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Saison 5, Episode 18

Écrit par Kathy Brown

D'après une histoire de Betsy

Version française de


Ttraduction Hypérion


MÉTROPOLIS, MAI 1998

Clark Kent entra dans la chambre et trouva sa femme, Lois Lane, déjà couchée. Elle était appuyée contre la tête de lit, le dos reposant sur plusieurs oreillers, le dernier numéro du magazine "Votre Bébé" perché sur son ventre rond.

"Tu as fermé ?" demanda-t-elle d'un air absent, plongée dans son article.

"Mm-hmm," acquiesça-t-il, souriant chaleureusement. Jamais il ne pourrait se lasser de la… les regarder. Sa famille.

Clark s'assit sur le bord du lit. Il souleva la veste de pyjama de Lois avec précaution pour ne pas la déranger dans la lecture de son magazine. Les yeux fixés sur son ventre, un doux sourire au coin des lèvres, il caressa tendrement les rondeurs de ce ventre qui portait leur enfant. Clark approcha ses lèvres de sa peau et posa un tendre baiser sur son ventre en murmurant. "Bonne nuit, chéri."

Lois posa son magazine sur la table de nuit et regarda son mari avec un regard de tendresse.

Sachant qu'il était épié, Clark reporta alors son attention sur sa femme. Avançant sa tête vers elle, il l'embrassa avec la même insistance, amoureusement et murmura encore, "Bonne nuit, chérie."

Leurs lèvres se séparèrent un instant et ils se sourirent. Lois aimait raconter que ses bonsoirs habituels étaient "tendres" et "mignons", mais, par-delà cette plaisanterie, il était clair qu'elle adorait sa façon de tisser des liens avec leur futur bébé.

"Mmm, agréables baisers," murmura Lois contre ses lèvres.

"Mmm, agréable femme," murmura Clark en retour. "Prête à te coucher ?"

"Oui."

Lois éteignit la lumière pendant que Clark plaçait les oreillers, il en prit un pour lui et arrangea les autres pour Lois. Maintenant qu'elle entamait son septième mois, elle commençait à avoir du mal à dormir et les oreillers supplémentaires l'aidaient à caler son dos fatigué et son ventre proéminent.

Il finirent par s'installer dans une position confortable, Lois couchée sur le côté et Clark enroulé tout contre d'elle. Après quelques instants de silence, Lois soupira. "Clark ?"

La légère tristesse de sa voix retint son attention. "Qu'est-ce qui ne va pas, chérie ?"

"Est-ce que tu penses parfois à l'autre Métropolis ? A l'autre Clark ?"

"D'où te vient cette idée ? Est-ce qu'il t'a à nouveau contactée ?" Clark se tendit en posant la deuxième question. Il ne se sentait pas réellement en compétition avec son alter ego quand il s'agissait de Lois, mais il ne pouvait renier le léger sentiment de possession qu'il ressentait en songeant au temps où il n'avait pas été là pour Lois alors que l'autre Clark, lui, était présent.

"Non, non, rien de tout ça," murmura Lois. "C'est seulement-- Je ne sais pas. C'est un peu étrange, vraiment. J'ai pensé à lui de temps en temps depuis l'année dernière… mais ces dernières semaines, j'ai pensé à lui encore davantage. Je me suis demandée comment il allait, s'il avait fini par trouver sa Lois." Elle soupira encore et ajouta avec mélancolie, "J'aimerais juste qu'il soit aussi heureux que nous."

Clark soupira et serra sa femme contre lui. Il devait admettre qu'il s'était posé les mêmes questions. La pensée de vivre sans Lois… l'idée même le terrifiait. "Pour être honnête, moi aussi j'ai pensé à lui. Je crois que c'est parce que tout va très bien pour nous. On va avoir un bébé… et on est tous les deux. J'espère-- j'espère que tout va bien pour lui aussi."

Lois se tourna un peu dans les bras de son mari. "Quand il est parti avec H.G. Wells l'année dernière, après que nous t'ayons sauvé de cette fenêtre temporelle… Monsieur Wells a laissé entendre qu'il allait aider l'autre Clark à trouver sa Lois." La voix de Lois se fit plaintive. "Tu crois qu'il l'a fait, Clark ?"

MÉTROPOLIS PARALLÈLE - AVRIL 1998

Clark Kent s'éveilla en sursaut dans son lit, couvert de sueur. Son cœur battait la chamade, il regarda autour de lui, essayant de se repérer. Réalisant que ça n'avait été qu'un rêve, Clark retomba sur son oreiller, tentant en vain de se remémorer l'image d'une femme résistante mais effrayée qui essayait de sortir de la jungle du Congo.

Il faisait des rêves semblables depuis des semaines et ne s'en étonnait plus. Toutefois, à son grand désespoir, ils semblaient être de plus en plus saisissants et de plus en plus fréquents. Cela suffisait à le faire hésiter à aller se coucher, juste pour échapper au souvenir d'une femme qu'il savait qu'il ne pourrait jamais avoir.

Après un long moment, Clark se leva et sortit du lit. Se rendant à pas feutrés dans le séjour, il alluma son ordinateur puis continua jusqu'à la cuisine pour se servir un verre d'eau pendant que la machine démarrait. Revenant dans le séjour, Clark posa son verre à côté du clavier, ouvrit son traitement de texte et se mit au travail.

Ses doigts volaient sur le clavier, tapant les articles les uns après les autres : une inondation au Pérou, un glissement de terrain en Californie, quatre tentatives d'agression, une tentative de viol, deux règlements de comptes -- la liste s'allongeait. Des descriptions de ravages -- à la fois émotionnels et physiques -- remplissaient l'écran. Superman avait été très occupé ce soir là.

S'arrêtant de taper, Clark se passa la main dans les cheveux en soupirant. C'était sa vie depuis deux ans, à passer plusieurs heures par jour en tant que Superman puis à écrire les articles pour le Daily Planet.

Heureusement, STAR Labs avait enfin développé un ordinateur qui pouvait le suivre. Un nouveau scientifique de l'équipe, le Docteur Bernard Klein, présentait un certain intérêt pour Superman et avait mis au point divers appareils pour l'aider à gérer sa nouvelle vie -- tous les appareils de haute technologie équipaient son appartement avec un système informatique personnel des plus impressionnant (le maire avait insisté, inquiet que certains criminels puissent piéger Superman, mais les équipements étaient plus utiles à refouler les fans désireux de dérober ses affaires comme souvenirs). Au moment où Clark allumait son modem pour envoyer ses articles au Daily Planet, il réalisa qu'il n'avait même plus besoin de se rendre dans la salle de rédaction -- il pouvait maintenant tout faire de chez lui. Mais ce n'était pas pareil. Les gens avec qui il travaillait lui manquaient et faire des reportages sur des articles qui *ne concernaient pas* Superman lui manquait aussi.

Clark laissa ses yeux vagabonder sur sa bibliothèque et sur l'album qui s'y trouvait. Regardant à travers les pages -- littéralement -- il trouva l'article qu'il cherchait. Il datait de deux ans, c'était la première page du Daily Planet qui révélait Superman au monde entier .

Ce jour avait marqué un tournant essentiel dans sa vie. Il avait peur de pourvoir enfin utiliser ses pouvoirs en public et il était ravi du soutien inconditionnel que le monde lui avait donné. Tous les plus horribles scénarios dont on lui avait parlé, si le monde apprenait qui il était, s'étaient avérés faux. Les gens n'avaient pas peur de lui, ils l'avaient reçu les bras ouverts. Le gouvernement ne l'avait pas enfermé dans un laboratoire pour "le disséquer comme une grenouille", il avait engagé les meilleurs scientifiques pour créer des appareils pour lui rendre la vie plus facile. Et il n'avait pas été renvoyé de son travail au journal, on lui avait donné toute latitude pour faire à la fois son travail et son devoir (de Superman). L'un dans l'autre, la vie était belle.

Alors pourquoi n'était-il pas heureux ?

Clark regarda à travers un autre album sur l'étagère, celui qui renfermait toutes les informations qu'il avait pu rassembler sur la disparition de Lois Lane. Ce n'était pas suffisant. Les notes sur lesquelles elle travaillait quand elle était partie pour le Congo, un itinéraire rudimentaire des quelques jours qui avaient précédé sa disparition. Et les résultats étonnement stériles des recherches entreprises cinq ans plus tôt par le Daily Planet pour la retrouver.

Le temps que Clark ait enfin des raisons de fouiller lui-même le secteur, tous les indices qui pouvaient encore subsister avaient disparu. Elle avait littéralement disparu sans aucune trace.

Clark soupira. Cela faisait juste un an qu'il avait vu H.G. Wells pour la dernière fois et il n'avait jamais abandonné l'espoir qu'il reviendrait un jour. Ce qui était triste, c'est que certains jours il ne lui restait plus que l'espoir pour continuer. Clark avait beaucoup espéré quand Wells l'avait ramené dans sa dimension après avoir quitté l'autre Métropolis. Là, dans la salle de séjour d'Hypérion Avenue, Clark avait parler à Wells de sa Lois, la façon dont elle avait disparu et qu'il n'avait pas pu retrouver sa trace au Congo. Qu'il lui était "impossible" de la retrouver.

Avec un sourire énigmatique, Wells l'avait assuré que "rien n'est impossible", puis il avait, ce soir là, écouté attentivement Clark lui raconter tout ce qu'il savait sur sa Lois et sa disparition. Wells était parti le lendemain dans sa curieuse machine, disant au revoir à Clark avec l'énigmatique message qu'il "devait vérifier quelque chose" mais "qu'il reviendrait un jour".

Clark s'était laissé aller à rêver, pensant que Wells savait où se trouvait Lois et pouvait la trouver. Mais tandis que les semaines devenaient des mois et qu'il n'y avait aucun signe de Wells ou de la Lois de cet univers, Clark savait que tous les espoirs qu'il avait eus étaient vains. Il devait continuer à vivre.

Et il avait essayé. Il s'était plongé dans le travail et avait fait de son mieux pour apprécier toute la joie que lui apportait d'être à la fois Superman et un grand reporter. Son emploi du temps au Planet était complètement flexible et le laissait aller et venir à sa guise et travailler sur les articles qui l'intéressaient. Il avait remporté énormément de prix et reçu un nombre important de félicitations, tant comme Superman que reporter du Daily Planet. Il avait même dû faire l'investissement d'une armoire spéciale pour ranger toutes ses plaques et autres décorations.

Si le reste du personnel du Daily Planet était contrarié de la souplesse de son emploi du temps, il ne le faisait pas remarquer, du moins pas en sa présence. Quand il arrivait dans la salle de rédaction, tout le monde le saluait avec un respect amical. Bien sûr, il ne s'était pas engagé dans ce genre de conversation avec quiconque, mais quand même, rien de ce qui se passait n'était différent d'avant qu'il ait créé Superman. Tous ses amis de l'époque étaient les amis de Lana et quand ils avaient rompu, Clark avait découvert qu'ils n'étaient pas vraiment ses amis. Dans les rares occasions où il les avait rencontrés, ils l'avaient salué avec une froide politesse qui l'avait mis dans une situation délicate et inconfortable, spécialement quand il était habillé en Superman.

Toutefois, depuis ces deux dernières années, il s'était fait de nouveaux amis qu'il estimait. Perry White, maintenant Maire de Métropolis et James Olsen, le jeune patron du Daily Planet, étaient l'un comme l'autre des personnes avec qui il pouvait parler sans se sentir examiné. Deux ans plus tôt, Clark n'avait, tant avec Perry qu'avec James, que des relations patron employé, mais depuis cette période tumultueuse, il avait appris à les connaître plus intimement et avait confiance en leur avis sincère et honnête quand il le demandait.

C'était presque suffisant pour qu'il se persuade d'être heureux ou, tout au moins, à peu près heureux, seul. Sans Lois. Il pensait qu'il avait réussi et se convainquait de devoir se contenter de sa vie. Il essayait d'occuper pleinement son temps pour ne pas avoir le temps de penser à elle.

Mais durant ces dernières semaines, au lieu d'oublier sa Lois, il paraissait penser à elle de plus en plus. C'était en quelque sorte comme si son 'appel' était de plus en plus fort. Tout d'abord, il avait pensé que l'autre Lois était revenue dans son univers et avait besoin de son aide, mais cette impression était différente.

C'était sa Lois qui lui manquait, il en était certain. Il avait pensé à elle, il avait rêvé d'elle… il s'était même inquiété pour elle. Et ça, c'était le sentiment le plus perturbant -- comment pouvait-il s'inquiéter d'une personne qui n'était plus en vie ? C'était suffisant pour qu'il finisse par penser qu'il devenait dingue.

En fronçant les sourcils, Clark éteignit son ordinateur et alla se coucher. Alors qu'il essayait de trouver une heure de sommeil, une pensée lui traversa l'esprit et le contraria.

Pourquoi ne parvenait-il pas à l'oublier et à passer à autre chose ?

Au moment où le réveil indiquait une heure du matin, le téléphone sonna bruyamment dans la propriété des White. Alice White, l'épouse fidèle et estimée du maire de Métropolis, tendit le bras par-dessus son ronfleur de mari pour attraper le téléphone sans fil.

"Résidence White," répondit-elle. Son cœur battait la chamade d'avoir été réveillée en sursaut et elle priait qu'il ne soit rien arrivé à l'un des garçons. Comme il n'y avait pas de réponse immédiate, elle s'étonna. "Allô ?" répéta-t-elle sèchement.

Soudain, la ligne s'anima et elle entendit une voix éloignée. "Alice ? Alice, c'est vous ? Oh merci mon Dieu, vous êtes chez vous."

"Qui est-ce ?" demanda Alice. Il y avait une femme à l'autre bout du fil et la voix lui paraissait étrangement familière… mais Alice n'arrivait pas vraiment à la reconnaître.

Entre temps, Perry s'était réveillé, sorti du sommeil par la voix anxieuse de sa femme. "Qui est-ce, chérie ?" demanda-t-il endormi.

Quand Alice se retourna vers lui, elle avait l'air d'avoir vu un fantôme. "Oh, Seigneur," murmura-t-elle dans le téléphone. "Une seconde, je le réveille. Oh, mon Dieu, je n'arrive pas à y croire…"

Perry s'assit précipitamment dans le lit quand Alice lui tendit le téléphone d'une main tremblante. "C'est quelqu'un qui dit être Lois Lane." lui dit-elle. "Je ne sais pas comment… Je ne sais pas pourquoi -- mais je la crois. Perry je crois que *c'est* vraiment Lois !"

Perry prit le téléphone, partagé entre un sentiment d'espoir et de crainte -- crainte que ce soit un canular. Il était déjà passé par-là après avoir rencontré deux ans plus tôt une femme qui déclarait être Lois Lane… et qui ne l'était pas vraiment. "Ici Perry White," dit-il avec précaution, essayant de garder sa voix le plus calme possible.

"Oh, merci mon Dieu, Perry, c'est Lois. J'ai besoin de vous."

"Où êtes-vous ?" demanda-t-il. Ça lui ressemblait tout à fait, à la fois déchaînée et impatiente. Mais il devait en être certain.

"Je suis dans un hôpital à Kinshasa."

Oubliant sa réserve, Perry s'exclama surpris. "Kinshasa ? Au Zaïre ?? Sacre bleu Lois, j'ai mis le Congo sans dessus dessous à vous chercher. Je n'aurais jamais pensé que vous étiez au Zaïre ! Que s'est-il passé ? Comment êtes-vous arrivée là ?"

Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne. Quand la femme se remit à parler, son assurance semblait disparaître. Elle paraissait fatiguée… et un peu effrayée. "Honnêtement, Perry, je n'en suis pas cent pour cent sûre. Quelqu'un m'a enlevée au Congo, ça je le sais. Mais le reste… est un peu trouble. J'ai quelques souvenirs, mais je ne suis pas vraiment certaine qu'ils aient un sens."

Plus la femme parlait, plus Perry était certain qu'il s'agissait de Lois. "D'accord, ma chérie… ne vous inquiétez pas pour ça maintenant." la rassura-t-il. "Vous dites que vous êtes dans un hôpital. Etes-vous blessée ?"

"Non… les médecins disent que je vais bien." Sa voix s'interrompit une fois encore, comme si elle voulait retenir ses larmes. "Perry, pouvez-vous m'aider à rentrer chez moi ? Je veux rentrer chez moi."

Perry sentit sa gorge se serrer tandis qu'un sentiment protecteur le submergeait. Cette femme était la fille qu'il n'avait jamais eue et maintenant qu'il savait qu'elle était en vie, il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour la ramener dans le monde qui était le sien. Il attrapa un bloc-notes et un stylo qu'il conservait près du téléphone. "Ne vous en faîtes pas, ma chérie," dit-il la voix cassée. "Je viens vous chercher."

Lex Luthor était assis à son bureau de St John Mansions, travaillant, comme à l'ordinaire, au beau milieu de la nuit. Il leva les yeux au léger et presque hésitant petit coup frappé à la porte. A son "entrez" sec, un de ses sous-fifres entra dans la pièce.

"Monsieur Luthor ?" commença respectueusement l'homme. "Il y a des nouvelles du Zaïre."

"Du Zaïre ? Qu'est-ce que c'est ?"

"On vient à l'instant d'être informés que Perry White a affrété un avion privé dans le secteur. On a découvert Lois Lane dans une mission à plusieurs kilomètres de sa dernière… position."

Les yeux de Luthor de rétrécirent pensivement. "Et sa condition ?"

"Il y a peu de détails, mais elle semble être en bonne santé."

"Bien. Vous pouvez vous retirer."

L'homme cligna des yeux, surpris. "Y a-t-il quelque chose que vous vouliez que je fasse ? On pourrait arranger un accident avec l'avion si vous le souhaitez ou --"

Lex leva les yeux brusquement. "Ai-je dit quelque chose à propos d'un accident ?" dit-il cinglant.

