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Saison 5, Episode 11

Écrit par Jeff Brogden

Édité par Diane Levitan

Version française de


Traduction Chantal Martineau

 


Ferme des Kent, Smallville, Kansas, en fin d'après midi le dimanche avant Noël

Ils n’étaient à la ferme que depuis quelques heures que Lois commençait déjà à se détendre. Ils étaient arrivés ici plus tard qu’ils ne l’avaient espéré, mais Lois était très contente d’être enfin là. Elle termina de déballer ses vêtements puis referma la valise et la rangea dans l'armoire. Elle se tourna et jeta un dernier coup d’œil à ce qu’elle venait de faire et remarqua le sac de Clark. Il n'était qu'à moitié vidé. Il était parti chercher du papier cadeau pour emballer leurs derniers présents. Faire les boutiques avait presque été impossible cette année.

'Nous avions vraiment besoin de cette pause,' pensa Lois. Les récentes activités avec la société anti-Superman en plus de sa grossesse, les avaient sérieusement ébranlés à la fin de la semaine. Ils avaient prévu de passer seulement le week-end à la ferme. Et, alors que la semaine avançait et que son niveau d’énergie baissait, Clark lui avait parlé de prendre la semaine de Noël entière de congé. Perry n’était pas très chaud, mais ils méritaient tous les deux de faire un break et il leur restait des vacances à prendre. Pendant tout le trajet, Clark l’avait taquiné lui disant que sa mère allait la transformer en fille de ferme avec tout le temps dont ils disposaient.

"Je me demande où il est ?" se demanda-t-elle, tout haut. Elle le trouva dans la salle de séjour, replaçant les personnages de la crèche. Elle s'avança derrière lui, passa ses bras autour de sa taille et se serra contre lui.

"Qu'est-ce que tu fais ?"

"Oh, je mets les choses au bon endroit," Clark montra la crèche d'un geste vague. "Cette crèche est drôlement vieille," dit-il en déposant un roi mage au coin de la mangeoire, "elle est dans la famille depuis des lustres."

Lois s'avança à ses côtés pour examiner la scène. L’ensemble était assez grand avec un nombre important de personnages. Chaque santon était peint avec de menus détails, tous semblaient avoir été sculptés à la main. L’étable et la mangeoire étaient faites de vrai bois et paraissaient être les répliques parfaites de vraies constructions. La crèche était posée sur un buffet ancien et en prenait toute la surface. Quelqu’un avait déposé une fine couche de coton sur le tout et l'avait saupoudré d'une sorte de produit iridescent pour lui donner l’apparence de la neige. Clark plaçait une vache avec une précision d'ingénieur mécanique, semblant ignorer la présence de Lois.

"Est-ce quelle n’était pas là avant que nous arrivions ? Je crois me rappeler l’avoir vu du coin de l’œil lorsque nous sommes entrés tout à l'heure."

"Oui, elle était ici." Il posa un chien à quelques centimètres de la porte de l’étable. "Mais c’était mal mis." Il arrangea délicatement quelques autres santons pendant que Lois le contemplait avec amusement.

"Est-ce que c’est un chameau ?"

"Oui..."

"Et ça," Lois montra le coton, "c’est censé être de la neige ?"

"Oui..."

"De la neige et des chameaux ?"

Clark la regarda, puis tourna les yeux vers la crèche. "Eh bien...", commença-t-il. Lois le fixa, attendant qu’il poursuive. "...c’est Noël," dit-il, comme si cette phrase expliquait tout.

"Clark..."

"Ça a toujours été disposé de cette manière, d'aussi loin que je me souvienne."

Elle lui tapota le dos. "Lorsque tu auras fini de jouer avec ces santons, tu devras finir de ranger tes affaires et nous devrons emballer le reste de nos cadeaux." Elle s’approcha de lui et baissa la voix pour ne laisser échapper qu’un murmure, "Nous devrons aussi parler de tu-sais-quoi et quand nous allons le dire à tu-sais-qui avant de faire une gaffe."

Il y eut un mouvement rapide comme l’éclair et un léger coup de vent, puis Clark annonça : "C’est fait." Il passa son bras autour de ses épaules et l'attira vers leur chambre. "Je crois que nous devrions leur dire tout de suite." En partant, il ramassa le papier cadeau qu’il avait laissé traîner sur le canapé.

Lois pouvait entendre l’excitation dans sa voix. Ils avaient parlé d’attendre jusqu’à Noël pour leur annoncer la nouvelle, mais tous deux croyaient qu’ils ne pourraient pas garder le secret jusque là. Ajouté à cela que Lois commençait à se sentir toujours fatiguée et il ne faudrait pas longtemps à Martha pour deviner ce qui se passait.

"D’accord, annonçons leur la nouvelle ce soir après le dîner. Ta mère a parlé de décorer des biscuits faits à l’emporte-pièce ?"

"Oui, ce serait le bon moment." Clark prit une pile de vêtements et les mit dans la commode.

Lois prit un rouleau de papier cadeau en déroula un morceau assez grand pour emballer un des paquets. "Faut-il beaucoup de talent pour glacer ces petits biscuits ?" demanda-t-elle avec un léger sourire.

Clark sourit. "Même toi, tu peux glacer ces biscuits, Lois. C’est comme peindre avec du glaçage. Traditionnellement, chaque personne utilise sa couleur préférée."

"J’ai remarqué que ta famille marche selon de nombreuses traditions. Spécialement durant les périodes de fêtes."

Clark l’entoura de ses bras et lui donna un doux et léger baiser. "Notre famille aura beaucoup de traditions aussi." Il l’embrassa à nouveau.

"Hmmmm... Je l’espère. Je veux que notre famille bâtisse des liens très forts et que les relations soient bonnes."

"Ça arrivera – aussitôt longtemps que nous faisons tout ensemble."

Jonathan commençait à mettre les chants de Noël dans l'autre pièce tandis que Martha et Lois préparaient les biscuits, les triant en petites piles, chacune contenant des biscuits de la même forme. Clark mélangeait le glaçage de sucre en poudre dans différents bols, chacun contenant une couleur différente.

"C’est tellement bon de vous avoir les deux pour les vacances. J’espérais vraiment vous voir pour Thanksgiving. Quand nous avons appris que vous ne pouviez pas venir, j’étais si déçue," dit Martha.

"Mes parents on le chic pour ça," répondit Lois.

Jonathan revint à la cuisine. "Oh, ils n’ont causé aucun problème. Nous-nous sommes même beaucoup amusés, pour tout dire. Vous nous avez manqué, tous les deux."

"Oui. Même quand nous allons à Métropolis, vous semblez toujours avoir un endroit où aller ou encore des plans déjà établis ou vous entendez des choses urgentes." Le dernier commentaire était pour Clark.

"Ici, il n’y a pas d’interruptions, pas de situations urgentes, pas de grands articles," dit Jonathan, en souriant. "Seulement la famille. Et une chance de se reposer. Vous avez tous deux un grand besoin de vous détendre."

Clark soupira. "C’est tellement difficile de prendre du recul, parfois. J’ai l’impression que je pourrais manquer quelque chose."

"Avant de nous aventurer sur un terrain glissant, apportez le glaçage et commençons tout de suite," dit Martha, tirant une chaise pour que Clark s'assied. "Maintenant – choisissez votre couleur préférée et commencer à peindre."

Lois tendit la main et prit le glaçage marron. "Je vais prendre ce truc marron."

"Marron ?" dirent Jonathan et Martha à l’unisson.

"Y a-t-il un problème avec le marron ?"

"Beaucoup de vos vêtements étaient marrons avant, n'est-ce pas Lois?"

"Avant de s’aventurer sur ce terrain glissant, Clark et moi voulons vous parler du tout dernier projet sur lequel nous travaillons." Lois sourit à Clark, l’invitant à annoncer la nouvelle à ses parents.

Avant que Clark ne puisse parler, Martha s’empara de la chaise près de Jonathan et dit, "Nous avons aussi des nouvelles à partager avec vous. Nous sommes tous les deux si excités."

Jonathan tendit le bras et lui prit la main. "Oui – nous avons fait des pieds et des mains pour ne pas vous le dire plus tôt. Ça vous ennuie si on commence ?"

Clark vit le regard plein d’espoir sur leurs visages et il détestait l’idée de les faire attendre. "D’accord," soupira-t-il, "vous d'abord."

Jonathan sembla rassembler toutes ses forces, comme s’il était nerveux. "Ta mère et moi avons décidé de prendre notre retraite. Nous allons vendre la ferme, tous nos biens, puis acheter une caravane pour faire le tour de l’Amérique."

Un silence marqua la surprise.

Martha brisa le silence. "Bien sûr, nous allons visiter Métropolis en premier." Elle les regarda avec espoir.

Apparemment, ils s’étaient attendus à une réponse beaucoup plus positive que celle à laquelle ils eurent droit. Lois ne savait pas quoi dire, c’était arrivé si rapidement, ils ne s’y attendaient pas. Clark se rassit sur sa chaise, en baissant les épaules.

"Vous allez vendre la maison ?" Martha et Jonathan acquiescèrent. "Et vendre toutes vos affaires ?" Ils hochèrent à nouveau la tête. "Pourquoi ?"

"Bien, ta mère et moi ne rajeunissons pas. Nous sommes tous les deux en bonne santé, nous voulons encore en profiter pendant que nous le pouvons."

"Nous avons vu tant de gens travailler et faire les esclaves toute leur vie et ensuite mourir ou tomber malade peu après avoir pris leur retraite," expliqua Martha.

"Nous avons pensé à prendre notre retraite un peu plus tôt et profiter un peu de la vie," dit Jonathan, ouvrant les mains comme s’il voulait leur montrer quelque chose.

"Qu’allez-vous faire pour l’argent ? En avez-vous assez pour que cela dure aussi longtemps que vous le désirez ?" demanda Clark.

"Avec les bonnes récoltes que nous avons connu au cours des dernières années et les techniques de plantation employées par ton père, nous croyons en avoir assez jusqu’à la fin." Martha prit un biscuit en forme d’étoile et étendit dessus du crémage jaune.

Jonathan prit un biscuit en forme de père Noël et y appliqua du glaçage rouge. "La vente de la terre devrait aussi apporter un paquet d'argent. Je ne suis pas certain cependant de ce que la maison et la grange pourraient rapporter. Le contenu de la maison pourrait aussi rapporter pas mal. Ta mère a acquis une belle collection d’antiquités, tu sais."

"Nous allons probablement garder certaines choses. Celles qui ont une valeur sentimentale."

"Nous avons toujours parlé de voyager. Quand tu as commencé à voyager partout dans le monde, nous envoyant toutes ces lettres et ces articles de partout à travers la planète, cela nous a donné le goût de partir et voyager nous aussi, un de ces jours."

"Nous étions un peu jaloux," dit Martha en riant.

Clark prit finalement un bonhomme de neige. "Cet argent devra vous servir pour le reste de votre vie. Si on compte cela en jours, ça peut devenir très long."

Jonathan rit. "Je l’espère bien !"

Lois prit la parole pour la première fois. "Cette nouvelle est si soudaine, depuis combien de temps y pensez-vous ?"

"Bien, nous en avions déjà une idée aux environs de Thanksgiving, nous savions que nous voulions faire quelque chose de ce genre. Nous n’étions simplement pas certains. Puis, Grant a eu vent de nos projets et a dit qu’il était intéressé à acheter la terre." Martha prit une autre étoile.

"Qui ?" Lois ne connaissait pas ce nom.

Jonathan déposa un autre père Noël sur la pile de biscuits terminés. "Grant, Grant Hall. C'est notre employé. Je ne crois pas que vous l’ayez encore rencontré."

"Alors, cet employé vous a aidé à planifier cela ? Il va acheter la ferme ?" Quelque chose clochait dans cette histoire, mais Lois n’était plus certaine de pouvoir se fier à ses sentiments pour le moment. Pour le moment, les émotions étaient à fleur de peau dans la pièce.

"Vous allez vendre la maison à cet homme qui se dit l’acheteur ?" demanda Clark, un peu trop fort. Son bonhomme de neige commençait à s’émietter.

"Clark, chéri, si tu ne glaces pas le bonhomme de neige ou si tu ne le manges pas, pose-le avant de le pulvériser." dit Martha. "Il ne veut pas la maison, il en a lui-même une très belle. Il a acheté la vieille maison des McKibben. Il a fait un merveilleux travail pour la retaper." Elle commença sa cinquième étoile. "Il est simplement intéressé par la terre."

"Qu’en fera-t-il ?" Clark semblait se plaindre de plus en plus. Lois décida qu’elle devait dire quelque chose s’il continuait sur ce ton.

"La cultiver, je suppose," dit sèchement Jonathan. Il soupira, puis continua. "Écoute, Clark, c’est un bon cultivateur, un bon travailleur et très franchement, j’ai perdu l’espoir de te convaincre de devenir un jour un fermier. Il a une jeune famille et il a un bon sens des affaires. S’il la veut et s’il a les moyens de l’acheter, il peut l’avoir."

"Je... Je suis désolé Papa, Maman. C’est tellement soudain. Je n’aurais jamais cru, même dans mes rêves les plus fous, que vous pourriez vous séparer d’un endroit comme celui-ci. Vous avez passé la plus grande partie de votre vie à atteindre ce que vous vivez maintenant. Je suis simplement... atterré de voir que vous pourriez vous débarrasser de tout cela."

"Nous t'avons lancé une sorte de bombe." Martha tendit le bras de l’autre côté de la table et lui caressa la main. "Nous en reparlerons demain matin. Peut-être pourrions-nous aller en ville voir Grant et sa famille."

Grant Hall entra dans la salle de séjour et regarda sa femme, Nicole, il sut dès ce moment que ça n’avait pas été une bonne journée. Elle était assise là-bas sur le fauteuil, semblant être passée sous un carillon. Leur fils, Joshua, chantait le même couplet de sa chanson préférée, encore et encore.

Il marcha dans sa direction et tapota la tête de Joshua. "Hé, mon grand."

"Papa !" Il sauta et agrippa son père par la jambe.

"Pourquoi n’apportes-tu pas mon sac à pique-nique à la cuisine pour moi ?"

Joshua prit le sac et se précipita à la cuisine. Grant s’assit et embrassa Nicole sur le front, tandis qu’il posait sa main sur son ventre rond. "Bonjour, mon amour. Dure journée ?"

"Oh, tu n’en as aucune idée." Elle repoussa une mèche de cheveux de son visage. "Celui-là," dit-elle en indiquant la cuisine, "n’arrête pas de chanter sa chanson à celui-ci." Elle caressa son ventre. "Et celui-ci m’a littéralement battu à mort de l’intérieur aujourd’hui. Bébé fait sûrement ses exercices là-dedans."

Grant approcha son visage près du ventre de Nicole et dit d’une voix forte, "Hé, Bébé, Papa est à la maison. Comment vas-tu ? Tu as besoin de quelque chose pour jouer là-dedans ?" Il fut récompensé par un coup de pied ou de main vigoureux.

"Oh !"

Alarmé, Grant demanda, "Ça t’a fait mal ? Désolé, chérie."

"Non, non. J’ai été surprise."

Grant s’assit aux côtés de Nicole sur le fauteuil. "Allons-nous tout de même faire les magasins demain?"

Nicole soupira. "Oui. Je suis très heureuse que Martha ait accepté de garder Joshua. Je ne crois pas que je pourrais supporter qu’il vienne avec nous. Il a tellement d’énergie et je suis toujours si fatiguée."

"Ne t’en fais pas, chérie. Il ne reste plus que six semaines."

"C’est facile à dire pour toi, ce n’est pas toi qui as pris quinze kilos que tu dois trimbaler partout." Elle s’avança et Grant commença automatiquement à lui masser le dos. "Remercions Dieu pour Martha et Jonathan. Ils sont un don du ciel."

"Amen. Je sens finalement que nous nous intégrons ici."

Ils s’assirent en silence une minute pendant que Grant lui massait le dos.

"Crois-tu que nous allons pouvoir rester ici ?"

"Je l’espère bien."

"Ce sera difficile, une fois le fils de Martha et Jonathan installé ici pour un bout de temps."

"Chérie, essayons de rester positifs. D’accord ?"

Joshua revint en courant avec des bouts de tissus. "Allez Papa, aide-moi à mettre mon costume. Je vais être un berger dans la pièce de théâtre de l’église."

"C'est super, Josh ! As-tu révisé ce que tu auras à dire ?"

"Bien – je ne dis rien. Je déplace seulement des faux moutons un peu partout et je regarde l'enfant Jésus."

"Que dirais-tu de déplacer ton corps vers la salle de bains pour prendre un bain ?"

"Aaaah, Papa..."

Clark était couché dans le lit, tout à fait éveillé tandis que le reste de la maison dormait à poings fermés. Dans ses bras, Lois faisait ces petits bruits mignons qu’elle faisait toujours quand il la tenait près de lui en dormant. Il ne pouvait arrêter de penser à ce que ses parents lui avaient dit. Il avait reçu un choc et il était blessé d’avoir oublié la nouvelle que Lois et lui avaient à leur annoncer. Évidemment, ses parents avaient aussi oublié puisqu’ils n’avaient pas demandé de quoi il s’agissait. Étrangement, Lois n’en avait pas fait mention par la suite. Elle était probablement aussi surprise qu'il l'était.

