constance, "j'étudie l'éventualité qu'elle ait pu avoir une idée derrière la tête. Son dossier est apparemment assez bon, mais inégal. On pourrait s'en servir si nous pouvons démontrer qu'il n'existe aucune raison à son intervention dans ces circonstances, mais il ne sera peut-être pas nécessaire d'aller aussi loin. A mon avis, nous avons de bons arguments et ajoutez à cela le fait que Laura ne vous ait pas été immédiatement enlevée -- ce que j'ai trouvé plutôt inhabituel -- je pense que notre dossier est très solide."

Se sentant soulagés, Lois et Clark remercièrent Constance pour le temps qu'elle leur avait accordé et s'apprêtèrent à partir. Il serait bientôt l'heure d'allaiter Laura et elle commençait à s'agiter. Pendant qu'ils enfilaient leurs manteaux, le téléphone sonna. Constance s'excusa pour répondre. Tout d'abord, l'attention des Kent se porta sur leur fille afin de l'emmitoufler contre le froid mais Constance fit un petit signe dans leur direction et ils arrêtèrent ce qu'ils étaient en train de faire pour reporter leur attention sur elle.

Elle écouta encore quelques minutes la personne à l'autre bout du fil avant de la remercier, et raccrocha le téléphone.

"C'était quelqu'un qui travaille aux Services de Protection de l'Enfance -- comme vous diriez, je crois, mon contact," dit Constance. "Il m'aide dans la préparation de ce dossier, et… ce n'est pas vraiment important en ce moment. Je suis désolée. Je ne sais pas très bien annoncer les mauvaises nouvelles."

Elle s'interrompit un instant. Lois et Clark se prirent la main sans même y penser.

"Il vient juste d'entendre que les Services de l'Enfance ont deux personnes qui sont prêtes à témoigner contre vous à l'audience."

Troisième Partie

"Des témoins ! Comment diantre peuvent-ils avoir des témoins ? Sapristi, si ce n'est pas la chose la plus diabolique que je-- "

"Chef, s'il vous plaît baissez la voix," l'implora Clark, "ou vous allez réveiller Laura."

Perry s'arrêta quelques instants pour reprendre son calme, mais les autres personnes dans la pièce pouvaient dire à la façon dont ses yeux brillaient et dont sa mâchoire se serrait, qu'il était toujours très en colère. "Je suis désolé, Clark," parvint-il enfin à dire, "mais ça m'a mis en colère, je ne me suis pas aperçu que je parlais fort, et c'est la vérité."

Il était assis dans le séjour des Kent; lui et Sam Lane étaient venus après avoir reçu le coup de téléphone inquiet de Lois et Clark.

"Ça va, Chef. Croyez-moi, je comprends."

Sam faisait les cent pas devant la cheminée, une main dans la poche et l'autre à se frotter la moustache en pensant à ce que sa fille et son gendre leur avaient dit. Ils essayaient tous d'attendre que Lois redescende d'avoir couché Laura pour sa sieste, mais c'était difficile de ne pas parler de ce nouveau revers, et impossible de ne pas y penser.

"Avez-vous une idée de qui sont ces deux témoins ?" demanda Sam.

"Pas du tout, Sam. Nous n'en saurons rien jusqu'au jour du procès. Tout ce que nous savons c'est qu'ils déclarent nous avoir vu négliger Laura."

"Négliger comment ? Ce n'est pas assez suffisant pour s'appuyer sur des faits, ce qui veut dire aussi qu'il n'y a aucun moyen de préparer une contre-attaque."

Clark se contenta de hocher la tête.

"C'est vraiment ridicule," dit Perry dégoûté. "Qui que soient ces gens, ils doivent avoir une dent contre vous ou ils essaient d'avoir un peu de publicité gratuite parce que je vous ai vu avec cette petite fille, et personne ne pourra me convaincre que vous ne prenez pas soin d'elle comme vous devez le faire."

"Merci, Chef,"

"Perry a raison, Clark. Les témoins que rassemble Maître Hunter seront suffisants pour contrer ce que ces deux-là pourront dire. Je suis sûr que tout va bien se passer."

Clark se passa la main dans les cheveux, un geste d'inquiétude et de frustration auquel il avait eu recours plus qu'il ne l'aurait voulu durant ces deux derniers jours. "Je l'espère, Sam," répondit-il avec ferveur. Aussitôt qu'il eut dit cela, il tourna la tête et regarda vers l'escalier, occasionnant les autres hommes à regarder eux aussi dans cette direction. Il se passa une seconde ou deux, avant que Lois n'apparaisse. Perry et Sam échangèrent des regards entendus à la façon dont le jeune couple était connecté; finissant souvent la phrase de l'autre, presque comme si chacun d'eux savait ce que l'autre pensait, au grand amusement de Perry et la secrète envie de Sam.

Aussitôt que Lois fut en bas, elle se dirigea droit dans les bras de Clark. "Elle dort… du moins pour l'instant," lui dit-elle, l'inquiétude et la tristesse derrière son sourire.