"N-non, monsieur… Je suis désolé, monsieur."

"Vous ne devez absolument rien faire à Monsieur White ou à Mademoiselle Lane. Compris ?"

"Oui, Monsieur Luthor. Merci, Monsieur."

Après que l'homme eut quitté précipitamment la pièce, Lex se retrouva seul avec ses pensées. "Lois Lane," murmura-t-il. Il s'enfonça dans son fauteuil, laissant les souvenirs lui revenir, des souvenirs vieux de cinq ans…

CONGO, 1993

Lois Lane était cachée dans les buissons depuis des heures. Elle avait chaud, elle transpirait et était bouffée par les moustiques mais elle était sûre que ça allait payer. Elle sentait le Pulitzer. L'un des plus gros fournisseurs de l'Oncle Sam vendant des fusils en Afrique, approvisionnant des guerres civiles sanglantes pour le profit ? Ça allait être l'article de la décennie et c'est elle qui allait le décrocher.

Lois regarda impatiemment sa montre pour la millième fois. Il n'y avait eu aucun signe de gens ou de véhicules dans la clairière de toute la matinée. Mais comment cette piste pouvait-elle être fausse ? Elle avait lu le dossier… entendu l'enregistrement de la conversation téléphonique…

Et alors qu'elle ajustait ses jumelles une fois encore pour regarder la clairière à travers les buissons, elle entendit trop tard le craquement des branches. Elle essaya de se débarrasser du bras qui lui serrait la gorge, mais au moment où elle prenait sa respiration, un linge imbibé d'un produit chimique fut appuyé sur sa bouche ouverte et sur son nez. En quelques secondes, elle perdit connaissance.

L'homme la souleva facilement et la balança par-dessus son épaule. Il avait déjà reçu une partie de son salaire -- suffisamment pour lui assurer la nourriture, la boisson et les femmes pendant un an -- mais il ne percevrait pas le reste avant d'avoir livré cette femme vivante à l'endroit prévu.

Sa respiration était quelque peu difficile quand, un peu plus tard, il atteignit l'entrée de la hutte isolée. Il fut accueilli en arrivant par l'Américain -- l'homme qui l'avait chargé de ce travail.

"Merci, Makimba," dit l'Américain en hochant la tête d'un air satisfait. C'était un homme séduisant, en fin de trentaine, aux cheveux bruns et aux yeux perçants. "Ce sera tout."

Makimba déposa brusquement Lois par terre. "Non, c'est pas tout. Payer."

"Ah, oui, Makimba. Le paiement. Bien sûr."

L'Américain se dirigea vers un placard et l'ouvrit. Il se retourna et déposa calmement quelque chose dans la main de l'autochtone. Makimba commença d'abord à sourire mais fit soudain la grimace et s'écroula.

Lex Luthor hocha simplement la tête. "Tu n'as pas dit merci, Makimba." dit-il avec un sourire sarcastique.

Il ne faudrait pas longtemps pour faire disparaître le corps de Makimba, les animaux qui rodaient dans la jungle trouveraient très vite le corps et il ne resterait que très peu de traces de son décès. Et avant que quelqu'un ne trouve quelque chose, Lex et la jeune femme qui l'accompagnait seraient loin. Dommage qu'elle ne puisse pas être consciente pour apprécier le voyage.

Il injecta tout de suite un autre produit à la femme, s'assurant qu'elle dormirait encore longtemps, puis la chargea dans un camion dissimulé. Lex allait juste la conduire dans les entrepôts de Kinshasa, sur les bords du Zaïre. Le patron serait là pour finaliser les détails. Il avait dit qu'il voulait s'occuper d'elle personnellement.

Il était très tard quand le camion entra dans l'enceinte. Lex appuya sur un bouton et le garage s'ouvrit. Il fit entrer prudemment le camion et ferma la porte derrière lui. Comme il l'avait présumé, une civière était prête. Lex déposa la femme sur la civière, l'attacha avec précaution et la roula jusqu'à jusqu'au saint des saints.

Son patron du moment était assis au bureau dans le coin de la pièce et parlait au téléphone en rangeant des piles de dossiers pour une application ultérieure. Cet homme -- ce Monsieur Tempus -- avait de grands desseins, c'était certain. Mais jusqu'à maintenant, Lex n'avait pu découvrir quels étaient exactement ses objectifs.

Le premier patron de Lex, Nigel St. John, avait loué les services de Lex à Tempus en échange d'un service inconnu. Tout d'abord, Lex n'était pas content d'avoir été envoyé sur une mission si peu valorisante, toutefois il était curieux de voir que Tempus l'avait demandé personnellement. Et donc Lex fit ce qu'on lui disait, offrant ses services et découvrant ce qu'il devait savoir.

Nigel St John avait toujours été un modèle pour Lex. Cet homme était calme et intelligent et pensait toujours aux tenants et aux aboutissants avant de mettre les pieds où que ce soit. Mais ce Tempus… il avait l'exubérance d'un petit chien et la patience d'un enfant gâté. Cependant, il semblait avoir quelque chose que personne d'autre n'avait -- autrement comment aurait-il pu amasser une si grande fortune et avoir tant de pouvoirs ?

Lex voulait savoir ce que cet homme pouvait bien posséder. Alors il attendait patiemment.

Enfin, Tempus raccrocha le téléphone et se tourna vers ses deux invités avec un sourire de jubilation. "Ahh, la jolie Lois Lane," dit-il lentement. "Vous voyez, Lex, mon garçon, c'est la première fois que je la vois aussi calme !" Tempus se mit à rire et s'avança pour inspecter le corps endormi.

Lex savait qu'il ne devait pas poser de questions sur l'endroit où Tempus avait rencontré Lois Lane auparavant. S'il avait besoin de savoir quoi que ce soit, Tempus le lui dirait. En fait, pour quelqu'un de si puissant, Tempus était incroyablement indiscret. Il finirait par révéler ses plans à Lex, et lui en dirait bien plus qu'il ne devait, sans aucune retenue. Apparemment, il n'avait pas étudié 'L'Art de la Guerre'. Mais il payait -- bien. Et il était en pleine ascension. Donc, Lex était satisfait de faire partie de son jeu.

"Elle est assez jolie, vous ne trouvez pas, Lex ?" Tempus regarda furtivement le visage de Lois, puis leva les yeux vers Lex. Il semblait plus intéressé à regarder Lex admirer Lois.

"Oui, monsieur. Elle est très… belle." Et elle l'était. Elle était sans doute la plus belle créature sur qui ses yeux s'étaient posés. Mais Lex se gardait bien de le laisser paraître.

Tempus parut satisfait de la réponse. "Eh bien, dommage que personne ne puisse plus s'en rendre compte pendant longtemps," lança l'homme. Sa voix se fit plus froide et plus sérieuse. "Bien, la chambre de Milady est prête. Je dois juste apporter la touche finale. Lex, donnez à Lois son stimulant. Puis allez dans pièce à côté et préparez la chambre, comme je vous l'ai montré."

Tandis que Lex terminait l'injection, Tempus expliqua laconiquement. "Voilà qui va réveiller la Jolie Lo-Lo très lentement. Son esprit va devenir très malléable."

Lex acquiesça et mit de côté sa curiosité en quittant la pièce.

Très vite, Lois commença à gémir, ses yeux palpitant sous ses paupières. Tempus la laissa prendre quelques inspirations avant de se pencher sur elle et lui poser sur les yeux d'étranges lunettes.

"Lois ?" murmura-t-il. "Réveillez-vous, Lois. Lois Lane, je veux que vous m'écoutiez. Je veux que vous regardiez cette photo. Lois ? Cet homme est votre ennemi -- mais un ennemi très puissant. Vous comprenez ?"

Lois fit doucement oui de la tête. Un frisson incontrôlable parcourut son corps tandis qu'elle écoutait Tempus débiter son poison.

"Allez, Lois, cet homme est très dangereux, mais je ne vous laisserai pas sans protection. Je vais vous donner une arme contre cet ennemi. Mais vous devrez attendre le bon moment pour vous en servir. Vous ne vous souviendrez même pas que cet homme est votre ennemi avant d'avoir entendu la phrase 'Rome brûle'. Quand on vous dira 'Rome brûle', vous vous souviendrez de votre haine pour cet homme. Et vous pourrez vous servir de cette arme contre lui. Vous avez compris ?"

Lois murmura, "Rome brûle" et frissonna à nouveau. Après encore quelques minutes à répéter la même chose, Tempus plaça un étrange bracelet autour du bras de Lois. Il était très primitif, mais joli. Il la regarda encore une fois avec un sourire diabolique.

Tempus leva les yeux en apercevant Lex revenir dans la pièce. "Ah, Lex. Elle est prête. Mettons-la dans la chambre de cryogénie." Pendant que les deux hommes mettaient la jeune femme dans la chambre et la scellaient, Tempus remarqua la curiosité qui se lisait dans les yeux de Lex.

"Vous mourez d'envie de savoir d'où je tiens ces gadgets, n'est-ce pas, Lex ?" dit l'homme avec amusement.

Lex acquiesça. "Oui, monsieur."

"Ahh, et honnête avec ça. Lex, vous êtes presque trop beau pour être vrai. Vous voulez que je vous dise, si vous me posez une question ? Juste une. Je crois que j'y répondrai."

Lex réfléchit un instant. "D'accord. Pourquoi ne pas se contenter de la tuer ? Pourquoi la tenir écartée du monde ?"

Tempus dressa les sourcils de surprise. "Très bien, Lex. La plupart des d'hommes auraient demandé 'd'où tenez-vous tout cet argent' ou 'où avez-vous eu ces inventions'. Mais vous allez directement au cœur du sujet." Tempus étudia Lex quelques secondes, puis répondit. "Laissez-moi vous dire, que d'après mon expérience, cette femme a le pouvoir de contrecarrer le meilleur des projets. Et je prépare un grand projet, je peux vous l'assurer. Cependant, il pourrait arriver qu'un jour je -- vous -- nous tous -- ayons besoin de résoudre un certain problème. Je ne peux dévoiler tous mes secrets, Lex, mais un jour viendra où elle sera sans doute la seule sur qui nous pourrons compter pour éliminer un très grand ennemi. C'est pourquoi je viens juste de la 'programmer'." Tempus sourit, visiblement satisfait de lui-même.

En son for intérieur, Lex méprisait cet homme arrogant, mais en surface, il ne laissa rien paraître. Il se contenta simplement d'écouter et de comprendre. Tempus ne remarqua pas le mépris de Lex et il commença à rassembler ses affaires en contenant à peine sa joie. "Maintenant, je dois m'en aller," dit-il enthousiaste. "Surveillez la pendant une semaine, voulez-vous, mon garçon ? Et puis vous pourrez partir. Le loyer de cet endroit est payé indéfiniment. On se reverra dans les journaux !" Et à ces mots étranges, Tempus sortit, laissant derrière lui Lex Luthor s'occuper des contrôles qui maintenaient Lois Lane entre la vie et la mort.

Seul dans l'enceinte depuis plusieurs jours, Lex pourrait examiner le merveilleux visage endormi devant lui. Elle était si incroyablement belle. Il l'avait brièvement regardée avant de s'embarquer sur cette mission et, d'après ses recherches, il savait qu'elle était brillante, spirituelle et charmante. Elle l'intéressait énormément. C'était une femme digne de lui, du pouvoir et de la vie qu'il aurait un jour. Il était dommage qu'il soit obligé de la laisser ici.

Mais Lex Luthor était un homme patient. Il avait de grandes aspirations. Et tôt ou tard, le pouvoir abandonnerait Tempus. Lex n'en doutait pas. Tempus était tout simplement trop maladroit et inefficace -- malgré l'argent et les gadgets qu'il avait pu accumuler.

Quand Tempus tomberait, Tempus serait celui qui aurait les cartes en mains.

METROPOLIS PARALLÈLE, 1998

Lex Luthor souriait, confortablement installé dans son fauteuil de cuir. "Alors, jolie Lois. Vous êtes enfin de retour à Métropolis. Il s'est passé tant de choses en cinq ans… tant de choses ont changé."

Il porta ses doigts à ses lèvres et les leva.

"En attendant qu'on se retrouve !"

Clark Kent sortit de l'ascenseur de la salle de rédaction et se précipita vers son bureau. Deux semaines plus tôt, il se sentait déprimé et s'apitoyait sur lui-même car les articles sur Superman qu'il avait dû écrire avaient limité son temps d'investigation sur les autres histoires. Mais les choses commençaient à s'améliorer. La nuit précédente, il avait trouvé un corps flottant à Hobbs Bay. Le corps paraissait se trouver là depuis un certain temps, apparemment lesté. Clark avait aidé la police à l'amener directement au médecin légiste et attendait toujours une identification.

Mais il avait une assez bonne idée de qui il s'agissait -- Nigel St John, le très important homme d'affaires et "homme de l'année", tous les ans.

Clark avait des soupçons quant à la légalité de la plupart des affaires de St John, mais il n'avait jamais pu trouver de preuves pour étayer ses dires. Son majordome avait déclaré quatre mois plus tôt la disparition de St John. Tout d'abord, la police avait pensé à un enlèvement, mais aucune rançon n'avait jamais été réclamée. La quatrième fortune du monde -- ou était-ce la troisième ? -- avait tout simplement disparu de la surface de la Terre.

Clark enquêtait sur cette histoire depuis la disparition et avait cherché qui allait hériter de la fortune de St John. La majorité des biens devait aller à son bras droit, Lex Luthor. Il était visiblement le principal suspect dans la disparition de St John.

Le seul problème était que Luthor avait un solide alibi pour la nuit de l'enlèvement. Clark l'avait depuis suivi à distance pendant plusieurs semaines, mais Luthor ne lui avait jamais donné le moindre indice sur l'endroit où se trouvait St John. En fait, Luthor semblait assez contrarié par la disparition de son père adoptif. Tellement contrarié, en fait, qu'il avait refusé toutes déclarations à la presse et avait fait tout son possible pour coopérer avec la police. Mais maintenant, on avait découvert un corps dans un état qui confirmait un acte criminel. Clark espérait que ce serait la brèche que son article attendait.

Clark essayait de reconstituer les pièces manquantes quand un bulletin d'information télévisé annonça qu'un feu faisait rage à Gotham City. Il semblait que les pompiers contrôlaient l'incendie, mais Clark, qui se heurtait à un mur avec son article, décida d'aller vérifier sur place juste au cas où il pourrait être d'une quelconque utilité. Un peu d'exercice l'aiderait peut-être à y voir plus clair.

Superman venait juste de quitter le toit du Daily Planet quand il remarqua la limousine du maire s'arrêter sur le trottoir face au Daily Planet. Malgré ses intentions d'aider Gotham, la curiosité de Clark était piquée. Le maire avait fait un voyage imprévu à l'étranger deux semaines plus tôt, mais avait gardé les détails tellement secrets que Superman lui-même ne savait pas où il était allé.

Perry était revenu depuis quelques jours, mais avait travaillé chez lui la plupart du temps, ne faisant que de rares apparitions en public. Clark avait demandé à James Olsen s'il savait de quoi il retournait -- Clark s'inquiétait que Perry puisse être malade -- mais le propriétaire du Daily Planet lui avait juste dit que Perry s'occupait d'affaires personnelles et reprendrait son programme habituel la semaine suivante.

Clark s'était contenté de ça, mais admettait qu'il était curieux de savoir où Perry était allé. Et maintenant, il semblait qu'il allait avoir la chance de lui demander personnellement.

Superman commençait à descendre lentement pendant que Perry sortait de la limousine au coin de la rue. Si résolu qu'il était à parler au maire, il remarqua à peine l'autre portière de la limousine s'ouvrir et sa passagère, une jeune femme aux longs cheveux bruns, descendre au milieu de la rue. La femme paraissait stupéfaite d'être en ville et regardait l'énorme globe comme si elle était heureuse de le voir. Clark regardait tout ça du coin de l'œil et se demandait si le Chef (techniquement, Perry n'était plus le Chef, mais Clark aimait bien l'appeler toujours ainsi) avait la visite d'une nièce -- ce qui aurait pu expliquer qu'il reste à la maison, mais pas son voyage mystérieux.

C'est seulement au moment où il étendit le crissement des pneus et les cris effrayés de "sortez-vous de là !" que Clark reporta son attention sur la jeune femme. En une fraction de seconde il réalisa le problème. Une voiture descendait la rue à toute vitesse, apparemment incontrôlable, faisant des embardées au milieu de la circulation. Le conducteur devait être ivre ou bien il s'échappait dans une voiture volée -- Clark n'en savait rien et, sur le moment, ça lui était égal. Tout ce qui importait dans l'immédiat était que la jeune femme se trouvait directement dans le sillage du véhicule qui arrivait.

Superman tourbillonna et fonça directement sur la femme. Elle avait, elle aussi, remarqué la voiture qui fonçait sur elle, mais n'avait pas fait un pas avant d'être attrapée et soulevée dans les airs. Moins d'une seconde plus tard, la voiture folle arriva à l'endroit où elle se tenait un instant plus tôt, au grand soulagement des spectateurs regardant Superman qui tenait la femme deux cents mètres plus haut.

La femme et son sauveur ne remarquaient pas la foule qui s'assemblait plus bas, pas plus qu'ils ne réalisaient que la voiture avait été à deux de l'écraser. Ils se regardaient tous les deux, hébétés.

Si les badauds avaient pu voir l'expression du couple, ils n'auraient pas trouvé la surprise de la femme inhabituelle. Après tout, on n'évitait pas tous les jours d'être écrasé par une voiture en se faisant soulever dans les airs par la même occasion. Mais la foule aurait été surprise par son super héros -- il fixait sa compagne les yeux écarquillés, stupéfait et incapable d'émettre le moindre son cohérent.