Il était couché, écoutant tous les bruits qu’il pouvait entendre, comme si c’était la dernière fois qu’il entendait ces bruits familiers. Il regarda à travers le plafond, contempla les étoiles au-dessus de lui, se demandant où pouvait se trouver Krypton. Ou encore où elle avait été. Ce chez-soi lui avait été dérobé et il s’apprêtait à perdre la seule autre maison qu’il connaissait. Un sentiment d’inquiétude commença à l’envahir. Il ressentait le besoin de sortir voler un peu. Ça l’avait toujours aidé à s'éclaircir les idées. Toutefois, il détestait devoir quitter Lois. Il avait peur de la réveiller et il ne voulait pas lui donner d’explications. Il avait besoin de temps pour réfléchir.

L’insécurité grandissait toujours, jusqu’à ce que Clark pense qu’il allait devenir fou s’il ne se levait pas et ne bougeait pas. Il se glissa hors du lit aussi délicatement qu’il le put et descendit au rez-de-chaussée. Sans savoir pourquoi, il alluma la télévision. Jonathan avait regardé LNN avant d’aller se coucher et la télé était restée sur cette chaîne. Tandis que l'image prenait lentement forme, le son était très clair. Maintenant, Clark savait pourquoi il ne se sentait pas à l’aise auparavant. Il y avait une crise en Iraq. Un des "établissements présidentiels" que les inspecteurs des Nations Unies avaient omis de fouiller avait soudain pris feu, relâchant dans l’air des environs un mélange mortel de produits chimiques sous forme gaz. Le monde avait besoin d’un super héros et avec un tourbillon et un 'whoosh", il en eut un.

Lois fut réveillée par un bruit familier. Elle chercha Clark et remarqua qu'il n'était pas là. Elle se leva et commença à marcher, mais se rassit immédiatement. "Je croyais qu’on appelait ça des nausées du matin," marmonna-t-elle. Elle jeta un coup d’œil à l’horloge et vit qu’il n’était que 2 h 30 du matin. "Oh, je suppose que c’est le matin."

Elle trouva le téléviseur encore allumé dans la salle de séjour. Il ne lui fallut qu’une seconde pour comprendre de quoi il s’agissait et où Clark était allé. "Fais attention," murmura-t-elle dans la nuit.

Le matin suivant arriva trop vite et Lois se retrouva encore seule dans le lit. Une poussée d’adrénaline la réveilla rapidement alors qu’elle balayait la pièce du regard à la recherche de Clark. Dans un coin, posé sur une feuille de plastique, se trouvait son Costume. Elle soupira de soulagement, sachant qu’il était bien de retour à la maison. Elle se jeta en arrière sur l’oreiller, "Je suis si fatiguée. Je vais encore dormir un peu plus." Un bruit à la porte la fit à nouveau sursauter.

"Lois ? Est-ce que ça va ?" La voix douce de Martha se fit entendre.

"Je vais bien, vous pouvez entrer."

Martha ouvrit la porte et entra. "Êtes-vous certaine que vous vous sentez bien ? Il est neuf heures et demie, je m’inquiétais un peu."

"Neuf heures et demie !?" Lois se redressa brusquement dans le lit. Elle mit sa tête dans ses mains alors que le sang dans sa tête tentait de suivre le mouvement brusque qu’elle venait de faire. "Je vais bien - vraiment. Je suppose que je n’ai pas bien dormi, je m’inquiétais pour Clark la nuit dernière."

Martha s’assit au pied du lit. "J’ai regardé les nouvelles ce matin. C’est terrible ce qu’ils font avec tous ces produits chimiques là-bas."

"Ici aussi, vous savez. Clark et moi ne pouvons pas encore le prouver, mais nous étions en train d'enquêter sur des produits chimiques utilisés pour la guerre ici même aux États-Unis."

Martha soupira. "Allons, venez. J’ai des petits pains au rez-de-chaussée et je peux vous faire du café, du thé ou du chocolat au lait."

Lois mangeait tandis que Martha parlait des choses qu’elles devaient faire aujourd’hui. Clark et Jonathan étaient partis faire les corvées de la ferme, donc Lois et Martha allaient se rendre en ville pour acheter les choses de dernière minute.

"J’aurais aimé que Clark me réveille pour me dire qu’il allait bien," dit Lois, en mettant un petit morceau de pain dans sa bouche. Elle n’avait pas encore été malade, Dieu merci. Son niveau d’énergie était toutefois toujours très bas. Elle espérait qu’elle ne ressemblait pas à la manière dont elle se sentait -- terrible.

"Je lui en ai glissé un mot, mais il m’a dit que vous aviez besoin de repos." Martha se tourna pour la regarder. "Que voulait-il dire par-là ?"

Lois sentait que ses yeux s’écarquillaient tandis qu’elle luttait pour avaler le dernier morceau de pain qu’elle avait dans la bouche. Avant qu’elle ne puisse formuler une réponse, elle entendit une voiture arriver dans l'allée de graviers et s’arrêter devant la porte de derrière.

"Vous attendez quelqu'un ?"

Martha se dirigea vers la fenêtre. "Non... pas à ce que je me souv... Oh, mon Dieu ! J’ai oublié. J’ai oublié que j’avais dit à Nicole que je garderais Joshua aujourd’hui. Avec tout ce qui est arrivé hier soir..." Elle arrêta de parler en se dépêchant d'aller ouvrir la porte.

"Madame Martha ! Madame Martha !" Un petit garçon d’environ six ans passa la porte en courant au moment où Martha l’ouvrait. "Je vais rester avec vous pendant que Papa et Maman vont faire les courses !"

"Bonjour Joshua ! Oui, je sais. Je leur ai demandé si je pouvais passer la journée avec toi. Faire les courses est quelquefois très ennuyeux."

"Oui, surtout quand Maman trimbale Papa dans toutes," il prit une profonde inspiration avant de continuer, "dans toutes les allées… chaque rangée... de tous les magasins de tout le centre commercial."

Une femme très belle et très enceinte entra. "Prends ton temps, Joshua, respire. Bonjour, Martha, vous êtes certaine que ça ne vous dérange pas..." L'attitude de la femme changea dès qu’elle aperçut Lois. Avant, elle paraissait ouverte et joviale. Maintenant, Lois pouvait presque la voir se fermer comme une huître. Elle tendit le bras et attrapa l’épaule de Joshua et l'approcha près d’elle.

"Je... je suis désolée, Martha, je ne savais pas que vous alliez avoir de la compagnie. Je ne vous aurais pas dérangée. Allons-y, Joshua, nous allons laisser madame Martha avec son invitée."

Elle se dirigeait déjà vers la porte avant même que Martha ne puisse placer un mot. "Oh, non, ne vous en faites pas. Nicole, c’est Lois Lane, ma belle-fille. Lois, c’est Nicole Hall et son fils, Joshua." Martha les invita à nouveau à la cuisine. "Nicole est la femme de Grant. Nous espérions vous voir aujourd’hui, cela ne nous dérange pas de surveiller Joshua, vraiment. Vous ne nous dérangez pas du tout." Martha jeta un petit regard suppliant à Lois.

"Non, il n’y a pas de problèmes. Nous aimerions vraiment garder Joshua. Ne changez pas vos plans à cause de moi." Lois sourit du mieux qu’elle put, considérant la manière dont elle se sentait. Elle dirigea son attention vers le petit garçon. "Bonjour, Joshua. Comment vas-tu ?"

Le garçonnet était gêné au début. "Je vais bien." Il se tourna vers sa mère. "Maman, elle est belle."

Tout le monde rit. "Wow, et charmeur en plus. Je parie que toutes les filles sont à tes pieds."

Il rougit davantage et se contenta de sourire. "Maman, je veux rester avec madame Lois et madame Martha. Nous avons beaucoup de choses à faire, pas vrai ?"

"Oui, en effet," acquiesça Martha.

Nicole passa un regard nerveux de Lois à Martha plusieurs fois. "Bien..."

"Madame Martha ! Je vais être dans la pièce de théâtre de l’église. Je suis un berger." Le petit garçon souriait et rayonnait comme s’il s’agissait là de son plus grand exploit.

"C’est merveilleux. Quand a lieu la pièce ?"

"Hum... je pense que c’est bientôt."

"Mercredi, mon chéri," l’informa Nicole.

"Ouais, mercredi. Vous allez venir ?"

"Bien, je crois que ça pourrait se faire. Est-ce que je peux amener Jonathan, Clark et Lois aussi ?"

Le petit garçon regarda à nouveau Lois. "Oui." Il lui sourit et elle ne put se retenir de lui sourire en retour.

"Martha, je ne peux pas vous laisser Joshua pendant que..."

Martha lui coupa la parole. "Maintenant, je ne veux plus entendre un mot à ce sujet. Nous pouvons le surveiller, ce n’est pas un problème. Maintenant, vous devriez y aller." Elle commença à la pousser vers la porte. "Je vais aller dehors à la voiture pour chercher ses affaires."

Lois resta assise à contempler Joshua, qui lui-même la fixait.

"Alors, quel âge as-tu ?"

"J’ai eu six ans il n’y a pas si longtemps."

"Wow, six ans. Tu deviens grand."

"Ouep. Je vais à l’école, vous savez."

Lois hocha de la tête et étouffa un rire. Les enfants pouvaient être si mignons parfois.

"Et je connais mon nom complet et mon adresse aussi." Il s'arrêta, comme s’il tentait de tout se rappeler correctement. "Joshua Cr... Craig Hall," dit-il rapidement. "Et je vis sur la Route 2," il marqua une temps d'arrêt, regardant le plafond, "boîte postale 44, Smallville, Kansas."

Lois en était restée au nom que le petit avait lâché. 'Cr... Craig...' Les fonctions 'mode reporter' de son cerveau s’activèrent et commencèrent à retenir les faits automatiquement. Par exemple, que Nicole Hall était presque dans un état de panique à l'instant où elle avait vu Lois et le fait qu’elle ne voulait pas laisser Joshua avec elles en premier lieu.

"Où vivez-vous ?" La question de Joshua la ramena au présent.

"Oh, je vis à Métropolis, New Troy."

"Vous connaissez votre adresse ?"

"Bien, oui, je la connais. C’est..."

"Maman et Papa ont déjà vécu à Métropolis," l’interrompit le petit garçon. "Je n’y suis jamais allé. J’ai entendu dire que c’était grand !"

'Hall... Métropolis... il y a environ six ou sept ans...' les faits ne cessaient de s’additionner. Lois ne pouvait pas mettre le doigt sur le sentiment agaçant qu’elle ressentait, mais elle était certaine qu’elle allait le résoudre. Certains casse-tête se devaient d’êtres résolus et elle était la personne toute désignée pour le faire.

Martha revint à la cuisine. "Lois, pourquoi n'allez-vous pas prendre une douche et vous préparer. Joshua et moi allons terminer et puis nous pourrons aller en ville."

"On ne va pas faire les magasins, n'est-ce pas ?" se plaignit Joshua.

Martha sourit. "Non. Nous allons à la chasse aux trésors."

"Wow !"

"Oui, Jonathan m'a donné une liste de choses précieuses à lui trouver aujourd’hui. C’est notre travail de trouver tout ce que l’on peut avant qu’il ne revienne." Martha battit des mains pour augmenter l’importance de leur tâche. "Il ne nous croit pas capables de le faire, mais je sais qu’avec ton aide, nous allons y arriver."

Le visage de Joshua s'illumina d’un regard déterminé. "Oh, nous ferons tout ce qu'il faut, simplement pour le prouver à monsieur Jonathan." Il se frappa la main avec le poing.

"Je vais me dépêcher alors – pour qu’on ne perde pas de temps." cria Lois en se ruant vers la salle de bains. 'Je vais devoir commencer un dossier sur la façon de motiver les enfants aussi bien que Martha le fait.', pensa-t-elle.

Grant observait Nicole, tandis qu’elle arrivait dans l'allée. "Wow, qu'as-tu à te dépêcher comme cela ?" marmonna-t-il, alors qu’il lui ouvrait la porte du garage. Dès que la voiture s’immobilisa, elle sortit en courant pour le rejoindre.

"Grant, Lois Lane est chez les Kent."

La nouvelle lui fit l’effet d’un coup de marteau sur la tête. Ce n’était pas tout à fait inattendu, mais c’était un choc. Grant soupira bruyamment. "Nous savions que ça pouvait arriver quand nous avons appris qu’elle était mariée au fils de Martha et Jonathan. Je ne sais pas ce que nous pouvons faire à ce sujet."

Ils entrèrent dans la maison et Nicole étreignit Grant de la meilleure manière qu’elle le pouvait, à cause de son ventre. "J’ai si peur qu’elle me reconnaisse."

Grant lui massa les épaules et le dos. "Nous devons penser à cela de façon positive. Ça fait quoi, presque sept ans ? Ça fait très longtemps."

"Est-ce que ça fait assez longtemps ? Elle est journaliste d'investigation – une des meilleures. Un rien pourrait éveiller ses soupçons. Joshua se rappelle de certains événements, mais ce n’est pas encore parfait."

"Il s’en sortira très bien."

"Je ne veux pas encore partir, Grant. Pas d’ici. C’est notre maison maintenant."

Grant la serra contre lui. Il avait peur lui aussi, mais il ne voulait pas qu’elle le sache. "Nous devrions y aller. Nous devons paraître aussi normaux que possible. Tout ira bien."

Jonathan et Clark faisaient les travaux de la ferme dans un silence presque omniprésent. Ils avaient fait cela si souvent ensemble par le passé, aucun d’eux n’avait vraiment besoin de parler. Tous deux savaient ce qui devait être fait et la meilleure manière de le faire. Sans parler, ils s'étaient réparti les tâches de façon égale et efficace. Toutefois, habituellement, ils parlaient. Le fait de travailler si bien ensemble leur donnait davantage d’occasions de parler. Seulement, aujourd’hui, ils ne parlaient pas.

Jonathan avança le camion jusqu’à la clôture et Clark sauta pour l’ouvrir. Ils entendaient meugler les vaches alors qu'elles accouraient pour leur souhaiter la bienvenue. Les vaches avaient développé le réflexe de venir les rejoindre en courant car cela signifiait l’arrivée d’avoine fraîche, des blocs de sels et de l’eau. Jonathan entra dans le pâturage et Clark ferma la clôture puis sauta dans la benne du camion et il commença à défaire un ballot de foin. Les vaches s’attroupèrent autour du camion et de la benne, se poussant pour avoir une position de choix tandis que Clark commençait à jeter le foin. Jonathan continuait de conduire lentement le camion jusqu’à l’abreuvoir des bêtes alors que Clark brisait toujours les ballots de foin et les distribuait aux animaux.

Une fois là, Jonathan descendit et prit les blocs de sel que Clark lui tendait. Il les déposa par terre, puis vérifia le réservoir d’eau pour voir si elle avait gelé ou si il avait besoin d’être rempli. Clark était déjà dans la benne quand Jonathan remonta.

"Allez, dis-le," dit Jonathan, se tournant vers Clark.

Clark sursauta comme s’il avait été heurté par un taureau. "Hein ?"

"Tu vas rester silencieux comme cela toute la journée ou bien me tu vas me dire ce qui te ronge?"

Clark ne voulait vraiment pas en parler. "Ce n’est rien, vraiment..."

"Mince ! Clark, je te connais depuis plus longtemps que la majorité des gens. Je sais quand il y a quelque chose." Jonathan s’adoucit un peu, montrant l’inquiétude qu’il avait dans la voix. "Parle-moi, Clark."

Clark soupira. "C’est juste cette histoire de retraite. C’est si... soudain. Ça te ressemble tellement peu. J'essaie de la saisir, de l’examiner, de chercher comment diable tu peux faire ça et pourquoi..."

"Ce que nous faisons est de prendre notre retraite. Le pourquoi, c’est que nous voulons apprécier la vie comme elle est. Il y a autre chose dans la vie que cette ferme," Jonathan agita sa main devant le pare-brise, "tu sais cela. Tu as eu la chance de voir ce qui se passait ailleurs. Maintenant, ta mère et moi voulons faire la même chose."

C’était vrai, il avait eu la chance de parcourir le monde. Il y avait autre chose dans la vie que la ferme. Mais encore... "Je suppose que je me sens..." Clark s'interrompit, incertain de savoir s’il devait dire quelque chose ou non. "Je me sens comme si on me volait ma maison. Comme Krypton l’a été, mais en pire. Vraiment, je connais bien cet endroit. Ça a été mon havre de paix depuis si longtemps. Et penser que ça pourrait ne plus l'être – ça me fait peur."

Jonathan se rassit sur son banc et laissa échapper un sifflement grave.

"Je suis désolé, Papa. Je... je n’aurais dû rien dire."

"Non, non. C’est bien comme cela. Je veux que tu te sentes à l’aise, je veux que tu me dises ce que tu penses. C’est important pour entretenir une bonne relation." Il demeura assis pendant une minute, puis dit, "Clark, je ne peux pas te promettre que nous changerons d’avis sur ce que nous voulons faire. Mais nous aurions dû d'abord t’en parler. Tu fais autant partie de cet endroit que nous, je ne l’avais pas réalisé. Je m’excuse."

Clark hocha de la tête. "Tu n'as pas à t'excuser. C’est moi qui suis désolé d'avoir agit comme ça, de te culpabiliser."

Jonathan sourit. "Ne t’en fais. Nous ne se sommes pas encore partis. Je veux faire une autre récolte avant de faire quoique ce soit." Il regarda les grands pâturages devant eux. "La pensée seule de partir d’ici m'excite et m’effraie à la fois. Je pourrais avoir besoin d’un vieil ami qui s’y connaisse en voyages." Il regarda Clark de biais.

"Je connais quelqu’un qui a beaucoup voyagé aux États-Unis et même dans le monde, qui pourrait être convaincu de te donner des suggestions de destinations." Clark sourit.