Il la tint encore un instant dans ses bras, ayant besoin de sa présence plus qu'elle encore, puis prenant sa main, il la conduisit vers les canapés où Sam et Perry les attendaient.

"Il me semble, les enfants…" commença Perry, mais il fut interrompu par un petit coup frappé à la porte. "Qui diable cela peut-il être ?'

Lois et Clark se regardèrent et dire, "Jimmy."

En réalité c'était Jimmy et Penny. Ils avaient remarqué la voiture de Lois et Clark garée dans la rue quand ils étaient arrivés pour continuer leur quête d'interrogatoires des voisins et s'étaient arrêtés pour voir si tout allait bien. Comme Perry et Sam avant eux, ils étaient stupéfaits d'apprendre la nouvelle concernant les deux témoins à charge.

"C'est terrible, CK… Lois. Qu'allez vous faire à ce sujet ?"

"On commençait à en discuter quand vous êtes arrivés," lui dit Lois. "Merci de te souvenir de ne pas te servir de la sonnette, au fait. Je venais juste de coucher Laura pour sa sieste avant que vous arriviez."

Penny poussa Jimmy du coude et il rougit. "Eh bien, pour dire la vérité," admit-il, "c'est Penny qui s'en est souvenu. Je visais la sonnette quand elle s'est pratiquement jetée sur moi."

Penny le poussa un peu en protestant, ce qu'il exagéra en quelque chose de plus important. "Vous voyez ! Juste comme ça !"

Tout le monde se mit à rire de leurs singeries, mais il ne leur fallut pas longtemps pour revenir au sujet de l'audience imminente.

Lex sourit en s'enfilant un autre pop-corn dans la bouche. Il s'amusait énormément aujourd'hui. Même si la brise était fraîche, le soleil brillait, il avait les lieux rien que pour lui, une autre de ces anciennes sociétés avait rejoint le portefeuille de la LexCorp et, à l'heure qu'il était, Lois et Clark devaient avoir entendu parler des deux témoins à charge. Bien au chaud dans son manteau à huit cents dollars, Lex se délecta de ce moment, anticipant son ultime triomphe.

L'habilité avec laquelle il avait piégé Lois et Clark -- spécialement Clark -- était le genre de magouille qu'il admirait le plus chez lui. Il adorait créer des labyrinthes avec plus d'impasses que de passages et desquels on ne pouvait pas s'échapper. C'était une image merveilleuse de voir Clark/Superman chercher son chemin à travers ces dédales… sentir les murs se refermer autour de lui… les voir s'élever de plus en plus haut et voir les passages se rétrécir. Le seul hic était de penser que Clark, en quelconque super héros qu'il était, pourrait à peine apprécier les subtilités du labyrinthe dans lequel il était pris.

Si Clark permettait à l'ordre établi de faire son travail, il allait perdre son enfant. S'il défiait l'ordre établi et le cachait, il perdrait l'efficacité de son identité secrète. Comment Superman pourrait-il continuer à être le boy-scout, se battant contre le mal, s'il était trop occupé à être Clark Kent, un père fuyant la justice ?

Luthor riait presque tout haut à cette idée. Ah, oui ! Superman en cavale ! Ça sonne bien, pensa-t-il.

Il mâcha une autre poignée de pop-corn et se déplaça un peu à droite pour avoir une meilleure vue. Les choses ne pouvaient pas aller mieux. Qu'il s'empare de l'enfant ou se débarrasse de Superman… il ne pouvait pas perdre ! Le joli petit bonus serait de prendre sa revanche sur Lois pour la participation qu'elle avait prise dans sa ruine. Il avait voulu tout lui donner et au lieu de cela il avait tout perdu par sa faute… par son refus de tuer cette… cette chose en collants ! Eh bien, maintenant elle était sur le point de perdre tout ce qui comptait pour une mère -- son enfant. Ce serait bien fait pour elle aussi.

Il sentit quelque chose le remuer, mais il l'avala résolument, avec le reste des pop-corn. Il se moquait de Lois et de son enfant. Tout ce qui lui importait, c'était gagner et reprendre la place qui était la sienne. Cette ville avait été la sienne jusqu'à l'apparition de "Super" man, et elle serait de nouveau à lui. Et tout ce qu'il avait à faire était de se servir du code de bonne conduite de Clark contre lui. C'était tout simplement risible !

Ses "parents adoptifs" triés sur le volet attendaient, prêts à avoir la garde de l'enfant à l'instant où la Cour statuerait en sa faveur. Leur mort spectaculaire serait une regrettable, mais nécessaire, partie du plan car tout le monde devrait penser que l'enfant était morte avec eux. Avec l'enfant totalement sous son emprise et la destruction de toutes les preuves pouvant remonter jusqu'à lui, il pourrait s'asseoir et regarder les deux reporters accablés de douleur essayer de continuer à vivre. Et s'ils n'y parvenaient pas, alors ce serait encore mieux. Certaines personnes divorçaient pour des problèmes bien moindres.