Lois retrouva la voix la première. "Vous m'avez sauvé la vie," soupira-t-elle, regardant en bas avec étonnement. "Je n'arrive pas à y croire… vous êtes vraiment lui. Vous pouvez vraiment voler !"

"Vous allez bien ?" bégaya-t-il, visiblement perturbé.

Lois réfléchit un instant. "Je crois qu'oui… merci !"

Clark fini par se reprendre. "Lois ? Est-ce vraiment vous ?" demanda-t-il presque effrayé.

Elle lui fit oui de la tête et ils se regardèrent un long moment. "Et vous êtes… Superman," dit-elle enfin. "Perry m'a parlé de vous."

"Mais… comment ?" soupira Clark. "Vous êtes vivante ?"

Lois sourit. "Oui, et merci, grâce à vous je vais le rester."

Clark cligna des yeux, éblouit par l'effet que son sourire avait sur lui. Il sentit quelque chose qu'il n'avait jamais ressenti auparavant. Il ne put s'empêcher de lui sourire aussi. Il n'y avait aucun doute dans son esprit, elle était bien sa Lois. Soudain il baissa les yeux, un peu embarrassé. "Je crois que je ferais bien de vous poser… J'entends Perry qui demande ce que nous faisons depuis si longtemps."

"Vous entendez... ? commença Lois, puis elle murmura. "Oh, bon sang, Bien sûr que vous entendez. C'est… étonnant !"

Superman descendit et posa doucement Lois devant Perry.

Perry respira profondément en posant la main dans le dos de Superman et se pencha pour se soutenir au jeune homme. "Lois, ma chérie, vous allez bien ? Cette voiture a failli me faire avoir un infarctus. Heureusement que vous étiez là Superman. Merci, mon garçon".

Clark sourit à ces mots mais regarda à peine Perry en répondant. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux de Lois et était ravi de voir qu'elle paraissait le regarder aussi intensément. "De rien, Perry. Je suis heureux aussi d'avoir été là." A ces mots, il plongea son regard dans celui de Lois et fut récompensé par un autre sourire chaleureux.

Perry sourit, reprenant son sang froid tandis que sa respiration redevenait normale. "Je crois qu'il est temps de faire les présentations. Lois Lane. Je vous présente Superman… connu sous le nom de Clark Kent quand il porte une cravate au lieu d'une cape. Superman, Lois Lane."

"Ravie de faire votre connaissance… Superman." dit Lois encore un peu secouée.

"Heureux de vous… connaître," murmura Clark d'un air absent. Son esprit continuait à se remémorer ce qui venait de se passer et il n'arrivait pas à croire que ce n'était pas encore un rêve.

Perry tapa dans ses mains et hocha la tête. "Bon, maintenant que tout ça est réglé, Lois, êtes-vous toujours prête à entrer dans la salle de rédaction ?"

Lois revint à la réalité et prit Perry au mot. "Vous pariez. J'ai failli devenir folle cette semaine à tourner et virer à ne rien faire. Allons voir si je peux retrouver ma place !"

"Clark, vous montez ? Où devez-vous aller quelque part ?" demanda cordialement Perry.

Clark fit un clin d'œil. "Eum… oui… je monte dans une minute." Il regarda en bas de la rue où la voiture folle avait terminé sa course contre une bouche d'incendie, répandant de l'eau dans tous les coins. Clark soupira. "J'arrive tout de suite."

Lois et Perry prirent l'ascenseur conduisant à la salle de rédaction pour se rendre à leur rendez-vous. Lois était concentrée, mais Perry n'était pas encore certain qu'ils faisaient le bon choix.

"Je ne sais pas si c'est vraiment une bonne idée, Lois."

"Perry, je vais devenir dingue à traîner chez vous. Et, quoi que j'apprécie votre offre, je ne veux pas être votre adjointe. Bien que j'aime votre compagnie, si je ne me jette pas bientôt dans un vrai travail, j'ai bien peur de devenir cinglée."

"Je sais, je sais. Mais c'est si tôt. Vous êtes sûre de ne pas avoir besoin d'encore un peu de temps pour vous remettre. Après tout, vous avez été confrontée à de grands changements…"

Lois hocha la tête. "Ce dont j'ai besoin c'est de retourner travailler, " dit-elle fermement.

Perry acquiesça. "D'accord, d'accord. Mais je ne vous promets rien, compris. Mon remplaçant, Vince Nelson, est nouveau au Planet et ne connaît pas votre travail."

"Il ne connaît pas mon travail ?" lança Lois. "Il ne parlait pas l'anglais quand j'ai gagné deux Kerth et que j'ai été nominée pour ce Pulitzer ? Ou est-ce que toute la profession a été frappée d'amnésie en ce qui me concerne ?" demanda-t-elle sur un ton sarcastique. Puis, réalisant ce qu'elle avait dit, Lois soupira. "Je suis désolée, Perry. Je ne voulais pas dire ça… c'est tellement frustrant ! Pour moi, c'est comme si j'étais partie depuis seulement deux mois. Je n'arrive toujours pas à croire que ça fait… " elle avala sa salive, incapable de terminer.

Perry posa une main réconfortante sur son épaule. "Cinq ans. Je sais, Lois, et moi aussi je suis désolé. Si j'avais su comment éviter ce qui vous est arrivé, si j'avais pu prévoir à l'avance… je vous aurais empêché d'aller au Congo."

Lois se mit à rire. "Vous et quelle armée ?" dit-elle en plaisantant. Puis elle réfléchit une fois encore. "Sérieusement, Chef, nous savons tous les deux que j'étais bornée et déterminée à faire cet article. Ce n'était pas votre faute -- c'était la mienne. Il arrive parfois que certaines choses… arrivent." dit Lois en soupirant encore. "Et maintenant je dois essayer de m'en sortir au mieux." Sa voix se fit plus ferme. "Et c'est pour ça que je me rends à cet entretien et que je vais botter les fesses d'un certain rédacteur en chef jusqu'à ce qu'il me rende ma place !"

Perry éclata de rire. C'était bien sa Lois. "Allez-y ma chérie, " l'encouragea-t-il.

"Merci, Perry. Et merci pour tout ce que vous avez fait pour moi." poursuivit Lois, sincère. "Avoir fait ce voyage pour me trouver, m'avoir amenée chez mes parents pendant le voyage de retour à Métropolis… et me laisser rester avec Alice et vous pendant ces derniers jours. J'ai besoin de retrouver une vie normale et rester chez mes parents en Californie ne m'y aurait pas aidé." expliqua-t-elle avec regret. "Ce n'est pas que je ne les aime pas -- je les aime -- mais je serais devenue folle de les avoir sur le dos comme si j'étais une poupée de porcelaine. Ils sont si protecteurs et je ne vais pas découvrir ce qui s'est passé en les ayant derrière moi chaque fois que j'ai envie d'un verre d'eau. Et Lucy ! Elle est pire, en voulant que je vienne me 'refaire une santé' dans la propriété Corbin avec elle, son informaticien débile de mari, ses 2,4 enfants et son épagneul. Son Johnny Angel de mari me lève le cœur." Lois leva les yeux au ciel en soupirant. Quand elle poursuivit, elle était plus sombre. "J'ai seulement besoin de *me* retrouver. Et de me souvenir qu'il y a cinq ans, Lois Lane était un sacré bon reporter. J'ai besoin de retrouver tout ça."

Perry soupira et acquiesça. "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider, Lois."

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Lois fit un pas sur la plate-forme pour examiner la salle de rédaction. Elle avait peu changé depuis cinq ans… ça suffisait presque à la convaincre qu'elle n'était partie que depuis deux mois. Si elle avait commencé à douter de la date, la réaction du personnel lui apporta cependant toutes les preuves dont elle avait besoin. Quand les gens qui se trouvaient dans la salle de rédaction réalisèrent qui était là avec le maire de Métropolis, il y eut un silence dans la salle.

Lois regarda les visages étonnés dont elle reconnaissait la plupart, bien qu'étant des versions plus âgées d'eux-mêmes. Pour la première fois depuis qu'elle s'était réveillée dans cet hôpital, elle était le centre de l'attention. En temps ordinaire, cela ne l'aurait pas déboussolée, mais cette fois, elle était plutôt déconcertée.

Heureusement, une voix rompit le silence. "Monsieur White -- Perry, Mademoiselle Lane, bienvenue au Daily Planet." James Olsen s'avança la main tendue et le visage souriant.

"Monsieur Olsen, je vous présente le meilleur reporter que j'ai jamais eu, Mademoiselle Lois Lane."

"Mademoiselle Lane, je dois dire que c'est un honneur de vous rencontrer. Je respecte votre travail et je suis très ému de vous avoir au sein de la rédaction. Bienvenue chez vous."

Lois hocha la tête et sourit poliment en serrant la main de James Olsen. Les journalistes dans la salle commençaient à se remettre et chuchotaient entre eux. Lois ne pouvait pas entendre ce qu'ils disaient mais elle l'imaginait. Elle se dit qu'affronter la situation la tête haute était la meilleure façon de faire.

Elle se tourna vers l'assistance, redressa les épaules et arbora son sourire le plus confiant. "Bonjour tout le monde," dit-elle. "Je sais que ça fait longtemps, mais croyez-moi, je suis heureuse d'être de retour à Métropolis." Elle regarda Perry en hésitant, puis reprit. "Je sais aussi qu'il y a deux ans, quelqu'un a déclaré être moi. Je n'ai aucune information à ce sujet, mais je peux vous assurer que c'est bien moi qui suis maintenant de retour et j'ai hâte de faire votre connaissance à tous."

Le petit discours de Lois sembla briser la glace. Plusieurs journalistes qu'elle connaissait s'avancèrent pour lui souhaiter la bienvenue et lui dire combien ils étaient heureux de voir qu'elle allait bien. Les autres restaient en arrière, attendant d'être présentés et réalisant immédiatement pourquoi Lois Lane était considérée comme l'une des meilleures. Elle plaisait tout à fait à son auditoire.

Après quelques instants, James Olsen interrompit les bavardages. "Je sais que vous voulez tout savoir sur Lois, mais dans l'immédiat, nous devons parler affaires. Lois, Perry, pourquoi n'irions-nous pas dans le bureau de Vince. Je crois qu'il faut qu'on parle d'un tas de choses."

Tous trois se dirigèrent vers le bureau de Vince et tous les regards les suivirent. La porte se referma sur eux et, après quelques instants, la plupart des journalistes retournèrent à leur travail.

Personne ne semblait avoir remarqué que Clark Kent était revenu dans la salle de rédaction par l'escalier et se tenait maintenant à distance à observer la scène. Ce n'était pas qu'il ne voulait pas participer à la réunion, approcher Lois Lane et lui poser le million et demi de questions qui tournaient dans sa tête depuis qu'il avait réalisé qu'elle était revenue -- c'est qu'il n'était pas certain que son cerveau pourrait fonctionner pour lui demander quoi que ce soit s'il se trouvait à côté d'elle.

Il ne parvenait pas encore à croire que tout cela arrivait. Toutes ces années, toute cette attente… et maintenant elle était vraiment là, et bien en vie. Mais où avait-elle été ? Pourquoi n'avait-il pu la trouver ? Ne voulait-elle pas qu'on la trouve ? Avait-elle été retenue prisonnière ? Elle ne semblait pas vraiment traumatisée, et pourtant, Clark était bien placé pour savoir que les gens pouvaient cacher leurs émotions au reste du monde -- il le faisait depuis l'âge de dix ans.

Alors il l'observait de loin, l'étudiait, enregistrant chaque détail qui faisait d'elle *sa* Lois. Oh, il savait qu'elle n'apprécierait pas qu'il pense à elle de cette façon. Après tout, il n'était pour elle qu'un étranger.

Et techniquement, elle était tout aussi bien pour lui une étrangère, n'est-ce pas ? Il devait y avoir un millier de différences entre elle et la Lois qu'il avait connue. Après tout, lui et l'autre Clark n'étaient pas exactement pareils. Pendant qu'il se tenait là à la regarder, Clark essayait de se convaincre que ses sentiments pour elle n'étaient pas réels. Peut-être qu'il était vraiment attaché à l'autre Lois et que celle-ci n'était qu'un pâle substitut…

Pourtant Clark avait regardé Lois braver les regards de l'assistance, comment elle avait renversé la situation quand elle perdait pied et l'avait tourné à son avantage. Il avait écouter les battements de son cœur et savait qu'elle n'était pas aussi sûre d'elle qu'elle le laissait paraître. Même après tout ce qu'elle avait traversé, elle parvenait encore à affronter ses peurs. A cet instant, Clark sut qu'il était accroché. Ce qu'il ressentait pour elle n'était pas simplement un transfert sur la Lois de l'autre Métropolis. Non elle était elle-même une personne… belle, brillante, vibrante… et forte. Et il voulait la connaître mieux - à tel point que tout son être le ressentait.

''Mademoiselle Lane, c'est vraiment un honneur de vous connaître enfin. J'étais un grand fan de votre travail quand j'étais au New Troy Times et je n'aurais jamais rêvé avoir la chance de vous souhaiter un bon retour au Daily Planet." Vincent Nelson, un petit homme mince au crâne dégarni et aux yeux vifs, lui tendit la main.

"Enchantée, Monsieur Nelson. J'aimerais vous remercier vous et Monsieur Olsen d'avoir accepté de me recevoir aujourd'hui. Je sais que je suis hors course depuis un moment, mais je puis vous assurer que je suis plus que prête à reprendre le travail."

"Mademoiselle Lane, Monsieur Olsen et moi-même avons discuté de votre retour au journal presque à l'instant ou Perry nous a avertis de votre arrivée. Et, s'il vous plaît, soyez assurée que le Daily Planet est enchanté de vous avoir à nouveau… dès que vous serez prête."

Lois se redressa un peu sur sa chaise. "Et je puis vous assurer, Monsieur Nelson, que je *suis* prête." dit-elle d'une voix ferme. "Comme Perry vous l'a dit, je pense, je suis partie depuis bien longtemps, mais pour moi, c'est comme si je venais juste de m'en aller. Et je suis vraiment impatiente de me remettre au travail."

James dit soudain. "Mademoiselle Lane -- Lois. Qu'il n'y ait pas d'erreur, vous *avez* votre place ici. Et nous avons hâte de vous avoir parmi nous. Mais nous voulons être certains que vous êtes prête. Je sais que les médecins vous ont délivré un certificat de bonne santé, mais je sais également que vous êtes passée par une expérience traumatisante et la dernière chose que nous voulons est que vous forciez trop et fassiez une rechute." Monsieur Olsen parla gentiment mais fermement, sa position était claire.

Lois serra les dents, contrariée. Tout ce pour quoi elle avait travaillé, tout ce qu'elle avait accompli… et ils voulaient la mettre à l'essai. Ce n'était pas juste. Elle garda quand même sa contenance. Ça n'arrangerait rien de perdre son calme.

Lois prit une profonde inspiration et expira lentement. Même si elle n'aimait pas ça, elle devait admettre qu'ils avaient des raisons de s'inquiéter pour elle. Elle avait subi une expérience traumatisante -- même si elle ne se souvenait pas d'avoir été enlevée, le choc de découvrir qu'elle avait disparu depuis cinq ans était suffisant pour affoler n'importe qui.

Elle essayait de ne pas penser à ces années perdues, mais le soir au fond de son lit, elle ne pouvait s'empêcher de sentir monter la colère et le ressentiment pour ce qui lui avait été volé. Mais elle n'avait montré à personne ce qu'elle ressentait -- même Perry et Alice ne connaissaient qu'une partie de ses émotions. Et ses parents -- elle avait dû être forte devant eux où ils ne l'auraient jamais laissée retourner à Métropolis. C'est ainsi qu'ils l'avaient laissée quitter la Californie après qu'elle ait promis de leur donner des nouvelles chaque soir au téléphone et qu'elle les ait assurés qu'elle reviendrait les voir dans courant du mois. Elle avait mal pour eux -- cet incroyable chagrin qu'ils avaient dû ressentir en pensant que leur fille aînée était morte. Mais ça ne changeait rien au fait que Lois devait découvrir ce qu'il lui était arrivé. Elle devait chercher qui était responsable et pourquoi on lui avait pris une partie de sa vie. Et d'une manière ou d'une autre, elle savait très bien que le Daily Planet était la meilleure source d'information pour trouver les réponses.

"Monsieur Olsen -- *James*," dit Lois avec un sourire désarmé, "Je comprends que vous ayez quelques inquiétudes. Cela vous rassurerait-il si j'acceptais de travailler à temps partiel pendant les premières semaines ? J'ai quelques affaires à régler maintenant que je suis revenue -- trouver un nouvel appartement, par exemple -- alors peut-être qu'on pourrait faire un compromis. Après tout, je n'aimerais pas exercer mes talents ailleurs.

Vince Nelson pâlit visiblement aux gentilles paroles de Lois, mais qui contenaient une menace à peine voilée. Perry se mit la main devant la bouche pour cacher son sourire.

James Olsen regarda simplement la femme devant lui et l'observa attentivement. Lois le regarda fixement sans cligner des yeux. Aussitôt, un sourire se dessina sur le visage de James et il acquiesça avec respect. "Non, Mademoiselle Lane… *nous* n'aimerions pas que vous exerciez vos talents ailleurs. Faisons un marché. Une charge de travail réduite les premières semaines le temps de vous remettre et d'arranger vos affaires -- vous organisez vous-même l'emploi du temps. Toutefois, j'y mets une condition. Je veux que vous travailliez avec un autre journaliste pendant cette période. Il vous mettra plus vite au courant de ce qui s'est passé depuis que vous êtes partie."