"Merci." Jonathan mit le camion en marche. "Le changement fait toujours peur. Je suppose que c’est pourquoi ce groupe à Métropolis a été fondé. Ils avaient peur des changements que Superman apportait dans le monde."

Clark aurait presque pu comprendre cela s’il n’avait été l’objet de la discussion.

"Je suis heureux que tu puisses parler honnêtement et ouvertement avec moi, Clark. Ça me fait plaisir. On dirait que j'ai bien réussit mon travail en t'ayant élevé."

Clark se mit à rire. "Oh, je crois que tu as fais un excellent travail. J'espère seulement qu'un jour je pourrai être aussi bon que toi."

"C’est quelque chose d'effrayant, d'être parent. De penser que tu tiens dans tes mains la clé de la vie d’une autre personne. Que ce que tu fais et dis tous les jours va affecter cette personne en grandissant, ce qu’elle va penser et ce qu’elle va croire. Tu as la responsabilité de modeler cette personne afin qu’elle ait un impact positif sur la société, pas une influence négative – c’est presque plus que ce qu’une personne peut penser."

Clark resta assis un moment, l’énormité des propos de son père le pénétrant. 'Oh, mon Dieu ! Dans quoi Lois et moi nous sommes-nous jetés !'

Martha, Lois et Joshua se baladaient tranquillement en ville. Ils flânaient d'un pas tranquille, ce dont Lois se réjouissait. Alors qu’ils allaient de boutique en boutique, Martha présentait Lois à toutes les personnes qu’elles rencontraient. Tout le monde était très excité de rencontrer une célébrité en chair et en os et chacun s'agitait quand elle était là. Pour sa part, elle prenait cette attention et cette admiration sans se démonter, essayant que cela ne lui monte pas trop à la tête, tout en s’assurant que personne n’exagère.

Un chose qu'elle découvrit et dont elle retira quelque avantage, était que tout le monde était très heureux de lui parler. Alors que Martha et Joshua exploraient les allées pour trouver leurs 'trésors', Lois parlait avec les vendeurs, les directeurs et les passants devant les magasins.

Du moins, ils croyaient que c'était une conversation – en réalité, c’était une interview habillement déguisée et elle recherchait des faits. Elle voulait plus d’informations sur la famille Hall, spécialement Grant Hall. Clark et elle, à leur grande surprise, en savaient très peu sur cet employé que Martha et Jonathan avaient récemment embauché. Pour une quelconque raison, ça ne l’avait jamais vraiment dérangé auparavant. Maintenant qu’ils avaient annoncé leur intention de prendre leur retraite, quelque chose à propos de l’implication de monsieur Hall à ce sujet ne collait pas. Elle ne pouvait pas encore mettre le doigt dessus, mais elle avait appris à se fier à ses premiers instincts. Ça avait payé plus d'une fois.

Tous les gens qu’elle rencontrait n'étaient pas du tout avares d'informations.

"C’est un homme tellement gentil. Il ferait tout pour aider les gens."

"Ils sont arrivés un jour en ville, venant de nulle part."

"Il conduisait une voiture très chère. Je crois qu’on appelle ça un 'coupé sport'."

"Il a acheté la vieille maison des McKibben. J’ai entendu dire qu’ils l’avaient payée comptant."

"Elle est restée comme ça pendant des années, mais il a réussi à la retaper d’une belle façon. Il a dû dépenser une fortune."

"Oh oui, il est très fort. Ses mains sont grandes comme les pattes d’un ours, il est costaud en plus. Je l’ai vu une fois tirer sur une grosse corde et il a presque arraché le pare-chocs d’une voiture."

"Je jouais aux fléchettes avec lui un jour chez le coiffeur et il a mis 5 fois dans le mille. Il sait comment lancer les fléchettes, c’est certain."

"C'est un très bon fermier. Il pourrait probablement faire fortune s’il possédait sa propriété. Il ne semble pas en avoir besoin, par contre. Il a toujours de grosses sommes d’argent sur lui. Il paie tout en espèces."

"Il ne parle pas beaucoup de sa famille. Je ne crois pas qu’ils en aient une. Vos beaux-parents les ont en quelque sorte adoptés. Ils agissent parfois en grands-parents avec ce petit Joshua."

"Pauvre Nicole, elle est un peu désorientée à cause de sa grossesse. Elle a appelé son mari Mark une fois."

"Ils ne peuvent plus attendre pour avoir ce bébé. Nicole est une vraie beauté et sa grossesse l’a rendue encore plus belle. Je crois qu’il lui reste encore au moins un mois avant d’accoucher."

"Elle possède cette beauté naturelle. Elle aurait pu être mannequin quelque part ailleurs."

"J’aurais tant aimé être belle comme elle quand j’étais enceinte."

Les informations lui parvenaient tellement vite qu’elle ne pouvait toutes les cataloguer mentalement. Elle n’en revenait pas de voir comme ils étaient ouverts. Elle avait toujours entendu parlé des rumeurs dans les petites villes et il semblait que c’était vrai.

Vers le milieu de l’après-midi, Lois, soudain ne se sentit pas bien. Pas comme les nausées du matin, simplement une faiblesse générale. "Martha, j’ai besoin de m’asseoir. Je ne me sens pas bien, tout à coup."

"Qu’est-ce qui ne va pas, Lois ?"

"Je n'en suis pas sûre, j’ai l'impression d'avoir faim et je me sens faible. C’est arrivé si vite."

Martha l’observa attentivement. Lois commençait à penser que Martha avait deviné qu’elle était enceinte. On aurait dit que les mots : "Je suis enceinte !" étaient imprimés sur son front.

"Je crois que votre niveau de sucre est descendu trop bas. Est-ce que vous grignotez dans la journée, d'habitude ?"

"Non, à moins qu’on ne compte les Double Fudge Crunch Bars," dit Lois, sarcastiquement.

"Bien, votre système s’est probablement habitué à cet apport en sucre et nous ne nous sommes pas arrêtés pour manger depuis le déjeuner."

Joshua vint à elles leur annoncer au même moment, "J’ai faim moi aussi. Allons manger une quelque chose."

"D’accord, nous irons au Tasty Treat."

"Ouais !"

"Lois, vous avez besoin de surveiller ce que vous mangez. Si cette baisse de sucre est fréquente chez vous, vous devez aller passer un examen pour le diabète."

Lois ne pouvait s’imaginer avoir des problèmes de sucre dans le sang. Toutefois, après avoir mangé quelque chose, elle commença à se sentir mieux.

Joshua commençait à avoir l'air fatigué et Lois réalisa qu’elle l'était aussi. "Martha, avons-nous bientôt terminé ? Quelqu’un est f-a-t-i-g-u-é." Elle indiqua le petit garçon. Il restait assis sur sa chaise, les yeux à moitié clos et ne faisant aucun bruit pour la première fois de la journée.

Martha le regarda et sourit. "Je crois que nous pouvons arrêter. Il ne restera pas éveillé jusqu’à la rue Principale, il s’endormira avant."

Lois aida Martha à ramasser toutes leurs affaires et elles rangèrent le tout dans la voiture. Mettre Joshua sur le siège qu'elles avaient emprunté à sa mère était tout un programme. Il faisait plus de 20 kilos de poids mort, toutes deux durent le mettre en position et ensuite l’attacher.

"Wow ! Quand les enfants se mettent à dormir, c’est du sérieux ! Il dort comme une souche !" dit Lois.

"Je sais - Clark avait l'habitude de bouger et bouger et bouger. Puis, il s'effondrait comme une masse en l’espace de deux secondes. Je me rappelle qu'une fois il s’est endormi sur la table de la salle à manger. Il était terriblement fatigué. Clark ne manquait jamais un repas."

"Il s’est endormi en mangeant ?" Lois arrivait à peine à le croire.

Quand elles revinrent à la ferme, elles virent que Jonathan et Clark les avaient précédées. Après avoir aidé à porter Joshua dans la maison, Lois demanda où était Clark.

"Il est quelque part dehors. Nous sommes entrés, nous avons mangé, puis j’ai fait une sieste," dit Jonathan. "Je l’ai entendu sortir par la porte de derrière, mais je ne suis pas sûr de savoir où il est."

"Je vais le chercher," dit Lois, alors qu’elle remettait son manteau.

Clark était assis dans le Fort de la Solitude avec le globe. Il était juste assis là, contemplant le soleil couchant. Il était éclairé par la lumière, il semblait briller, l’aura autour de son corps était presque visible.

Lois arriva au pied de l'arbre sous la cabane et cria, "Hé, là-haut, tu veux de la compagnie ?"

"Bien sûr, monte," répondit Clark, d’un ton maussade.

"Tu pourrais m’aider ?"

Clark fit la moue. "La journaliste de renommée mondiale ne peut pas grimper dans une cabane dans un arbre ? Lois, je t’ai presque vu escalader l’extérieur d’un bâtiment pour un article."

"Vrai. Toutefois, j’ai parcouru tout Smallville avec ta mère et un enfant de six ans toute la journée. Très franchement, je suis trop exténuée pour grimper à un arbre en ce moment."

Clark déposa le globe par terre et sauta près d’elle. "Un enfant de six ans ?"

Lois passa ses bras autour de lui et lui donna un long et profond baiser.

"Hmmmm..."

"Ça, c'est parce que je suis contente de te voir." Elle lui pinça le nez. "Et ça, c’est pour ne pas m'avoir vu de la journée et ne pas m'avoir dit que tu étais bien rentré hier soir."

"Désolé. Tu avais l'air si fatiguée, je ne voulais pas te réveiller." Clark la prit dans ses bras et lui donna un baiser. "Que disais-tu à propos d’un enfant de six ans ?" Clark les fit flotter jusqu’à la cabane, de retour dans la lumière du soleil.

"Oui, Joshua Hall. Le fils de l'employé."

"Ah."

"Ta mère s’était portée volontaire pour le surveiller pendant que ses parents faisaient des courses de dernière minute."

Ils s’assirent, regardant le paysage un moment. Lois regarda Clark et réalisa que quelque chose n’allait pas. Il était assis sous les rayons du soleil, le regard fixé vers l’ouest, sans rien dire. Lois regarda vers l’ouest et vit que le soleil atteignait la ligne d’horizon, les nuages dans le ciel réfléchissaient la lumière dans différents tons de rose, violet, jaune, orange et bleu. Le vent avait soufflé les nuages en formes de petites boules ressemblant à du coton qui reflétaient le soleil avec des motifs hasardeux.

"On dirait que ce sera un superbe coucher de soleil."

Clark grogna quelque chose qui ressemblait à un oui.

"J’ai rarement l’occasion d’en voir des comme ça. Ici, tout est si clair et ouvert. Tu ne réalises pas comme il y a de la pollution à Métropolis ou encore comme l’horizon est chargé avec tous ses bâtiments, jusqu’à ce que tu viennes ici."

"Il n’y a rien qui puisse se comparer à un coucher de soleil – sauf peut-être un soleil levant."

De leur point de vue dans l’arbre, Lois pouvait voir à des kilomètres à la ronde. Le paysage grisâtre, nu de cette journée d’hiver était brisé par des champs d’un vert vibrant. Les rayons du soleil ne faisaient qu’aider à établir un contraste clair entre la couleur vibrante des champs et les tons de brun et de gris des environs. Le champ était tacheté de couleurs brunes, noires et blanches, il s’agissait des vaches qui s'y trouvaient. Elles étaient éparpillées sur une large portion de terre et Lois estimait à plus de cent le nombre de bêtes.

"Pourquoi ces champs sont-ils si verts, alors que le reste est plutôt vert ou brun ?"

"C’est un champ d’avoine pour l’hiver. On le plante au mois de juin ou juillet. Ça pousse très rapidement, puis en hiver, il est utilisé pour garder l’humidité du sol et son énergie." Il s'interrompit puis ajouta, "Le vert est comme une promesse de l’abondance qui nous sera livrée au printemps et à l’été suivant."

Lois fronça un sourcil. Clark était un peu trop dramatique. "Nous ne sommes pas si hauts, mais j’ai l’impression de pouvoir voir à des kilomètres de distance. Jusqu’à quelle distance une personne peut-elle voir ?"

"Oh, de vingt à trente kilomètres par une belle journée claire. Assez loin pour pouvoir voir les silos à grains de plusieurs villes des environs." Clark indiqua plusieurs directions. "Tu vois ? Tu peux voir le dessus des silos au-dessus de l’horizon, là-bas, là-bas et un autre par-là. Celui là, c’est celui de Smallville."

Lois pouvait voir le dessus d’une grande structure blanche que Clark avait indiqué. "Incroyable. Jusqu’où peux-tu aller avec ta," elle approcha ses doigts de son visage et lui fit un petit signe, 'ta vision truc muche' ?"

"Je n'en suis pas certain, je n’ai jamais vraiment essayé de vérifier. Un des obstacles est la courbe de la Terre. Ça limite mon champ de vision comme tout le monde."

"Tu pourrais utiliser ta vision à rayons X pour regarder à travers le sol, par exemple ?"

"Bien..."

"Jette un œil vers l’est et dis-moi si j’ai bien éteint la cafetière à la maison. Ça m’a travaillé toute la journée."

Clark hocha de la tête. "Je ne crois pas que j'ai envie de le faire..."

"D’accord, d’accord, que peux-tu faire à propos de la Chine ?"

"La Chine ?"

Lois se pencha par-dessus du Fort et regarda directement vers le bas. "Oui, regarde à travers jusqu’en Chine ou n'importe où de l’autre côté."

Clark ne semblait pas très enthousiaste à cette idée. "Lois... Je ne crois pas..."

"Allez – juste un coup d’œil. Ça ne fait de mal à personne ?"

Clark haussa des épaules et se pencha, commençant à passer à travers les différentes couches de roches avec sa 'vision truc muche'. Plus il allait loin plus le mal de tête qu’il avait soudain s'intensifiait.

Soudain, Lois tendit la main vers lui et lui toucha le bras. "Attends une seconde. Je viens de me souvenir de quelque chose."

Clark remonta ses lunettes. "Quoi ?"

Lois toucha son ventre. "Le bébé. J’ai lu quelque part que les rayons X peuvent être très dangereux pour un bébé à ce stade du développement."

Clark hocha de la tête. "Je ne crois pas que cela s’applique ici."

Lois se redressa un peu. "Pourquoi pas ? On n'appelle pas cela "vision à rayons X" pour rien ?"

"Oui, mais..."

"L’as-tu fait tester ? Est-ce que le Dr Klein a vérifié s’il se dégage une sorte de radiation quand tu fais cela ?"

"Non, mais..."

Lois continua de plus belle. "Alors, je crois que tu devrais en limiter l’usage. Si nous n’en savons pas plus sur ta vision à rayons X, cela pourrait faire du mal au bébé." Lois le vit se recroqueviller un peu plus sur lui-même. "Oh, zut," dit-elle.

"Quoi maintenant ?"

"C’est simplement que je suis venue ici pour te remonter le moral et tout ce que j’ai fait, c’est de te contrarier."

Clark sourit. "Je ne suis pas bouleversé, vraiment. Je ne faisais que penser que tu pouvais avoir raison. Si j’utilise une de mes - habiletés – qui pourrait faire du mal aux gens ?"

"Va seulement voir le Dr Klein. Il pourra te le dire. Jusque-là – limite-en l’usage."

Ils étaient à nouveau silencieux, puis Clark contempla le coucher du soleil. Lois n'en pouvait plus. "Un baiser pour tes pensées ?"

Clark lui sourit. "C'est rien."

"Clark..." le défia Lois.

"Bien – c’est toute cette histoire de déménagement. Ici, c’est ma maison. Krypton m’a été enlevée, puis cet endroit va l'être aussi. Je ne sais plus quoi faire. Maman et Papa ont tellement hâte que ça arrive."

Lois tourna le visage de Clark pour qu’il la regarde. "Clark, je n’irai pas par quatre chemins. Tu vas devoir accepter de lâcher prise. Ça peut être très pénible à entendre, mais il est temps d’avancer, de passer à la prochaine étape. Toi, moi et ce bébé, nous sommes prêts à fonder une famille et un foyer qui nous est propre. Il est temps pour toi de réaliser que ton foyer, se trouve là où tu le construis."

Clark acquiesça. "Je veux tellement fonder un foyer – notre foyer. Je veux que nos enfants se sentent aussi bien dans leur maison que moi je me suis senti à l’aise ici."

"Parfait. Maintenant, qu’y a-t-il d’autre ?"

"Rien..."

"Clark..."

Il sourit. "Bien – réalises-tu dans quoi nous nous sommes fourrés avec toute cette histoire de famille ?"

"Que veux-tu dire ?"

"Par exemple, les responsabilités que ça engendre, la pression, le fait de les élever pour qu’ils deviennent des gens biens et des membres productifs dans la société. Est-ce que le fait de toujours partir pour aider les autres les affectera d’une mauvaise manière ? Est-ce que ton talent pour affronter la mort à chaque coin de rue va les empêcher de développer un processus de pensée positif ?"

"Je suis certaine que nous pouvons passer du temps avec eux et leur apprendre tout ce qu’il y a de mieux," lui assura Lois.

"C’est exactement cela. Le temps. Nous avons à peine assez de temps pour nous deux en ce moment. Où trouvera-t-on le temps supplémentaire pour s’occuper d’un bébé. Comme nous en avons déjà discuté, nous ne pourrons pas sauter à bord du Superman Express et voler de part le monde. Il y aura des petits êtres de qui nous devrons nous inquiéter. Pour leur donner le temps dont ils auront besoin, nous devrons couper dans le temps que nous avons l’un pour l’autre."

C’était maintenant au tour de Lois d’être silencieuse et de regarder le soleil se coucher. Le soleil était immense, une grosse boule orange qui flottait au-dessus de l’horizon.