D'un autre côté, si Clark le surprenait en défiant les ordres du juge et s'enfuyait avec Lois et le bébé, il aurait quand même gagné. Clark Kent et Lois Lane ne pourraient plus jamais vivre et travailler à Métropolis, ce qui voulait dire que Superman ne pourrait plus être non plus un super héros à plein temps. Toutefois, Lex pensait qu'il connaissait suffisamment Clark pour croire qu'il ne défierait pas le verdict de la Cour. Voyez comment il avait si mal géré cette sordide affaire de procès pour meurtre de Lois, l'année passée ! Lex était certain, bien qu'il n'ait pas de preuves, que Clark, sous le couvert de Superman, avait sorti Lois de prison, mais… quand l'avait-il fait ? Pas avant qu'elle n'ait été condamnée, et le procureur racontait des histoires sur la condamnation à mort.

Non, le bon vieux Clark allait espérer se justifier auprès de la Cour et donc attendrait, en pensant que l'enfant serait sauvé… et il penserait ça jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

Quel gâchis, pensa encore Luthor, que tant de pouvoirs aient été accordés à ce nul ! Si lui, Lex, avait eu autant de pouvoirs, et que l'amour de sa vie était en danger, aurait-il accepté un instant son emprisonnement ? Non ! Bien sûr, si Lois avait eu le bon sens de l'épouser, elle ne se serait jamais trouvée dans cette situation dès le début, parce qu'il aurait arrêté son travail de journaliste dès qu'elle serait devenue sienne.

Ses sourcils se froncèrent à cette idée, mais il ne voulait pas se laisser assombrir un jour aussi glorieux. C'était le passé et son avenir s'éclaircissait à chaque heure qui passait. Il ne pouvait peut-être pas avoir de supers pouvoirs, mais il pouvait diablement bien s'assurer qu'un autre n'allait pas profiter des siens.

Signalant à Enrico qu'il était maintenant prêt à partir, Luthor se débarrassa de la boîte de pop-corn vide dans la plus proche poubelle. "Gardez Votre Ville Propre" indiquait le message sur le côté de la poubelle.

"Propre… et libre de super héros," fit-il remarquer.

"Quoi ?" demanda Enrico, n'ayant pas entendu le quolibet que son patron avait dit à voix basse.

"Oh, rien. Je pensais juste tout haut." Maintenant il souriait, remarquant, malgré les verres sombres de ses lunettes, comme l'autre homme était pâle. Ces petites virées n'étaient pas du goût d'Enrico, Lex le savait, mais elles servaient un but. Aussi ambitieux que l'était M. O'Reilly, il était essentiel qu'il se souvienne, à l'occasion, qui était le grand patron de cette opération.

Il y avait certains avantages à être riche et puissant, et l'un d'eux, et non des moindres, était de pouvoir entrer dans des endroits quand les gens ordinaires ne le pouvaient pas -- comme le Zoo de Métropolis le lundi, quand il était fermé au public. Un peu d'argent distribué avec discernement, un ou deux coups de téléphones discrets, et la chose était arrangée.

Tandis qu'il s'éloignait de l'enclos des lions -- avançant volontairement d'un pas beaucoup plus lent qu'Enrico ne l'aurait aimé -- Lex savourait une fois encore l'émotion de voir les lions rassemblés autour de leur proie. Oui, "Spot" ou Rover" ou quel que soit le nom de ces infortunées créatures, elles lui avaient donné, ainsi qu'aux lions, un moment de sport exaltant. Si seulement il pouvait y jeter un Superman impuissant. Ce serait vraiment quelque chose ! Mis à part, qu'il préférait plutôt Clark lui-même… un de ces jours. Après lui avoir tout enlevé. Alors… ah, alors. C'était délicieux de penser à "alors".

"Vous savez, Enrico," fit observer Lex sur un ton sympathique tandis qu'ils approchaient de la limousine, "Tout cet air frais m'a mis en appétit."

Enrico était vert et ne répondit pas.

"Je crois que j'ai envie de quelque chose de spécial, ce soir. Dites au chef que j'aimerais des poulets de Cornouailles au dîner. Rôtis." Il s'interrompit et sourit secrètement, d'un sourire mauvais. "Avec une sauce aux abats."

"Oui, monsieur," parvint à prononcer Enrico, l'air crispé et serrant les dents à la manière dont le traitait Lex. Il lui tint la porte et Lex grimpa dans la voiture en se demandant, malgré sa colère, pourquoi le mot "abats" avait-il fait rire l'autre homme.

Les personnages de cet épisode sont la propriété de DC Comics, December 3rd Production et Warner Brothers. Aucun non respect des droits n'est délibéré de la part de l'auteur ou du Season 6 group, toutefois, les idées exprimées dans cet épisode sont la propriété des auteurs © 1998.