Lois se sentit à nouveau contrariée. Etait-ce une honnête tentative pour qu'elle s'habitue ou allait-elle être reléguée au rôle 'd'assistante' ? Elle n'avait jamais eu de partenaire avant, elle n'en avait jamais eu besoin. C'était elle qui avait des assistants qui travaillaient pour elle, pas le contraire !

"En réalité, James… quoi que je serais plus que ravie de m'asseoir pour un debriefing pour aider un peu cet autre reporter si nécessaire," répliqua Lois, "J'ai déjà une idée de mon premier article. Je voudrais utiliser les ressources du Planet pour découvrir ce qui m'est arrivé. Je compte donner au Daily Planet l'exclusivité de ce qui pourrait être un très bon article."

Vince s'éclaircit la voix. "Je suis désolée, Lois. Vous devez savoir que vous êtes trop proche du sujet. J'ai déjà confié cet article à l'un de nos meilleurs reporters. Il s'appelle Mitch Carter, il a rejoint la section internationale depuis trois ans, il s'était déjà fait un nom avec divers articles avant ça. Il a énormément de contacts dans cette partie du monde. Et fait, je me demandais si vous lui accorderiez une interview."

Lois sentit son cœur se serrer de colère. Il n'était pas question quelle laisse tomber cet article. Elle prit une profonde inspiration, essayant de trouver une façon polie de dire "jamais de la vie, mon vieux," quand on frappa à la porte du bureau. Lois faillit presque oublier ce qu'elle allait dire quand Clark Kent entra dans la pièce.

"Ah, Clark," dit joyeusement James. "Juste au bon moment. Je vous présente Lois Lane. Lois Lane, Clark Kent."

Lois ne put s'empêcher de le dévisager. "Nous nous … euh… connaissons," dit-elle en lui tendant la main avec automatisme. Un petit frisson la parcourut quand leurs mains se touchèrent et Lois dut reprendre sa respiration. Elle avait été bouleversée après qu'il l'eut secourue une heure plus tôt, mais qui ne l'aurait pas été ? Après tout, c'était un dieu avec une cape. Cependant, le voir comme ça -- en costume cravate et avec des lunettes -- lui coupa le souffle encore davantage que d'avoir volé avec lui. Comment était-il possible qu'il est l'air encore *mieux* en costume ?

Alors que leurs mains se séparaient et que chacun dans le bureau engageait la conversation, Lois se secoua intérieurement. Elle reconnaissait cette impression. 'J'ai été inconsciente pendant cinq ans et je craque pour le premier homme que je rencontre ?' pensa-t-elle, un peu exaspérée. 'Où sont tes priorités, ma fille ??'

Cependant elle ne pouvait pas nier cette impression et plus ils parlaient, plus elle augmentait. Il était beau, intelligent, drôle, doux… et il pouvait voler ! De plus, il n'arrêtait pas de la regarder avec une sorte de respect… et peut-être un peu de nervosité.

Lois sourit et redressa la tête en le regardant. Un peu de flatterie ne faisait pas de mal à son ego, mais c'était au-dessus de tout ça. Cet homme -- ce Clark Kent, ce Superman -- n'arrêtait pas de la regarder comme si elle était pour lui la chose la plus précieuse au monde.

Mais bon sang, elle n'arrivait à pas savoir pourquoi.

"Lois, voulez-vous qu'on aille dans la salle de conférence comme ça je vous mettrai au courant de l'article sur lequel j'enquête ? Je suis sans cesse appelé pour des trucs de Superman et j'ai vraiment besoin du regard d'un autre professionnel pour me montrer ce que j'ai oublié."

Lois hésita. Maintenant qu'elle avait gagné la bataille d'avoir retrouvé son travail, elle se sentait un peu comme une étrangère dans la salle de rédaction. "Euh, bien sûr, Clark… où dois-je mettre mes affaires ?" Lois regarda son ancien bureau et, quelque part, ne fut pas vraiment surprise de voir que c'était *lui* qui l'avait.

Clark remarqua son regard. "J'ai votre bureau, n'est-ce pas ?" demanda-t-il d'un air coupable.

Lois rougit légèrement. Elle n'avait pas voulu qu'il s'en aperçoive. Bon sang, comment faire avec un gars avec des supers pouvoirs… "Non… je veux dire, *oui*, mais ça va. Vous l'avez probablement depuis… quoi ?" Elle leva les yeux vers lui, espérant qu'il dirait un petit laps de temps ridicule.

"Quatre ans et demi," termina-t-il pour elle.

Lois hocha la tête, résignée. "Oh. Oui… quatre ans et demi," dit-elle un peu tristement.

Clark s'approcha d'elle. "Lois…" commença-t-il, "Je suis vraiment désolé de tout ce qui vous est arrivé. Perry a commencé à me raconter comment vous avez été enlevée, mais que vous ne vous souvenez pas d'autre chose--" Il s'apprêtait à en dire plus quand Perry arriva derrière eux.

"Bien les enfants, je dois retourner travailler. Lois est-ce que tout va bien, ici ?"

Lois se retourna pour rassurer son mentor. "Oui, Perry, je vais bien. C'est mon second chez moi, vous vous souvenez ?" Elle leva un peu les yeux au ciel. "En vérité, c'est devenu mon premier chez moi, maintenant. Je sais que je n'ai aucun endroit que je puisse appeler ma maison. Bon sang, après avoir disparu pendant cinq ans, je ne sais même plus où est ma maison !"

Perry fronça les sourcils avec sympathie. "Allez, ma chérie, vous savez que vous pouvez rester avec Alice et moi aussi longtemps que vous le voudrez. Nous sommes enchantés de vous avoir. Vous nous avez tellement manqué."

Clark se dit que s'était une bonne opportunité. "Lois… je suis désolé, mais je dois vous demander. Où *étiez* vous pendant toutes ces années ? Je veux dire, Perry dit que vous ne vous souvenez pas de ce qui s'est passé après que vous ayez été attaquée, mais quelqu'un devait vous retenir. Vous êtes-vous échappée ?"

Lois soupira profondément. Elle savait qu'elle devait s'attendre à ces questions. Elle espérait juste pouvoir avoir davantage de réponses -- à apporter aux autres et à s'apporter. Elle hocha doucement la tête. "Je ne me souviens pas de m'être échappée d'où que ce soit, si c'est ce que vous voulez dire. Je me souviens d'avoir été enlevée, mais après ça, la première chose dont je me souvienne est de m'être réveillée dans une mission à Kinshasa. J'ai d'autres souvenirs, mais ils sont très confus -- et d'après ce que mes parents m'ont dit -- j'ai été victime une commotion qui a provoqué une amnésie partielle. Mais on n'a trouvé aucune trace de traumatisme crânien ou de fracture. Aussi, la dernière hypothèse est que je suis restée dans le coma ces cinq dernières années. Mais il y a tellement de questions pour lesquelles je n'ai aucune réponse - comment dans un premier temps suis-je tombée dans le coma ? Où est-ce que j'étais ? Et comment ai-je atterri dans une mission au Zaïre ? J'aimerais bien avoir les réponses."

Le front de Clark se plissa. "Croyez-moi, Lois," dit-il, plus sincère qu'il ne l'avait jamais été de toute sa vie. "Je ferai tout ce que je peux pour trouver les réponses."

Lois leva les yeux et croisa son regard. Ces mots auraient pu être dits par n'importe qui et avec les meilleures intentions mais comme de vaines promesses. Cependant, il y avait quelque chose dans sa voix… quelque chose dans ses yeux… qui lui laissait croire qu'il pensait chaque syllabe. "Merci, Clark," murmura-t-elle. "Je vous crois."

Ils se tenaient là à se regarder, quand Perry se racla la gorge, légèrement mal à l'aise. "Bien, comme je l'ai dit, il faut que j'y aille."

Les deux reporters reculèrent d'un pas, comme s'ils réalisaient soudain qu'ils n'étaient pas seuls.

"Oh, bien sûr, Perry. Merci pour tout." dit Clark.

"Laissez moi vous accompagner jusqu'à l'ascenseur," ajouta Lois.

Tandis que Perry et Lois se dirigeaient vers l'ascenseur, Clark se souvint soudain de quelque chose que Lois avait dit. "Attendez une minute," dit-il lentement, l'air interrogateur. "Lois, avez-vous dit que vous étiez dans une mission ?"

Lois hocha la tête. "Oui, l'Hôpital de la Mission de Kinshasa, pourquoi ?"

Clark dressa les sourcils, en regardant Lois et Perry. "Alors vous étiez dans le coma… dans une mission." répéta-t-il lentement.

Lois paraissait surprise, mais Perry sourit. "Assez troublant, n'est-ce pas ?" dit le maire, avec un regard amusé.

"Oui !" acquiesça Clark. Un sentiment de déjà vu le parcourut en pensant à la première fois où il avait rencontré l'autre Lois. Soudain, il pensa à autre chose. "Quand vous étiez dans cette mission, Lois… il ne vous est pas arrivé de rencontrer un petit homme anglais portant des vêtements du début du siècle et un chapeau melon, par hasard ?" Quand Lois le regarda comme s'il avait perdu la raison, Clark laissa tomber. "Ce n'est pas grave," répondit-il d'un geste de la main avec un sourire désarmé. "C'est une *longue* histoire.

Lois était assise dans la salle conférence à côté du bureau de Vince et lisait les articles que Clark avait rassemblés sur Nigel St John, elle devait admettre à contrecœur que le travail de son partenaire n'était pas si mauvais que ça. Déjà aujourd'hui, Clark lui avait installé un bureau à côté du sien, l'avait présentée aux autres membres du personnel et lui avait fait faire le tour de tous les bureaux qui avaient été déplacés depuis cinq ans. Il lui avait même proposé de lui apporter un café quand elle s'était installée dans la salle de conférence pour étudier ses dossiers. Curieusement, il savait exactement comment elle le prenait -- noir, avec deux sucres allégés.

Bien sûr, dés qu'elle s'était installée avec les dossiers, il était parti, expliquant qu'on avait besoin de Superman dans les quartiers chics. Lois avait regardé sur les écrans de télé installés dans la salle de rédaction, Superman -- Clark, se remémora-t-elle -- accomplir un sauvetage à couper le souffle en sauvant un autocar scolaire qui avait fait une embardée pour éviter un accident et se retrouvait dangereusement prêt de percuter le garde-fou instable d'un pont. Elle avait applaudi avec le reste de la salle de rédaction quand Superman avait remonté tous les gens sains et saufs, et se trouvait plus qu'excitée à l'idée de travailler avec lui.

Il avait été si gentil avec elle jusque-là et, bien que normalement elle ne se liait pas si vite avec les gens, elle était ravie de dire qu'elle se sentait très à l'aise avec Clark Kent. Sans ajouter que faire équipe avec lui, lui laisserait le temps de poursuivre ses recherches personnelles en parallèle… et qui sait, peut-être que Superman lui serait très utile dans sa quête des réponses dont elle avait désespérément besoin.

En examinant les dossiers de Clark, Lois remarqua que bon nombre de ses dernières notes étaient axées sur le successeur de St John, Lex Luthor. St John était déjà très puissant et très important avant même que Lois ne parte pour l'Afrique, dans l'ensemble, ce que Clark avait écrit n'était pas nouveau pour elle. Mais ce Lex Luthor… elle était presque sûre de n'avoir jamais entendu parlé de lui, cependant ce nom lui semblait familier.

Elle était perdue dans sa lecture quand la porte de la salle de conférence s'ouvrit laissant apparaître son partenaire qui arrangeait ses lunettes et sa cravate.

Clark sourit. "Je suis désolé d'avoir été si long."

Lois lui rendit son sourire. "Pas de problème… en fait, je vous ai vu à la télé. Vous avez fait un sacré boulot."

Clark rougit un peu, ce que Lois trouva amusant et touchant. Ne recevait-il pas souvent de compliments ?"

"Merci," dit-il. "Ça fait plaisir de pouvoir aider comme ça. J'aurais tellement voulu…" Il s'arrêta, comme s'il réalisait qu'il en avait trop dit et changea très vite de sujet. "Alors, est-ce que j'ai eu des appels ? J'ai fait transférer mes appels ici et j'attends un coup de fil important du coroner."

"A propos de quoi ?"

Clark s'assit à côté d'elle. "Avez-vous lu l'article sur le corps que j'ai repêché à Hobbs Bay la nuit dernière ? Il était assez décomposé, mais j'espère que le coroner trouvera son identité. Le corps a été lesté, mais d'une façon où d'une autre les poids qui le retenaient ont dû se rompre et il est remonté à la surface. J'ai l'impression que cet homme est Nigel St John."

"Avez-vous une idée de qui a fait ça ?"

"Pas de pistes solides. La police pense que c'est un dossier simple… mais j'ai un pressentiment."

Lois prit quelques notes de Clark non publiées. "Luthor. Il est le suspect évident. De quoi a-t-il l'air ?"

"Méfiant. Il n'a accordé aucune interview et tous les renseignements sur lui sont incroyablement sommaires. A part avoir été quelque temps en rapport avec Tempus -- l'adversaire de Perry à la Mairie qui s'est avéré être un criminel interdimentionnel -- on n'a rien sur Luthor. Pas même une contravention." Clark s'interrompit et sortit une feuille de ses notes. "Ce que nous savons maintenant sur lui est quand même intéressant. Ses parents sont morts quand il avait treize ans et il a été quasiment adopté par Nigel St John. Soi-disant d'une remarquable intelligence, il a fréquenté les meilleures écoles et a été formé dans les académies militaires. St John ne semble pas avoir hésité à dépenser pour lui. Mais en dehors de ça, rien. Pas d'interviews. De nombreuses récompenses universitaires et sportives, mais pas de détails sur ses amis. On dirait qu'il a toujours été solitaire."

Lois parut songeuse. "Vous savez, j'avais tout un dossier sur Nigel St John avant de partir. J'ai toujours eu l'impression qu'il y avait autre chose derrière l'image que ce type montrait. En fait j'étais sur une piste quand…" Lois baissa la voix, l'air soudain très fatiguée.

"…vous êtes allée au Congo ?" termina gentiment Clark.

Lois leva les yeux vers lui et lui sourit. Elle se demandait si elle devait en dire davantage quand on frappa à la porte. Un jeune homme portant une grande boîte entra.

Clark sourit au nouveau venu et voyant que Lois dissimulait ces émotions et reprenait son air professionnel, il fit les présentations.

"Lois, voici Jack. Jack est assistant et occasionnellement photographe au Planet. Jack, voici Lois Lane."

Lois s'avança et serra la main de Jack, la relâchant très vite quand la boîte qu'il portait commença à trembler. "Heureuse de vous connaître," dit-elle.

"Je suis, moi aussi, heureux de vous connaître, Lois. Mon vieux, vous êtes le sujet de conversation de tout le bureau. Quoiqu'il en soit, si vous avez besoin de quelque chose, dites-le moi -- spécialement des photos. Je suis le photographe du Planet le plus disponible."

"Oui, il est même presque bon quand il pense à enlever le cache de l'objectif," lança Clark en faisant un clin d'œil à Lois.

Jack leva les yeux au ciel. "Bon sang, on fait une erreur…"

Clark l'interrompit avant qu'il n'aille plus loin. "Qu'y a-t-il dans la boîte, Jack ?"

"Oh ! Je suis descendu chercher des fournitures pour votre bureau, Lois quand Leanne a trouvé cette boîte en revenant. Apparemment, elle est là depuis que vous avez disparu. J'ai pensé que vous aimeriez l'avoir." Jack posa la boîte sur la table. "Bien, il faut que j'y aille. Oh, et Clark ? Cat vous souhaite le bonjour." Le jeune homme jeta à Clark un sourire en coin et fila.

Lois dressa les sourcils. "Qui est Cat ?"

Clark avait l'air un peu mal à l'aise. "Oh… Cat Grant. Elle est reporter sportif à l'étage en dessous."

Lois essaya de cacher sa déception. "Votre petite amie ?" demanda-t-elle, aussi nonchalamment que possible.

Clark se redressa. "Non ! J'veux dire… non, elle n'est pas ma petite amie. Elle, euh, m'a demandé une ou deux fois de sortir avec elle, mais je ne l'ai jamais fait. J'veux dire, elle est jolie, mais nous sommes juste des amis."

Lois se sentit soulagée et décida de forcer un peu la chance. "J'imagine que beaucoup de femmes vous demandent de sortir avec elles," dit-elle avec désinvolture. "Vous avez probablement beaucoup de petites amies..." Lois laissa traîner sa phrase, observant sa réaction.

Clark la regarda un long moment avant de répondre. Quand il ouvrit enfin la bouche, sa voix était douce, comme s'il essayait de communiquer avec autre chose que des mots. "En vérité, Lois… je n'ai pas eu beaucoup de relations depuis ces deux dernières années. J'ai… en quelque sorte attendu--" A cet instant, Clark leva la tête, le regard lointain.

"Quoi ? Qu'y a-t-il ?" demanda-t-elle, surprise.

Clark hocha la tête et soupira. "J'ai surveillé ce feu à Gotham City et je pensais qu'il était maîtrisé, mais je crois qu'après tout ils vont avoir besoin de mon aide." Il se leva. "Ecoutez, prenez votre temps pour lire ces dossiers. Vous pourriez vous cacher ici un moment, ce cette façon les journalistes curieux, là dehors, vous ficheront la paix. Demandez à Jack de vous indiquer tous les noms dont vous aurez besoin pour vous trouver un téléphone et un ordinateur. Il est ami avec la plupart des techniciens, ainsi il aura tout ce qu'il faut aussi vite que possible. Et faites-moi une faveur, si le coroner appelle…"

"Je lui soutire les informations. Ne vous en faîtes pas ! Maintenant *filez*, je vais me débrouiller."

Clark redressa la tête et lui fit un étrange sourire avant de quitter la salle de conférence. Après son départ, Lois se leva et se dirigea vers la fenêtre. Moins d'une seconde plus tard, elle vit une silhouette humaine s'envoler en direction de Gotham.