Clark brisa le silence. "Quand j’étais plus jeune, j’avais pris l’habitude de regarder tous les couchers de soleil que je pouvais. Cela me rendait spécial. Je ne savais encore rien à propos de l’énergie solaire ou de mon aura à cette époque. Mais je pouvais dire que je me sentais plus différent sous les rayons du soleil qu’aux autres moments. J'avais l'impression qu'ils n'existaient que pour moi. Une sorte de don spécial que je devais trouver comment utiliser.

"Quand j’ai vieilli et que mes pouvoirs ont commencé à se manifester, je savais qu’il s’agissait d’un signe, je devais faire quelque chose de spécial avec eux. Je ne savais pas quoi. J’ai passé beaucoup de temps à regarder les levers et les couchers du soleil pour penser à ce que je devais faire. Je les avais vus de tous les endroits de la planète, mais aucun n’égalait ceux que je voyais à la maison, ici dans les grands espaces."

Lois ne pouvait résister à la porte que Clark ouvrait. "La maison dans le pâturage ? Où jouent le chevreuil et l’antilope ?"

Clark sourit. "Là où la parole est rare, un mot décourageant peut être entendu."

"Et les cieux ne sont pas toujours nuageux," termina Lois.

Après un temps d'arrêt, Clark dit, "Tout ira bien. J’en suis sûr. Aussi sûr que lorsque je croyais que les rayons du soleil avaient été faits uniquement pour moi." Lois regarda à nouveau le coucher de soleil. Les nuages couvraient partiellement le soleil, certains rayons réussissaient tout de même à s'infiltrer, à travers un trou dans un nuage.

"Je croyais, à l’époque, que ces taches de lumière constituaient une voie que je devais suivre. Je pouvais sentir la force du soleil jusqu’au plus profond de mon âme, quand je me trouvais dans une des ces taches ensoleillées. J’ai une fois chassé un coucher de soleil une journée entière autour du monde, juste pour m'en rapprocher."

Lois rit. "Tu plaisantes..."

"Pas du tout." Il rit. "J’ai presque fait mourir de peur Maman et Papa lorsque je ne suis pas rentré à la maison de toute la journée. Je croyais qu’il y avait quelque chose pour moi à l’extérieur. Peu de temps après, c’est là que j’ai pris la décision de voyager. Je suppose que c’est ce que Maman et Papa ressentent en ce moment."

Lois prit les mains de Clark et les tint dans les siennes. "Clark, nous allons construire le plus merveilleux des foyers ensemble."

La magie du moment les saisit, ils s’étreignirent passionnément. Le monde consistait en deux personnes, eux deux et la promesse de leur futur ensemble.

"Je croyais que tu étais exténuée..." lui dit Clark, entre deux baisers.

"Le soleil me donne de l’énergie," répondit Lois qui commença à lui démontrer.

Le matin suivant, Lois s’éveilla juste à temps pour se ruer à la salle de bains. Elle était fatiguée et malade et fatiguée d’être fatiguée et malade. Le sentiment d’être fatiguée n’était pas pire que le sentiment d’être malade. Cela n’arrivait plus aussi souvent qu’avant, mais c’était encore trop pour elle.

"Parlant de goût... beurk..." Lois s’empara du bain de bouche et se gargarisa pendant un moment. Elle sortit de la salle de bains, trouva Clark encore au lit, endormi. Elle jeta un œil à l’horloge et fut surprise de voir qu’il était dix heures mois dix. Oh, mon Dieu. Martha et Jonathan allaient soupçonner quelque chose, elle en était certaine.

Elle essaya de réveiller Clark, mais rien de ce qu'elle essayait ne paraissait le déranger. Elle tira les couvertures pour révéler sa poitrine et son ventre musclés. Elle glissa son doigt le long de sa poitrine jusqu'à son nombril, admirant en même temps le paysage. Elle essaya de lui chatouiller le nombril, mais ça ne marcha pas. Elle joua avec les petit poils à cet endroit et commença à descendre sur le trait qu'ils formaient jusqu'à l’élastique de son short.

'Mmmmm... ne vas pas par là, ma fille. Tu ne te sens pas assez bien pour finir ce que tu pourrais commencer en jouant dans ce coin...' pensa-t-elle en glissant son index juste sous l’élastique, faisant glisser ses doigts d’un bout à l’autre. Elle remonta l'élastique d’environ 5 centimètres (et fut terriblement tentée de jeter un œil à l’intérieur, mais résista vigoureusement) et le laissa retomber avec un "Snap !" qui résonna dans la pièce silencieuse.

Pas de réponse. 'Wow !' Lois passa mentalement en revue ce que Clark avait fait ces derniers jours. Il avait vécu pas mal de situations stressantes, le coup de la retraite de ses parents, il avait dû se rendre en Iraq pour aider au désastre, plusieurs petites patrouilles à Métropolis à des heures différentes pour garder les bandits en ligne pendant qu’ils étaient partis, la pression de devenir père avait soudain refait surface et le travail intensif à l’intérieur de la cabane dans l’arbre la nuit précédente n’avait pas aidé.

Le pauvre garçon avait une bonne raison d’être fatigue après tout. Le stress ne faisait probablement que le rattraper. La solitude silencieuse de la ferme avait tendance à l’aider à se détendre et à se recharger. Clark n’était probablement pas différent sur ce point, ainsi que sa réticence à accepter que tout cela ne serait bientôt peut-être plus là pour lui.

Lois décida de descendre au rez-de-chaussée et de manger quelque chose. Quelque chose de léger et de... neutre. Avec un peu de chance, elle pourrait gagner du temps avec Martha et Jonathan assez longtemps pour que Clark se réveille et ils pourraient leur annoncer ensemble la nouvelle.

Lois n’avait pas à s’inquiéter, Martha leur avait laissé un mot disant que Jonathan et elle seraient de retour vers 11 heures. Elle se prépara du thé et des toasts et s'assit devant son ordinateur pour faire un peu de courrier. Martha lui avait montré comment accéder à leur fournisseur d'accès à Internet, de même qu'au service téléphonique vers le serveur du Daily Planet. Elle commença à écrire une lettre demandant à Jimmy de faire quelques recherches, quand elle remarqua un message venant d’un dirigeant du serveur. Ils avaient installé un nouveau logiciel, permettant de parler sur Internet. Lois téléchargea le fichier manquant dans l’ordinateur des Kent et chercha le "numéro" de Jimmy. Après quelques sonneries, une voix vaguement familière ressemblant à celle de Jimmy se fit entendre dans les haut-parleurs.

"Allô ? Ici Jimmy, qui est à l'appareil ?"

"Bonjour, Jimmy, c’est moi, Lois."

"Lois ? Wow, vous avez une voix horrible. Qu’utilisez-vous, un modem 14.4 ?"

Lois chercha le modem, mais n’en trouva pas. Il devait être interne. "Je n’en ai aucune idée, je suis à Smallville, au Kansas, tu te rappelles ?"

Un sifflement grave revint comme réponse. "Wow. Ça fonctionne même si c’est si loin – incroyable..."

"Jimmy, j’aurais besoin que tu fasses une recherche pour moi."

"Allez-y."

"D’accord, j’ai une série de noms. Prends-les, combine-les, fais tout ce qui est en ton pouvoir pour voir si tu pourrais trouver des trucs sur eux."

"D’accord, quels sont ces noms ?"

"Grant. Hall. Nicole. Joshua. Craig. Il y en avait un autre... ah oui, Mark. Je cherche un homme ou une femme, ayant vécu à Métropolis il y a environ six ou sept ans. J’ai besoin de savoir qui ils sont, ce qu’ils ont fait et où ils se trouvent maintenant."

"Mon vieux, vous ne voulez pas autre chose, n'est-ce pas ? Vous voulez que je vous donne leur couleur de cheveux aussi ?"

"Très drôle. Les parasites de ce truc sont terribles. Pourquoi est-ce que quelqu’un utiliserait ce machin de toute manière ?"

"Hé – c’est l'avenir ça, Lois. Vous devez vous y faire. Je suis surpris de voir que ça fonctionne, du Kansas en plus."

"Bien, franchement, moi aussi. Ne dis pas à Clark que je te l’ai dit."

La réponse fut brouillée et coupée. Lois raccrocha et envoya encore un courrier avec les détails de ce qu’elle avait appris des gens de Smallville. À la fin du message, elle mit le numéro de téléphone des Kent, ainsi que leur numéro de fax en cas de besoin.

A peu près à ce moment, Clark arriva au rez-de-chaussée et se rendit à la cuisine. Lois se déconnecta et le suivit. Il lui tournait le dos et cette ceinture élastique l’appelait encore, elle se glissa donc derrière lui, agrippa la ceinture et la tira d’une quinzaine de centimètres, avec l’intention de la relâcher. La vue du bas de son dos la fit s’arrêter dans son mouvement.

Clark avait un coup de soleil ! "Clark ! Tu as un coup de soleil !"

"Huh ?" Il ne semblait pas encore tout à fait réveillé.

"J’ai dit que tu avais un coup de soleil." Lois pencha la tête vers l’avant et vit aussi une ligne rouge autour de son cou. Ses avant-bras étaient un peu plus foncés que le reste de son corps. "As-tu déjà eu un coup de soleil avant ?"

Maintenant plus réveillé, Clark dit, "Non. Eh bien, quand j’étais petit. Mais pas depuis. Le soleil ne m'a plus affecté comme ça depuis des années." Il tourna encore et encore en essayant de tirer sur l’élastique et de voir à quoi ressemblait un coup de soleil dans son dos.

"Qu’est-ce qui se passe, Clark," Lois avait un mauvais pressentiment.

"Calme-toi, Lois. C’est juste un coup de soleil."

Ils entendirent un véhicule entrer et se garer dans l'allée et Martha et Jonathan entrèrent peu de temps après.

"Bonjour, les enfants ! Vous avez finalement décidé de rejoindre le monde des vivants ?" demanda Martha.

"L’avez-vous déjà vu attraper un coup de soleil depuis qu’il a commencé à ..." Lois lui fit le signe du vol.

"Non." Martha devint soudain sérieuse, puis elle se dirigea vers Clark pour l’examiner elle-même.

"Allez arrêtez, tout le monde, c’est embarrassant. Je n’ai pas besoin que ma mère me regarde les fesses..."

Clark se calma soudain.

"Clark, ce n’est pas normal, et nous devons..."

"Chut..." Clark ferma ses yeux et laissa ses sens se mettre en éveil. "Quelque chose ne va pas."

"Je le sais – tu as un coup de soleil que tu n’avais pas il y a un jour."

"Non, pas ça. C’est autre chose. C’est comme le sentiment que j’ai eu l’autre nuit, avec le truc en Iraq." Il se dirigea vers la salle de séjour et ouvrit la télévision.

Plusieurs journalistes approchaient leurs micros du visage d'un homme, essayant d’obtenir ses déclarations. Le sous-titre dans le bas de l’écran indiquait : "Viktor Blagov, Commandant Adjoint des Vols Spatiaux," à côté du logo de LNN.

"Tout ce que nous savons, c’est qu’il y a eu un incident avec la station spatiale Mir," expliqua l’homme. "Nous ne connaissons pas la source du problème. La communication a été interrompue. Le dernier message que nous avons reçu et qui était très très difficile à comprendre, mentionnait une situation critique du module d’entrée. Nous ne savons pas s’il s’agit de problèmes avec le module ou encore avec Mir elle-même."

"Je dois y aller. Ils ont besoin d’aide." Il tourbillonna pour revêtir son Costume.

Jonathan parla à son tour. "Clark, fais attention là-bas. Tu te rappelles comment ton dernier vol vers une station spatiale a paralysé tes pouvoirs."

Clark regarda Lois, comme s’il lui demandait la permission.

"Oh Clark, je ne sais pas. Je… je ne me sens pas de te dire non, n’y vas pas, mais je ne veux pas que tu y ailles."

Clark la prit dans ses bras. "Je te promets, je vais aller à S.T.A.R. Labs en revenant pour en savoir plus sur ce coup de soleil et cette autre - chose. D’accord ?"

Elle acquiesça et il était parti.

Lois, Martha et Jonathan passèrent les heures suivantes à se relayer devant le téléviseur à regarder LNN pour avoir des nouvelles de Clark et la station spatiale. Superman était arrivé juste à temps pour éviter à la vieille station spatiale de dériver si loin que l'attraction terrestre aurait bien pu y renoncer. Il y avait les habituels problèmes d'ordinateur et de logiciels et des fuites qui semblaient provenir de l'Agence Spatiale russe. Superman avait été chargé d'assister les occupants de la station spatiale sur des "réparations mécaniques" à l’extérieur de Mir, mais ces rapports étaient difficiles à vérifier.

Alors que la journée s'écoulait, il semblait de plus en plus évident que Clark n’allait pas revenir très tôt. Une chose en amenant une autre, Superman fut occupé toute la journée, aidant le monde à avancer.

Douze heures plus tard, c'est un Superman très fatigué qui entra en titubant dans le laboratoire du Dr Klein, à S.T.A.R. Labs.

"Superman ! Clar... euh... Quoi... bon sang... vous avez l'air mal en point." Le Dr Klein se rua vers Clark et tira une chaise pour l’Homme d’Acier qui s’y effondra.

"Je me sens mal. Je n’ai plus d’énergie. Je peux à peine voler. Je ne peux plus lever grand chose et je ne peux plus voir aussi bien qu'avant. Et par-dessus le marché," Clark tira sur le col de son Costume pour exposer un peu plus sa poitrine, "J'ai attrapé un coup de soleil."

Clark se mit en sous-vêtements et se retrouva étendu sur une table avec plein de fils électriques attachés sur le corps. Il avait appelé Lois pour lui dire où il était et que ça pouvait prendre encore du temps. Combien de temps s'était écoulé, il ne le savait pas vraiment. Après avoir mis le Dr Klein au courant de son intervention dans l'histoire des tests ratés des armes chimiques iraquiennes, le Dr Klein commença immédiatement les examens. Les ordinateurs bourdonnaient et les écrans, placés tout autour, se remplissaient d’informations. Le Dr Klein retira des feuilles de papier de l’imprimante laser puis se dirigea vers Clark et lui tendit une robe de chambre.

"Tenez, mettez ça, je crois qu'on a trouvé quelque chose."

Clark enfila la robe de chambre avec gratitude, il commençait à avoir froid. "Qu’avez-vous trouvé ?"

"Toute votre peau a été recouverte d'une espèce de substance chimique qui a des propriétés très étonnantes. Ça se comporte comme un cristal liquide."

"Un cristal liquide ?"

"Oui, les cristaux liquides sont composés de molécules assez grosses qui ont tendance à prendre la forme d’un cigare, parce que les molécules sont allongées. La science regorge d’autres variétés, d’autres formes toutes plus exotiques les unes que les autres. À cause de leur forme allongée, et dans des conditions appropriées, les molécules peuvent montrer une certaine orientation, où tous les axes des molécules sont alignés dans une certaine direction. Le résultat de cela fait que cette orientation peut profondément influencer la manière dont la lumière et l’électricité se comportent, en tant que matériaux. Par exemple, si l’orientation de ces molécules varie dans l’espace, la polarisation de la lumière suit cette variation. Elles sont habituellement utilisées dans les composés de cristaux liquides. Dans d’autres conditions, les molécules peuvent former un empilement de différentes couches qui sont toutes orientées dans une direction quelconque, mais dont chaque couche demeure liquide, travaillant indépendamment des autres..."

"Ouah ! Dr Klein, en français, s’il vous plaît."

"Désolé. À la base, ces molécules s'orientent par elles-mêmes et dévient l’énergie du soleil loin de votre peau. Elles utilisent votre aura et le soleil lui-même comme source d’énergie. Vous n’avez pas pris un coup de soleil, c’est la substance elle-même qui s'est déposée sur votre peau. Quand elle est, en plus, exposée au soleil, la substance est plus forte et s’épaissit à ces endroits. Le résultat est que ce qui vous donne vos super pouvoirs a aussi déclenché quelque chose qui vous empêche d’avoir ce dont vous avez besoin."

"Alors, comment on arrête cela ?"

"Je ne sais pas. Mais, j’ai une théorie. Pendant ce temps, essayez de rester loin des rayons du soleil et n’en faites pas trop. Je crois que vous pourriez fonctionner sur une espèce de réserve interne. Je vous interdis de voler. On dirait que c'est le pouvoir qui consomme le plus d'énergie."

"Comment vais-je rentrer chez moi ?"

"Prenez l’autobus ? Ou un taxi ? Je vous raccompagnerais bien moi-même, mais je vais commencer tout cela tout de suite..."

"Non, non. Quand je dis chez moi, je parle de," il baissa la voix et murmura, "Smallville, Kansas."

"Oh ! Oh... Oh..." Il se frotta le menton, "Essayer de marcher, très vite."

"Marcher ?"

Jimmy était extrêmement fier de lui. Il n’était pas seulement un dieu suprême des ordinateurs, mais commençait aussi à devenir un excellent journaliste. Il était si content, il appela Lois au Kansas.

"Bonjour, résidence des Kent," il reconnut la voix de Lois au téléphone.

"Lois, c’est Jimmy !"

"Jimmy ! Que puis-je faire pour toi ?"

"J’ai découvert vos personnes mystérieuses, je vous garantis que vous allez être surprise."

Lois était stupéfaite. Il avait déjà trouvé ? Génial !

"Alors, qui sont-ils ?"

"J’ai dû pirater plusieurs bases de données et faire une analyse journalistique très poussée, je dois ajouter."

"D’accord, super, tu es un génie – qui sont-ils ?"

"Bien, j’ai commencé par entrer toutes les combinaisons des noms que vous m’avez donnés. Puis, j’ai établi des renvois avec d'autres trucs. Vous savez, le mannequin, habile de ses mains, des trucs de ce genre. Je vous le jure – j’ai dû écrire cette base de données vraiment cool avec Python pour..."

"Je me fous des serpents ou encore de l’Information et de la Technologie que tu as dû utiliser, donne-moi seulement les noms." Jimmy était gentil, mais un peu trop enthousiaste en parlant de lui, parfois.

"D’accord. La femme s’appelle Nicole Craig, le mannequin prometteur d’il y a plusieurs années. Vous avez écrit un article sur elle, il y a environ sept ans..."

"Oh mon Dieu, tu as raison ! Je me souviens d’elle maintenant..."

"Oui. Il semble qu’elle soit tombée enceinte et se soit retirée du monde. Son petit ami n’était pas le genre de personne qui pouvait se faire aimer, cependant. Tout le monde croyait qu’elle pouvait trouver mieux. Il semble ce c'était un raté, un truc comme cela. J’ai vérifié son passé, j’ai parlé à certains de ses vieux amis de l’agence de mannequins. Mon vieux, quand on parle du paradis ! C'était chouette de les interviewer. Mais rien que penser que quelqu’un peut passer ses journées à les photographier ! Et qu'il est payé pour le faire ! Wow. C’est le paradis."

"Jimmy, contrôle tes hormones encore un peu. Qu’as-tu trouvé ?"

"Bien, quelqu'un m'a dit qu'il pensait que son nom était John. Quelqu’un d’autre m'a dit que non, c’était plutôt Marcus. J’ai demandé si c’était Mark, la réponse fut catégorique, c’était vraiment Marcus. Maintenant, il y a bien un Marcus Hallman, qui se trouve être un tueur à gages du syndicat du crime du nom de Marksman. Marcus 'Marksman' Hallman était l'un des meilleurs exterminateurs sur le marché."

"Ouah !"

"Puis, il a disparu, il y a un peu plus de six ans, après s’être amendé et avoir fait des aveux qui ont conduit la moitié des criminels de Métropolis sous les verrous."

"Mince, oh mince. Je savais qu’il y avait quelque chose..."

"J'ai pensé, hé, il fait partie du programme de protection des témoins, pas vrai ? Alors j’ai piraté leur ordinateur..."

"Hum, Jimmy, est-ce que c’était prudent ? Après tout, n’est-ce pas un peu - illégal ?"

"Eh bien, peut-être. Quoiqu'il en soit, j’ai pu y pénétrer et avoir leurs photographies. Je n’ai pas pu trouver d’autres informations sur eux. C’était trop sécurisé et je ne voulais pas laisser de traces." Jimmy composa le numéro de fax des Kent dans la machine et téléchargea les photographies. "Je vous les faxe tout de suite."

Le terminal devant lequel se trouvait Lois répondit à l’appel et commença à imprimer les photographies.

"Jimmy, tu es fantastique. Nous allons devoir travailler sur cette affaire un petit peu dans l’illégalité, mais quand Perry entendra ça, il te fera probablement sortir de la chambre noire et te mettra là où il y a de l’action." Lois souriait jusqu’aux oreilles tandis que transfert de la première photo se terminait et qu'elle découvrait Nicole Hall sur la page.

"Je me demande pourquoi ils voudraient racketter la ferme des parents de Clark ?" se demanda-t-elle, tout haut.

"Que disiez-vous au sujet d’une ferme ?" demanda Jimmy.

"Oh, rien. La deuxième photo est presque terminée, merci."

"Oh, oh." Jimmy regardait deux hommes en complet veston et lunettes fumées, sortir de l’ascenseur et se diriger rapidement vers le bureau de Perry. "Je dois y aller Lois, au revoir." Il retira les photographies du fax et se dirigea lentement vers le broyeur. Il y glissa les pages aussi normalement que possible, ne voulant pas attirer l’attention sur lui.

Les deux hommes entendirent le broyeur se mettre en marche ce qui attira immédiatement leur attention sur Jimmy. "Hé ! Vous là-bas !"

Jimmy sursauta et se retourna. "Qui, moi ?"

"Que faites-vous ?"

"Oh, rien..."

Les hommes s'approchèrent de Jimmy et fouillèrent dans la boîte de papiers déchiquetés, cherchant quelque chose. Ne trouvant rien, ils attrapèrent Jimmy et le forcèrent à s’asseoir sur une chaise.

"Que faisiez-vous ?"

"Que faites-vous ici ?"

"Avez-vous déjà eu des problèmes avec la Loi auparavant ?"

"Avez-vous déjà vu cet homme ?" Un des hommes tenait une photographie de Marcus Hallman.

"Par tous les Saints que se passe-t-il ici ? Jimmy, ne réponds à aucune question tant que les avocats ne sont pas arrivés," Perry se fraya un chemin entre les hommes et Jimmy.

"M. White, nous sommes du FBI. Nous désirons questionner ce jeune homme, nous allons le faire."

"De quoi s’agit-il exactement ?" demanda Perry. "Montrez moi vos papiers."

Les deux hommes échangèrent un regard. Ils sortirent leurs portefeuilles et montrèrent rapidement leurs cartes. "Je suis le détective James Reilly. Quelqu’un de ce journal a piraté l'ordinateur sécurisé gouvernemental et a transféré des informations potentiellement Top Secret. Nous sommes ici pour déterminer l’identité de la personne qui a accédé à ces fichiers et l’emmener pour une enquête plus approfondie."

Perry commença à dire, "Maintenant, je suis certain que personne ici ne ferait..."

Un des hommes interrompit Perry, puis demanda à Jimmy, "Vous, avez-vous piraté l’ordinateur du gouvernement ?"

Aussi innocemment qu’un nouveau-né, Jimmy répondit, "Hé, si j’étais aussi bon avec un ordinateur, croyez-vous que je resterais dans ce boulot minable ?" Il regarda Perry qui lui jeta un regard pas très satisfait. "Hum, désolé, Chef."

Le détective Reilly, celui qui semblait être le chef de l’opération, fit tranquillement le tour du bureau. Il repéra le fax. Il n’y avait pas de copies dans le bac. Il tendit la main et appuya sur me bouton bis et la machine appela à nouveau chez les Kent, le numéro de téléphone apparaissait maintenant sur le tableau.

"Bien, bien, bien. Voyons à qui cela appartient," dit James.

Jimmy se jeta dans la chaise. "Oh, bon sang."

Le détective James Reilly transpirait. Cela faisait six longues années qu’il s’était infiltré là, attendant cette information. Maintenant, il allait faire son rapport aux personnes concernées et il pourrait peut-être ensuite tout quitter et aller dans le Sud. Il avait besoin de quitter ce boulot.

Alors qu’il garait sa voiture, une ombre s’approcha de lui côté conducteur. Il leva la tête et aperçut une paire d’yeux qui ressemblaient à ceux du 'diable'.

"Stick ! Que... que faites-vous ici ?"

"J’ai entendu dire que vous pourriez avoir des informations sur l'endroit où se trouve Marksman."

"Eh bien... qu’est-ce qui vous faire croire cela ?" Il sentait une perle de sueur se former au-dessus de sa lèvre. Bon sang ! Sa peur commençait à prendre le dessus.

Richard 'Stick' Stull était un homme qui vivait de la peur. Il l’avait inventée. Sa réputation était bien établie et il la méritait. Il était également l'un des premiers tueurs à gages dans le métier. Son problème était qu’il appréciait trop son travail. Il ne pouvait pas se contenter d’une exécution simple. Il traquait et capturait ses victimes, passait des heures et même des jours à les torturer, puis les tuait lentement.

Son amour du métier lui avait causé des problèmes. Ses clients ne voulaient pas être associés à lui. Certaines choses sont si horribles que les criminels eux-mêmes ne peuvent les supporter. Lui et Marksman avaient eu une très longue et mémorable querelle à propos de leur territoire à couvrir.

"Écoutez. Dites-moi ce que vous savez et je le dirai au Syndicat. Je vais vous payer au tarif habituel. De cette manière, nous aurons tous les deux ce que nous voulons."

"Je... Je ne sais pas. Je crois que je vais leur dire moi-même."

"Vous pouvez me le dire maintenant." Il s'interrompit et fit tourner sa canne, "...ou plus tard. Beaucoup plus tard." La canne s'arrêta, il la tenait fermement dans sa main.

Lois, Martha et Jonathan faisaient les cent pas dans la salle de séjour de la ferme. Jonathan s'arrêta pour regarder par la fenêtre.

"Quand a-t-il dit qu’il avait quitté STAR Labs?" demanda-t-il, à personne en particulier.

"Sept heures. Il voulait se reposer après les examens que le Dr Klein lui avait fait."

Martha brisa le silence. "J’aurais aimé qu’il nous dise ce qu’ils avaient trouvé..."

Jonathan vit un petit nuage de poussière s'élever du chemin, "Quelqu’un arrive – est-ce qu’on attend quelqu’un aujourd’hui ?"

"Non..." Martha s'avança pour regarder par la fenêtre.

Une traînée rouge et bleue avançait rapidement sur la route, tournant dans le chemin et ensuite dans la grange. Le temps qu’ils soient tous sortis de la maison, Clark sortit de la grange, boutonnant sa chemise, haletant.

Ils le prirent tous dans leurs bras puis Lois demanda, "Que se passe-t-il, Clark ?"

"Allons... allons à l’intérieur..." dit-il entre deux souffles, "...et je vais... je vais tout vous dire."

Il expliqua du mieux qu’il put la couche de cristal liquide et comment elle empêchait les rayons du soleil de régénérer ses pouvoirs. Il engloutit un copieux petit déjeuner tout en les informant. Il n’avait jamais eu si faim !

"Alors, lentement, tu utilises tes réserves et tu deviens de plus en plus..." Lois en perdit la voix.

Clark dit impassible, "Normal."

Lois rougit. "Oh, Clark, je ne voulais pas dire cela. Ne sois pas si désespéré. Je suis certaine que le Dr Klein va trouver quelque chose pour inverser le processus."

"Pendant ce temps, sois prudent. Nous ne voulons pas que tu blesses pendant que tu es ici à essayer de faire des choses que tu ne peux pas faire." Martha était toujours sa mère. "Ce soir, c’est la pièce de Noël de Joshua et nous allons tous y assister, alors détendons nous et amusons nous en attendant."

Lois se tortillait sur sa chaise.

Jonathan demanda, "Lois, quelque chose ne va pas ?"

"Oh... oh, non. Rien, ce n’est rien. C’est simplement un article sur lequel je travaille. J’ai obtenu des informations, je dois en parler avec Clark." Elle se leva et invita Clark à la suivre dans la pièce voisine. "Viens, chéri, je dois vraiment te parler."

Une fois hors d'écoute de Martha et de Jonathan, elle dit à Clark ce que Jimmy avait trouvé sur les Hall.

"Je ne peux pas croire que tu aies interrogé un enfant de six ans, Lois !"

"Je ne l’ai pas interrogé... Je... l’ai passivement interviewé" dit Lois, sur un ton défensif.

"Comme tout le monde en ville, hmmmm ?"

"Est-ce que j’y peux quelque chose s’ils aiment parler ?"

"Je n’arrive pas à croire que tu aies même enquêté sur eux."

"Bien, j’avais ce pressentiment, et tu sais comment mes sentiments fonctionnent." Son regard empêcha Clark d'ouvrir la bouche et de faire un commentaire.

Devant son silence, elle poursuivit. "C’est une bonne chose, aussi. Qui sait quel genre de plan pourrait préparer ?"

"Lois, il semble qu’il ait laissé tomber ses activités criminelles il y a longtemps..."

"Oh, oui, bien sûr. Monsieur 'Je-vois-toujours-le-bien-dans-une-personne'." Elle leva les mains en l'air. "Écoute, quelqu’un doit informer tes parents de ça," elle tapa sur la photo d'identité qu'elle tenait, "et ça," elle tapota son ventre, "bientôt ou je vais exploser."

"D’accord, calme-toi. Nous allons leur dire ce soir, après la pièce, pour le," il fit tourner ses mains autour de son ventre, "puis, nous les assommerons avec cette autre... chose et nous les laisserons décider. D’accord ?"

"D’accord."

Martha conduisait le groupe et ils s’assirent sur le banc derrière les Hall. "Grant ! Je voudrais vous présenter mon fils et sa femme. Clark, voici Grant Hall."

Les deux hommes échangèrent une poignée de main. Clark remarqua qu’il avait vraiment de grandes et fortes mains. L’homme était physiquement très mince et il bougeait comme un athlète qui s’entraînait.

"Et voici sa femme, Lois Lane."

Lois le regarda droit dans les yeux, le transperçant d’un regard "Je sais qui vous êtes". Il ne le rata pas, il faillit tomber à la renverse par la peur soudaine qui l’envahit. Tout ce qu'ils avaient si patiemment construit était à deux doigts d'être détruit. Il était fatigué de courir. Fatigué de déménager. Fatigué de la chasse. Il voulait seulement un endroit que sa famille et lui puissent appeler leur maison. Ils avaient trouvé cela à Smallville. Maintenant, le destin les avait fait rencontrer Lois Lane. Que Dieu leur vienne en aide pour y survivre. Si elle le savait, qui d’autre le savait ? Les Kent semblaient se comporter normalement. S’ils savaient qui ils étaient, c’est certain qu’ils n’agiraient pas comme ils le faisaient. Il regarda Clark à nouveau. Clark avait un regard détendu, mais il savait. Grant pouvait voir que Clark connaissait son secret, il l’étudia pour avoir plus d’informations.

"Euh... M.... euh... Clark, voici ma femme, Nicole." Poursuivre les présentations l’aidait à réfléchir. Il jeta un œil à Nicole, puis réalisa qu’elle savait que quelque chose n’allait pas. Elle regarda Lois et Clark, il voyait ses yeux s'écarquiller par la peur. C’était presque imperceptible, mais il la connaissait assez bien pour le voir. La musique commença, puis les lumières s’éteignirent. Chacun prit sa place et commença à demander le silence par des petits "Chut !". Au fond de l’église, un homme entra juste avant que les portes ne se ferment. Il s’assit sur un banc près de l'allée centrale et déposa sa canne contre le banc d'à côté.

"Oh, c’était merveilleux Joshua, tes parents et toi devez venir prendre une tasse de chocolat chaud chez nous," dit Martha.

"Ouais !!!"

"Oh, non, mon trésor, nous devons aller à la maison. Le Père Noël va venir et tu dois te mettre au lit." Grant se dépêcha de mettre son manteau. La dernière chose dont ils avaient besoin étaient de se trouver dans la même maison que Lois et Clark.

"Oui, nous devons rentrer à la maison," acquiesça Nicole.

"Nonnnnnnn, maman..."

Jonathan se joignit à leur conversation. "Franchement, notre maison est sur le chemin de la vôtre. Il est à peine neuf heures, vous aurez amplement le temps de faire ce que vous avez à faire. Je crois que nous avons aussi des biscuits."

"Non, vraiment..." Grant fut arrêté par une main ferme sur son épaule.

Clark le regarda dans ses yeux. "Grant, c'est bon. Venez avec nous et on boira quelque chose. Je vous le promets."

La sincérité la plus totale dans sa voix lui fit chaud au cœur. Il jeta un coup d’œil à Lois et vit une très nette différence. Ses yeux disaient presque : "Vous tenez votre chance, saisissez-la."

Nicole vit leurs regards et hocha la tête en signe d'approbation. Elle avait appris il y a longtemps à se fier aux instincts de Grant.

"D’accord. On se retrouve là-bas."

Martha était en train de laver les assiettes et les tasses quand Clark se leva de table. "Hé Joshua, allons allumer la télévision pour voir s’ils ne parlent pas du Père Noël aux informations."

"Ouais !!!" Joshua se jeta en bas de la chaise et se rua dans l’autre pièce.

Grant jeta un œil à Lois, puis à Nicole. "Martha, Jonathan. Il y a quelque chose que je dois vous dire, c’est à propos de Nicole et moi." Il prit une grande inspiration et poursuivit. "Je vous supplie seulement d’écouter toute l'histoire avant de me juger."

Il raconta son histoire, du début à la fin, ce qu’il avait fait et pourquoi il était ici maintenant.

"J’ai mis mon entière confiance entre vos mains. Si quelqu’un découvre que nous vivons ici – nos vies seront ruinées." Il regarda Lois. "Qui le sait, à part vous deux ?"

Lois dit, "Seulement Clark, moi et Jimmy."

"Jimmy ?"

"Il est lui qui a rassemblé toutes les informations et qui a piraté l’ordinateur pour découvrir qui vous étiez."

Nicole mit sa tête dans ses mains. "Oh, non. C’est fichu."

Grant l’entoura de son bras, puis l'approcha de lui.

Jonathan demanda. "Qu’est-ce qui vous a fait changer, Grant ?"

"Je commençais à être vraiment fatigué de tout ça. Un autre homme, Stick, aimait trop son travail. Nous ne nous sommes jamais très bien entendus, mais c'était devenu de pire en pire. J’ai commencé à réaliser que ce que nous faisions était mal." Il serra à nouveau Nicole dans ses bras. "J’ai erré dans la ville un moment, puis je me suis retrouvé dans une église. J’avais entendu une merveilleuse voix qui venait de l'intérieur et je voulais savoir à qui elle appartenait."

"Il est entré et ça a été le coup de foudre," elle sourit.