Elle ne put s'empêcher de se demander ce que ça faisait de voler avec lui -- pas pendant un sauvetage, juste pour le plaisir.

Clark décolla du toit et s'envola vers Gotham. Arrivé là-bas, il essaya d'éloigner son esprit de la femme qui l'attendait dans la salle de rédaction en se concentrant sur le feu qui menaçait se s'étendre aux immeubles des alentours. Mais, même s'il essayait de scanner les immeubles à la recherche de personnes se trouvant à l'intérieur (heureusement, tout le monde était parti) ses pensées revenaient vers elle.

Elle semblait heureuse d'avoir repris le travail, mais il savait qu'en son for intérieur elle devait être déprimée de ces années qu'elle avait perdues. Le peu de fois où ils avaient abordé le sujet, le regard perdu qu'elle arborait était déchirant.

Il ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable. C'était l'une de ces choses contre lesquelles il ne pouvait lutter -- comment, malgré tous ces pouvoirs, pouvait-il parfois ne pas sauver les gens. Il ressentait plus encore cette culpabilité quand il s'agissait de la mort de ses parents, mais vingt ans avaient heureusement estompé cette douleur. Clark savait qu'il était irréaliste de culpabiliser -- il avait fait tout ce qui était possible. Mais c'était une chose de le dire et une autre d'y croire.

Et maintenant, il était à nouveau confronté à un dilemme, que faire et comment le faire. Comment faire passer le courant entre lui et Lois Lane ? Il savait au fond de son cœur qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et rien ne lui aurait plu davantage que de la prendre dans ses bras et s'envoler avec elle pour une île déserte où il pourrait tout lui dire et qu'elle tombe amoureuse de lui.

Cependant il savait que ce n'était qu'un fantasme -- si cette Lois ressemblait à l'autre Lois, elle ne prendrait pas très bien d'être forcée de se trouver dans une situation romantique avec un étranger. Non, la bousculer serait le plus sûr moyen d'essuyer un refus. Il ne pouvait lui *faire* faire quoi que ce soit … spécialement développer des sentiments pour lui qu'elle ne ressentait pas.

Toutefois, heureusement, elle ne paraissait pas se désintéresser de lui et ça lui donnait de l'espoir. Clark n'avait pas été sans remarquer que Lois n'arrêtait pas de le regarder après qu'il l'eut secourue (et s'il était honnête, il devait admettre qu'il n'aurait pu trouver meilleure présentation -- il n'allait pas se retenir de faire planer Lois si ça devait lui donner plus de chances de la séduire. A l'inverse de l'autre Clark, il n'avait pas d'identité secrète à protéger et si cette Lois était intriguée par Superman de la même façon que l'avait été l'autre Lois… Eh bien ça lui convenait.)

Mais Clark avait espoir qu'ils ne rencontreraient pas les mêmes problèmes que les autres Lois et Clark avaient rencontrés. Lois semblait vraiment intriguée par Superman, mais elle était aussi chaleureuse avec Clark. C'était agréable -- vraiment agréable -- de passer cet après-midi à travailler avec elle sur l'histoire St John et il pensait que ça avait été agréable pour elle aussi. Plusieurs fois, elle l'avait gratifié de ce sourire… oh, ce sourire…

Clark allait d'un immeuble à l'autre, réfrigérant les endroits en flammes, il secoua la tête pour s'éclaircir les idées. Toutes ces réflexions ne lui faisaient aucun bien. Il n'y avait vraiment qu'une alternative. Bien qu'il aurait aimé précipiter les choses, il devait être patient, faire en sorte qu'elle se sente en sécurité, ne pas l'effrayer. Apprendre à la connaître telle qu'elle était et pas pour ce qu'il voulait qu'elle soit. Clark savait par expérience que les gens avaient souvent des préjugés -- et Lois méritait tellement mieux que ça venant de lui. Il avait appris ça de l'autre Lois deux ans plus tôt. Il avait étudié tout ce qu'il pouvait sur son passé -- ses études, son éducation, son travail. Mais c'était juste des mots sur du papier. Clark voulait apprendre à la connaître, elle, ce qu'elle était à l'intérieur. Et donc, même si ça le tuait, il devait se forcer à être patient et ne la bousculer en aucun cas.

Pendant les jours qui suivirent, Lois et Clark continuèrent à travailler ensemble, écrivant différents articles sur la découverte et l'identité du corps, tout en travaillant sur d'autres histoires que Vince leur avait confiées. Le coroner avait pu identifier le corps que Superman avait trouvé dans la baie. Il s'agissait bien de Nigel St John. L'autopsie, cependant, avait révélé peu d'informations. La cause de la mort était toujours inconnue et aucun indice n'avait pu conduire à l'identité du meurtrier.

Un long article annonçant le retour du grand reporter Lois Lane se trouvait dans l'édition du vendredi du Daily Planet. Il y avait beaucoup de suppositions mais aucune mention de la raison des années d'absence de Lois.

Lois avait accordé à contrecœur une interview à Mitch pour son article mais avait continué à enquêter de son côté. Elle n'en avait pas parlé à Clark mais elle avait l'impression qu'il le savait tout de même.

Lois réfléchissait souvent à ce mystère en regardant Clark travailler à son bureau face à elle. Elle venait juste de le rencontrer, cependant ils agissaient comme s'ils se connaissaient depuis longtemps. C'était un sentiment très réconfortant, de retrouver un ami. Mais quand même… il lui semblait parfois qu'il y avait quelque chose qu'il ne lui disait pas.

Oh, il la traitait bien, ça c'est sûr. Il faisait toujours sa part de travail dans l'équipe -- ne lui laissant jamais plus que ce qu'elle devait faire, mais ne faisant pas tout lui-même afin qu'elle ne sente pas mise à l'écart. En fait, elle avait entendu certaines rumeurs et apprit que la quasi totalité des heures que passait Clark au journal était inhabituelle. Il semblait que depuis qu'il était devenu Superman, Clark faisait la plus grand partie de son travail de chez lui et l'envoyait par modem. Et c'était uniquement depuis qu'il faisait équipe avec Lois Lane, qu'il avait commencé, non seulement à passer plus de temps dans la salle de rédaction, mais qu'il semblait également plus heureux.

Lois avait réfléchi à ces constatations en observant Clark. Que se passait-il dans sa tête ? Parfois elle le surprenait à la regarder avec une expression si tendre que son cœur battait la chamade… mais parfois il se repliait sur lui-même, un signe de solitude ou même de culpabilité qui assombrissait ses traits finement ciselés.

Et donc, la question qui ne lui quittait pas l'esprit était… est-ce qu'il m'aime bien ou pas ?

Il n'avait pas fallu longtemps à Lois pour réaliser que cet homme l'intéressait. Oh, bien sûr, la partie cape et super héros étaient chouettes, mais ce qui l'attirerait vraiment était la vulnérabilité qui se cachait clairement sous la surface.

Lois avait toujours été un 'sauveteur' -- c'est ce qui avait ruiné ses relations avec les hommes depuis le lycée -- mais elle sentait que Clark Kent avait plus besoin de réconfort et d'amitié que de quelqu'un qui 'prenne soin de lui'. Elle avait fait quelques recherches furtives sur Clark ces derniers jours -- sa scolarité, son éducation, son travail. Et comment il était devenu Superman. Or, il y avait un mystère.

Les journaux vieux de deux ans lui avaient fourni un bon nombre d'éléments, mais il semblait manquer des détails importants. Comme, par exemple, qui était cette femme mystérieuse qui avait été vue souvent avec Clark les jours précédant la révélation de ses supers pouvoirs au monde ? On avait dit à Lois que c'était quelqu'un déclarait être elle -- Lois Lane -- mais qu'était-il arrivé à cette femme ? Perry et James étaient restés délibérément vagues sur le sujet, elle en était certaine et elle commençait à être agacée du manque de détails. Toutefois, elle n'était pas sûre de savoir comment aborder le sujet avec Clark.

Ce vendredi soir trouva les deux journalistes cloîtrés dans l'appartement de Clark, faisant des recherches sur les compagnies qu'ils avaient pu relier à Lex Luthor. Le travail était fastidieux et le temps passait et Clark avait suggéré qu'ils auraient plus de place chez lui pour s'étaler. Et en effet -- des papiers couvraient la table basse et étaient éparpillés sur le sol.

Lois se redressa sur le canapé, en grognant, laissant le dossier qu'elle était en train de lire et commença à se masser la nuque. "Oh, mon vieux, j'ai les yeux qui se croisent." gémit-elle.

"Et si on faisait une pause ?" suggéra Clark. "J'ai quelques trucs dans le réfrigérateur si vous voulez manger un morceau."

"Ça me va très bien."

Ils firent ensemble la razzia du réfrigérateur et apportèrent les plats sur le canapé. Lois fut agréablement surprise de trouver des sodas light dans sa réserve, et il lui déclara qu'il venait juste de les acheter ce week-end. Personne ne semblait puis acheter de sodas light… en fait, elle était la seule parmi ses vieux amis qui aimait ce truc quand elle avait commencé à travailler au Planet. Cependant il existait un homme qui, non seulement en avait pour elle quand elle lui rendait visite, mais encore semblait savoir d'autres choses sur elle -- comme la façon dont elle prenait son café, comment elle avait tendance à radoter quand elle était contrariée ou énervée et même à quel poignet elle portait sa montre.

Et il y avait autre chose…

"Clark ? Vous vous souvenez quand vous m'avez demandé si j'avais vu un homme avec un chapeau melon quand j'étais à l'hôpital de la mission ?"

Clark s'arrêta de mordre dans son sandwich. "Oui ?"

Lois plissa le front. "Eh bien, je crois que je me suis souvenue de quelque chose l'autre nuit, mais je ne sais pas si c'est ma mémoire ou vous qui l'avez planté là. Vous savez, en me parlant de cet homme ?"

Clark avala et posa son assiette. Il se pencha. " "De quoi vous souvenez-vous ?"

Lois prit une profonde inspiration, l'air visiblement inquiet. "Pas grand chose, vraiment… je n'ai toujours pas de souvenirs de la façon dont je suis arrivée à l'hôpital, mais je me souviens vaguement d'avoir ouvert les yeux et d'avoir vu un homme comme celui que vous décrivez. Il a dit mon nom -- ce que j'ai trouvé bizarre sur le moment étant donné que je ne l'avais jamais vu -- et il m'a dit que j'étais dans un hôpital et que tout allait bien se passer."

Clark paraissait visiblement captivé. "A-t-il dit autre chose ?" demanda-t-il presque effrayé.

Lois redressa la tête. "Oui, quoique, encore, je ne suis pas sûre que tout n'était qu'un rêve. Mais quand il m'a dit que j'étais à l'hôpital, j'ai répondu 'C'est impossible', et il a sourit et a dit 'Oh, ma chère. Rien n'est impossible'."

Clark s'assit au fond du canapé et poussa un profond soupir. "Oh, mon Dieu," murmura-t-il. "Il l'a fait. Il l'a vraiment fait." A la surprise de Lois, Clark avait l'air d'être au bord des larmes. "Il a dit qu'il allait m'aider et il l'a fait."

Lois avait pris la main de Clark pour lui apporter son soutien quand il avait commencé à s'émouvoir, mais à ces derniers mots, elle commença à s'énerver. "Il a fait *quoi* ?? Qui ?! Clark, si vous savez qui m'a kidnappée ou qui m'a sauvée, alors j'ai le droit de savoir !" Soudain Lois pensa à autre chose. Les pièces du puzzle commençaient lentement à s'assembler, mais il y avait encore d'énormes trous. Elle changea de cap.

"Qui était-elle, Clark ?" demanda Lois. "La femme qui a déclaré être moi… celle qui était là quand vous êtes devenu Superman ?" Comme Clark ne répondait pas immédiatement, Lois poursuivit, s'énervant davantage. "Je veux dire, c'est suffisamment frustrant de savoir qu'il me manque une grande partie de ma vie, mais de découvrir que pendant que j'étais partie, quelqu'un s'est fait passer pour moi… c'est vraiment trop. Et personne ne me dit rien ! Perry et James sont restés évasifs sur le sujet, je le sais. Et j'en ai vraiment marre ! Après tout, il s'agit de mon nom, de ma vie… et si quelqu'un a essayé de les usurper puis a disparu… et si elle était responsable de m'avoir kidnappée ? Et si elle m'avait volé ma vie ? Et si --"

"Lois !" Clark l'arrêta en posant les mains sur ses épaules. "Ce n'était pas comme ça ?"

Lois s'arrêta en milieu de tirade. "Alors c'était quoi, Clark ? Dites-le moi !"

Et alors, Clark lui raconta tout sur les étranges visiteurs qui était venus le voir au Daily Planet. Comment ils étaient au courant qu'il avait des pouvoirs et qu'ils lui avaient demandé son aide. Tout ce qu'il savait sur un homme appelé Tempus qui essayait de battre Perry dans la course à la Mairie en l'assassinant. Qu'ils venaient d'une autre dimension, d'un univers parallèle, où beaucoup de choses étaient semblables et parfois différentes. Et comment la femme appelée Lois Lane lui avait appris à devenir Superman et était retournée dans son univers et son propre espace temps… retournée épouser l'homme qu'elle aimait.

Lois restait assise là, étonnée tandis que Clark lui racontait cette histoire. Ils parlèrent pendant des heures des événements qui avaient jalonné sa vie deux ans plus tôt. Elle posait de nombreuses questions et Clark essayait d'y répondre du mieux qu'il le pouvait. Il alla même jusqu'à sortir l'album contenant les photos faîtes à cette époque et il lui montra les photos voilées de la femme qui se faisait appeler Lois Lane et de l'homme qui avait déclaré être H.G. Wells.

Clark lui expliqua ensuite comment il était allé dans l'univers parallèle l'année précédente et avait aidé Lois quand son mari avait été enlevé par Tempus. Et comment, quand ils s'étaient quittés, il avait dit qu'il souhaitait que sa Lois -- cette Lois -- ne lui ait pas été enlevée avant même qu'il n'ait la chance de la rencontrer.

Lois inspira profondément, essayant d'enregistrer tout ce qu'elle avait entendu. "Alors, ce que vous dites…" commença-t-elle lentement. "C'est que dans cet univers parallèle… vous et moi sommes… mariés ?"

Clark acquiesça. "Oui… nous le sommes. Seulement ce n'est pas nous. Pas vraiment. J'veux dire, elle n'est pas vous -- vous avez été élevée différemment, comme l'autre Clark et moi-même avons été élevés différemment et, par conséquent, nous sommes différents. Peut-être comme des jumeaux séparés à la naissance." Clark sourit légèrement de cette analogie. Puis il hésita. "Je sais que c'est difficile à croire…" dit-il d'un air contrit.

Lois hocha la tête et se mit à ricaner. "Oui, en effet… mais la chose la plus curieuse est que je vous crois vraiment… Je ne devrais pas. Je devrais me précipiter vers la porte. Mais je vous crois vraiment." Elle lui sourit, embarrassée. "Pourquoi ?"

Clark sourit à son tour et tendit la main pour caresser ses cheveux. "Peut-être parce qu'avec toutes ces choses dingues par lesquelles vous êtes passée pour en arriver là, vous avez enfin des réponses… ou peut-être…" Sa voix se fondit en un murmure. "Parce que nos âmes sont jumelles et que nous sommes faits l'un pour l'autre."

Elle parut incertaine. "Vous croyez que nos âmes sont jumelles, Clark ?"

"Je ne le savais pas… avant de vous connaître. Ce que je ressens pour vous, Lois… Je ne peux pas vraiment le décrire. C'est comme si j'étais attiré vers vous."

Lois le regarda dans les yeux. Elle y vit une incroyable gentillesse et une force si tranquille. C'était comme si elle avait attendu ça toute sa vie et soudain c'était juste là devant elle. Même si son esprit lui disait que c'était dingue, son cœur lui disait de ne pas lutter contre ses sentiments, de prendre tout ce que cet homme avait à lui offrir. Elle essayait de ce dire que c'était juste le charme romantique de l'instant, qu'elle passait par des moments d'extrême tension dans sa vie et que cet homme était celui qui justement lui offrait une consolation. Mais si tout cela était vrai, alors peut-être était-ce sa chance. Elle le voyait autrement -- il avait fait en sorte qu'elle le remarque. Mais… il y avait encore une chose qui la retenait. Il restait une question sans réponse

"Vous avez passé beaucoup de temps avec l'autre Lois, n'est-ce pas ?

"Oui, c'est vrai."

Lois prit une profonde inspiration, sachant ce qu'elle devait demander. Elle était certaine que Clark avait pour elle des sentiments romantiques… mais ces sentiments étaient-ils pour la Lois assise à côté de lui ? Ou pour celle qu'il avait rencontrée deux ans auparavant ? "Etiez-vous amoureux d'elle, Clark ?"

Clark baissa les yeux un instant puis croisa son regard. "Je… j'avais des sentiments pour elle, oui. Des sentiments… très forts. Elle m'a fait découvrir une partie de moi dont je ne connaissais pas l'existence. Elle a été la seule personne dans ma vie, à part mes parents, qui m'ait fait sentir que j'étais quelqu'un de spécial et que je n'avais pas à avoir honte de ce que j'étais. Et je lui en serai *toujours* reconnaissant."

Lois sentit son cœur se serrer à cet aveu. Elle ressentait le besoin de protéger cet homme et après tout ce qu'elle avait appris sur son enfance et ses premières années au Planet, elle imaginait combien sa vie avait pu être difficile. Et elle aussi, était reconnaissante envers la femme qui avait aider cet homme à se sentir bien dans sa peau. Mais le fait était que Lois Lane ne jouerait jamais le seconds rôle d'une autre femme et ne pourrait jamais accepter de fréquenter un homme qui la considérait comme une remplaçante.