"Je lui ai dit qui j’étais vraiment lors de notre premier rendez-vous. Je voulais être totalement honnête et ouvert avec elle. Je voulais savoir tout de suite si nous pouvions avoir un avenir ensemble."

"Imaginez-vous comment je me suis sentie," continua Nicole. "Devant moi, l’homme de mes rêves. Le bon, j’en étais certaine. Seulement, il avait un secret très sombre, c'était un tueur."

Grant baissa les yeux, rougissant de honte. Nicole serra sa main d’une façon rassurante.

"La première chose que je lui ai demandé a été de venir à l’église avec moi." Nicole se rassit et se frotta le ventre sans s’en rendre compte. "Une fois que nous savions que nous voulions passer notre vie ensemble, nous avons pris la décision de nous marier."

"Quelques semaines plus tard, je dédiais ma vie à Jésus Christ et nous avons célébré un mariage privé la même journée. Nous avons gardé le mariage secret. Nous étions d’accord pour que j'aille me livrer à la police afin de me repentir." Grant se réinstalla sur sa chaise. "J’ai témoigné contre la plupart des criminels de Métropolis. Je savais qu’ils seraient ensuite à mes trousses et je ne voulais pas qu’ils s’en prennent à Nicole."

Martha demanda, "Combien de personnes avez-vous fait enfermer ?"

"Plein. Le grand chef s’en est toutefois sorti."

"Qui était-ce ?" demanda Lois.

Grant la regarda droit dans les yeux. "Lex Luthor. Tout le monde savait qu’il était l'un des grands patrons. Je n’ai jamais reçu directement d’ordres de lui, cependant. Le Procureur a pensé que c’était risible qu’un homme de l’envergure de Luthor puisse être impliqué. Surtout parce que je ne possédais pas de preuves tangibles. Naturellement, les gens desquels je recevais les ordres n'ont pas parlé. Alors, Luthor s’en est sorti."

"Je le savais ! Même si ce Lex n’est pas le Lex qui a fait toutes ces choses à Clark et moi, je savais qu’il n’était pas un ange. Le problème est que je n'ai toujours pas de preuves."

Grant poursuivit. "Après être sorti de prison, le programme de protection des témoins s'est occupé de nous et nous a trouvé un endroit où nous pouvions vivre. Des emplois, de l’argent, tout. On pensait pouvoir y arriver. Je voulais quitter la vie de la grande ville, autant que possible. Cela me rappelait trop qui j’avais été et ce que j’avais fait. Nous avons déménagé dans l’Amérique rurale et je me suis trouvé un boulot de métayer."

"Seulement, quelqu’un nous retrouvait toujours. Nous déménagions d’un endroit à un autre. Finalement, nous avons pris nos propres risques et nous sommes venus ici. Nous avons dit à l’agence ce que nous faisions, mais pas où nous allions," ajouta Nicole.

"Le problème est que," dit Grant, se levant, "si vous avez pu nous trouver, quelqu’un d’autre le fera aussi."

"Peut-être pas." Lois se leva elle aussi. "Jimmy est un bon pirate. Peut-être que personne n’a remarqué qu’il s’était infiltré dans le système ?"

"Je l’espère bien. Nous venons juste de trouver notre chez-nous," dit Nicole.

Lois prit Nicole dans ses bras. "Je suis désolée. Je me sens horrible. J'ai une idée dans la tête et je dois la parcourir. Je ne sais pas ce que je ferai si vous perdiez votre maison encore une fois."

Ils restèrent assis en silence, ne sachant que dire.

"À propos de la ferme ?" demanda soudain Lois.

"La ferme ?" demanda Grant, confus.

"Oui, la ferme des Kent ? Pourquoi leur avez-vous suggéré de prendre leur retraite ? Pourquoi voulez-vous la ferme ?"

"Pour la cultiver," répondit-il.

"C’est tout !!??"

"Pour quelle autre raison ?"

Grant et Nicole venaient tout juste de se mettre au lit. Décider Joshua à se coucher avait été une corvée. Il était si excité à propos du Père Noël qu’il courait et sautait littéralement partout.

Ils venaient tout juste de s’endormir, quand le téléphone sonna. Grant tendit le bras et décrocha le combiné. "Allô ?"

"Bonjour, Marksman."

L’adrénaline monta dans ses veines quand il réalisa qui était à l’autre bout du fil.

"Stick !" lâcha-t-il, avec toute la haine et le dégoût qu’il ressentait.

"C’est si bon de t’entendre. Écoute, et écoute bien. Je tiens les Kent. J’avais cru te voir ici, mais tout ce que j’ai trouvé, ce sont tes amis. Il m'a fallu un peu de... persuasion... pour avoir ce numéro. C'est pas très gentil de te mettre sur liste rouge."

Sa peur se transforma en haine. "Si tu leur as fait du mal, je vais..."

"Laisse tomber ce baratin dramatique. Toi et moi avons des choses à régler. Viens à la ferme des Kent, puis entre la grange par la porte ouest. N’apporte pas d’armes. Ne contacte personne. Il n’arrivera rien aux Kent aussi longtemps que tu suivras mes instructions. Sois là à l’aube." La ligne fut coupée.

"Grant, qui était-ce ?" Nicole le toucha et le sentit trembler.

"On nous a retrouvés."

"Oh, non."

"Stick tient les Kent." Il sauta hors du lit et se tourna vers elle. "Toi et Joshua devez partir tout de suite." Il se baissa sous le lit et sortit des valises. Il traversa la pièce et ouvrit les tiroirs.

"Je ne vais nulle part, Grant. On reste avec toi!"

Il se tourna vers elle. "Tu ne comprends pas ! C’est un démon. Il ne demanderait pas mieux que de vous tuer tous les deux pendant que je regarderais, juste pour en retirer des sensations fortes. Tu dois sauver Joshua et le bébé."

"Grant, je ne peux pas te laisser. Tu dois venir avec nous."

Il s’assit sur le lit. "Il a les Kent. Si je n’y vais pas, il va les tuer. Je ne peux pas avoir cela sur la conscience. Pas maintenant, je suis assez sale comme cela."

"Grant..."

Il se leva et continua à faire les valises. "Je dois les délivrer avant que Stick et moi ne nous affrontions. C’est leur seule chance. Ils seront très chanceux s’il ne les tue pas avant, juste pour le plaisir de le faire." Il s’arrêta et contempla sa femme. "Je t’aime. Je vais terminer cela, ici et maintenant. Je suis fatigué de fuir. D’une manière ou d’une autre, ça s’arrête ici."

Nicole accepta finalement de le quitter, avec Joshua. Elle le prépara, alors que Grant allait chercher la voiture. Il grava dans sa mémoire leur dernier baiser, ce à quoi elle ressemblait, son parfum, sa peau. Il voulait se rappeler chaque détail de ce moment, pour que cela lui donne la force d’achever cette dernière bataille. Alors que les feux disparaissaient dans la nuit, il enfila la cagoule noire sur sa tête et se dirigea vers la ferme des Kent. Il devait les libérer avant l’aube.

Lois se réveilla, mais elle ne pouvait pas se rappeler où elle se trouvait. Elle avait un mal de tête lancinant à la base du crâne, il lui était difficile de penser. Elle tenta de s’asseoir, simplement pour réaliser qu’elle était déjà assise. Elle essaya de se frotter les mains, mais elle ne pouvait pas bouger les bras. Elle pouvait entendre des voix, elles semblaient familières.

"Je crois que Lois revient à elle, Jonathan."

"Lois ! Lois, c’est Jonathan, pouvez-vous m’entendre ?"

Elle essaya de parler, mais sa langue lui paraissait tellement épaisse. "Oui, je peux vous entendre. Qu’est-il arrivé ? Où est Clark ?" Elle essaya de le chercher autour d’elle.

'Par où commencer ?' pensa Martha. "Lois, écoutez-moi. Nous sommes retenus dans la grange. Cet homme nous a tous attachés ensemble. Clark n’est pas encore réveillé."

Lois était gelée. Elle sentait tout son corps trembler, se demandant si c’était une réaction à la peur, au froid ou aux deux. "J’ai froid," marmonna-t-elle.

Jonathan lui répondit, essayant d’adopter un ton rassurant. "La température est probablement en dessous de zéro dehors, à cette heure. Le vent la refroidit encore plus. Heureusement, il fait un peu plus chaud dans la grange. Grâce aux animaux, mais je suppose qu’il ne fait seulement qu'une dizaine de degrés ici." Lois hocha de la tête d'un air maussade et jeta un coup d’œil autour d’elle. Ils avaient été attachés au milieu de la grange, une faible lumière provenait de l’extérieur.

Martha appela Clark, ramenant de plus en plus Lois à elle-même. "Clark ! Clark, chéri, tu m’entends ?"

Les événements de la soirée revenaient lentement à Lois et elle rassemblait peu à peu ses esprits sur ce qui c'était passé…

Ils étaient prêts à se coucher quand Clark avait entendu un bruit au rez-de-chaussée.

"Chérie, tu ferais mieux de rester ici."

"Ne fais pas l’idiot, Clark—on est à Smallville, qu’est-ce que ça pourrait être ?"

Clark soupira et descendit les escaliers pour aller vérifier, Lois sur les talons. Sans sa super oreille, il pouvait à peine distinguer les bruits d’une bagarre, jusqu’à ce qu’il tombe nez à nez avec un étranger qui se battait avec Jonathan dans la cuisine.

L’homme avait un pistolet, mais Jonathan avait tellement bien empoigné le poignet de l’homme qu’il ne pouvait pas l’utiliser efficacement. Jonathan n'avait peut-être pas l'air en forme, mais il n'avait pas travaillé la terre durant plus de cinquante ans sans en retirer un certain bénéfice.

Lois remarqua Martha allongée par terre juste à côté. Elle ne bougeait pas et un frisson parcourut le dos de Lois.

Les mains de Jonathan étaient grandes et fortes et il utilisait son poids à son avantage, en gardant l’homme dans un équilibre précaire. L’autre homme était un peu surpris par sa force et avait de la difficulté à s’en départir. Clark se rua pour l’aider, il ne lui restait peut-être pas beaucoup de supers pouvoirs, mais la vue de ses parents en danger le força à entrer dans l’action.

Quand l’autre homme vit Clark foncer sur eux, il se pencha agilement sous Jonathan et l’envoya s’étaler près de Clark. Clark ne pouvait pas laisser tomber Jonathan par terre, il réussit à l’attraper avant qu’il ne touche le sol. Malheureusement, l’homme saisit cette opportunité et frappa sa canne sur la nuque de Jonathan. Il tomba par terre dans les bras de Clark, une vision qui enragea Lois, tandis qu’elle voyait le choc et la douleur sur le visage de son mari. L’homme souriait. Il y prenait du plaisir ! Elle se jeta sur lui, sans penser au pistolet que l’homme avait étrangement déposé à ses côtés.

'Regarde avant de bondir...' Cette pensée lui traversa l'esprit au moment où elle lui envoyait un bon coup de pied, qu’il esquiva gracieusement, l’envoyant se cogner dans le mur de la cuisine. Étourdie, tout ce qu’elle voyait était Clark, un masque de rage sur le visage, alors qu’il déposait son père par terre. La haine brûlait dans ses yeux, si éclatante qu’elle pouvait presque imaginer que c’était sa vision à infrarouge... presque.

"Clar...", murmura-t-elle, alors qu’elle sentit le bâton la frapper derrière la tête, voyant le regard de Clark passer de la rage à l’horreur, tandis qu'elle s'écroulait. La dernière chose qu’elle vit fut Clark qui se jetait sur l’homme, puis, tout devint noir.

Elle regarda autour d’elle et elle vit dans la faible lumière que du sang coulait sur le côté de la tête de Jonathan. Son œil gauche était enflé et sa lèvre était coupée. Martha avait aussi un œil au beurre noir. Ils étaient tous attachés sur des chaises, espacées à même distance, face à face. Elle regarda à gauche et trouva Clark, puis retint son souffle devant ce qu'elle voyait.

Il semblait avoir été frappé très sérieusement. Du sang coulait à divers endroits de sa tête, son visage, sa poitrine, ses bras et ses mains. Ce qui restait de sa chemise était tâché d’une couleur foncée et il y avait des petites flaques de sang dans la poussière sous ses pieds.

Lois était paniquée. "Clark ! Clark, tu m’entends !"

Sa tête reposait mollement sur le côté, il ne répondait pas.

"Oh, mon Dieu, Clark." Il avait dû donner du fil à retordre à ce… monstre… pour mériter un tel traitement. Elle se sentait si seule.

"Lois, ça va aller. Il respire normalement." La voix calme de Martha l’aida à apaiser ses craintes. "Il ne saigne plus autant que tout à l’heure. Toutefois, je suis encore inquiète pour lui."

Lois les regarda l’un et l’autre. Ils semblaient exténués et meurtris. "Ça fait combien de temps que nous sommes ici ?"

"Je n’en ai aucune idée," avoua Jonathan.

Lois était assise là, essayant de rassembler ses esprit et réfléchir. "Qui est cet homme ? Que veut-il ?"

"Son nom est Stick," soupira Grant en jaillissant de l'ombre, "et c'est moi qu'il veut."

Heureusement, pour eux, tout le monde en savait assez pour rester silencieux. Grant vérifia l’état de Clark, puis enroula habilement un morceau de tissu autour de la plus grande plaie de sa tête. "Nous devons vous sortir d’ici." Il sortit un canif et allait couper les liens de Lois, quand ils furent baignés de lumière.

"Vilain, vilain Marksman. Je t’ai dit de te montrer à l’aube. Tu es en avance d'une heure." Il braqua une grande lampe de poche sur eux.

Grant lui lança. "Laisse-les partir. Je suis là. Finissons-en pour que je puisse commencer à vivre."

"Tu es très optimiste. Qu’est-ce qui te fait croire que tu auras une vie à poursuivre ?"

"Écoute, laisse-les partir et on pourra faire ça quelque part où on ne sera pas dérangés. Seulement toi et moi."

"Tentant. Toutefois, j’avais anticipé que tu essayerais de sauver tes amis." Il marcha vers la porte à l’autre bout de la grange et l'ouvrit. Attachée à une chaise au fin fond de la grange se trouvait Nicole Hall. Joshua était attaché à un poteau juste à côté.

"Fils de..."

"Je ne savais pas que tu t’étais marié. Les épouses nous sont d’une grande utilité dans notre domaine, Marksman. Tu devrais le savoir."

"Pourquoi ? Pourquoi fais-tu cela ?"

Stick haussa les épaules. "J’ai l’impression que j'ai été trompé. Tu vas payer. C’est aussi simple que cela. Je me suis arrangé pour que personne ne te trouve, à part moi."

"D’accord, je t’ai trouvé et tu m’as trouvé. Laisse les autres partir-- tu n’as pas besoin d’eux."

Stick sourit. "Oh, mais si. Je veux que ta charmante femme et tes amis puissent observer la scène, alors que je vais t'ôter la vie, petit à petit. Alors, juste au moment où tu me supplieras de te libérer de cet enfer, je vais te faire regarder ce que je vais faire aux autres, en prenant mon temps pour tes amis et ta femme. Le petit bonhomme là-bas ne vaut pas la peine que je m’y attarde, je vais donc l’achever rapidement."

Grant se mit à trembler, incapable de contenir sa rage. Il laissa le couteau glisser de sa main et il tomba sur le sol poussiéreux.

"Le grand s’est pas mal débattu. Il m’a rendu indulgent envers toi. Avec un peu d'entraînement, il aurait pu devenir un sacré joueur. C’est dommage qu’il ne puisse survivre assez longtemps."

Stick reporta son attention sur Nicole. "Le bébé est pour bientôt, hein ? Aimerais-tu savoir ce que c'est avant de mourir ?" Il sortit un long couteau et fit glissa son pouce sur la lame.

Lois vomit presque, elle était si révoltée. Grant se jeta simplement sur Stick, dans un élan de rage. Son attaque fut si soudaine qu’il prit Stick par surprise, l’obligeant à lâcher le couteau et le faisant chanceler.

La scène ressemblait à une bataille de rue en plein enfer. Le coups qui se succédaient étaient donnés et évités avec une précision peu commune. Les deux antagonistes échangeaient des stratagèmes de défense et d'attaque, tandis que la bagarre se déplaçait d’un bout à l' autre de la grange. Tout ce qui n’était pas attaché devenait une arme dans les mains des deux tueurs. Ils étaient complètement silencieux, sauf pour ce qui était des bruits et des grognements dus aux efforts qu’ils déployaient. Leur monde consistait en l’un et l’autre, leur concentration était si intense. Un enjoliveur de roue égaré vint voler dans la grange, frappant Clark à l’estomac.

Lois cria en le voyant frappé et Clark se réveilla en sursaut. Il se forçait à garder la tête droite. Il entendait beaucoup de bruit autour de lui et quelqu’un prononçait son nom. Il ouvrit les yeux pour voir Lois et ses parents attachés à des chaises. Les événements de la veille au soir lui revinrent en mémoire. Il lutta, mais trouva que sa tête lui faisait trop mal. Les cordes mordaient sa peau, créant un bandeau de douleur où elles le touchaient.

"Clark, parle-moi. Comment vas-tu ? Clark !" Lois posa son regard sur le couteau que Grant avait laissé tomber pas très loin d’elle. Si elle pouvait l’atteindre, elle pourrait tous les libérer et ils pourraient s’échapper. Cela pourrait désavantager Stick, le déstabiliser. Puis, ils pourraient appeler à l’aide. Elle commença à se dandiner sur sa chaise, en essayant de la renverser.

La tête brouillée de Clark lui laissait voir deux hommes qui se battaient. Il vit l’un d’eux jeter quelque chose. Puis vit la chaise de Lois se renverser. "Lois !" cria-t-il. 'Si quelque chose devait lui arriver, je ne pourrais me le pardonner,' pensa-t-il.

Il se débattit encore avec les cordes, mais ses efforts ne furent récompensés que par la douleur. Il se calma, en retournant sa concentration sur lui-même. Il tenta d'occulter tout ce qui était autour de lui. Il chercha en son for intérieur de plus en plus profondément. Étirant son niveau de conscience jusque dans chaque molécule de son être, ramassant tout ce qui lui restait d’énergie pour en faire une réserve grandissante, lui donnant plus de force. Il sentit la douleur reculer et bloqua son processus de régénération pour conserver son énergie. Il aurait besoin de chaque goutte pour se libérer. Il laissa son énergie grandir et grandir, en ne pensant qu’à une seule chose, sa famille.

Lois observait Clark, alors qu’il demeurait immobile. "Mon Dieu, je suis en train de le perdre !" Elle lutta avec la chaise, se dirigeant vers le couteau qu’elle pouvait voir à quelque dizaine de centimètres. "Clark, ne me laisse pas tomber, pas maintenant. Clark ? Clark !"

Entendant qu'elle l'appelait, il entra en action. Il se rua sur les cordes qui retenaient ses poignets et sa poitrine. Il les sentait le couper. Il les sentait aussi céder, juste un petit peu. Il envoya le flot d’énergie vers ses bras et dans sa poitrine. La lumière commençait à pénétrer à travers fissures entre les planches de la grange. Il sentait sa chaleur sur son visage, voyait son rayonnement à travers ses paupières fermées. 'Je dois essayer plus fort ! Je dois aller plus loin !'

Lois, Jonathan et Martha observaient Clark, alors qu’il tentait de se libérer des cordes qui le retenaient prisonnier. À leur stupéfaction, des petites crevasses se formaient sur sa peau là où la corde le coupait. Une grande crevasse s’ouvrit du haut en bas milieu de sa poitrine. Il entendait le craquement, alors que la peau se déchirait.

"Clark ! Non !" Martha était paralysée par la peur. Son fils s'arrachait littéralement la peau des os en tentant de se libérer !

Clark essaya de tendre davantage sa poitrine et des bras. Il sentait ses muscles crier de douleur, trop sollicités. Il bloqua cette sensation et leur commanda de tirer encore plus. 'J’essaie Lois, j’essaie. C’est... si... dur...' Son visage tournait au violet, alors que le sang lui montait à la tête. Les veines de ses bras, de son cou et de sa tête palpitaient. Les cordes grinçaient et craquaient un peu, mais tenaient bon.

'Il faut que... j'essaye... encore...' La pénombre commençait à l’entourer. Il sentait qu’il y plongeait. 'Lois...'

Les cordes cédèrent avec un bruit sourd, une à une. Clark tomba à la renverse et roula sur lui-même, vidant ses poumons de l'air qu’il avait retenu.

"Clark ! Tu as réussi !" lui murmura Lois à l'oreille. "Clark, reste ici avec nous. Il y a un couteau, soixante centimètres sur ta gauche. Peux-tu l'attraper ? Clark ?"

Il inspira. Sa poitrine et ses poignets semblaient être en feu. Le soleil entrait dans la grange plus facilement. De petits rais de lumière arrivaient sur le sol de poussière et de foin à l'endroit où il était étendu. C’était comme si chaque rayon lumineux poignardait son âme. Ce sentiment était à la fois un mélange de plaisir et de douleur. 'La couche ! Les cordes ont dû rompre le couche de cristal et les rayons du soleil touchent ma peau.' Le plus grand endroit de plaisir/douleur se trouvait sur sa poitrine. Il commença à se frotter vigoureusement la poitrine, essayant d’arracher le plus possible la couche de cristal pour pouvoir se baigner davantage de la lumière du soleil.

Tout d'abord, Martha ne comprit pas ce que Clark faisait. "Clark ! Arrête, tu te fais encore plus mal !" l’avertit-elle. De grandes parties de sa peau pelaient comme la fois où il avait eu un coup de soleil quand il était un petit garçon. "C’est ce truc, la couche de cristal liquide !" s’exclama Jonathan, un brin d’excitation dans la voix. "C’est ça, Clark, enlève-le. Il y a un grand rayon de soleil à ta gauche, mon garçon !"

Clark entendit les instructions qu’on lui donnait et se jeta dedans. Il sentait les rayons du soleil traverser son organisme privé d'énergie. Il les absorbait aussi rapidement qu'il le pouvait. Il regarda en arrière et vit le couteau. Il laissa le soleil juste assez longtemps pour aller le chercher, sa structure cellulaire lui manifestant son mécontentement, alors qu’elle avait perdu l’effet magique du soleil. Il se replongea dans le soleil quelques instants pour se régénérer avant de regarder Lois.

"Juste là, Clark." Elle avait réussi à se dandiner afin que ses mains lui soient accessibles sans qu’il ait à quitter la lumière. Il coupa ses cordes et se recoucha pour faire le plein d’énergie.

Lois défit facilement les cordes, prit le couteau et coupa les liens de Martha et Jonathan. Ils se tournèrent tous ensemble tandis que Clark se levait dans la lumière et ils tombèrent dans les bras les uns des autres. Un bruit sourd attira leur attention.

Grant commençait à faiblir. Le travail de la ferme lui avait permis de rester en forme, mais son manque d'entraînement commençait à se montrer. Il craignait de perdre cette bataille. Il chercha Nicole du regard et remarqua une lueur de peur et de désespoir dans ses yeux. Stick revint lentement à la charge, faisant d'un coup tomber son adversaire sur les genoux. Grant sauta juste assez haut pour l’éviter et frappa l’arrière de la tête de Stick avec un coup à sa façon.

Stick recula, hors de sa portée et s'arrêta, haletant, tentant de reprendre son souffle. "Tu es bon. Mais je peux te dire que tu manques d'entraînement. Tôt ou tard, tu feras une gaffe. Et je serai là..."

"Pas aujourd’hui." La voix forte et claire de Lois résonna à travers la grange. Martha s'était précipitée pour contacter la police, alors que Jonathan, Clark et elle avaient pris des fourches et de la corde. Clark faisait attention de demeurer dans les rayons du soleil.

Stick les contempla avec surprise. Il avait été si confiant en ses capacités, il ne pouvait croire qu’ils étaient là, debout devant lui. "Comment vous êtes-vous détachés ?"

"Avec de la détermination," répondit Clark. "C’est fini pour vous. Vous n’êtes pas de taille contre nous quatre. Pas cette fois-ci." Le niveau de son énergie augmentait, de même que sa confiance en lui.

Stick examina la situation et en convint. Ce jeune homme semblait différent. Plus grand, plus confiant. Grant était un adversaire de taille tout seul. Ce grand gaillard était fort lui aussi. Stick se rappelait combien de temps il lui avait fallu pour avoir le dessus la dernière fois. La femme était drôlement forte et rapide. Son dos lui faisait encore mal du coup de pied qu'elle lui avait donné. Le vieil homme ne semblait pas très difficile à battre, mais il savait qu’il cachait sa force quelque part en lui. Il ne voyait la vieille femme nulle part, alors elle avait dû aller chercher de l’aide.

"C’est fini pour toi, Stick," dit Grant.

"Peut-être, mais je vais m’assurer que tu souffres." Il tira un pistolet de sa botte et le tourna vers Nicole.

Clark savait, dès que Stick s’était penché, ce qui allait arriver. Il savait qu’il n’allait pas arrêter Stick à temps, mais il allait peut-être arriver à temps pour Nicole. Il était en route avant même que Stick ne tire le pistolet de sa botte, se mouvant aussi rapidement que son corps avide de lumière le lui permettait. Il vit le pistolet se lever et se pointer dans sa direction. Il vit la balle sortir du canon. Il la regardait s'approcher de Nicole, la balle et lui faisant la course pour arriver en premier. Il savait qu’il n’allait pas arriver à temps, il n’avait pas suffisamment absorbé la lumière du soleil. La couche de cristal se trouvait encore sur une grande partie de son corps, bloquant les effets du soleil. Il sauta en l'air, tentant de propulser son corps vers l’avant. Une pensée lui traversa l’esprit. Il expira aussi profondément qu'il le pouvait, propulsant Nicole vers l’arrière. Avec un peu de chance, la poussière et le foin sur le sol allaient amortir sa chute. Elle commença à tomber lentement et Clark prit peur, croyant que ce n'était pas suffisant. Dans un dernier effort, il lança à la balle un rayon infrarouge de basse intensité pour essayer de changer sa trajectoire. La balle transperça la partie supérieure de l’épaule de Nicole, passant complètement dans la partie charnue.

Lois vit aussi ce que Stick allait faire, elle se précipita vers lui. Elle vit Clark jeter Nicole plus loin et elle s’assura que Stick ne puisse retenter sa chance. Elle lui donna un coup sur dans poignet avant qu’il fasse quoique ce soit, le pistolet vola dans les ballots de foin. Elle tourbillonna et lui donna un sacré coup dans l’estomac, le faisant tomber à la renverse.

Grant restait figé dans son coin comme un arbre géant. Il vit le pistolet dans les mains de Stick et se sentit complètement désemparé. Comment pouvait-il arrêter la balle ? Il restait debout impuissant, à regarder Stick pointer le revolver sur Nicole et appuyer sur la gâchette. Il tourna automatiquement son regard vers sa femme. Il regarda Clark pousser Nicole. Il ne pouvait pas dire si elle avait été touchée. Lois s’occupait de Stick et s'apprêtait à le mettre hors d’état de nuire quand Grant repris ses esprits. Grant accourut aux côtés de Nicole et il vit le sang sur sa chemise. "Non! Oh, mon Dieu, s’il vous plaît, non."

Nicole le prit dans ses bras. "Grant, je suis vivante." Il sanglota bruyamment, alors qu’elle l'attirait près d'elle. "Grant. Le bébé, il... il arrive, Grant. Il ne peut pas arriver tout de suite, pas maintenant – c’est trop tôt."

"D’accord, chérie. Les secours arrivent, je le sais. Tiens bon."

Stick revint soudain à lui, balançant Lois sur Jonathan. Il sauta en avant et commença à chercher quelque chose dans son autre botte. Le tapage attira l’attention de Grant et il prit la première chose qu’il trouva. Il lança le long couteau que Stick avait précédemment jeté atteignant Stick dans la poitrine. L’homme lui jeta un regard de surprise, puis tomba à la renverse, cramponnant toujours le couteau destiné au cœur de Grant.

 

Lois, Clark, Jonathan et Martha étaient assis autour de l’arbre de Noël, les cadeaux encore là où on les avait laissés. Le soleil avait aidé les blessures de Clark à vite cicatriser et, après avoir convaincu tout le monde à l’hôpital de Smallville qu’ils allaient tous bien, ils furent renvoyés à la maison. Les médecins avaient assuré que la grossesse de Lois n’avait été affectée en aucune manière.

Nicole n’allait pas si bien. Les efforts entrepris pour arrêter les contractions avaient échoué, elle fut donc héliportée vers le centre médical de Wichita où des personnes plus expérimentées pourraient l’aider. L’hôpital de Smallville n’était tout simplement pas équipé pour ce genre de problème.

"Quel Noël," dit Lois, à la cantonade. "J’avais tellement l'espoir de passer une journée tranquille et heureuse avec ma famille et mes amis."

Martha se leva. "Bien, nous sommes tous ici, je suis fatiguée de rester assise à broyer du noir. Oui, certaines choses ont mal tourné, mais essayons de nous rappeler ce que cette fête veut dire. Nous devons apprécier ce que nous avons, nous devons aussi partager. C’est l’amitié et l’espoir. Nous ne devons pas laisser ce qui est arrivé hier soir nous gâcher notre Noël. Si nous le faisons, d’une certaine manière, Stick aura gagné l’une de ses batailles. Moi, je vous le dis, je ne le laisserai pas avoir cette satisfaction."

Jonathan sourit et hocha de la tête. "Il n'y a que toi pour tourner le désastre d'hier en une chose positive."

"Non," dit Lois, "Je connais une autre personne qui l’aurait fait, aussi." Elle se pencha et embrassa Clark passionnément. "Et il se trouve que c'est le meilleur mari du monde."

"Merci. Je suis si content que nous soyons tous ici pour Noël. Je croyais que nous n’allions pas nous en sortir. Quand je ne pouvais pas briser ces cordes... j’ai eu tellement peur." Il tira Lois à lui pour la prendre dans ses bras. "Je n’ai pas arrêter de penser à toi et à notre famille. La famille est ce qui m’a permis de passer à travers ce moment de faiblesse, j’ai fouillé très loin en moi, très profondément, et j’ai réussi à tirer ce petit quelque chose qui me manquait."

"La famille peut soulever des montagnes, Clark." Jonathan se leva, prit Martha dans ses bras et l'embrassa longuement. Clark et Lois commencèrent à rougir, se sentant un peu gênés à la vue de ce rare échange de passion entre Jonathan et Martha.

Clark éclaircit sa voix. "Hum, bon sang Lois. Tu crois que c'est ce que les gens ressentent quand on fait ça ?"

Martha interrompit le baiser et prit une grande inspiration. "Wow ! Nous devrions attaquer ces cadeaux avant d' envoyer les enfants quelque part, que je t’aie pour moi toute seule, mon grand."

Lois et Clark se levèrent et offrirent de jouer au Père Noël. Ils ouvrirent les cadeaux à tour de rôle et se remercièrent. Après que tous les cadeaux aient été ouverts et que la pile de papier ne menace de tous les avaler, Lois et Clark se levèrent devant Martha et Jonathan.

"Bien, nous avons un autre cadeau pour vous," déclara Clark.

"Mais vous allez devoir attendre à peu près sept mois avant de le déballer."

La confusion s’installa sur les visages du vieux couple pendant quelques secondes.

"Oh mon Dieu, vous voulez dire... vous et Clark," Jonathan cherchait ses mots.

"Jonathan et moi sommes..." Martha commençait à pleurer.

"Je suis enceinte !"

"Bonjour, Grand-Père et Grand-Mère Kent, je vous présente Bébé Kent," Clark tapota le ventre de Lois.

Jonathan et Martha sautèrent de leurs chaises et les étreignirent si fort qu’ils croyaient que leurs yeux allaient sortir de leurs orbites.

"Nous avons tenter de vous le dire tant de fois, mais il y avait toujours quelque chose qui arrivait," expliqua Lois, entre les embrassades.

"Nous l’avons appris il y a environ une semaine," dit Clark.

Martha comprit soudain. "C’est pour ça que vous êtes toujours fatiguée ! Et que vous êtes tout à coup affamée."

"Et c'est pour ça je vomis dans la salle de bains de temps à autre."

Jonathan rit de bon cœur. "Vous l’avez bien caché ; je ne crois pas l’avoir remarqué."

Martha serra à nouveau Lois dans ses bras. "Vous êtes de combien ?"

"Bien, nous ne sommes pas certains à 100 %, mais je crois entre six et huit semaines," dit Lois.

"Oh, vous allez pouvoir bientôt entendre battre son cœur. Je crois que c’est à cette période, pas vrai ?"

"À dix semaines, environ," dit nerveusement Lois, "nous sommes un peu réticents à consulter un médecin 'normal'. J’ai une amie qui est gynécologue/obstétricien. Je vais sans doute aller la voir quand nous serons rentrés."

"C'est une merveilleuse nouvelle. Le premier endroit où nous allons aller après avoir pris notre retraite sera Métropolis," dit Jonathan.

"Oui, et nous allons gâter cet enfant jusqu’à le pourrir," ajouta Martha.

"À propos de la retraite," dit Clark. "Je suis désolé d’avoir agi de la sorte."

"Ça va, Clark. Après en avoir rediscuté avec ta mère, je crois que nous avons décidé de garder la maison et un petit bout de terrain. Nous allons louer à long terme le reste de la terre pour continuer d’avoir un revenu. Nous allons tout de même voyager, cependant."

"Et je suis désolée d’avoir causé tout ce désastre avec les Hall. Il semble que je ne puisse jamais laisser les choses en l'état," dit Lois, tandis que son visage indiquait l’inquiétude.

Martha mit son bras autour de son épaule. "Vous ne faisiez que penser à nous."

"Ça ne m'aide pas à me sentir mieux." Lois se dirigea vers la fenêtre et regarda dehors. "Au moins, il aurait pu neiger, un Noël blanc aurait été un beau spectacle à voir."

Clark marcha derrière elle. "Attends une heure. Ton vœu pourrait bien se réaliser."

Jonathan dit : "Oui, il neige maintenant à Wichita. Je ne serais pas surpris que nous en ayons d’ici la fin de la journée."

Lois regarda le ciel qui s’assombrissait. "J’espère que tout va bien pour eux."

"Faisons une petite prière, au cas où," suggéra Martha.

Grant regardait tomber la neige par la fenêtre de la chambre d’hôpital. Joshua dormait dans un lit et Nicole était assoupie dans l’autre. Ils n’avaient pas pu arrêter les contractions de Nicole et leur petite fille, Christine, était née prématurément de près de six semaines. L'accouchement avait été très éprouvant et, à la fin, ils avaient dû intervenir et faire sortir le bébé par césarienne. Les médecins s’étaient rués sur le bébé et l’avaient emporté avant même que Grant et Nicole n’aient eu la chance de la voir. Depuis ce temps, ils avaient posé des questions à son sujet et on leur avait dit qu’elle était dans un état extrêmement critique. Ils n’avaient pas pu la voir encore et cela rendait Grant fou.