Comme s'il lisait dans ses pensées, Clark poursuivit, l'implorant de comprendre avec sa voix et son regard. "Mais vous devez me croire, Lois. Honnêtement je sens que mes sentiments pour elle étaient dirigés vers vous. Vous êtes une personne différente, vous avez eu une vie différente. Je sens -- je sens avec vous une connexion, Lois, que je n'ai jamais senti avec qui que ce soit de toute ma vie. Et je crois même que, bien que mes sentiments aient peut-être… démarrés… en la rencontrant en premier, c'est devenu de plus en plus clair pour moi pendant cette dernière année que c'était *elle* qui était *votre* substitut, et pas l'inverse. Et c'est vous que je veux apprendre à mieux connaître."

Lois renifla tandis que les larmes glissaient de ses yeux et coulaient sur son visage. Elle les essuya et se mit à rire. "Wow," dit-elle dans un soupir. "C'était… vraiment très beau."

Clark rit avec elle, mais il était clair que son discours l'avait laissé ému et vulnérable. Son ton était sérieux quand il reprit. "Lois, je me suis dit que je ne voulais pas vous bousculer. J'ai eu plus de temps pour m'habituer à ces sentiments et je veux que vous sachiez que je ne m'attends pas nécessairement qu'ils soient réciproques. Je sais par où vous êtes passée durant ce dernier mois et la dernière chose que je voudrais, serait d'être pour vous une pression supplémentaire--"

Lois secoua la tête en essuyant le reste de ses larmes. "Clark," l'interrompit-elle "avez-vous déjà entendu la phrase 'arrête pendant que tu gagnes' ?"

Clark la regarda d'un air surpris. "Oui…"

Lois leva les yeux au ciel. "Taisez-vous et embrassez-moi."

Clark éloigna sa bouche de celle de Lois au moment où un appel au secours interrompait leur 'façon d'apprendre à se connaître'. En soupirant profondément, il dressa les sourcils en voyant que Lois semblait trouver la situation amusante. En fait, elle riait aux éclats.

"Je ne trouve pas ça drôle," dit-il en tourbillonnant pour revêtir son costume pour la quatrième fois de la soirée.

Elle sourit. "Tu devrais… je parie que ce n'est pas toutes les nuits que Superman doit essuyer du rouge à lèvres de son visage avant d'aller sauver quelqu'un." Lois s'assit et tendit la main vers tas de papiers sur le coin de la table, tandis que Clark s'essuyait timidement la bouche. "Et ce n'est pas toutes les nuits que je m'amuse autant en 'travaillant'."

Il hocha la tête. "J'espère que tu vas continuer comme ça… je commence déjà à regretter ce 'second boulot'."

"Les gens sont toujours plus patients quand ils sont au début d'une relation. Maintenant vas-y, avant que je ne sois obligée d'aller secourir quelqu'un moi-même."

Lois sourit et, avec un clin d'œil et dans un coup de vent, il disparut. Elle commençait à s'habituer à ces interruptions. La première semaine où elle l'avait connu, il avait fréquemment fait ces petites sorties, parfois au beau milieu d'une conversation. Elle imaginait combien ça allait être ennuyeux à l'avenir, mais pour l'instant, elle était contente de savoir qu'il était dehors à faire le bien. Et en tout cas, il était clair au moins qu'elle allait devoir s'y faire.

D'après ce qu'elle pouvait dire, Clark Kent avait un peu renoncé à sa vie privée quand il avait pris le job de Superman. En échange de ses patrouilles régulières, la ville de Métropolis avait passé un contrat avec lui, comme l'aider à payer les systèmes de sécurité supplémentaires pour son appartement. En échange de ses fréquentes interviews, la presse restait à l'écart de sa vie (sauf lorsqu'il portait son costume). Quoique, d'après ce qu'elle avait entendu, il n'avait pas une vie mondaine très active en tant que Clark Kent. Il lui avait dit lui-même qu'il n'avait pas eu de petite amie récemment et les journaux étaient la preuve que Superman était très souvent sollicité.

Cela suffisait pour qu'elle se demande s'il y avait de la place dans sa vie pour une petite amie, mais elle avait été encouragée par les aveux sincères de Clark disant que si les devoirs de Superman avaient pour lui une grande priorité, ils n'étaient pas sa seule priorité -- spécialement maintenant qu'il l'avait trouvée. L'avenir le dirait, supposait-elle, comment arriveraient-ils à passer à travers tous les désagréments qui étaient obligés de survenir et la manière dont il répartissait son temps pour ces priorités. Mais pour l'instant, Lois était heureuse de passer un peu de temps avec lui et de laisser leur relation se développer.

Juste à ce moment, Clark entra par la fenêtre. "Désolé. Ça prend toujours plus de temps que je ne le pense."

Lois leva la main. " Ça va. Je crois que de toute façon j'ai fini pour ce soir."

"Tu as trouvé quelque chose ?" demanda Clark jetant un œil par-dessus son épaule aux notes qu'elle avait inscrites sur sa liste.

"Non, rien encore. Mais je sais qu'il y a quelque chose que j'oublie. Il faut juste que je le trouve."

"On va le trouver, Lois. On va le trouver."

Lois soupira. "Je sais… mais pas ce soir. Je suis vraiment crevée. La journée a été bien remplie." Elle lui sourit tendrement. "Dis, tu veux venir avec moi dimanche pour voir des appartements ? J'ai un agent immobilier qui doit m'en montrer quelques-uns de libres et je voudrais un deuxième avis."

Clark s'anima. "Oui. Bien sûr. Ça sera amusant." Il sourit en voyant Lois bailler profondément. "Mais pour l'instant, je te ramène à la maison. Prête pour aller chez Perry ?"

Lois ramassa son sac à main et son porte-documents. "Oui, si ça ne t'ennuie pas. On doit se lever tôt demain, alors j'aimerais dormir un peu."

Clark la souleva avec ses affaires. "Superman Airlines, décollage dans cinq secondes."

Si quelqu'un avait regardé le ciel sombre un quart d'heure plus tard, il aurait été surpris de voir Superman virevolter joyeusement en quittant la maison du maire pour rentrer chez lui.

Le jour suivant, Lois était en train de comparer toutes les compagnies affiliées à Lex Luthor quand quelque chose retint son attention. Sortant un autre dossier, elle trouva une liste de tous les hôpitaux des missions du Zaïre. La Sigma Health Corporation, plus connue sous le nom de New World Health, s'occupait de la plupart des hôpitaux des missions de la région du Zaïre qu'elle avait trouvées -- sauf une.

Lois se rejeta en arrière sur sa chaise. Il pouvait s'agir d'une coïncidence que Lois ait repris connaissance dans la seule clinique de la région qui n'était *pas* liée à Lex Luthor… mais ses instincts de journaliste lui disaient que non.

Elle vérifia tout de suite si Luthor avait fait quelques voyages au Zaïre récemment. Et effectivement, il avait visité la région une ou deux fois par an au cours de ces dernières années, toujours pour les affaires des Entreprises St John. Son dernier voyage avait eu lieu cinq mois plus tôt.

A cet instant, Clark Kent arriva dans la salle de rédaction par l'escalier et se dirigea vers son bureau.

"Bonjour, Clark," dit-elle d'un air absent. "Est-ce que tu as pu arranger ce carambolage ?"

"Oui. Ces orages d'été peuvent être vraiment violents dans le Midwest… les gens étaient coincés dans leurs voitures alors qu'ils n'avaient rien à faire dans la rue." Clark avait l'air de vouloir en dire davantage quand il remarqua que sa partenaire semblait distraite.

"Qu'est-ce qu'il y a, Lois ? Tu as trouvé quelque chose ?"

"Eh bien, je n'en suis pas sûre. Regarde ça." Elle lui montra ses papiers et lui expliqua les deux liens qu'avait Lex Luthor dans la région. "Alors, Clark… je m'avance peut-être, mais penses-tu que c'est H.G. Wells qui m'a aidé à arriver jusqu'à cet hôpital, qu'il a choisi le *seul* endroit dans le secteur qui n'était pas lié à Lex Luthor ? Et si c'est vrai, pourquoi ?"

Clark resta un instant silencieux, perdu dans ses pensées. "Lois, que dirais-tu si on commençait par ce qui t'a fait aller en Afrique au départ ? J'ai l'étrange sentiment que tu es plus impliquée dans cette histoire que tu ne le penses."

"Oui, j'allais justement suggérer la même chose. J'ai un classeur plein de trucs -- toutes mes vieilles notes plus un tas de trucs que j'ai trouvé depuis que je suis rentrée."

Clark super-éplucha les notes. "Blockheed Marvin ? Soutenant les insurrections rebelles en Afrique ?" Clark siffla. "Sacré rideau de fumée !"

"Oui. Je n'ai jamais laissé Perry savoir que c'était si gros. Je lui ai juste dit qu'il s'agissait un trafic d'armes. Les insinuations auraient été incroyables."

"Mais Lois -- Luthor travaillait pour Blockheed. Il a quitté les Entreprises St John pendant une brève période pour travailler ailleurs. En été 1995, il travaillait pour la campagne de Tempus, mais avant ça…" Clark attrapa un autre classeur et en sortit un feuillet. "Il travaillait en tant que jeune vice-président de Blocheed-Marvin. Il y a eu des rumeurs qui disaient que St John avait des intérêts dans Blockheed et que Luthor avait été envoyé là-bas pour faire le ménage. Il a passé un certain temps à l'étranger mais on n'a jamais su ce que ce ménage signifiait ni même où on l'avait envoyé. Lois ? Quand as-tu commencé à travailler sur cet article ?"

Elle réfléchit. "Eh bien, je crois que c'était vers janvier 1993."

Clark fronça les sourcils. "Et Luthor a commencé à travailler pour Blockheed un mois plus tard, juste au moment où la direction a pu avoir eu vent de ton enquête. Il y est resté jusqu'en juillet 1995, a travaillé à plein temps pour le groupe Tempus, puis est retourné aux Entreprises St John dès que Tempus a été mis sur la sellette."

Tous deux se regardèrent. Cela promettait beaucoup de recherches. Malheureusement, ils savaient tous deux que Lex Luthor allait probablement être leur première source d'information.

Lois paraissait songeuse. "Clark, est-ce que je peux te demander une faveur ?"

"Bien sûr, Lois."

"Crois-tu que tu pourrais m'emmener là-bas… à l'endroit où j'ai disparu ? Je veux qu'on emporte avec nous une vieille photo de Luthor. Son nom -- il m'a semblé si familier, comme si je l'avais déjà entendu quelque part… En tout cas, les gens du coin se souviendront peut-être de cette époque."

"Tu seras prête à partir dans combien de temps ?"

A six heures ce soir là, il arrivèrent à l'appartement de Clark munis de plusieurs dossiers et d'une photo de Lex Luthor datant de cinq ans. Après un rapide dîner, ils décidèrent de revoir leurs notes puis de partir pour l'Afrique aux alentours de minuit. Avec le décalage horaire, Clark avait calculé que ça les mettrait là-bas aux premières heures de la matinée, à temps pour s'entretenir avec les gens du coin avant qu'ils ne s'en aillent pour la journée.

Dès qu'ils déposèrent les dossiers sur la table, Clark se dirigea vers la cuisine. "J'ai pensé à des pommes de terres sautées pour le dîner. Ça te va ?"

"Honnêtement, Clark, tu n'as pas à faire tout le temps la cuisine pour moi. Je peux cuisiner aussi."

"Tu peux ?" Il parut surpris.

"Bien sûr que je peux ! J'veux dire, rien d'extraordinaire, mais je me débrouille. Pourquoi pensais-tu que je ne savais pas cuisiner ?" Elle serra un peu les lèvres. "Oh, j'y suis. L'autre Lois ne sait pas ?"

"Non. D'après elle, elle pourrait même faire brûler de l'eau." Il ricana légèrement en se souvenant de leur conversation.

"Alors, je ne suis pas tout à fait comme elle ?" demanda Lois en écartant Clark du réfrigérateur.

"Non, en vérité… pas du tout. Eh bien, c'est à dire, tu as l'air identique au premier abord, mais il ne serait pas difficile de vous différencier quand on vous connaît. Vous avez toutes les deux la même ténacité, la même franchise et le même sens de la justice, mais tu es… je ne sais pas… plus ouverte, peut-être ? J'ai toujours eu l'impression qu'elle était sur ses gardes avec moi, que son Clark était le seul avec qui elle s'ouvrait vraiment." Il sourit, la prit dans ses bras et passa son visage dans ses longs cheveux. "Je me sens plus à l'aise avec toi que je ne l'ai jamais été avec elle.

Lois appuya un instant sa tête contre la poitrine de Clark, puis en le taquinant, le repoussa pour continuer à travailler. "Et lui, tu l'as rencontré ? De quoi a-t-il l'air ? Il te ressemble ?"

"Je n'ai pas passé beaucoup de temps avec lui, mais j'en ai eu une assez bonne idée en parlant avec elle. Tu sais qu'il mange plein de cochonneries ? Elle m'a offert des Twinkies et Ho-Ho's." Clark fronça le nez. "Est-ce que les gens *mangent* vraiment ce genre de trucs ?"

Alors qu'ils allaient faire la vaisselle, Clark vit Lois remonter ses manches pour plonger ses mains dans l'eau savonneuse.

"Voilà un bracelet original, Lois. Qu'est-ce que c'est ?"

Lois haussa les épaules d'un air absent. "Oh, c'est juste quelque chose que j'ai ramassé quelque part. Je l'ai depuis longtemps, à dire vrai, je ne me souviens même plus où je l'ai eu. Mais je l'adore. Il est -- je ne sais pas, il me manque tellement quand je ne l'ai pas, que je ne l'enlève même plus…" Elle se tut, et resta là à contempler le bracelet.

Clark remarqua qu'elle paraissait fatiguée. ''Tu veux t'étendre sur le canapé un petit moment ? Je te réveillerai quand ce sera l'heure de partir."

"Non, Clark. Je ne suis trop crispée. Je ne pourrai pas dormir. Bien sûr, je le regretterai demain matin. Mais mon rendez-vous avec l'agent immobilier n'est qu'à une heure, de toute façon. Tu viens toujours, n'est-ce pas ?"

"Bien sûr !"

"Bien, j'ai dit à mon père que tu serais là. Je crois quand même qu'*il* acceptera si Superman dit que l'appartement est bien. Lui et Maman ont menacé de venir et de me trouver un appartement juste pour s'assurer qu'il soit sûr. C'est gentil et je sais qu'ils ont vécu l'enfer avec tout ça, mais je suis indépendante depuis si longtemps… je n'ai pas envie qu'ils fassent un tas d'histoires." Lois jeta un coup d'œil à Clark et culpabilisa. "Oh, Clark… je suis désolée. Je sais que j'ai l'air ingrate."

Clark hocha la tête. Non… je comprends. En réalité je ne pensais pas à mes parents mais plutôt à Lana. Ça a été difficile quand nous avons rompu car je me suis senti terriblement ingrat après tout ce qu'elle et sa famille avaient fait pour moi. Ils m'ont tant donné, seulement Lana me donnait l'impression que… qu'en échange de cette stabilité, elle avait le droit de diriger ma vie. Et quand je suis devenu Superman contre sa volonté… ça c'est terminé."

Lois plissa le front. "Elle se serait bien entendue avec mon ex-petit ami, Claude. Je suis sortie avec lui pendant deux mois quand j'ai commencé au Planet… il était français et je pensais qu'il était très mûr et très expérimenté. Mais au fond, il voulait tout pour lui et que les choses lui soient servies sur un plateau d'argent. Un jour je l'ai vu "emprunter" quelques-unes de mes notes pour un article qu'il allait écrire. Je l'ai si vite flanqué dehors qu'il n'a jamais compris ce qui lui arrivait !"

"Tu as tellement l'air de tout maîtriser, d'être si sûre de toi," dit Clark presque dans un murmure tandis qu'ils poursuivaient leur conversation vers le canapé. "C'est quelque chose que je t'envie."

Lois sourit tristement. "Je ne maîtrise pas tout si bien que ça… regarde dans quelle pagaille est ma vie en ce moment. J'en ai perdu une grosse partie… que je ne retrouverai jamais. Et à chaque fois que j'y pense --" Elle s'interrompit, la voix brisée par l'émotion.

Clark se pencha vers elle. "Mais tu es forte, Lois… la plupart des gens n'auraient pas pu affronter ça comme tu l'as fait."

Lois renifla. "Parfois, je ne me sens pas vraiment forte," admit-elle tout haut pour la première fois. "A vrai dire, le soir quand je vais me coucher, la moitié du temps je finis par me mettre à pleurer parce que j'ai peur et que je suis en colère. C'est tellement injuste."

Clark l'entoura de ses bras et ils s'installèrent au fond du canapé. Il commença à lui parler de la mort de ses parents et comme ça avait été difficile pour lui. Puis il lui raconta les sentiments partagés qu'il avait ressentis en rencontrant les Kent de l'autre dimension l'année précédente. D'un côté, c'était une expérience très émouvante de se retrouver une dernière fois dans les bras de sa mère, même si elle n'était pas vraiment *sa* mère. Mais de l'autre, c'était terriblement traumatisant de voir se réouvrir ces vieilles blessures -- et il avoua que parfois il était en colère de penser que son enfance lui avait été volée, spécialement quand il avait découvert que l'autre Clark n'avait pas vécu ça.

Lois lui parla de sa famille et combien elle se sentait coupable de ne pas passer plus de temps avec elle en Californie. Lois avait grandi à Métropolis, mais quelques mois avant qu'elle ne parte au Congo, ses parents avaient emménagé à Silicon Valley pour se rapprocher de Lucy qui venait juste de mettre au monde leur premier petit-fils. Lois n'avait jamais vu la maison avant ses deux dernières semaines. C'était une très belle maison -- dans un bel endroit appelé Sunnyvale -- mais ce n'était pas *sa maison*.

"Et maintenant, Clark…" termina-t-elle, la voix pleine d'émotion. "Tout ce que je désire -- désespérément -- c'est d'être à l'endroit que je considère être chez moi. N'est-ce pas logique ?"

Clark poussa un profond soupir. "Lois, c'est bien plus logique que tu ne le penses. Tu sais, quand j'ai commencé à être Superman, la ville a proposé de m'offrir une grande maison très chère dans le quartier résidentiel. Mais au lieu de ça, j'ai acheté l'appartement d'à côté quand il s'est libéré et j'ai fait communiquer les deux pour avoir un peu plus de place. Ce que je veux dire, c'est que cette maison aurait été un peu plus grande, mais je ne pouvais pas me résoudre à quitter cet appartement. J'habite ici depuis que je suis arrivé à Métropolis. C'est l'endroit où je suis resté le plus longtemps, à part la ferme où j'ai vécu avec mes parents jusqu'à l'âge de dix ans."

Tandis que Clark lui racontait son émouvante histoire, Lois se tourna dans ses bras. "Je pense que nous recherchons tous les deux la même chose." murmura-t-elle. "Une maison… la stabilité… quelqu'un à qui faire confiance… quelqu'un à aimer."

Clark la regarda au fond des yeux. "Les enfants qui grandissent de la même façon que moi," dit-il en essayant de sourire, "ont tendance à rechercher ces choses… je veux dire, la stabilité…"

Lois ne bougea pas. "Et le reste de ces choses ? As-tu tendance à les rechercher aussi ?" demanda-t-elle sérieusement.

Clark avala sa salive, combattant les émotions qui s'emparaient de lui. Emotions qu'il avait durement gardées pour lui toute sa vie d'adulte. Il l'attira un peu plus près de lui. "Je les ai cherchées pendant vingt ans, Lois," murmura-t-il. "Et j'ai l'impression que j'ai enfin la chance de les avoir trouvées."

Lois sourit à travers ses larmes et le serra contre elle. "Moi aussi," reconnut-elle.

Tandis que la nuit tombait, il passèrent de longues heures à parler. Clark n'avait jamais imaginé pouvoir partager ses sentiments avec quelqu'un. Lana lui avait répété qu'elle était la seule qui pourrait jamais le comprendre… mais elle avait vraiment tort. Clark se surprit à confier à Lois des choses qu'il n'avait jamais partagées avec qui que ce soit

Toutefois, alors que minuit approchait, il rassemblèrent leurs affaires et se préparèrent à s'envoler pour l'Afrique. Clark savait que Lois était nerveuse à l'idée de ce voyage, à la fois à cause de ce qu'elle pouvait trouver là-bas et aux souvenirs qui étaient susceptibles de lui revenir. Mais elle était forte, malgré les doutes qu'elle pouvait avoir, et elle sauta dans ses bras pour affronter ce qu'ils allaient pouvoir trouver.

Ils atterrirent sur une piste rudimentaire, celle-là même où Lois s'était posée quelques années plus tôt. Lois conduisit Clark vers la clairière où elle avait été enlevée. Elle fut surprise de voir comme l'endroit avait changé -- Cinq ans d'expansion, pas les deux mois qui, d'après elle, s'étaient écoulés.

Ils restèrent là silencieux un long moment avant de commencer à fouiller les environs. Clark scanna le coin avec tous les pouvoirs dont il disposait mais ne trouva rien. Il imaginait facilement la déception et la tristesse que Lois ressentait à se trouver là et la colère le submergea en songeant à la personne qui lui avait volé toutes ces années. Il lui était même impossible d'en parler. Et il restèrent donc tous deux silencieux.

Après environ une demi-heure, il conclurent à regret qu'il n'y avait rien d'autre à voir et se rendirent au village où Lois était allée, pour voir si quelqu'un reconnaissait la photo qu'ils avaient apportée.

Le premier endroit où ils se rendirent fut l'épicerie locale. Elle était tenue par un couple de libanais, le même qui, curieusement, tenait le magasin quand Lois était arrivée. Etant donné que les occidentaux étaient rares dans cette partie du monde, ils reconnurent immédiatement Lois et l'accueillirent chaleureusement, lui offrant des fruits et des rafraîchissements.

Ils reportèrent ensuite leur attention sur Clark qui venait juste d'entrer dans la boutique. Il avait remit des vêtements normaux après avoir jeté un rapide coup d'œil aux environs.

"Monsieur Kent ! Ça fait plaisir de vous revoir. A ce qu'on voit, vous avez retrouvé Mademoiselle Lane. Loué soit Allah."

Lois regarda Clark, surprise.

Il expliqua, un peu embarrassé. "Après avoir rencontré l'autre Lois, j'ai décidé de voir si je pouvais découvrir ce qui t'était arrivé. C'était l'endroit logique où chercher. Les affaires que tu as laissées avaient été 'acquises' par quelqu'un d'autre avant que j'arrive. J'ai posé beaucoup de questions, mais apparemment pas les bonnes," termina-t-il avec regret.

Lois sourit et posa une main réconfortante sur son bras. Imaginez un peu, il s'en voulait !

Elle se tourna vers l'épicier et lui tendit une photo de Lex Luthor. "Par hasard, reconnaissez-vous cet homme ?"

L'homme examina la photo puis la montra à sa femme. Il parlèrent quelques minutes dans leur langue natale et Mohammed acquiesça. "John. Il ressemble à John," répondit-il enfin en anglais.

Lois se pencha vers lui. "D'où le connaissez-vous ?"

"Je ne l'ai vu qu'une fois. Il est venu au village pour chercher un domestique." L'homme regarda en l'air, essayant de se souvenir d'autre chose. "Ça s'est passé pas très longtemps avant que vous n'arriviez, Mademoiselle Lane. Je m'en souviens parce que ce n'était pas courant d'avoir deux américains au village dans un si court laps de temps."

"Savez-vous ce qui lui est arrivé ?" demanda Clark

L'homme hocha la tête. "Il n'est pas resté longtemps. Je ne crois pas qu'il ait parlé à qui que ce soit à part à moi et à mon ami, Makimba. Il nous a abordés alors qu'on marchait sur la route en dehors du village. Mon ami a accepté de travailler pour lui et ensuite, ils ont tous les deux disparu."

"Que voulez-vous dire par disparu ?"

"Makimba n'a pas été vu pendant toutes ces années, depuis. Je suis sûr qu'il lui est arrivé quelque chose. Il a laissé sa pauvre mère et s'il était vivant il l'aiderait certainement."

Lois et Clark se regardèrent. "Mohammed, avez-vous une idée de l'endroit où cet homme -- John ? -- vivait quand il était ici ?"

"Il nous a vaguement indiqué la direction quand il nous a demandé de travailler pour lui. Mon fils, Alef, pourrait peut-être vous aider à chercher dans différents endroits. Il est un peu explorateur, notre Alef."

"Mais ce n'est pas le petit Alef ?" demanda Lois étonnée.

Mohammed sourit, "Alef a maintenant quatorze ans, Mademoiselle Lane. C'est un homme. Il est parti livrer les provisions au couple de missionnaires au bout du chemin, il ne devrait pas tarder à revenir, maintenant."

Quand Alef revint, il conduisit Lois et Clark jusqu'à trois huttes dont deux d'entre elles étaient à exclure car se trouvant trop éloignées de la clairière. ("Mon ravisseur a dû me porter par-là. Il n'y a aucune possibilité qu'une camionnette puisse passer ici," se dit Lois).

La troisième, en revanche, était plus prometteuse. Elle était abandonnée depuis un certain temps mais semblait plus vivable que les deux précédentes qu'ils avaient visitées. Clark scanna le sol de la hutte et découvrit un petit objet. Il le frotta, retirant la terre qui le recouvrait. C'était une petite croix.

Lois s'exclama. "C'était mon porte-bonheur, il était attaché à la chaîne que ma Grand-mère Lane m'avait donnée. La chaîne s'est cassée dans les buissons ce matin-là. Je me souviens d'avoir mis la croix dans ma poche pour ne pas la perdre. Elle a dû tomber ici."

Clark prit un air sérieux, son visage se durcit d'une manière que Lois qualifiait de 'la tête de Superman'. "Bien, alors c'est ici. Laisse-moi examiner le coin."

Clark revint cinq minutes plus tard avec un air sinistre. "Rien de bien intéressant, excepté que j'ai trouvé les restes d'un squelette humain. Je crois qu'on peut dire que nous savons où se cachait Makimba pendant toutes ces années."

Lois regarda Clark. "La prochaine étape est de parler à Luthor, n'est-ce pas ?"

"Oui, j'ai l'impression que cet homme a beaucoup de réponses à donner."

Il s'envolèrent vers Métropolis tôt dans la matinée, heure locale. Ils étaient fatigués et sales mais heureux d'avoir eu quelques informations. Après avoir fait un petit somme, pris une douche et changé de vêtements, ils arrivèrent au rendez-vous de Lois avec la femme de l'agence avec seulement quelques minutes de retard. Le premier immeuble qu'ils visitèrent était familier à Lois.

"Hé ! J'ai habité ici !"

"Oui, Mademoiselle Lane. J'ai pensé que peut-être vous voudriez commencer avec cet immeuble, étant donné que vous le connaissez déjà. Et il est si près de votre bureau."

"Je suppose que l'appartement 105 n'est pas libre ?"

"Non, actuellement le seul appartement de libre est celui du dernier étage." Il prirent l'ascenseur pour le cinquième étage et suivirent la femme dans l'appartement 501.

"Oh, c'est parfait ! C'est chez moi ! Et, Clark, regarde les fenêtres. Tu auras beaucoup de place pour atterrir." Elle le regarda en souriant et lui prit la main en l'attirant vers la fenêtre. Ils restèrent ainsi à se tenir la main et regarder la vue, heureux d'être si près l'un de l'autre, jusqu'à ce que l'employée de l'agence immobilière se rappelle à eux.

"Voulez vous signer le bail, Mademoiselle Lane ?" demanda-t-elle. Elle avait le sens des convenances et se retint de poser toutes sortes de questions sur cette amie de Superman. Elle ne voulait pas, en tout cas, faire capoter le contrat, la commission était trop importante. Mais elle avait hâte de rentrer et de partager cette rumeur avec ses amis. Superman avait une petite amie !

Lois regarda Clark, comme si elle voulait un deuxième avis. Clark, comme toujours pragmatique, insista pour visiter les autres pièces, vérifiant l'électricité et la plomberie, aussi bien que les différentes installations de l'appartement et de l'immeuble en général. Après avoir marchandé avec l'agent immobilier ("Après tout, le cinquième étage n'est pas aussi commode que ça. Devoir remonter des provisions valait au moins 100 dollars par mois !" déclara Lois). Elle accepta les termes du bail. Elle pourrait emménager le week-end suivant, étant donné qu'elle était une ancienne locataire et qu'elle n'avait pas besoin de caution.

"Eh bien, il ne me reste plus qu'à rassembler toutes mes affaires. Dieu merci, ma sœur en a conservé la plupart dans un garde-meubles pendant tout ce temps. Elle disait qu'elle ne pouvait accepter que je ne revienne pas un jour ou l'autre. Bien sûr, Johnny-Angel a plus d'argent qu'il n'en faut pour louer les services d'un garde-meubles pendant plusieurs années. Il a probablement acheté la compagnie," dit-elle en levant les yeux au ciel.

Clark sourit en déposant Lois chez les White, lui promettant de la retrouver au journal aux premières heures de la matinée afin qu'ils puissent trouver une façon de rencontrer Lex Luthor.

Rencontrer Lex Luthor fut plus facile qu'ils ne l'avaient prévu. Ils passèrent à son bureau pour convenir d'un rendez-vous, quand il entra soudain dans la pièce.

Lois lui prit le pas. "Monsieur Luthor. Je suis Lois Lane, reporter au Daily Planet. Je me demandais si vous accepteriez d'être interviewé par mon partenaire et moi-même ?"

Lex s'arrêta et examina l'air confiant de la jeune femme brune en face de lui. Il était surpris de la voir, il ne le fit pas remarquer, mais son appréciation de sa beauté était visible dans son regard. Lois avait acheté, la veille, un nouveau tailleur dans sa boutique favorite juste avant la fermeture. Son choix n'était pas mauvais. Elle avait remarqué la réponse favorable Clark ce matin et il semblait que, là aussi, ça lui apportait quelques avantages. Elle en joua, souriant d'un air modeste.

Lex lui prit la main et la baisa. "Miss Lane… J'ai lu l'article sur votre retour. Cette jolie ville est un endroit encore plus agréable maintenant que vous êtes à nouveau là."

Clark se retint de lever les yeux au ciel. Il se contenta de se racler la gorge pour retenir l'attention de Luthor.

"Ah, Monsieur Kent… où devrais-je dire Superman ?" Luthor le salua d'un signe de tête. "Je ne savais pas que vous écriviez des articles en dehors de ceux concernant Superman."

Clark serra les dents à ce coup subtil, mais garda son sang froid et ébaucha un sourire poli. Toutefois, avant qu'il n'ait le temps de répondre, Lois recommença. "Monsieur Luthor, Clark et moi avons enquêté sur la mort de Nigel St John et nous apprécierions vraiment que vous preniez le temps de nous parler."

Lex regarda Lois dans les yeux et lui sourit. "Eh bien, d'ordinaire, je n'accorde pas d'interviews, Miss Lane, mais je pense que le moment est venu." Sa voix se durcit avec émotion alors qu'il poursuivait. "Spécialement si ça peut aider à retrouver le monstre qui a abattu Nigel." Lex se calma et appela sa secrétaire. "Mary Ann, qu'y a-t-il sur mon agenda pour cet après-midi ?"

"Un rendez-vous avec le personnel dans vingt minutes, un rendez-vous avec le conseil d'administration de LexCorp dans deux heures et un autre avec la direction de la MetroBank pour terminer la journée, Monsieur."

Lex reporta son attention vers Lois. "Vingt minutes seraient pour vous une bonne entrée en matière et nous pourrons terminer à un autre moment. Au dîner, peut-être ?"

Clark sentit ses cheveux se dresser. Luthor avait à peine détourné les yeux de Lois depuis qu'il l'avait vue. Clark fit un pas vers Lois et posa sa main dans le bas de son dos d'un air possessif. "Je pense qu'on pourrait arranger un dîner un de ces soirs, si nous ne finissons pas aujourd'hui.'

Luthor releva légèrement le menton et remarqua leur langage corporel avec un petit froncement des yeux. Après un instant, il releva la tête avec déférence. "Où sont mes bonnes manières ? Suivez-moi, s'il vous plaît. Mary Ann, voulez-vous avertir le comité du personnel que je serai en retard de quelques minutes ? Merci." Lex fit entrer les reporters dans son somptueux bureau. Tout ce qui se trouvait là avait visiblement été choisi par un décorateur et donnait peu d'indices quant à la personnalité de l'occupant. Il y avait une légère brise venant d'une porte ouverte sur une terrasse qui dominait la ville.

Après avoir prié ses invités à s'asseoir dans les deux fauteuils de cuir face à son bureau, Lex s'assit à son tour. Clark mit son magnétophone en route, prépara son bloc-notes, puis s'assit et laissa le soin à Lois de poser les questions.

"Premièrement, Monsieur Luthor, permettez-moi de vous présenter mes condoléances pour la disparition de Monsieur St John. C'était un pilier de notre communauté et il nous manquera. J'ai cru comprendre que vous étiez tous deux très proches ?"

"Merci, Miss Lane. Oui, Nigel était pour moi comme un père, plus que le mien ne l'a jamais été."

Lois posa quelques questions sur Nigel, aucune trop difficile à répondre, puis changea soudain de sujet. "Monsieur Luthor, n'avez-vous jamais été à Kinstantu, au Congo ?"

"Kinstantu ? Oui, je m'y trouvais il y a quelques années, j'ai visité cet endroit ainsi que d'autres communautés de la région. Je travaillais avec Blockheed à cette époque et nous développions un produit plutôt secret. J'étais assigné à ce projet étant donné que je parle quelques-uns des dialectes et que j'avais déjà auparavant travaillé dans ce coin du monde, pour essayer de conclure un marché concernant du matériel que nous avions besoin de nous procurer dans la région. En dehors de ça, je ne peux vous en dire plus, car c'est toujours un projet confidentiel. Toutefois, vous pourrez me le demander dans deux ans. N'est-ce pas sept ans la durée limite pour ces choses-là ?" dit Lex en souriant.

Lois ne lui sourit pas en retour. "Y êtes-vous retourné depuis ?"

Lex la regarda un instant. "Oui, j'y vais de temps en temps, pour garder les contacts que j'ai dans ce secteur."

"Est-il exact que vous avez eu un employé du nom de Makimba en 1993 ?"

"1993 ? Eh bien, laissez-moi réfléchir, ça fait un certain temps. Oui, je crois que j'ai engagé un homme appelé Makimba, mais il s'est avéré être peu recommandable. J'ai découvert qu'il pouvait travailler pour n'importe qui, aussi longtemps que le prix était élevé. Pendant la période où il était supposé travailler pour moi, il travaillait pour des marchands d'esclaves." Lex s'arrêta d'un air théâtral alors que Lois dressait les sourcils de surprise. "Oui, Miss Lane, vous m'avez bien entendu -- des marchands d'esclaves. Quand je l'ai découvert, j'ai su qu'on ne pouvait pas lui faite confiance pour des secrets technologiques. Je l'ai payé pour le peu de temps qu'il est resté avec moi et je n'ai plus jamais entendu parler de lui. Il n'a travaillé pour moi en tout et pour tout que trente-six heures."