Nicole et Joshua avaient finalement succombé à l’épuisement, Joshua dormait maintenant avec sa mère. Le pauvre gamin allait probablement porter cette blessure le reste de sa vie, après tout ce qu’il avait dû subir. Il était difficile d’être optimiste, avec votre vie qui s’écroule autour de vous.

La seule bonne chose était que Stick avait admis être le seul à connaître leur secret. Maintenant, que Stick n’était plus un problème, ils allaient pouvoir rester à Smallville s’ils le désiraient. On allait leur poser beaucoup de questions, mais Jonathan et Martha leur avait dit qu’ils allaient s’occuper de tout. Lois et Clark avaient dit qu’ils les aideraient aussi.

Lois et Clark, ils formaient un duo intéressant. Grant n’avait jamais vu quelqu’un résister aussi longtemps à Stick, surtout que Clark n’était pas un gars entraîné. Il n’avait jamais vu quelqu’un se déplacer si rapidement, non plus. Lois était tout aussi incroyable. Elle avait su comment s’y prendre avec Stick quand Clark se dirigeait vers Nicole. Il n’avait rien pu faire, sinon rester là à observer la scène. Dieu lui-même avait dû propulser Clark vers Nicole, il avait fait cela tellement rapidement. Pour la millionième fois aujourd’hui, Grant récita une courte prière de remerciements et demanda que la vie de sa petite fille soit épargnée.

Le médecin entra soudain dans la pièce, le visage de marbre. "Oh, non ! C’est fini, n’est-ce pas ?"

Nicole se réveilla instantanément. "Où est ma petite fille ? Je veux la voir."

Le médecin poussa un profond soupir. "Votre fille n’est née qu’avec six semaines d’avance. Normalement, les chances de récupération sont très bonnes dans ces cas-là. Elle ne respire pas toute seule, alors nous utilisons une machine qui respire pour elle. Ce n’est pas rare et c'est temporaire jusqu’à ce que son propre système puisse le faire. Elle aura sans doutes des difficultés à manger, alors il faudra peut-être la nourrir avec un tube. Je vous le répète, ce genre de chose n’est pas rare." Il marchait de long en large tout en parlant, puis il s’arrêta et prit une grande inspiration. Nicole tendit la main vers Grant.

"Toutefois," il s'humidifia les lèvres et continua, "pour une raison que nous n’arrivons pas à déterminer, les fonctions vitales de Christine ne se stabilisent pas. Elle montre très peu de signes de vie. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, mais c’est comme si elle ne voulait pas s’accrocher à la vie. Pour aucune raison médicale que nous pouvons déterminer, son état ne s’améliore pas."

Nicole tremblait, elle pleurait et Grant s’assit, trop surpris pour dire quoique ce soit.

Le médecin paraissait peiné et il poursuivit avec difficulté. "Je suis désolé que les nouvelles que je vous apporte ne soient pas meilleures, mais je croyais que vous ne deviez pas être tenus dans l’ignorance plus longtemps. Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour aider Christine, mais en ce moment, nous ne pouvons pas faire grand chose sinon attendre."

"Pouvons-nous la voir ?"

"Vous pouvez la voir, mais vous ne pourrez probablement pas la toucher. Elle est extrêmement sensible à son environnement sensitif. Après un certain laps de temps, les sensations deviennent douloureuses." Le médecin se tourna vers la porte et dit en se retournant. "Je vais... demander à une infirmière de préparer une de nos chambres privées et elle viendra vous aviser quand nous serons prêts."

Rien n'aurait pu les préparer à ce qu’ils allaient voir. La petite Christine était placée dans une couveuse, toute nue, des tubes et des fils courant partout autour et sur elle. Un morceau de tissu était placé sur ses yeux. Ses petites mains et ses pieds étaient violacé par les meurtrissures. Une aiguille était enfilée dans sa peau, à un endroit non protégé de son crâne. Il y avait des écrans de contrôle partout qui lisaient son pouls, le niveau d’oxygène dans son sang, son rythme respiratoire, tout, tout. Un long tube était enfoncé dans sa gorge et un autre plus petit était placé dans une de ses narines. Elle reposait là sans bouger, paraissant déjà morte. Elle était si petite, elle était déjà presque perdue.

Grant et Nicole s’accrochèrent l’un à l’autre, pour se supporter mutuellement. Joshua dit simplement, "Oh mon vieux…" Ils s’approchèrent lentement de la couveuse. Une infirmière vint vers eux et leur souhaita la bienvenue.

"Bonjour, mon nom est Sheila. Je suis ici pour répondre à toutes les questions que vous pourriez avoir à poser et pour vous aider au cours de la visite. Aimeriez-vous la prendre ?"

Nicole acquiesça simplement en s'asseyant dans le grand rocking-chair.

L’infirmière sortit quelques vêtements et des couvertures. "Elle ne peut pas réguler par elle-même la température de son corps, c’est pour cela qu'elle est sous ces lampes. Le bandeau sur ses yeux la protège de la lumière. Ses mains et ses pieds ont des ecchymoses à cause des intraveineuses. Ils ont travaillé si longtemps à chaque endroit avant de trouver la bonne région. Ses veines sont si petites." Elle ouvrit la couveuse et commença à l'habiller. Les petits bras et les petites jambes de Christine s’agitèrent et tremblèrent au contact de l’infirmière. "Ne vous en faites pas, c'est normal. Elle n’est pas habituée à ce genre de stimuli". Après qu'elle l'ait emmitouflée et lui ait mis un bonnet, l’infirmière la tendit à Nicole. Le médecin entra quelques instants après.

"Bonjour, ma petite puce. Comment vas-tu ? Tu m'es si précieuse..." Nicole ravala ses larmes pour parler.

"Hé, Christine, voici ton Papa..."

Ils restèrent assis là pendant une demi-heure, sous le regard attentionné du médecin, lui parlant, mais ne recevant pas de réponse. Finalement, le médecin dit, "Il est temps de la remettre sous les lampes. Nous allons changer certaines de ses aiguilles et les draps de son lit, puis commencer des nouvelles intraveineuses et avec un peu de chance, nous l’aurons stabilisée d’ici quelques jours. Nous allons devoir discuter des procédures suivantes pour la suite de son traitement."

Grant et Nicole acquiescèrent pour montrer leur accord.

Sheila commença à préparer la couveuse. "Nous allons devoir fermer certaines des machines. Ne vous laissez pas effrayer par les alarmes."

"J’ai... J’ai un… poème, en fait une chanson, que je voudrais lui lire. C’est idiot, je le sais," dit Nicole, en reniflant, "mais c'est pour lui dire ce que je ressens."

"C’est très bien," dit le médecin. Il commença à trier les tubes et les fils.

Nicole tira un morceau de papier chiffonné de la poche de sa robe de chambre, laissant échapper plusieurs mouchoirs en même temps. Elle avait recopié les mots de mémoire, elle pensait l'avoir fait correctement. Elle défroissa le papier et commença à lire.



"Fly, fly little wing
Fly beyond imagining
The softest cloud, the whitest dove
Upon the wind of heaven's love
Past the planets and the stars
Leave this lonely world of ours
Escape the sorrow and the pain
And fly again"



Le médecin éteint l'écran de contrôle mesurant le taux d’oxygène dans le sang, il émit un bruit de protestation.



"Fly, fly precious one
Your endless journey has begun
Take your gentle happiness
Far too beautiful for this
Cross over to the other shore
There is peace forevermore
But hold this mem'ry bittersweet
Until we meet"



Il y eut un grand silence dans la pièce, alors que les écrans de contrôle s'éteignaient un par un.


"Fly, fly do not fear
Don't waste a breath, don't shed a tear
Your heart is pure, your soul is free
Be on your way, don't wait for me
Above the universe you'll climb
On beyond the hands of time
The moon will rise, the sun will set
But I won't forget"



L’infirmière sentit ses yeux se remplir de larmes. Elle trouvait difficile de voir qu’elle faisait.


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"Fly, fly little wing
Fly where only angels sing
Fly away, the time is right
Go now, find the light"



Le médecin ferma le respirateur qui aidait à Christine à respirer, puis il lui ôta les tubes de la bouche. "Nous ne pouvons pas laisser cet appareil fermé trop longtemps," les informa le docteur.

Joshua parla pour la première fois. "Maman, je veux lui chanter ma chanson. Comme je le faisais quand elle était dans ton ventre." Il se tourna vers eux avec des yeux innocents. "Je peux ?"

"Bien sûr, chéri. Tu peux lui chanter ce que tu veux."

Il s’approcha de sa tête et lui murmura à l'oreille. "Bonjour, Christine. Je suis ton frère, Joshua. Tu peux m’appeler Josh, c’est plus facile à dire. Tu te rappelles de moi ? J’ai l’habitude de chanter pour toi. Je vais te chanter ta chanson préférée, si tu le veux bien ?"

Christine toussota, sa respiration changeant de rythme.

D’une voix claire et pure, Joshua chanta le seul vers qu’il connaissait de sa chanson préférée.



"You are my sunshine, my only sunshine.
You make me happy when skies are grey.
You'll never know dear, how much I love you.
Please don't take my sunshine away.
You are my sunshine, my only sunshine.
You make me happy when skies are grey.
You'll never know dear, how much I love you.
Please don't take my sunshine away."



Il fut un temps où Nicole croyait devenir dingue si elle entendait cette chanson une fois de plus. Maintenant, elle aurait donné n’importe quoi pour ce petit rayon de soleil qu’elle tenait dans ses bras.

Christine toussota à nouveau, puis elle donna un petit coup sec avec son bras. Elle avait réussi à sortir son bras de toutes les couvertures dans lesquelles elle était enroulée. Elle éternua et tourna la tête vers Joshua.

"Tu vois, Maman ? Elle aime cette chanson." Joshua se pencha vers elle à nouveau.



"You are my sunshine, my only sunshine.
You make me happy when skies are grey.
You'll never know dear, how much I love you.
Please don't take my sunshine away."



Il répéta le couplet encore et encore. Plus il chantait, plus Christine s'animait. Finalement, ses petits yeux s’ouvrirent, et elle cligna des yeux en voyant le monde pour la première fois.

"Oh, mon Dieu..." dit l’infirmière.

Le médecin leva la tête des graphiques qu’il étudiait et son regard rencontra deux petits yeux noirs.

"Elle me cherche, Maman !" s’exclama très haut Joshua. A ce cri, Christine ferma ses yeux très fort. Il murmura à nouveau le couplet, elle ouvrit lentement les yeux, cligna des paupières, puis les referma.

Sur un coup de tête, le médecin alla chercher un biberon et y versa un peu de liquide vitaminé. Il le tendit à Nicole. "Voyez si elle l’accepte. Elle ne sera peut-être pas capable de très bien téter, vous devrez peut-être l’aider."

Nicole prit le biberon. "Continue de chanter, Joshua..." Elle le déposa sur les petites lèvres de Christine et agita la tétine. "Allez, chérie, ouvre grand."

Christine sentit le biberon et ouvrit lentement sa bouche. Sa petite langue toucha à la tétine et elle s’y agrippa automatiquement. Elle avait de la difficulté à téter, mais elle tirait dessus avec détermination. Chaque fois que Joshua s'arrêtait de chanter, elle arrêtait de manger.

Joshua changea de répertoire. Des comptines, des chants de Noël, tout ce dont il pouvait se rappeler. Tant qu'il chantait, elle mangeait.

Après environ vingt minutes, le médecin enleva le biberon des mains de Nicole. "Nous ne devons pas lui demander de fournir plus d’énergie à manger que les calories qu'elle tire de ce lait. Nous essaierons plus tard si nous le pouvons." Il aida Nicole à redresser Christine et suggéra : "Voyez si vous pouvez l'aider à faire son rot."

Nicole la souleva de quelques centimètres pour mieux la tenir, puis Christine laissa échapper un grand rot. Joshua rit bruyamment, Christine grimaça.

"Joshua, chéri, les bruits forts lui font du mal. Contente toi de murmurer, d’accord ?" lui demanda Nicole.

"D’accord," soupira-t-il en retour.

Grant regarda sa fille, elle s’endormait. Il se pencha pour la prendre des bras de Nicole. Il la posa sur son épaule et lui fredonna des airs. Il se sentait si bien à son contact qu’il croyait qu’il allait mourir ce jour-là d’une overdose de joie.

"C’est la chose la plus incroyable que j’ai vu," dit le docteur. "Je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux. Nous allons devoir lui faire subir d’autres tests, mais à première vue, elle pourrait bien s’en sortir très bien bientôt."

Grant s’agenouilla et tira Joshua et Nicole vers lui pour les prendre dans ses bras. Une étreinte familiale. "Tout va bien se passer maintenant, docteur. Vous verrez. Le bon Dieu vient tout juste de livrer un autre bébé pour Noël. Et nous allons faire en sorte qu'elle ait une vie merveilleuse avec nous, ensemble. À la maison."

Lois était chaudement enroulée dans les bras de Clark, tandis qu’ils étaient assis sur le canapé, écoutant le feu crépiter. De la musique de Noël jouait en arrière-plan, Martha et Jonathan fredonnaient, se tenant les mains et sirotant un lait de poule frais. Ils n’avaient pas beaucoup bougé au cours de la journée, tout le monde se contentant de laisser guérir les corps meurtris.

Lois laissa échapper un long soupir. "Tu avais raison, j’ai eu droit à un Noël blanc." De gros et légers flocons de neige tombaient lentement devant la fenêtre.

Clark la rapprocha de lui pour la prendre dans ses bras. "Tu sais ce qu’ils disent à propos de la température au Kansas..."

"...Si vous ne l’aimez pas, attendez une heure," termina Jonathan pour lui. Il fit un sourire chaleureux à Martha qui se mit à rire.

"A part la manière dont la journée a commencé, c’est de cette façon dont j'ai toujours rêvé de Noël," dit Lois. "Ensemble, avec ceux que vous aimez. Partager. Regarder tomber la neige. Ecouter 'Douce Nuit'."

Clark l'embrassa sur le front. "Tu as même appris comment faire la farce."

"C'est vrai. Ça ne pousse pas dans la volaille, tu sais," dit Lois moqueuse.

Clark sourit à ce souvenir. "Je n’ai jamais vu tant de nourriture pour si peu de gens, de toute ma vie."

"Nous avons été très généreux aujourd’hui," dit Jonathan.

"C’est parce que j’attendais plus de gens pour le dîner," expliqua Martha.

L’humeur de Lois s'assombrit. "Nous n’avons pas eu de nouvelles des Hall. J’espère pour eux que tout va bien."

Jonathan se leva et se dirigea vers la cheminée. "C’est une des choses qui représentent Noël. L’espoir." Il remua les bûches dans l'âtre.

"Et la foi," ajouta Martha. "Nous devons avoir la foi."

Le téléphone sonna et Martha se leva. "Je vais y aller. J’en ai besoin d’un autre, de toute manière."

Lois se leva et se dirigea vers la fenêtre, contemplant la neige qui descendait lentement. "J’espère qu’ils pourront tout de même continuer à vivre ici. Ce doit être difficile de chercher quelque chose toute ta vie et de se le faire enlever coup après coup."

Clark arriva derrière elle et posa ses mains sur ses épaules. "Que cherchais-tu ?"

Lois regarda son reflet dans la fenêtre. "Quelqu’un qui était prêt à m’aimer autant que je pourrais l'aimer." Elle se tourna vers lui et le regarda dans les yeux. Dans un murmure, elle dit, "J’ai été assez chanceuse pour trouver ce que je cherchais."

"C’est une fille !" cria Martha de l’autre pièce. Tous se retournèrent tandis qu’elle revenait dans la pièce, le visage respirant le bonheur. "C’est une fille et elle va mieux qu’ils ne l’avaient prédit. Demain, le médecin leur parlera du programme de retour à la maison. Cela pourra prendre quelques semaines, mais ils ne pensent pas que ça posera des problèmes."

Lois laissa retomber sa tête sur la poitrine de Clark tandis qu’il l’entourait de ses bras. "Peut-être qu'après tout ça marchera." dit-elle.

Clark plaça une feuille de gui au-dessus de la tête de Lois. Il la tint là patiemment, jusqu’à ce qu'elle remarque le sourire béat sur son visage. Elle leva les yeux et elle sourit.

Clark lui donna un long et doux baiser. Il descendit lentement la feuille de gui, alors que Lois capturait ses lèvres pour un second baiser, plus long et profond.

"Agghhmmmm..." Jonathan s'éclaircit poliment la voix. Lois et Clark le regardèrent.

"Puis-je vous emprunter cette feuille de gui, s’il vous plaît ?"



FIN

A la mémoire de Marilyn Tomilowitz

Chansons :

"Fly" - Céline Dion. Tiré de l’album "Falling Into You".
Écrit par : Jean-Jacques Goldman et Phil Galdston
Produit par : Jean-Jacques Goldman et Humberto Gatica
Publié par : 1996 Les Éditions JRG/CRB Music Publishing

"You Are My Sunshine" – paroles et musique par Jimmie Davis et Charles Mitchell, 1940.

Note de la traductrice : Les chansons " Falling Into You " et " You Are My Sunshine " ont été laissées en version originale par respect pour leurs auteurs, producteurs et éditeurs respectifs. L’auteur a dédié la chanson " Falling Into You " à une personne chère (mention faite par respect pour l’auteur de cet épisode.


Les personnages de cet épisodes sont la propriété de DC Comics, December 3rd Production et Warner Brothers. Aucune violation des droits n'est délibérée de la part des auteurs du "Season 5 groupe", toutefois, les idées exprimées dans cet épisode sont la propriété des auteurs de la 5ème saison( copyrighted © 1997).