Lois prit quelques notes sur son calepin, en réfléchissant. Elle s'était laissée dire que le commerce que faisait Blockheed était en rapport avec les armes, mais les documents qu'elle avait lus aurait aussi bien pu être interprétés à cette fin. Et si Makimba était vraiment un marchand d'esclaves, il avait pu la kidnapper pour cette raison plutôt que parce qu'elle commençait à en savoir trop sur cette histoire…"

Clark, assit à côté d'elle, n'était pas aussi convaincu. L'histoire de Luthor semblait extrêmement commode. Cet homme était mielleux, très mielleux. Aussi, Clark ne pouvait s'empêcher de penser que Luthor se sentait menacé et imaginait son histoire pour détourner leur attention. Avec tout ça, toutefois, Clark reconnaissait que son jugement sur cet homme pouvait être vague. Il avait pris tout de suite Lex Luthor en grippe, mais il ne pouvait définir si ses impressions étaient liées à sa jalousie à cause de la façon dont cet homme se comportait avec Lois ou s'il s'agissait autre chose. Il décida de revenir sur le sujet de la conversation.

"Monsieur Luthor, au sujet la réorganisation des intérêts financiers de Monsieur St John…"

Lex abandonna à regret sa contemplation de Lois pour s'adresser à Clark. "Que voulez-vous savoir, Monsieur Kent ?"

"Depuis ces dernières années, vous avez vous-même développé un conglomérat plutôt important. La LexCorp gère des centrales électriques, les groupes médicaux, des banques et même des pêcheries dans plusieurs pays du monde. Comment faites-vous pour contrôler, par-dessus le marché, l'ensemble des intérêts de votre protecteur ?"

"Vous devez comprendre, Monsieur Kent, que lorsque Nigel a disparu, les actionnaires cherchaient quelqu'un pour les guider. Nigel était un roc, un si bon dirigeant, qu'ils étaient perdus sans lui.
L'instabilité est une chose terrible. Je ne pouvais pas rester là à regarder tout s'écrouler. Je voulais être certain qu'à son retour, tout serait toujours là pour lui. On ne peut pas se perdre en futilités au lieu d'agir quand 'Rome brûle'. On doit garder le contrôle.
De plus, ça me donnait quelque chose à faire. Ses trente-six heures par jour me donnaient autre chose à penser qu'à mon propre chagrin."

Pendant que les deux hommes parlaient, aucun d'eux ne regardait Lois et ils ne remarquèrent le changement qui s'emparait d'elle tandis que Lex poursuivait. Commençant à avoir des sueurs froides, Lois bondit soudain de sa chaise en regardant Clark avec un mélange de terreur et de désespoir. Comme Clark la regardait l'air surpris, elle commença à reculer, se débattant pour retirer son bracelet.

"Lois, qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda Clark, l'air inquiet.

"Ne t'approche pas de moi ! Recule, tu m'entends ?" Lois regarda derrière elle d'un air désespéré et se précipita vers la porte la plus proche, celle de la terrasse.

"Mais que lui arrive-t-il, Monsieur Kent ?" s'exclama Lex.

Clark se leva. "Je n'en sais rien, ne la bousculez surtout pas. Elle a vraiment l'air effrayé." Clark regarda Lois d'un air suppliant. "Lois… tout va bien. Tu n'as rien à craindre." dit-il de la voix la plus douce qu'il pouvait prendre.

Ignorant ses supplications, elle le regarda avec méfiance et tendit son poignet portant le bracelet tel un bouclier. "N'approche pas plus près !" ordonna-t-elle.

Lex prit le téléphone. "Laissez-moi appeler mon assistant. Il a des connaissances médicales, il sera peut-être quoi faire." Il parla dans l'appareil. "Mary Ann, demandez à Asabi de venir tout de suite à mon bureau." Lex s'approcha de Clark. "Peut-être devriez-vous essayer de lui parler, Monsieur Kent. On dirait une crise de panique qu'elle a probablement contenue. J'ai peur qu'elle ne se fasse du mal."

Clark acquiesça, commençant à s'inquiéter. Si quelque chose arrivait à Lois, il ne se le pardonnerait jamais. Il s'avança vers la porte. "Lois c'est moi. Tu n'as pas à avoir peur. Tout va bien se passer."

Au moment où Clark atteignait la porte, Lois arracha violemment le bracelet. "Je te préviens, NE T'APPROCHE PAS !" Le bracelet s'ouvrit, révélant la pointe brillante d'un petit poignard. Un poignard vert.

Clark tomba instantanément à genoux. "Lois." dit-il haletant. "C'est de la Kryptonite"

Lois parut surprise quand il s'écroula et hésita un instant. Mais quand Clark tendit la main vers elle, elle releva la lame. "Non," dit-elle effrayée et furieuse. "Je ne te laisserai pas me faire du mal. Tu es mon ennemi. Je ne serai jamais en sécurité tant que tu seras en vie."

Tandis que Lois s'approchait de lui avec le poignard, Clark sentit la douleur augmenter. De plus en plus faible il s'effondra sur le sol. Il comprit très vite qu'il était vulnérable face à elle. "Lois, s'il te plaît," la supplia-t-il. "S'il te plaît, écoute-moi. Tu me connais, Lois. Tu sais que je ne te ferais jamais de mal. Souviens-toi de tous ces moments que nous avons passés ensemble cette semaine ? Toutes les choses que nous nous sommes dites ? Je t'aime, Lois, Nous avons besoin l'un de l'autre… nos âmes sont jumelles. Je t'aime… ne fais pas ça…"

Lois resta devant Clark un instant incertaine. Une expression troublée se lisait dans son regard. 'C'est ton ennemi' lui criait une petite voix dans sa tête. 'Tue-le avant qu'il ne te tue !'

Elle leva à nouveau la lame mais sa main trembla quand elle essaya de la baisser. La petite voix criait toujours… mais cette fois, ce n'était pas sa voix. C'était celle d'un homme.

Un homme avec une voix furieuse et cruelle.

Elle regarda l'homme étendu devant elle… elle le connaissait… Il avait une voix si douce, pas du tout la même que la voix dans sa tête. Il disait qu'il l'aimait, qu'il ne lui ferait jamais de mal. Elle voulait le croire… elle voulait… Clark.

Dans un cri étranglé, Lois recula d'un bond et se saisit de l'autre moitié de son bracelet qui était tombé par terre. Elle referma le bracelet en un seul morceau et le jeta par-dessus la balustrade.

En sanglotant -- comme si elle s'éveillait d'un cauchemar-- elle se précipita vers Clark et s'agenouilla devant lui. Elle posa doucement sa tête sur ses genoux et le berça. "Clark !" dit-elle en sanglotant. "Oh, Seigneur, je suis désolée… s'il te plaît, dis-moi que tu vas bien… s'il te plaît dis-moi que tu vas bien…"

Clark cligna un peu des yeux en la regardant. Il sourit faiblement et lui fit un petit signe de tête. "Ça va, Lois… tout va bien se passer."

"Que s'est-il passé ?" murmura-t-elle. "Pourquoi voulais-je faire une chose pareille ? Je ne comprends pas…" A cet instant la sirène d'une ambulance qui arrivait se fit entendre. Une voix d'homme les interrompit. "J'ai pris la liberté d'appeler une ambulance. Je pense que vous en avez besoin tous les deux."

Lois leva les yeux, le visage en larmes. "Merci, Monsieur Luthor, merci. Je suis vraiment désolée. Je ne sais pas pourquoi… je ne sais pas pourquoi…"

Lex s'accroupit près de Lois et posa la main sur son épaule en un geste de réconfort. "Miss Lane -- Lois, ce n'était visiblement pas votre faute. Apparemment quelque chose vous est arrivé pendant ces cinq dernières années, quelque chose de traumatisant. Mais vous n'avez fait de mal à personne, au moins. J'espère seulement que vous vous sentirez bientôt mieux. Tous les deux."

Le temps que les ambulanciers entrent dans la pièce, Lois et Clark étaient tous deux assis et se remettaient. Devant l'insistance de Lex, ils conduisirent Lois et Clark à l'hôpital le plus proche.

Au moment où les portes de l'ascenseur se fermaient, Lex Luthor se tourna vers son assistant, Asabi, qui avait rejoint la scène. "Alors, qu'en pensez-vous ?"

Asabi parut songeur. "Elle a pu revenir de la suggestion post-hypnotique. Assez remarquable. Elle a un Ka très fort -- Je n'ai jamais vu quelqu'un revenir d'une suggestion post-hypnotique aussi implantée." La voix d'Asabi se tut par respect pour Miss Lane et sa force.

"Pouvons-nous récupérer le bracelet ?"

"Bien sûr, Monsieur."

"Bien, comme bien d'autres choses, Tempus avait tort. Mais le truc vert, ça c'est assez vrai. Il y a longtemps que j'en aurais eu besoin." soupira Lex, d'un air théâtral. "C'est quand même une honte, j'espérais être là pour consoler Miss Lane de la mort de son nouveau partenaire…" Les yeux de Lex s'assombrirent. "Mais qui sait, Asabi… Peut-être aurais-je un jour ce plaisir."

"Si je puis me permettre, Monsieur." dit Asabi. "Les Kas Miss Lane et Monsieur Kent sont connectés d'une façon qui dépasse tout ce que l'on n'a jamais vu en ce monde. Cette connexion ne sera pas facile à briser."

Lex ricana. "Oui, oui. Je les ai entendus. Des âmes sœurs. Seul un imbécile romantique pourrait marcher dans un truc pareil." Lex leva les yeux au ciel d'un air dégoûté. "Arrêtez -- je vais vomir !"

Asabi hocha la tête avec déférence. "Eh bien, Monsieur, ils ne semblent pas avoir de preuve d'un quelconque rapport entre vous et le décès de Monsieur St John."

"Oui, pauvre Nigel. Il n'avait pas une vision assez claire. Il voulait que je travaille *toujours* pour lui, alors même que mon organisation était plus qu'une rivale pour la sienne. Il n'y a de place que pour un seul homme au sommet, il me l'a souvent dit. C'est dommage qu'il n'ait pas réalisé que le temps était venu pour lui de se retirer." Lex s'assit au fond de son fauteuil, perdu dans ses pensées.

"S'il n'y a rien d'autre…"

"Quoi ? Non, Asabi. Ce sera tout pour l'instant." Lex fit pivoter son fauteuil et regarda par la fenêtre, la ville que, pratiquement, il dirigeait.

Clark s'était assez bien remis après le départ de la Kryptonite et avait refusé d'aller à l'hôpital. Lois, elle aussi, avait refusé tout traitement et ils s'esquivèrent par une petite galerie pour éviter les paparazzi qui avaient appris que l'Homme d'Acier avait été attaqué.

Ils prirent un taxi et se rendirent à l'appartement de Clark. Ils s'assirent sur le canapé en se serrant l'un contre l'autre.

Lois était toujours contrariée. "Oh, Clark, je suis vraiment désolée. Je ne comprends pas pourquoi j'ai fait ça ! Je ne pourrais jamais te faire de mal ! C'était comme si je n'étais pas maître de mes actes."

"Chut, Lois. Je sais. On dirait une suggestion post-hypnotique. J'ai étudié ce genre de choses quand je vivais dans une tribu mystique en Asie. Mais tu as *brisé* la suggestion, donc elle ne t'affectera plus."

Elle leva les yeux vers lui. "Tu en es sûr ?"

Il lui sourit d'un air rassurant et lui caressa les cheveux. "Oui, j'en suis sûr. De plus, tu ne vas pas te débarrasser de moi aussi facilement. Je t'ai attendu pendant toutes ces années. Et maintenant que nous sommes ensemble, je ne vais pas laisser pas tomber."

Lois lui fit un petit sourire. "Vous avez intérêt, cher Monsieur. Je sais que trouver son âme sœur est difficile de nos jours."

Il se serrèrent l'un contre l'autre en silence pendant quelques instants jusqu'à ce que Lois se tourne dans les bras de Clark. "Sais-tu pourquoi j'ai réagi comme ça ?"

Clark fronça les sourcils. "Je me le suis demandé. La seule chose qui m'est venue à l'esprit est que Luthor ou moi avons dû dire quelque chose qui a déclenché la suggestion post-hypnotique."

Lois réfléchit un instant puis se leva le prit le magnétophone de Clark. Elle enclencha la cassette de l'interview. Et tandis qu'elle écoutait Lex parler, elle entendit à nouveau la phrase "Rome Brûle." Un frisson la parcourut et elle suffoqua de frayeur. Soudain elle se souvint d'une autre voix lui disant ces même mots…"

"Rome brûle…" murmura Lois. Elle se tourna vers Clark, maintenant certaine. "C'est ça ! C'était ça." Lois se leva, perdue dans ses pensées, luttant pour se remémorer un souvenir. "Oui, quelle que soit la personne qui m'a kidnappée, elle a mis cette phrase dans mon esprit comme une amorce pour te tuer." Soudain, elle redressa la tête. "Clark as-tu des photos de Tempus dans ton album ?"

Clark se leva et se dirigea vers la bibliothèque. "Je crois…" Il se saisit de l'album en question et tourna les pages jusqu'à trouver la bonne. Il tourna l'album et le présenta à Lois. "C'est lui."

Lois examina la photo. Doucement, elle hocha la tête. "Je n'en suis pas sûre… mes souvenirs sont si vagues. Tout est si brouillé."

"Eh bien, je suis loin d'être aussi imprécis. J'ai reçu un fax ce matin, juste avant que nous partions, qui m'a confirmé quelque chose. Je voulais t'en parler cette nuit. Il disait que Tempus était à Kinshasa il y a cinq ans. J'ai eu un pressentiment et j'ai faxé une photo à la police la semaine dernière, quand tu es arrivée à Métropolis. Ils m'ont confirmé que Tempus a loué un entrepôt dans cette région. La police est allée y faire un tour, mais il était vide. Pourtant, l'électricité n'a été coupée qu'il y a un mois."

Lois le regarda étonnée. "Alors c'est Tempus qui m'a fait ça ?"

"J'ai bien peur que oui."

"Mais pourquoi ? ! Je ne l'ai jamais vu !"

Clark la prit dans ses bras. "Te souviens-tu de ce que je t'ai dit au sujet de l'autre Lois et l'autre Clark ? Il a fait des choses similaires pour les séparer. Il semble que son monde s'appelle Utopia, une sorte de monde parfait, inspiré par l'histoire et la vie de Superman et construit par ses descendants." Clark leva doucement vers lui le visage de Lois. "Ses descendants avec Lois Lane," termina-t-il lentement.

"Wow…" murmura Lois. Ses yeux se fermèrent quand Clark posa ses lèvres sur les siennes. Quand leurs lèvres doucement se séparèrent, Lois sourit. "Cette histoire est de mieux en mieux," dit-elle en plaisantant. "Est-ce qu'on peut savoir le nom de notre premier enfant ou quelque chose comme ça ?"

Clark se mit à rire. "Non… Je crois qu'il faut qu'il reste un certain mystère, tu ne crois pas ? De plus… les deux univers ne vont pas nécessairement progresser de la même façon. Après tout, cette Lois et ce Clark sont déjà mariés, donc nous savons déjà que la date de notre mariage ne sera pas la même --" Soudain, Clark parut légèrement inquiet. "Je veux dire… *si*… tu sais… je ne veux pas te presser --"

Lois lui coupa la parole en posant sa bouche sur la sienne. "Encore une fois, tu parles trop."

Plus tard ce soir là, Lois et Clark étaient assis sur le canapé à regarder l'album de photos de Superman. Lois passa son doigt sur la photo de son alter ego. "Donc, elle a fait un beau mariage, hein ?" demanda-t-elle avec un petit sourire.

"Ils sont mariés depuis environ un an et demi. Et oui, ils sont très heureux." S'enfonçant dans le canapé, le bras passé autour des épaules de Lois, Clark sourit l'air heureux. Pour la première fois depuis deux ans, réalisait-il, il ne ressentait aucune jalousie envers son autre lui-même. Il aurait toujours de profonds souvenirs de l'autre Lois, mais maintenant ses pensées étaient concentrées sur la femme qui se trouvait à ses côtés.

Lois se tourna vers lui et sourit. "Sont-ils aussi heureux que nous ?"

Elle se pencha contre sa bouche et Clark s'approcha d'elle. Ils s'embrassèrent avec ferveur. "S'ils le sont," répondit-il, "Alors ils sont *très* heureux."


NOTRE MÉTROPOLIS

Lois se tourna dans les bras de son mari. "Quand il est parti avec H.G. Wells l'année dernière, après que nous t'ayons sauvé de cette fenêtre temporelle… Monsieur Wells a eu l'air de dire qu'il allait aider l'autre Clark à retrouver sa Lois. Tu crois qu'il l'a fait, Clark ?"

Clark sourit et se détendit. "Tu sais, chérie, je pense qu'il l'a fait. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai soudain cette impression que, quelque part, d'une façon ou d'une autre, ils sont réunis et heureux."

Lois se tourna vers lui et sourit. "Sont-ils aussi heureux que nous ?"

Elle se pencha contre sa bouche et Clark s'approcha d'elle. Ils s'embrassèrent avec ferveur. "S'ils le sont," répondit-il, "Alors ils sont *très* heureux."

Dehors, dans la rue sombre, un petit homme portant des vêtements du début du siècle sortit une montre gousset de la poche de sa veste et regarda l'heure à la clarté de lune.

Il fit un grand sourire et descendit la rue vers une ruelle déserte.



FIN


Les personnages de cet épisodes sont la propriété de DC Comics, December 3rd Production et Warner Brothers. Aucune violation des droits n'est délibérée de la part des auteurs du "Season 5 groupe", toutefois, les idées exprimées dans cet épisode sont la propriété des auteurs de la 5ème saison( copyrighted © 1997)